Immigration italienne au Luxembourg
l'Immigration italienne au Luxembourg témoigne d'un flux migratoire de l'Italie vers le Luxembourg surtout des années 1880 juqu'aux années 1880.
L’histoire démographique de l’Italie témoigne une émigration constante depuis l’unification du pays en 1861[1]. De l’autre côté, le Luxembourg a un besoin de main d’œuvre étrangère, surtout après 1880, comme le marché de travail national. Ainsi, des flux migratoires de travailleurs italiens se sont dirigés vers le Luxembourg au XXe siècle. Pendant quelques décennies, ils ont formé le groupe étranger le plus important au Grand-Duché[2]. Après 1980 les Portugais dépassant en nombre les Italiens constituent le plus grand groupe étranger au Luxembourg[3].
Histoire
modifierÀ partir des années 1880, le Luxembourg a eu un besoin accru de main-d’œuvre introduite par le démarrage de l’industrialisation. Ceci a provoqué une forte immigration dans les années 1890 de la part des travailleurs italiens, dont le nombre présent au Grand-Duché a augmenté de 439 en 1890 à 7 432 en 1900[4]. Il s’agit surtout d’ouvriers non-qualifiés, d’hommes jeunes, souvent célibataires, qui arrivent seuls et qui restent que quelques saisons, avant de rentrer en Italie chez leur famille. Les migrants travaillent essentiellement dans la sidérurgie. Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, ils retournent rapidement dans leurs familles en Italie[5].
Après la guerre, le flux migratoire des travailleurs italiens ne reprend pas tout de suite. Comme la crise économique est prolongé (entre autres à cause de la fin du Zollverein), l’État luxembourgeois met en place des mesures contre le chômage des ouvriers luxembourgeois et limite l’immigration d’ouvriers étrangers[6]. Ces derniers reviennent que lentement et le nombre des migrants italiens augmente de 6 170 en 1922 à 10 050 en 1930. Deux raisons principales causent cette augmentation : D’un côté, il y a une situation de prospérité au Luxembourg dès 1923 et le Grand-Duché nécessite de nouveau de la main d’œuvre, pendant que la situation économique après-guerre en Italie est moins favorable. De l’autre côté, un nombre important d’Italiens quittent leur patrie après l’instauration du pouvoir fasciste en 1922[7]. Cependant, à part de la sidérurgie, les ouvriers italiens travaillent de plus en plus dans l’artisanat et le bâtiment. En 1931, le nombre de migrants diminue encore une fois à cause de la crise économique mondiale[6].
Lorsque les ouvriers italiens ont dû retourner dans leur pays de naissance à cause de la Seconde Guerre mondiale, ils reviennent après-guerre et constituent même le groupe étranger le plus grand au Luxembourg et travaillent de nouveau surtout dans la sidérurgie[8]. Cependant, des tensions sont apparues entre l’État italien et l’État luxembourgeois, comme ce dernier essaye de freiner la migration, car il veut installer le même modèle migratoire comme avant-guerre, avec une forte circulation des travailleurs qui ne restent que quelques saisons et partent par la suite. Toutefois, pour stabiliser le nombre d’ouvriers au Luxembourg, le gouvernement introduit un nombre de lois et règlementations pour favoriser une intégration familiale et durable et les travailleurs ont finalement le droit d’emmener leurs familles au Luxembourg. Néanmoins, le nombre d’ouvriers italiens commence à se ralentir dans les années 1960 et commence même à baisser par la suite. Ceci est dû principalement à deux causes : les travailleurs sont attirés par la République Fédérale d’Allemagne et par le nord de l’Italie qui témoigne une reprise économique[9].
L'immigration italienne à Dudelange
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Pays agricole avant son industrialisation, le Luxembourg bascule avec l’exploitation rentable du minerai de fer grâce au procédé Thomas-Gilchrist. Les usines sidérurgiques se multiplient, notamment à Dudelange où la première aciérie intégrée voit le jour en 1882. Face à l’insuffisance de la main-d’œuvre locale, le pays recrute des travailleurs étrangers, dont de nombreux Italiens du jeune Royaume unifié[10]. C’est ainsi que, entre la fin du XIXe siècle et l’entre-deux-guerres, de nombreux Italiens s’installent au Luxembourg, attirés par de meilleures perspectives économiques[11].
Dudelange incarne particulièrement bien ce phénomène : depuis le milieu du XIXe siècle, la ville accueille des migrants du monde entier[12], dont les Italiens. Ces derniers restent peu nombreux jusqu’à la fin du siècle, comme partout au Luxembourg. La situation évolue rapidement après 1890. La communauté italienne se développe et atteint près de 1.800 habitants vers 1900, puis 2.000 en 1910, faisant des Italiens le principal groupe étranger dans une population totale de 10.500 habitants à Dudelange. Malgré un déclin durant la guerre, ils sont à nouveau plus de 1.800 en 1930, juste avant la crise mondiale[13]. Les flux migratoires se diversifient : jusqu’en 1945, les Italiens viennent du Nord et du centre d’Italie (Abruzzes, Ombrie, Vénétie). Après le conflit, le Sud prédomine avec la Sicile et les Pouilles[14].
