Jacques Alexis Thuriot
Jacques Alexis Thuriot de la Rozière, né le à Sézanne (généralité de Châlons, actuel département de la Marne)[1], mort le à Liège (Royaume uni des Pays-Bas, actuelle Belgique)[2], est un homme politique de la Révolution française.
| Jacques Alexis Thuriot | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Membre du Comité de salut public | |
| – (2 mois et 13 jours) |
|
| – (4 mois et 4 jours) |
|
| Député de la Marne | |
| – (1 an et 18 jours) |
|
| Législature | Assemblée législative |
| Groupe politique | Gauche |
| Président de la Convention nationale | |
| – (14 jours) |
|
| Prédécesseur | Jean-Marie Collot d'Herbois |
| Successeur | André Jeanbon Saint-André |
| Député de la Marne | |
| – (2 ans, 8 mois et 16 jours) |
|
| Législature | Convention nationale |
| Groupe politique | Montagne (Dantoniste) |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Jacques Alexis Thuriot de la Rozière |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Sézanne |
| Date de décès | (à 76 ans) |
| Lieu de décès | Liège |
| Nationalité | Français |
| Enfants | Alexis-Eugène Thuriot |
| Profession | Magistrat |
| modifier |
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Entre 1791 et 1795, il est député de la Marne à l'Assemblée nationale législative puis à la Convention nationale, où il vote la mort de Louis XVI et où il siège au Comité de Salut public.
Biographie
modifierJeunesse
modifierJacques-Alexis Thuriot est issu d'une famille bourgeoise. Son père, Claude Thuriot, est maître charpentier, époux d'Anne Royer.
Jacques-Alexis Thuriot effectue des études de droit. Il est reçu avocat au parlement de Paris.
La prise de la Bastille
modifierEn 1789, alors qu'il est électeur de Paris, il prend part à la prise de la Bastille et est reconnu comme « vainqueur de la Bastille »[3]. Il est représentant de la Commune de Paris pour le district de Saint-Louis-la-Culture[4].
Mandat à la Législative
modifierEn 1791, la France devient une monarchie constitutionnelle en application de la constitution du 3 septembre.
Le même mois, Jacques-Alexis Thuriot, alors juge au tribunal du district de Sézanne, est élu député du département de la Marne, le dixième et dernier, à l'Assemblée nationale législative[5].
Il siège sur les bancs de la gauche de l'Assemblée. Dès l'ouverture de la session le 3 octobre, il est reçu au club des Jacobins[6].
Le 1er février 1792, il vote en faveur de la mise en accusation de Bertrand de Molleville, le ministre de la Marine[7]. Le 9 avril, il vote pour que les soldats du régiment de Châteauvieux, qui s'étaient mutinés lors de l'affaire de Nancy, soient admis aux honneurs de la séance[8].
Le 2 juillet, alors qu'Auguste Vivier (député de l'Indre) accuse les membres du Comité des inspecteurs de la salle de partialité, Jacques-Alexis Thuriot dénonce le journal d'Antoine Barnave et d'Adrien Duport[9] :
[...] je demande [...] que l'Assemblée prenne des mesures contre les journalistes qui sans cesse insultent, calomnient les membres de l'Assemblée, et l'Assemblée elle-même. (Applaudissements des tribunes.) Je dénonce en particulier le Logographe qui continuellement altère la vérité et qui nécessairement est payé pour l'altérer (Applaudissements des tribunes.)
Le 8 août, il vote en faveur de la mise en accusation du marquis de La Fayette[10].
La chute de la monarchie
modifierLa monarchie prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
Le 2 septembre 1792, Jacques-Alexis Thuriot est élu l'un des douze commissaires adjoints au Conseil exécutif[11]. Le 3, il est élu l'un des six commissaires chargés de se rendre au Temple « pour représenter au peuple qu'il est de l'honneur des Français de garder les otages que cet édifice renferme et sur lesquels la loi seule doit prononcer »[12].
Mandat à la Convention
modifierEn septembre 1792, Jacques-Alexis Thuriot est réélu député de la Marne, le deuxième sur dix, à la Convention nationale[13]. Il siège sur les bancs de la Montagne.
Le procès de Louis XVI
modifierDès le , Jacques-Alexis Thuriot réclame la mise en jugement de Louis XVI :
Les nations étrangères, pour leur propre liberté, réclament un grand exemple ; il faut que le tyran porte sa tête sur l'échafaud... (Interruptions et murmures.) [...] Je n'énonce pas mon opinion ; je dis seulement que si les crimes imputés à Louis sont démontrés, il doit périr sur l'échafaud [...].
