Jacques Baud

ancien membre du renseignement stratégique suisse, spécialiste du renseignement et du terrorisme

Jacques Baud, né le 1er ou le à Genève, est un colonel de l'armée suisse à la retraite. Il mène une carrière d'analyste au sein du service de renseignement stratégique suisse et de l'ONU.

Jacques Baud
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Biographie
Naissance
1er ou 7 avril 1955
Genève
Nom de naissance
Jacques François BaudVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Grade militaire

Depuis sa retraite, ses publications et interventions publiques font l'objet de critiques notamment en raison de son relais de plusieurs théories du complot, sa négation de la responsabilité du régime syrien dans plusieurs attaques chimiques et pour ses positions favorables à Vladimir Poutine, notamment via un partage de désinformation lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

En , l'Union européenne l'inscrit sur la liste noire des personnes diffusant la propagande de la Russie.

Biographie

Origines

Jacques Baud naît le 1er[1] ou le à Genève[2],[3]

Études et armée

Il fait des études d'économie à l'Université de Genève[4], sanctionnées par une licence en économétrie[2],[5]. Il est également diplômé en politique de sécurité de l'Institut de hautes études internationales[4],[6].

Il a le grade de colonel EMG au sein de l'armée suisse[7]. Il prend sa retraite en 2020[réf. souhaitée]

Parcours professionnel

Jacques Baud est tout d'abord enseignant au niveau secondaire à Genève[2].

Entre 1983 et 1990, il est membre du Service de renseignement stratégique suisse, chargé de l'analyse des forces du pacte de Varsovie à l’est du rideau de fer et dans le monde[8].

En 1995, il est responsable de la sécurité des camps de réfugiés rwandais au Zaïre.

En 1997 et en 1998, expert auprès de l'ONU, il développe selon Swissinfo un système de renseignement informatisé mondial sur les mines[9] et met en place des programmes d'éradication des mines au Tchad, Somiland et Soudan[3].

En 2005, il est nommé à la direction du premier centre de renseignement civilo-militaire et multidisciplinaire (Joint Mission Analysis Centre (JMAC)) de la Mission des Nations unies au Soudan (Khartoum)[9],[10],[11],.

En , il est nommé chef du service Politique et doctrine auprès du Bureau des affaires militaires du Département des opérations de maintien de la paix à New York[12].

Publications

Jacques Baud est l'auteur de nombreux essais dont des encyclopédies relatives au terrorisme ou au monde du renseignement. Selon le journaliste Ian Hamel, l'auteur a la « curieuse manie de ne jamais cesser d'écrire sur le monde secret des espions ». Ses ouvrages se vendent souvent aux alentours de cinquante mille exemplaires[3].

Sa publication Guerre de l'ombre (2025) sert de catalogue d'exposition pour l'exposition Top Secret, Espionnage et résistance en Suisse et en Europe, 1939 - 1945 au musée de l'armement à Morges.

Accusations de conspirationnisme et de désinformation

Jacques Baud a été régulièrement invité par les médias traditionnels suisses, en tout cas jusqu'à 2020, avant de donner de nombreuses conférences ou interviews diffusées sur les réseaux sociaux et l'internet.

Selon Jocelyn Rochat, journaliste à 24H, « Ses fans apprécient ses analyses, ses détracteurs crient au complotisme »[13]. Mattia Pillonel, journaliste à Heidinews, a assisté à une des conférences de Jacques Baud en 2022. Après analyse de son discours, son constat est que Jacques Baud[14]

« dénonce un Occident qui s’appuie sur une vérité tronquée, mais ampute lui-même la vérité des faits qui desservent son point de vue. »

Selon Conspiracy Watch, Jacques Baud serait intervenu sur la web-télévision d'extrême droite TV Libertés, ainsi que sur RT France[15] et Radio Courtoisie[16].

Selon Conspiraty Watch, dans son livre Gouverner par les fake news paru en 2020[17], Jacques Baud affirme que l'intervention soviétique en Afghanistan de 1979 aurait eu pour but de réagir à une opération américaine de déstabilisation de l'Afghanistan, ou encore que le Hezbollah et l'Iran ne seraient pas responsables des attentats de Beyrouth du 23 octobre 1983 ayant frappé la Force multinationale de sécurité. Le géopolitologue Pascal Boniface lui déplore de « multiples passages où l'auteur va […] trop loin », ajoutant également que « la volonté de l'auteur de nier l'implication de Bachar [el-Assad] dans l'utilisation d'armes chimiques […] paraît très discutable »[18]. Conspiracy Watch, mentionne un entretien de Jacques Baud donné à RT France qui « coche toutes les cases du conspirationnisme géopolitique »[15],[19].