La « Petite Italie »
modifierEntre 1880 et 1910, Dudelange passe de moins de 2.000 à plus de 11.000 habitants. Cette croissance nécessite la construction rapide de nouveaux logements. Comme ailleurs à l’époque, les ouvriers s’installent près de leur lieu de travail et se regroupent parfois selon leurs régions d’origine[15]. Avec l’afflux croissant d’Italiens, des quartiers à forte concentration italienne émergent près des usines, avec leurs propres commerces. C’est dans ce cadre-ci que naît le quartier de la «Petite Italie» à la fin du XIXe siècle[16]. Ce quartier incarne une histoire marquée par l’arrivée massive d’Italiens venus travailler dans la sidérurgie luxembourgeoise[17], créant une atmosphère profondément méditerranéenne[18]. Cette installation répond avant tout à des besoins économiques : mines, usines et construction recherchaient une main-d’œuvre abondante, notamment des maçons et ouvriers qualifiés[19].

Construite à flanc de coteau, la «Petite Italie» reprend les caractéristiques des villages méditerranéens : escaliers reliant les différents niveaux, ruelle étroite, habitat étagé. Au début du XXe siècle, deux artères principales, L’Italie haute et l’Italie basse, structurent le quartier. Plus tard, avec la prospérité économique, la CECA et le développement du tertiaire après 1960, la «Petite Italie» acquiert une dimension quasi mythique. Les familles italiennes deviennent alors l’exemple souvent invoqué d’une intégration réussie[20]. En 1985, Louis Rech, né en Italie de parents immigrés, accède comme premier Italien à la mairie de Dudelange, incarnant l’ascension sociale remarquable de la communauté[21]. Cette élection symbolise la réussite d’une intégration progressive, même si la crise sidérurgique des années 1970 a durement frappé la ville et son quartier italien[22]. Une partie des habitants d’origine italienne quitte alors le secteur, et dès le milieu des années 1970, l’immigration italienne, jusqu’alors la plus importante, commence à décliner nettement. Malgré ces bouleversements économiques, la «Petite Italie» continue d’accueillir de nouveaux arrivants et demeurent aujourd’hui un symbole vivant de l’intégration réussie[23]. La ville de Dudelange valorise désormais pleinement cet héritage migratoire et en fait un élément central de son identité collective, notamment à travers le Centre de documentation sur les migrations humaines, installé depuis 1996 dans l’ancienne gare de Dudelange-Usine.
Notes et références
modifier- ↑ Nicole Malpas, L’emigration italienne sur le long terme, Mouvements et politiques migratoires en Europe depuis 1945, Bruxelles, CIACO Editions, , p. 10.
- ↑ L’Immigration dans la longue durée, p. 7-22.
- ↑ L’Immigration dans les relations italo-luxembourgeoises après 1945, p. 87.
- ↑ Le Rôle politique de l’immigration italienne au Luxembourg de 1871 à 1914, p. 77.
- ↑ L’Immigration dans la longue durée, p. 13.
- 1 2 L’Immigration dans la longue durée, p. 14.
- ↑ Benito Gallo, Le rôle politique de l’immigration italienne au Grand-Duché de Luxembourg de 1922 au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, t. IV : Risorgimento, Bruxelles, , p. 123
- ↑ L’Immigration dans la longue durée, p. 11.
- ↑ L’Immigration dans les relations italo-luxembourgeoises après 1945, p. 65-92.
- ↑ (fr + de) Christian Kandzia et Centre de documentation sur les migrations humaines, “Klein-Italien” in Luxemburg, ein Kulturdenkmal von europäischem Rang = La “Petite Italie” au Luxembourg, un patrimoine de rang européen, Luxembourg, Centre de Documentation sur les Migrations humaines, (ISBN 2-95-999-40-1-9), p. 5.
- ↑ (it) Maria Luisa Caldognetto, « Raccontare un'altra emigratione italiana: Gli "Expat" delle instituzioni europee », PassaParola Magazine, , p. 43. (lire en ligne [PDF])
- ↑ Kandzia et Centre de Documentation sur les Migrations Humaines, 2001, p.2.
- ↑ (de) Fabian Trinkaus, « Die Arbeiter aller Nationalitäten wünschen die italienischen Arbeiter ins Pfefferland. Zwischen Internationalismus und Xenophobie: Italienische Arbeitsmigranten in Düdelingen und die Anfänge der luxemburgischen Gewerkschaftsbewegung (ca. 1890-1930) », dans Norbert Franz et al. Thorsten Fuchshuber, Identitätsbildung und Partizipation im 19. und 20. Jahrhundert. Luxemburg im europäischen Kontext, Frankfurt am Main, Peter Lang, , p.131-145 (ISBN 978-3-631-66791-0), p. 133.
- ↑ Hubert Gamelon, « L’immigration italienne, cette épopée... »
[PDF], sur Le Quotidien, (consulté le ) - ↑ Kandzia et Centre de Documentation sur les Migrations Humaines, 2001, p.5.
