István Tiborcz
István Tiborcz, né le à Szombathely (république populaire de Hongrie), est un homme d'affaires hongrois et le gendre de Viktor Orbán. Il est l'une des personnalités les plus riches de Hongrie, avec une fortune estimée en 2025 à 210,9 milliards de forints (environ 580 millions d'euros). Actionnaire majoritaire du BDPST Group, il contrôle initialement un large patrimoine dans l'immobilier de luxe et l'hôtellerie, qui s'élargit à la logistique (Waberer's), le secteur bancaire (Gránit Bank), les télécoms, ainsi que de nombreux autres domaines.
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Ráhel Orbán (d) (depuis ) |
Son ascension dans l'économie hongroise, qui coïncide avec la domination politique de Viktor Orbán durant lesquelles ses entreprises ont bénéficié de nombreux marchés publics, soulève des questions sur l'origine de sa fortune et de son influence. Il est l'un des sujets du documentaire réalisé par Direkt36, La Dynastie (en hongrois : A dinasztia).
Biographie
modifierJeunesse et vie privée
modifierIstván Tiborcz naît le à Szombathely (comitat de Vas), alors en république populaire de Hongrie. Il est membre d'une famille bien implantée et puissante dans la région. Son grand-père, Sándor Tiborcz, est chirurgien à l'hôpital de Szombathely pendant de nombreuses années, tandis que son père, portant lui aussi le nom Sándor Tiborcz, est entrepreneur de pompes funèbres. István Tiborcz a un frère, Péter, et une sœur, Eszter. Tous trois travaillent d'abord aux côtés de leur père dans la société familiale ES Hungary Kft. Ils gèrent puis tentent de vendre un domaine équestre près de Csabdi, destiné principalement à accueillir des touristes étrangers et dont la valeur est estimée à 300 millions de forints (830 000 euros)[1].
La famille, selon Magyar Narancs, « a toujours su où se placer » et se rallie rapidement au Fidesz, dès l'entrée en fonction du premier gouvernement Orbán en 1998. Son allégeance devient très claire lorsque le frère aîné d'István, Péter Tiborcz, devient membre du parti en 2006, puis entre au conseil municipal de Bicske à la faveur d'une victoire électorale de la droite, avant d'être élu au conseil général du comitat de Fejér. Il devient par la suite conseiller ministériel. Magyar Narancs estime ainsi que « le changement de gouvernement de 2010 a été très profitable financièrement à la famille »[1].
En 2012-2013, les Tiborcz sont impliqués dans une affaire de vol de bois après l'abattage intégral des arbres d'un terrain loué l'année précédente dans des conditions troubles et situé en zone Natura 2000. Un habitant local dénonce ce qu'il considère comme de l'impunité concernant les actions de la famille[1].
István Tiborcz épouse Ráhel Orbán, la fille du Premier ministre Viktor Orbán[2], le devant l'officier d'état-civil du 12e arrondissement de Budapest[3], puis célèbre le lendemain la cérémonie religieuse à l'église Saint-Étienne d'Országút. Une fête est ensuite organisée à Csabdi, dans le domaine familial des Tiborcz à Tükröspuszta[4]. Par la suite, le couple a trois enfants, en 2016, 2018 et 2020. En 2021, ils s'installent à Marbella[5], avant de revenir l'année suivante en Hongrie. En août 2025, ils font leurs valises pour les États-Unis[6], en raison de la poursuite d'études universitaires par Ráhel Orbán. John Cleese, fondateur des Monty Python, commente leur départ de Hongrie, dans le cadre de la campagne pour les élections législatives d'avril 2026[7].
Débuts dans les affaires
modifierIstvan Tiborcz obtient un diplôme en droit à la faculté de droit de l'université réformée Gáspár-Károli après avoir passé l'examen final en 2018[8].
Son ascension dans l'économie hongroise commence en 2009[2]. Cette année-là, il fonde avec un ami du nom de Bálint Erdei quatre sociétés de fourniture de services : ES Water, ES Gas, ES Audit et ES Light. Elles sont absorbées à l'automne par une cinquième, ES Holding Zrt.[9], qui devient Elios Innovatív Zrt. peu de temps après. Le , il revend ses participations dans l'entreprise Elios[10].
Dès 2010, à l'âge de 24 ans, il occupe un poste de direction chez MVM, une société appartenant à l'homme d'affaires Lajos Simicska, très proche du Fidesz jusqu'en 2015. Celle-ci remporte, dès le retour au pouvoir de Viktor Orbán en 2010, une multitude de contrats publics, faisant passer son chiffre d'affaires de 8,5 millions à 3 milliards de forints en quelques années. À partir de 2013, István Tiborcz est membre du conseil d'administration d'E-OS Innovative Energetikai Zrt., possession du même Simicska[1].
En 2015, il rachète HCS Experts, une société d'informatique, au moment où sa société Elios est mise en cause pour de potentielles fraudes aux marchés publics. L'année suivante, il se verse 460 millions de forints de dividendes, selon Direkt36[11].