Durant la même séance, il est élu, aux côtés de Jean-Jacques-Régis Cambacérès (député de l'Hérault), de Pierre Dupont (député des Hautes-Pyrénées) et d'Edmond Dubois-Crancé (député des Ardennes) pour informer Louis XVI que la Convention lui donne « la faculté de choisir un conseil »[14].
Lors des appels nominaux, il vote la mort, et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution de la peine[15].
Le député dantoniste
modifierLe 8 mars 1793, Jacques-Alexis Thuriot est envoyé aux côtés d'Étienne-Nicolas de Calon (député de l'Oise) auprès de la section des Arcis[16]. Le 9 mars, il est envoyé en mission aux côtés de Philippe-Laurent Pons (député de la Meuse) dans le département de la Marne et de la Meuse afin d'y accélérer la levée en masse[17].
Le 13 avril, il est donc absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat[18]. Le 28 mai, revenu de mission, il vote contre le rétablissement de la Commission des Douze[19].
Le , Jacques-Alexis Thuriot est élu président de la Convention nationale, et ses secrétaires sont Thomas Lindet (député de l'Eure), René Levasseur (député de la Sarthe) et Jacques-Nicolas Billaud-Varenne (député de la Seine)[20]. Le 10 juillet, il est élu membre du Comité de Salut public, le sixième sur neuf, par 155 voix[21]. Le 20 septembre, il démissionne du Comité[22].
Les historiens Albert Mathiez, puis Bernard Gainot, estiment que Jacques-Alexis Thuriot siège aux côtés des dantonistes. Le 21 brumaire an II (le 11 novembre 1793), il est dénoncé et exclu du club des Jacobins par Jacques-René Hébert, qui l'accuse de s'être opposé à l'arrestation du général Adam Philippe de Custine[23].
Il prend part à la chute de Robespierre. Le 9 thermidor an II (le 27 juillet 1794), il demande que François Hanriot, le chef de la Garde nationale de Paris, soit décrété hors-la-loi[24].
Sous la Convention thermidorienne
modifierL'historien Albert Mathiez estime que Jacques-Alexis Thuriot, qui prend part dans un premier temps à la réaction thermidorienne, essaie « de se poser en arbitre entre les partis »[25].
Le 13 thermidor (le 31 juillet), il est réélu membre du Comité de Salut public lors de son renouvellement, le quatrième sur six par 298 voix[26]. Le même jour, sur motion de Benoît-Louis Gouly (député de l'Île-de-France), il est réintégré au club des Jacobins[27].
Le 12 fructidor (le 29 août), sur sa motion, la Convention rejette la dénonciation de Laurent Lecointre (député de Seine-et-Oise) envers les anciens membres du Comité de Salut public et du Comité de sûreté générale[28]. Le 6 frimaire an III (le 26 novembre), il appuie la libération et la réintégration de Georges Frédéric Dentzel (député du Bas-Rhin), décrété d'arrestation le 27 nivôse an II (le 16 janvier)[29].
L'historienne Françoise Brunel estime que Jacques-Alexis Thuriot fait partie, comme Marc-Antoine Baudot (député de Saône-et-Loire), des députés dantonistes qui siège parmi les « derniers Montagnards »[30].
Compromis dans l'insurrection du 12 germinal an III (), Thuriot est décrété d'arrestation le 16 du même mois (le )[31]. Il bénéficie de l'amnisitie votée lors de la séparation de la Convention.
Fin de carrière politique
modifierSous le Directoire, Jacques-Alexis Thuriot est nommé, avec l'appui d'Emmanuel-Joseph Sieyès, commissaire du Directoire exécutif près le tribunal de Reims.
Lors des élections législatives de 1798, il est élu député de la Marne au Conseil des Cinq-Cents, mais son élection est cassée par la loi du 22 floréal an VI (11 mai 1798).
Retour à la magistrature
modifierUn an plus tard, grâce à l'appui de Sieyès, il est nommé suppléant auprès du tribunal criminel de la Seine. Après le Coup d'État du 18 brumaire, Thuriot est nommé juge titulaire de ce même tribunal. C'est ainsi lui qui en 1804 procède à l'interrogation de Pichegru, Moreau et Cadoudal. Durant la procédure ce dernier ne cesse de le railler, l'appelant avec mépris « Tue-Roi »[32], par allusion à son vote régicide. Lorsqu'un jour il demande à Cadoudal ce qu'est devenu un portrait de Louis XVI autrefois en sa possession, le royaliste lui répond brutalement : « Et toi, citoyen Tue-Roi, qu'as-tu fait de l'original ? »[33]. Thuriot rédige ensuite le rapport du procès.