Oussama ben Laden

Selon le média Oumma, en 2009, Baud affirmé que l'implication Oussama ben Laden dans les attentats du 11 septembre 2001 n'est qu'une supposition[20].

En 2016, son livre Terrorisme, mensonges politiques et stratégies fatales de l'Occident, suscite de fortes réactions, en particulier l'affirmation selon laquelle l'élimination de Ben Laden par les forces spéciales américaines aurait été une mise en scène, arguant que le chef d’Al-Qaïda était en réalité déjà prisonnier des Pakistanais depuis 2006 et que les États-Unis le savaient[21],[20],[22].

Darfour - Syrie

Selon Conspiracy watch, interviewé sur RT France[15] par Frédéric Taddeï en , il minimise le bilan humain de la guerre du Darfour qu'il réduit à 2 500 morts (contre 300 000 selon l'ONU) et nie la responsabilité de l'armée syrienne dans les massacres à Homs en 2011 et dans les attaques chimiques de la Ghouta, de Khan Cheikhoun et de Douma entre 2013 et 2018[15]. Il affirme que les photographies prises par le photographe militaire « César » ne sont pas celles d'opposants politiques morts sous la torture, mais de soldats de l'armée syrienne[15], reprenant ainsi à son compte l'argumentaire officiel du régime syrien de Bachar el-Assad selon Conspiracy watch.

Russie

Soutien à Poutine

Jacques Baud blanchit la Russie en estimant que l'empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal a été causé par une « intoxication alimentaire » et que l'empoisonnement d'Alexeï Navalny est probablement « le fait de la mafia »[15].

En 2022, le journaliste Élie Guckert le classe parmi les « acteurs bien connus de [la] désinformation »[17].

En , Conspiracy Watch écrit qu'il « verse aussi bien dans la négation des crimes de guerre que la défense systématique de Vladimir Poutine[16]. »

Jacques Baud publie notamment sur le site du think tank pro-Kremlin CF2R, dirigé par Éric Dénécé[23],[24]. Il fait l'objet de critiques pour ses positions favorables à Vladimir Poutine[25], son relais de la désinformation[26] et ses propos conspirationnistes[19], y compris au sein du CF2R : c'est un texte de Jacques Baud publié par le think tank, qualifié de « diatribe » « épargnant Moscou » au sujet de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui pousse Christophe Gomart à quitter l'organisation[24].

Conflit Ukraine/Russie

Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en , il publie Poutine, maître du jeu ? L'ouvrage est accusé par le média Oumma de « prendre la défense systématique de Vladimir Poutine »[20]. Le journaliste Ian Hamel écrit que « pour la plupart des spécialistes de la Russie et de l’Ukraine, Jacques Baud aurait tristement sombré dans le complotisme. Certains vont jusqu’à l’accuser d’être à la solde du Kremlin »[20]. Le journaliste Mattia Pillonel écrit quant à lui que Baud cherche à « disculper la Russie en Ukraine » et qu'il « ampute lui-même la vérité des faits qui desservent son point de vue[25]. »

Baud affirme que Vladimir Poutine n'a pas voulu conquérir l'Ukraine mais simplement la « démilitariser », ce qui est, selon le journaliste Julien Pain, un argument classique du Kremlin[26]. Remettant en doute la responsabilité russe dans le massacre de Boutcha, il affirme notamment que « le massacre de Boutcha est déjà largement battu en brèche » et qu'il pourrait en réalité avoir « été planifié par les services de renseignement britanniques et mis en œuvre par le SBU ukrainien »[27].