- ↑ Antoinette Reuter, « La Petite Italie à Dudelange – un lieu de mémoires mêlées », Forum, no 211, , p. 37-40, ici : p.37. (lire en ligne
[PDF]) - ↑ Christian Kandzia, À la découverte de la Petite Italie, Dudelange, Centre de Documentation sur les Migrations Humaines, , 67 p. (ISBN 978-2-959-98119-7), p. 2.
- ↑ Claudio Cicotti, « d'Italiener », dans Sonja Kmec, Benoît Magerus, Michel Margue, Pit Peporte, Lieux de mémoire au Luxembourg, Luxembourg, Éditions Saint-Paul, , 376 p. (ISBN 978-2-87963-669-6), p. 109-114, ici : p.110.
- ↑ (it) Marie-Louise Antenucci, « Immigrazione italiana e opinione pubblica nello spazio Lussemburgo-Lorena-Germania (1870 - 1940) », dans Jos Boggiani, Maria Luisa Caldognetto, Claudio Cicotti, Antoinette Reuter, Traces de mémoire, mémoire des traces, Luxembourg/Esch-sur-Alzette, Université du Luxembourg, , 248 p. (ISBN 978-2-919940-12-7), p. 122.
- ↑ Kandzia, 2001, p.7.
- ↑ Marcel Lorenzini, « Luxembourg, côté sud : un siècle d'immigration illustré par l'histoire du quartier "Italien" à Dudelange », dans Robert Kieffer, Romain Kohn, Marianne Trausch, Lëtzebuerger Almanach vum Joerhonnert : 1900 - 1999, Luxembourg, G. Binsfeld, , p.42.
- ↑ centre de Documentation sur les Migrations Humaines, « Quartier Italien »
, sur CDMH (consulté le ) - ↑ Josée Hansen, « Little Italy, Dudelange »
, sur D'Lëtzebuerger Land, (consulté le )
Bibliographie
modifier- Antoinette Reuter, « La Petite Italie à Dudelange – un lieu de mémoires mêlées », Forum, no 211, , p. 37-40. (lire en ligne [PDF])
- Ben Fayot, Le rôle politique de l’immigration italienne au Luxembourg de 1871 à 1914, Risorgimento, Bruxelles, GERISIC, 1984, 1-2 éd.
- Centre de Documentation sur les Migrations Humaines, « Quartier Italien » , sur CDMH (consulté le ).
- Christian Kandzia et Centre de documentation sur les migrations humaines, , Luxembourg, Centre de Documentation sur les Migrations humaines, 2001 (ISBN 2-95-999-40-1-9).
- Christian Kandzia, À la découverte de la Petite Italie, Dudelange, Centre de Documentation sur les Migrations Humaines, 2008, 67 p. (ISBN 978-2-959-98119-7).
- Claudio Cicotti, « d'Italiener », dans Sonja Kmec, Benoît Magerus, Michel Margue, Pit Peporte, Lieux de mémoire au Luxembourg, Luxembourg, Éditions Saint-Paul, 2007, 376 p. (ISBN 978-2-87963-669-6), p. 109-114.
- Fabian Trinkaus, « Die Arbeiter aller Nationalitäten wünschen die italienischen Arbeiter ins Pfefferland. Zwischen Internationalismus und Xenophobie: Italienische Arbeitsmigranten in Düdelingen und die Anfänge der luxemburgischen Gewerkschaftsbewegung (ca. 1890-1930) », dans Norbert Franz et al. Thorsten Fuchshuber, Identitätsbildung und Partizipation im 19. und 20. Jahrhundert. Luxemburg im europäischen Kontext, Frankfurt am Main, Peter Lang, 2016, p.131-145 (ISBN 978-3-631-66791-0).
- Hubert Gamelon, « L’immigration italienne, cette épopée... » [PDF], sur Le Quotidien, (consulté le ).
- Josée Hansen, « Little Italy, Dudelange » , sur D'Lëtzebuerger Land, (consulté le ).
- Marcel Lorenzini, « Luxembourg, côté sud : un siècle d'immigration illustré par l'histoire du quartier «Italien« à Dudelange », dans Robert Kieffer, Romain Kohn, Marianne Trausch, Lëtzebuerger Almanach vum Joerhonnert : 1900 - 1999, Luxembourg, G. Binsfeld, 1999.
- Maria Luisa Caldognetto, « Raccontare un'altra emigratione italiana: Gli «Expat« delle instituzioni europee», PassaParola Magazine, . (lire en ligne [PDF])
- Michel Pauly, L’Immigration dans la longue durée, Lëtzebuerg de Lëtzebuerger? Le Luxembourg face à l'immigration, Luxembourg, Éditions Guy Binsfeld, 1985.
- Michel Pauly, L’Immigration dans les relations italo-luxembourgeoises après 1945, Mouvements et politiques migratoires en Europe depuis 1945, Bruxelles, CIACO Editions, 1989.