L'ancien conventionnel est ensuite membre de la Commission des émigrés, puis en 1805 substitut du procureur général de la Cour de Cassation. Il obtient après quelque temps une promotion comme avocat général. Le , il est fait chevalier d'Empire par Napoléon Ier.
Exil et fin de vie
modifierRévoqué lors de la Première Restauration, Thuriot récupère sa charge durant les Cent-Jours. Considéré comme persona non grata après le retour de Louis XVIII sur le trône, il est banni du royaume en 1816 comme régicide.
Après avoir vendu ses biens dans la Marne, il s'exile à Liège. Il s'y installe comme avocat et meurt en 1829, un an seulement avant les Trois Glorieuses qui lui auraient permis de retrouver la France.
Son fils Alexis-Eugène Thuriot sera député en 1849.
Règlement d'armoiries
modifier« D'argent, à la croix d'azur chargée en abîme d'une étoile à douze rais d'or, signe distinctif des chevaliers de l'Ordre impérial de la Réunion, cantonnée à dextre en chef d'un œil ouvert au naturel, à sénestre d'une balance de sable; en pointe, à dextre d'un coq aussi de sable, crêté et barbé de gueules, et à sénestre d'une quintefeuille de gueules.[34] »
Sources
modifier- Bernard Gainot, Dictionnaire des membres du comité de salut public ; dictionnaire analytique biographique et comparé des 62 membres du Comité de salut public, Paris, Tallandier, 1990.
Notes et références
modifier- ↑ Archives départementales de la Marne, « Registre paroissial de Sézanne, paroisse Saint-Denis, baptêmes mariages et décès de 1746 à 1757, vue 183 / 318, 2 E 629/22 »
, sur https://archives.marne.fr (consulté le ) - ↑ Baudot, Marc-Antoine (1765-1837), « Notes historiques sur la Convention nationale, le Directoire, l'Empire et l'exil des votants »
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, sur https://www.persee.fr, (consulté le ) - ↑ Mathiez, Albert (1874-1932), « La réaction thermidorienne »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Alquier, Aline et Brunel, Françoise (née en 1948), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 94, séance du 13 thermidor an II (31 juillet 1794) »
, sur https://www.persee.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « La Société des Jacobins : recueil de documents pour l'histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 6, séance du 13 thermidor an II (31 juillet 1794) »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Brunel, Françoise (née en 1948) et Monnier, Raymonde, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 96, séance du 12 fructidor an II (29 août 1794) »
, sur https://www.persee.fr, (consulté le ) - ↑ Brunel, Françoise (née en 1948) et Gomez-Le Chevanton, Corinne, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 102, séance du 6 frimaire an III (26 novembre 1794) »
, sur https://www.persee.fr, (consulté le ) - ↑ Françoise Brunel, « Les derniers Montagnards et l'unité révolutionnaire », Annales historiques de la Révolution française, vol. 229, no 1, , p. 385–404 (DOI 10.3406/ahrf.1977.1009, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Françoise Brunel, « Les derniers Montagnards et l'unité révolutionnaire », Annales historiques de la Révolution française, vol. 229, no 1, , p. 385–404 (DOI 10.3406/ahrf.1977.1009, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Laurent Boscher, Histoire de la répression des opposants politiques: La justice des opposants politiques (1792-1804), Paris, 2006.
- ↑ Ibid.
- ↑ « Source : Armorial des Chevaliers de l'Ordre Impérial de la Réunion créés par Napoléon Ier en 1813 et 1814 - par M. Alcide Georgel - 1869. Texte téléchargé depuis le site de la Bibliothèque Nationale de France. », sur euraldic.com via Internet Archive (consulté le ).
Annexes
modifierArticles connexes
modifier- Liste des membres de l'Assemblée législative par département
- Liste alphabétique des membres de l'Assemblée législative de 1791-1792
- Liste des présidents et vice-présidents de l'Assemblée législative
- Montagne
- Liste des membres de la Convention nationale par département
- Comité de salut public
- Substitut du procureur
Liens externes
modifier- (fr) Une émeute à Orléans par Alexis Thuriot de la Rozière.
- Portrait de Thuriot
Bibliographie
modifier- « Jacques Alexis Thuriot », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
- Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 2005