Sanctions de l'Union européenne et réactions de l'extrême droite suisse

Jacques Baud est l'objet de sanctions par l'Union européenne dès le , à l'instar de 42 autres individus, dont Xavier Moreau "ancien militaire et homme d’affaires français, installé en Russie depuis les années 2000 et John Mark Dougan, ancien marine et shérif adjoint en Floride, réfugié en Russie en 2016"[28]. Lui sont reprochés son implication dans la désinformation russe depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie[29],[30]et son rôle dans les campagnes de déstabilisation. Le journal Blick rapporte que « Jacques Baud aurait par exemple accusé l'Ukraine d'avoir provoqué l'invasion par la Russie afin de favoriser son adhésion à l'OTAN ». L'UE relève qu'il est intervenu sur des chaînes russes dont RT France[31].

Jacques Baud conteste les accusations[32], décide d'interpeller le Conseil de l'Union européenne, et dit vouloir déposer un recours auprès de la Cour de justice de l'Union européenne[33].

Deux conseillers nationaux de l'UDC, parti de droite dure, posent à cette occasion des questions[n 1] au Conseil fédéral au sujet des sanctions imposées par l'Union européenne[34]. Le journal Weltwoche, canal de l'UDC, publie plus d'une cinquantaine d'articles en un mois[28] . Serge Michel relève que : « Selon la base de données SMD, ses pages et son site cumulent à ce jour pas moins de 52 articles sur Jacques Baud depuis les sanctions (hors courrier des lecteurs). Son rédacteur en chef, Roger Köppel, qui affectionne les voyages à Moscou et semble considérer la Russie poutiniste comme un modèle de démocratie, y dégaine un premier éditorial le 18 décembre intitulé «Jacques Baud, c’est la Suisse »

La Belgique lui accorde une dérogation humanitaire en , lui permettant d'accéder à son compte bancaire pour ses besoins essentiels[35],[36],[37].

Publications

Notes et références

Notes

  1. Interpellations no 25.4572 de Jean-Luc Addor « Le retour des procès de ... Moscou » [lire en ligne] et 25.4632 de Franz Grüter, « Sanctions de l’UE contre des citoyens suisses. Comment la Suisse réagit-elle ? » [lire en ligne] .