BDPST Group
modifierBDPST Group est fondé en 2015, dans des conditions qui restent pendant un temps inconnues. Des journalistes de Heti Válasz parviennent à établir que les cofondateurs sont Judit Tóth et Loránd Aurél Szabó. Peu de temps après la création de la société, ils revendent la quasi-totalité de leurs participations, dont une grande partie finit entre les mains d'István Tiborcz, à qui revient 95 % des bénéfices[12]. Par la suite, si les changements dans l'actionnariat restent flous, Direkt36 parvient à établir en 2018 qu'István Tiborcz possède au moins 75 % de BDPST Group, après le rachat de parts à un ancien partenaires d'affaires[13].
Le groupe est une société d'investissement en capital dans plusieurs secteurs d'activité, dont l'immobilier et l'hôtellerie. Il est depuis la création du groupe son actionnaire majoritaire[12]. BDPST Group est propriétaire ou copropriétaire de plusieurs complexes hôteliers de luxe à Budapest, dont le Mahart-Weber-Münnich près de Vörösmarty tér[14], le palais Adria et l'ancien hôtel Iberostar sur Szabadság tér[15], le D8 Hotel et des bâtiments sur l'avenue Andrássy[16]. Parmi ses propriétés figurent aussi le château Schossberger à Tura[12], la demeure Andrássy à Tarcal[17] et le Lifestyle Hotel Mátra à Gyöngyös[16]. À l'automne 2021, le groupe se lance dans l'achat de propriétés à l'étranger, notamment à Los Alcázares en Espagne et dans des stations de sports d'hiver en Autriche.
Les bénéfices de BDPST Group dans le secteur immobilier sont facilités par un changement législatif introduit par le ministre de l'Économie Mihály Varga en 2017. Il permet, après rénovation d'un bâtiment bénéficiant d'un statut de protection, de profiter d'un abattement fiscal dans le calcul de l'impôt sur les sociétés, équivalant à deux fois la valeur investie. Par exemple, Geraldton Invest Zrt., société exploitant notamment l'hôtel Gellért possédé par le groupe de Tiborcz[18], doit payer moins de 0,2 % d'impôt, soit 44 millions de forints pour un bénéfice net de 55 milliards sur une année. Le média Telex estime ainsi à 30 milliards de forints (environ 90 millions d'euros) les profits supplémentaires réalisés par le groupe[19].
Par la suite, son activité s'étend en 2021 au secteur bancaire et aux assurances, avec le rachat de 57 % des parts de Gránit Bank[20]. En 2022, István Tiborcz prend également position dans le secteur logistique en rachetant l'entreprise Waberer's, un poids lourd des transports à l'échelle européenne[21]. En 2025, il rachète le Marriott Hotel de Budapest, le Palais de la Bourse situé sur Szabadság tér, ainsi que la boutique de puériculture de sa femme, Odu Store[7].
BDPST Group est également actif dans les secteurs du courtage et de la gestion d'actifs, avec les sociétés Diófa Alapkezelő et Equilor Befektetési, des énergies renouvelables et de la gestion des déchets (Alteo, Green Energy Investhor, Global Refuse Holding), du bâtiment (Viastein), des nouvelles technologies (FaceKom, Goodwill Communications) et des cosmétiques (Kallos Cosmetics), élargissant son empire immobilier à de nombreux autres domaines d'activité économique[22].
Fortune personnelle
modifierEn 2023, István Tiborcz possède un patrimoine personnel évalué à 69,6 milliards de forints, soit environ 192 millions d'euros, à la 25e place de la liste des personnalités les plus riches de Hongrie. Le magazine A 100 leggazdagabb précise qu'il possédait en 2019, année où il a été intégré au classement, 35,8 milliards de forints[23]. En 2024, sa fortune est évaluée à 151,5 milliards de forints (environ 420 millions d'euros) ; elle a fait plus que doubler en l'espace d'un an. Ce patrimoine fait de lui la 15e personnalité la plus riche de Hongrie[24]. L'année suivante, son patrimoine s'élève à 210,9 milliards de forints, le plaçant en 13e position[7].
Selon une enquête Denník N, tout au long de sa carrière dans les affaires, István Tiborcz aurait bénéficié d'environ 427 milliards de forints liés directement ou indirctement à l'État, comprenant des subventions, des investissements, des prêts à taux avantageux et des financements provenant de banques appartenant à des proches du pouvoir[22].
Controverses
modifierAffaire Elios
modifierEn 2016, des allégations de fraude sont portées par András Schiffer, un homme politique d'opposition indépendant, contre István Tiborcz en lien avec des contrats d'éclairage public. L'affaire est portée devant la justice mais classée sans suite[25].
En 2018, l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) demande à la justice hongroise d'ouvrir une enquête pour des soupçons d'entente illicite et de fraude dans l'attribution à partir de l'année 2010 de contrats publics à la société Elios Zrt., possédée par István Tiborcz. La société a en effet été engagée pour la rénovation à grande échelle des dispositifs d'éclairage public dans de nombreuses communes hongroises, incluant le remplacement de lampes conventionnelles par des lampes à LED. Une demande de remboursement des aides européennes ayant été utilisées pour réaliser le projet est envisagée[26].
