Céramique d’Iga
La céramique d’Iga (伊賀焼, Iga-yaki) est un style de poterie japonaise traditionnellement produit à Iga, dans l’ancienne province d'Iga, au centre du Japon.
Histoire
modifier
Les origines de la céramique d’Iga remonteraient à la seconde moitié du VIIe siècle et au VIIIe siècle de notre ère. La région produit depuis longtemps une argile réputée pour sa grande résistance au feu. À ses débuts, cette production ne se distinguait pas encore de la proche céramique de Shigaraki[2].
Les fours auraient été établis durant l’ère Keichō sous l’autorité des seigneurs Tsutsui Sadatsugu (1562–1615), puis de Tōdō Takatora (1556–1630) et Tōdō Takatsugu (1602–1676), de la Province d'Iga. Les fours les plus célèbres se situaient à Makiyama et Marubashira, dans le district d’Ayama de la ville d’Iga[3],[4].
Historiquement, dans les salles japonaises consacrées à la cérémonie du thé, les vases étaient fabriqués en bambou coupé afin de s’harmoniser avec l’atmosphère du lieu. Des vases précieux étaient offerts en cadeau aux daimyōs féodaux.
À partir de la fin de l’époque Azuchi-Momoyama apparurent des vases à eau en céramique d’Iga dotés des caractéristiques anses en forme d’« oreilles ». Ces anses conféraient du prestige aux récipients et devinrent ainsi un élément très apprécié. Depuis lors, elles sont devenues une marque distinctive non seulement des vases à fleurs d’Iga, mais aussi des mizusashi, les jarres à eau utilisées lors de la cérémonie du thé.
Ces objets étaient employés comme ustensiles de thé japonais par Sen no Rikyū et d’autres maîtres du thé[5]. Les anciennes céramiques d’Iga, connues sous le nom de Ko-Iga, reflètent généralement l’esthétique du wabi-sabi, avec leur apparence rustique et leurs formes volontairement irrégulières, accentuées par l’ajout d’anses latérales (katamimi) ainsi que d’entailles et déformations intentionnelles (herame)[5],[1].
De nombreuses pièces présentent la célèbre glaçure bidoro, à l’aspect vitreux, formée naturellement par les cendres. Plusieurs œuvres de cette période ont été enregistrées par le gouvernement japonais. Le mizusashi appelé Poche déchirée (破袋, Yabure-bukuro)) a notamment été classé Bien culturel important[6],[7].
Kishimoto Kennin (né en 1934) est un artiste qui produit des céramiques Oribe et Shino ; ce sont toutefois ses œuvres en céramique d’Iga qui sont considérées comme parmi ses réalisations les plus remarquables[8],[9]. Tanimoto Kei (谷本景) (né en 1948) et Tanimoto Kei (谷本景) (né en 1958) sont des artistes traditionnels spécialisés dans les jarres à eau et les vases en céramique d’Iga[10],[11],[12],[13],[14].
Parmi les autres artistes figurent Shūhei Fujioka (藤岡周平) (né en 1947), qui étudia dans les années 1970 auprès du maître potier Tanimoto Mitsuo, ainsi que Takemura Osamu et Hasu Yoshitaka (蓮善隆) (né en 1949)[15],[3],[16],[17].
Furutani Michio (1946–2000) réalisa des œuvres non seulement en céramique d’Iga, mais également en céramique de Shigaraki, avec laquelle elle présente des similitudes[18],[19],[20]. Il fut remplacé par son fils Furutani Kazuya (古谷様和也) (né en 1976)[21],[22],[23].
La céramique d’Iga contemporaine est connue pour ses marmites en terre cuite à la forme caractéristique utilisées dans les cuisines et les foyers japonais. L’un des fours réputés est le four Iga Mono, en activité depuis l’époque d'Edo. Le four Doraku (土楽窯, Doraku-gama) situé à Marubashira, est également célèbre ; exploité depuis sept générations, il est spécialisé dans la fabrication de marmites donabe[24],[25].
L’un des artistes travaillant au four Doraku est Fukumori Masatake[26].
Caractéristiques
modifier
La céramique d’Iga utilise une argile locale extrêmement résistante à la chaleur, qui réagit bien aux cuissons répétées et est cuite pendant trois jours dans un four creusé dans le sol.
Cette argile présente généralement une grande dureté et les pièces sont façonnées au tour de potier. Le potier utilise délicatement une spatule afin de créer des courbes particulières. Ces formes caractéristiques permettent aux flammes de lécher les bords arrondis durant la cuisson. De plus, les petits cailloux présents dans l’argile donnent à la surface une texture supplémentaire.
Les anses des vases en céramique d’Iga sont appelées oreilles (耳付, mimitsuki). Les vases sont généralement fabriqués à partir d’une argile grossière, parfois enrichie de petites pierres blanches. Autrefois, l’argile était pétrie à la main, ce qui donnait aux pièces des formes irrégulières et un caractère particulier ; par la suite, la fabrication au tour se développa également.
Les anses en forme d’oreilles, ajoutées à la fin de la fabrication, constituent l’élément déterminant de la qualité d’un vase. Elles sont façonnées de manière à équilibrer le récipient et expriment la force ainsi que l’énergie de la pièce.