Références

  1. « Notice de personnes : Baud, Jacques », sur Catalogue de la Bibliothèque nationale de France, (consulté le ).
  2. 1 2 3 Anne Kauffmann, « On lutte contre des terroristes, mais pas contre le terrorisme ! », 24 heures, , p. 3 (lire en ligne).
  3. 1 2 3 Ian Hamel, « Jacques Baud – Le plus bavard des espions suisses », Le Matin, , p. 25 (lire en ligne).
  4. 1 2 « Olivier Hugon », Le Nouvelliste, , p. 36 (lire en ligne).
  5. Emmanuel Borloz, « Le quotidien des espions enfin dévoilé », 24 heures, , p. 20 (lire en ligne).
  6. (en) Bob de Graaff et James M. Nyce, « Handbook of European Intelligence cultures », Bloomsbury Publishing PLC, .
  7. Kessava Packiry, « Le Suisse qui renseignera l'ONU au Soudan », Le Courrier, , p. 7 (lire en ligne).
  8. (de) Erik Nomans, « Jacques Baud – Ein Nachrichtendienst ist kein James-Bond-Klub », Facts, , p. 26.
  9. 1 2 « Un espion suisse au service de l'ONU », Swissinfo, (lire en ligne, consulté le ).
  10. « Un Suisse derrière les casques bleus au Soudan », Swissinfo, (lire en ligne, consulté le ).
  11. Kessava Packiry, « Le Suisse qui renseignera l'ONU au Soudan », La Liberté, (lire en ligne).
  12. Patrick Vallélian, « L'ONU embauche Jacques Baud », L'Hebdo, , p. 33 (lire en ligne).
  13. Jocelyn Rochat, « Opération Ukraine – L’espion suisse qui aimait parler de Poutine sur internet » Accès payant, 24 heures, (consulté le ).
  14. (fr-CH) « Les méthodes de l'espion suisse Jacques Baud pour disculper la Russie en Ukraine - Heidi.news », sur www.heidi.news, (consulté le )
  15. 1 2 3 4 5 6 Antoine Hasday, « Sur RT France, Jacques Baud coche toutes les cases du conspirationnisme géopolitique », sur Conspiracy Watch, .
  16. 1 2 La Rédaction, « Conspiracy News #08.2023 », sur Conspiracy Watch, (consulté le ).
  17. 1 2 Élie Guckert, « Clap de fin pour Le Média ? », sur Conspiracy Watch, (consulté le ).
  18. 1 2 « J'ai lu… Gouverner par les Fake News de Jacques Baud », sur Institut de relations internationales et stratégiques, (consulté le ).
  19. 1 2 « VRAI OU FAKE. Les membres du CF2R véhiculent-ils un message pro-russe ? », sur Franceinfo, (consulté le ).
  20. 1 2 3 4 « Jacques Baud, l’ancien espion qui aimait Poutine », sur Oumma, (consulté le ).
  21. Ian Hamel, « Oussama Ben Laden, prisonnier des Pakistanais dès 2006 ? », sur Le Point, (consulté le ).
  22. « Jacques Baud: «Le djihad est un mouvement de résistance» », Le Temps, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le ).
  23. Élie Guckert, « Pourquoi Éric Denécé, expert du renseignement, est adulé par les conspis », sur Conspiracy Watch, (consulté le ).
  24. 1 2 Antoine Izambard, « Le think tank des espions français prend l'accent russe », sur Challenges, (consulté le ).
  25. 1 2 Mattia Pillonel, « Les méthodes de l'espion suisse Jacques Baud pour disculper la Russie en Ukraine », sur Heidi.news, (consulté le ).
  26. 1 2 « C médiatique Émission du dimanche 19 février 2023 », (consulté le ).
  27. « Ingérences russes : Les figures de l'armée de l'ombre de Poutine en France », sur Le Canard enchaîné, (consulté le ).
  28. 1 2 (fr-CH) « Poutine le dictateur, Guy Mettan l'éditorialiste, Jacques Baud l'ex-espion: qui a dit quoi? - Heidi.news », sur www.heidi.news, (consulté le )
  29. « RÈGLEMENT D’EXÉCUTION (UE) 2025/2568 DU CONSEIL du 15 décembre 2025 mettant en œuvre le règlement (UE) 2024/2642 concernant des mesures restrictives eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie », sur eur-lex.europa.eu (consulté le ).
  30. Estelle Nilsson-Julien et Tamsin Paternoster, « Qui sont les Occidentaux sanctionnés par l'UE pour avoir diffusé de la propagande russe ? », Euronews, (lire en ligne).
  31. (fr-CH) Mattia Jutzeler, « Un ex-colonel de l'armée suisse sur la liste rouge de l'UE », sur Blick, (consulté le ).
  32. (fr-CH) Lino Schaeren, « Jacques Baud: un ex-espion suisse face aux sanctions de l'UE », sur Blick, (consulté le )
  33. « Jacques Baud va interpeller l'Union européenne suite aux sanctions à son égard », sur Radio télévision suisse, (consulté le ).
  34. Xavier Lambiel, « L’UDC vole au secours de Jacques Baud, ancien espion suisse sanctionné par l’Union européenne », Le Temps, (ISSN 1423-3967, lire en ligne Accès payant, consulté le )
  35. « Jacques Baud, ex-agent suisse du renseignement sanctionné par l'UE, retrouve l'accès à son compte bancaire en Belgique | RTS », sur rts.ch, (consulté le )
  36. « La Belgique accorde refuge à un ex-colonel suisse sous sanction » Accès libre, Blick, (consulté le ).
  37. « Visé par des sanctions de l’UE, l’ex-espion suisse Jacques Baud gagne une (petite) bataille à Bruxelles », Le Temps, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le ).
  38. Hervé de Weck, « Une nouvelle édition, revue et complétée, sort de presse », Revue militaire suisse, vol. 143, no 11, , p. 15 à 17 (lire en ligne).
  39. Anne Kauffmann, « Un Suisse passe au scanner le monde du renseignement et des services secrets », Journal de Genève et Gazette de Lausanne, , p. 1 (lire en ligne).
  40. Hervé de Weck, « Les forces spéciales de l'Organisation du Traité de Varsovie », Revue militaire suisse, vol. 147, , p. 98 à 100 (lire en ligne).
  41. Barthélémy Courmont, « La Guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur », Revue internationale et stratégique, , p. 163-175 (DOI 10.3917/ris.051.0163, lire en ligne).
  42. Étienne Dubuis, « Jacques Baud : « Le djihad est un mouvement de résistance » », Le Temps, (lire en ligne).

Liens externes