Bien que les contrats passés aient été réalisés, l'OLAF découvre que dans de nombreux cas, l'entreprise Elios a eu accès au préalable et de manière injustifiée aux conditions des appels d’offres, censées être tenues secrètes. L'entreprise se serait également entendue illégalement avec ses concurrents (soumettant même dans un cas précis son offre depuis le même ordinateur que celles de ses concurrents) et aurait entretenu des liens commerciaux avec les experts théoriquement indépendants chargés de superviser l’appel d’offres. Enfin, les produits installés ne seraient pas conformes au cahier des charges du marché public, avec des lampes d'une durée d'éclairage de 60 000 heures au lieu des 100 000 heures requises, recertifiées artificiellement par la suite pour correspondre aux exigences du contrat[26].
Le procureur général Péter Polt, allié du Fidesz, affirme qu'une enquête approfondie a été menée et a confirmé qu'aucun délit n'a été commis lors de l'appel d'offres[27]. Des députés de l'opposition se penchent sur l'affaire et tentent de mener leur propre enquête, mais ils sont entravés par le manque de coopération de certaines villes concernées, comme Kecskemét, qui refusent de leur fournir certains documents[28]. Le parti au pouvoir, par la voix de János Lázár, rejette d'abord la responsabilité du remboursement sur le milliardaire Lajos Simicska, lui demandant, en violation de la loi, de s'acquitter du remboursement[29]. Cependant, les médias prouvent que le projet était bien présenté comme réalisé en coopération avec István Tiborcz[30].
Le , le Bureau national d'enquête classe définitivement sans suite l'affaire « faute d'infraction pénale caractérisée » et n'ordonne par conséquent aucune poursuite[31],[32].
Projet de « Taxe Tiborcz »
modifierLors de sa campagne pour les élections municipales de 2019 à Budapest, Gergely Karácsony fait figurer dans son programme un projet de « taxe Tiborcz ». La proposition consiste à taxer l'ensemble des biens immobiliers de la capitale dont la valeur dépasse 500 millions de forints. István Tiborcz attaque en justice le candidat à la mairie pour l'utilisation de son nom, affirmant qu'il n'est pas une personnalité politique publique et que son nom ne peut pas être donné à une proposition fiscale[33].
En 2019, l'homme d'affaires met en demeure la rédaction de 444.hu, exigeant que l’article intitulé « Karácsony kézbesítette Tiborcznak a Tiborcz-adó csekkjét » (en français : « Karácsony a remis à Tiborcz le chèque correspondant à la « taxe Tiborcz » ») soit supprimé de leur site dans un délai de huit jours. Il estime que le contenu porte atteinte à sa réputation du fait de l'utilisation sans autorisation de son nom[34].
En deuxième instance, la cour d’appel de Budapest déclare en 2021 le maire Gergely Karácsony coupable et considère comme une infraction l'utilisation non autorisée du nom d’István Tiborcz durant sa campagne électorale. Le tribunal interdit au maire de Budapest d'employer à nouveau l'expression et le condamne à présenter des excuses publiques ainsi qu’à verser des dommages-intérêts à l'homme d'affaires[35].
Médias
modifierLe couple est présent sur les réseaux sociaux, en particulier Ráhel Orbán qui est directrice créative du BDPST Group. Ils interviennent dans des médias internationaux tels que Vogue ou National Geographic, parfois dans le cadre de partenariats promotionnels financés par le groupe. István Tiborcz intervient lors d'événements organisés par le Mathias Corvinus Collegium (MCC). Il réagit rarement publiquement aux critiques pointant ses liens familiaux avec le Fidesz. En octobre 2024, il prend toutefois position sur LinkedIn contre Péter Magyar, ancien membre du parti au pouvoir devenu une figure de l'opposition[24].
Une couverture de l'hebdomadaire critique Heti Világgazdaság (HVG), publiée en 2019, moque la relation nouée entre Viktor Orbán et István Tiborcz via la fille du Premier ministre. Elle parodie La Création d'Adam en représentant l'homme d'affaires couvert d'argent après avoir « mis le grappin sur la fille de Dieu ». Le média critique l'enrichissement rapide du jeune entrepreneur grâce à sa proximité familiale avec le pouvoir[2],[36].
En février 2025 sort le film La Dynastie (en hongrois : A dinasztia), produit par Direkt36, qui retrace l'enrichissement de la famille et des proches de Viktor Orbán depuis son arrivée au pouvoir en 2010. Il examine longuement le cas de son gendre István Tiborcz[37]. Ce dernier répond publiquement aux révélations contenues dans le documentaire, qu'il accuse de faire partie d'une « campagne de diffamation publique ». Il affirme que sa carrière dans les affaires « a commencé bien avant l'affaire Elios »[38].
Références
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