La céramique d’Iga n’utilise pas de glaçure appliquée. Elle est au contraire cuite à très haute température dans un four, ce qui provoque une cristallisation prenant une teinte rougeâtre, souvent marquée de traces brun grisâtre appelées koge, causées par les cendres du bois brûlé. Une glaçure de cendre, translucide et verdâtre, se forme également à partir du bois en combustion. Ce phénomène se produit lorsque les cendres du bois fondent à environ 1 400 °C.
Comme elles sont exemptes d’impuretés, ces cendres produisent un verre feldspathique translucide rappelant le jade, appelé biidoro, d’après le mot portugais vidro (« verre »)[27]. Il arrive parfois que ce verre biidoro se coagule pour former une petite goutte appelée « œil de libellule »[3].
La solidité de l’argile permet des cuissons répétées sans fissuration, parfois jusqu’à trois fois. La glaçure de cendre s’accumule en couches successives et produit une translucidité caractéristique. Cet effet ne peut pas être obtenu dans les fours modernes à gaz.
Des artistes contemporains comme Tsuneoka Mitsuoki (恒岡光興) (né en 1939) ont développé une glaçure reproduisant les mêmes teintes que la glaçure naturelle vert jade issue des cendres de bois lorsqu’elle est cuite dans un four à gaz[28],[29].Cette glaçure est pulvérisée sur la poterie afin de former une couche de base, puis d’autres couches sont versées par-dessus. Plus la couche est épaisse, plus le vert obtenu sera sombre.
Les poteries d’Iga possèdent un haut degré de fonctionnalité pour un usage quotidien. Les marmites donabe conservent particulièrement bien la chaleur grâce à la qualité de l’argile et à l’épaisseur de leurs parois[30],[31].
Voir aussi
modifierRéférences
modifier- 1 2 « Iga Ware - Google Arts & Culture », sur google.com (consulté le )
- ↑ (ja) « Iga ware(Mie) - KOGEI JAPAN », sur kogeijapan.com (consulté le ).
- 1 2 3 « IGA Menu - EY Net Japanese Pottery Primer », sur e-yakimono.net (consulté le ).
- ↑ (ja) « 伊賀焼伝統産業会館 - 体験施設 - 伝統工芸 青山スクエア », sur kougeihin.jp (consulté le ).
- 1 2 « Iga Pottery (Igayaki) », sur artisticnippon.com (consulté le )
- ↑ Allen S. Weiss, Zen Landscapes: Perspectives on Japanese Gardens and Ceramics, Reaktion Books, (ISBN 9781780232317, lire en ligne)
- ↑ (ja) « 02094_001 », sur gotoh-museum.or.jp via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ (en) « Kishimoto Kennin - Artists - Joan B Mirviss LTD - Japanese Fine Art », sur mirviss.com (consulté le ).
- ↑ « LARGE IGA CHAWAN BY KISHIMOTO KENNIN (item #1217563) », sur trocadero.com (consulté le )
- ↑ « Bonhams : An Iga ware tea bowl (chawan) Tanimoto Kei (b. 1948) », sur bonhams.com (consulté le )
- ↑ (ja) « Kei Akira Tanimoto- Gallery Tosei », sur gallerytosei.com (consulté le ).
- ↑ « 谷本 景|作家|艸居 » [archive du ], sur gallery-sokyo.jp (consulté le )
- ↑ (ja) « 陶芸ZANMAI-現代陶人名鑑:谷本 洋 », sur www.tougeizanmai.com (consulté le ).
- ↑ (ja) « Home », sur yohtanimoto.com (consulté le ).
- ↑ « SHUHEI FUJIOKA 藤岡 周平 », sur shuheifujioka.net (consulté le )
- ↑ (en) « Touching Stone Japanese pottery, ceramics, & sumi-e Gallery », sur touchingstone.com (consulté le ).
- ↑ (ja) « Yoshitaka Hasu-boboya », sur boboya-kanazawa.com via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ « Furutani Michio -- Anagama Work », sur e-yakimono.net (consulté le ).
- ↑ « Furutani Michio -- The King of Anagama Kilns », sur e-yakimono.net (consulté le ).
- ↑ « Furutani Michio -- Memorial Story », sur e-yakimono.net (consulté le ).
- ↑ « Japanese Pottery - Four Tokyo Exhibitions », sur e-yakimono.net (consulté le ).
- ↑ « 信楽焼作家 古谷和也|陶歴 », sur furutani-kazuya.com via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ « Ceramics Today - Furutani Kazuya », sur ceramicstoday.com via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ (ja) « 【土楽 公式ホームページ】伊賀焼<土楽>の和食器通販サイト », sur doraku-gama.com (consulté le ).
- ↑ « 土楽窯 - yamahon web shop », sur gallery-yamahon.com (consulté le )
- ↑ (ja) « 福森雅武について - 【土楽 公式ホームページ】伊賀焼<土楽>の和食器通販サイト », sur doraku-gama.com (consulté le ).
- ↑ (en) « Fujioka Shuhei - Artists - Joan B Mirviss LTD - Japanese Fine Art », sur mirviss.com (consulté le ).
- ↑ (ja) « 窯元めぐり - 伊賀焼 – 伊賀焼振興協同組合 », sur igayaki.or.jp (consulté le ).
- ↑ (ja) « 作家・作品のご紹介 恒岡 光興 Mitsuoki Tsuneoka- ギャラリー桃青 », sur gallerytosei.com (consulté le ).
- ↑ (en) « Japanese-kitchen.net », sur japanese-kitchen.net via Internet Archive, (consulté le ).
- ↑ « 伝統工芸 青山スクエア », sur kougeihin.jp (consulté le )