Jean-Baptiste (1er) de Tassis
Jean-Baptiste (Ier) de Tassis (en italien Giovanni Baptista Tassis, en allemand Johann Baptista von Taxis), né vers à Cornello dei Tasso près de Bergame et décédé le à Ratisbonne, est le neveu et successeur de François de Tassis (grand maitre des Postes des Pays-Bas espagnols, Maitre général des postes des Habsbourg et ministre des postes pour la monarchie catholique espagnole), dont il va développer l'activité.
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Alegria Albricci (d) |
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Christine von Wachtendonk (d) |
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Antoine de Tassis Roger de Taxis Franz von Taxis (d) Raymond de Taxis Léonard I de Tour et Taxis (d) Jean-Baptiste de Taxis |
| Personne liée |
Johannes Dantiscus (épistolier) |
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Dénomination
modifierJean-Baptiste est l'un des membres de la famille Tasso, d'origine italienne, dont le nom a été francisé en Tassis lorsque sa parentèle s'installe à Malines puis à Bruxelles, ville à partir de laquelle elle développe un service de messagerie international qui dépend tant du roi d'Espagne que de l'empereur du Saint-Empire. Le nom francisé est ensuite germanisé en Taxis mais « au XVIe siècle, on écrit presque toujours Tassis ; c'est au début du XVIIe siècle qu'a été adoptée l'orthographe Taxis »[1]. Les actes signés par Charles-Quint qui nomment Jean-Baptiste, le , « chief et maistre général de nos postes par tous noz royaumes, pays et seigneuries » sont d'ailleurs rédigés en français[2].
Biographie
modifierEn 1489, avec ses oncles François et Jeannetto de Tassis, Jean Baptiste de Tassis organise un système postal dans le Saint-Empire romain germanique au nom de l'empereur Maximilien Ier.
En 1512, celui-ci anoblit plusieurs membres de cette famille qui a créé un réseau postal européen avec Malines pour centre et va, à partir de Bruxelles contrôler la totalité de la poste européenne à l'exception de la France, avec laquelle des conventions sont cependant établies.

François de Tassis, lorsqu'il meurt à la fin de l'année 1517, ne laisse que des descendants illégitimes qui n'ont pas été intégrés dans l'entreprise postale familiale[3]. Ce 1er grand maitre des postes des Pays-Bas a cependant fait venir à Bruxelles, et formé pour lui succéder, son neveu Jean Baptiste de Tassis ; tous deux vont cosigner avec Charles de Habsbourg, le , un document majeur, souvent appelé Magna Carta de la Poste européenne[4].
Charles, alors duc de Bourgogne, roi de Naples et de Sicile, duc de Milan et roi des Espagnes mais pas encore Empereur du Saint-Empire, y confirme les deux Tassis comme capitaines et maitres des postes et, surtout, modifie leurs conditions de travail, élargit considérablement leur réseau et autorise non seulement le transport de courrier des particuliers mais aussi celui des personnes. Les temps de parcours sont réduits et les emplacements de relais modifiés par rapport à l'accord de 1505 entre Philippe Ier le Beau et François ; chaque relais doit désormais disposer de deux chevaux à la place d'un. De nouvelles lignes sont créées à partir de Bruxelles vers Rome et Naples ; la liaison Bruxelles-Burgos à travers la France (longue de 314 lieues avec 106 relais) se fait avec l'accord du roi François Ier (qui le confirme par lettre de 1518 à ses officiers de police) ; les trésors d'Espagne et des Pays-Bas soutiennent le fonctionnement de l'entreprise qui reste privée[4]. Ce document établit en faveur des Tassis un monopole postal car il est interdit aux autres de « courir la poste »[5].
Deux ans et demi plus tard, le roi étant élu Roi des Romains, c'est Jean Baptiste qui en livre la nouvelle à Marguerite d'Autriche, tante et mère de substitution de Charles et gouvernante des Pays-Bas[6].

Le 14 juin 1520, Charles, devenu empereur du Saint-Emire, confirme à Gand Jean Baptiste de Tassis comme « chief et maistre general de noz postes par tous noz royaumes, pays, et seigneuries »[7]. Jean Baptiste est comte palatin, chevalier de l'Ordre de la Toison d'or[8], conseiller, chambellan et gentilhomme de la chambre de l'empereur, prévot et lieutenant des fiefs du comté de la Roche[9].
Jean Baptiste acquiert la seigneurie de Hemixem et ses 50 bonniers de terres, qui va passer à Léonard, un de ses enfants légitimes, avant d'être rachetée par son fils illégitime Antoine[10]. Il demeure et travaille cependant dans l'hôtel bruxellois que François a fait construire, à quelque 500 m de l'église Notre-Dame au Sablon : une grande résidence agrémentée de vastes jardins, avec écuries, forge, sellerie et logements pour les postillons[11].
Il y loge le sultan Abû `Abd Allâh Muhammad V al-Hasan lorsque celui-ci demande l'aide de Charles Quint pour reconquérir son trône à Tunis (ce qui se fait en 1535). Ce moment est évoqué par Jules Chifflet dans Les marques d'honneur de la Maison de Tassis imprimé à Anvers « en l'imprimerie Plantinienne de Balthasar Moretus » en 1645 avec l'illustration du sultan en page 76 et de Jean Baptiste « vestu à la façon des grands de la cour de Muley-Hazen (…à pour lui faire honneur » à la page suivante :

Deux autres portraits du maitre des postes existent : il est représenté jeune, sur la tapisserie commandée à Bernard van Orley par François pour l'église Notre-Dame au Sablon, et âgé, pieux, sur un triptyque de Michiel Coxcie de 1540 qu'il a probablement commandité et qui est conservé à Ratisbonne[9].
Le 2e grand maitre des postes meurt à Ratisbonne au cours d'un voyage effectué aux côté de Charles Quint[9]. Durant 52 ans, il a géré et renforcé le service postal familial pendant une époque politiquement difficile.

J-B. de Tassis et son épouse sont agenouillés derrière les bancs.
Ascendance, union et descendance
modifierJean Baptiste Ier de Tassis s'est marié avec Christine de Wachtendonck, née en 1482 et morte en 1561, l'arrière-petite-fille de Willem van Wachtendonk, le bâtard de Renaud IV de Gueldre, comte de Juliers. Le couple engendre 11 enfants, souvent placés à des fonctions clefs dans des villes stratégiques[12] afin d'établir un maillage postal à travers toute l'Europe[13]. Jean Baptiste de Tassis a de plus deux fils illégitimes avec Barbe de Sumerin, dite aussi Barbe de Walcher, qui vont être légitimés par lettres patentes de l'empereur Charles V et devenir pour Jean Antoine († 1565), maître général des postes à Rome et pour Antoine de Tassis († 1574), maître général des postes à Anvers[14].
Cet arbre généalogique est principalement basé sur celui donné par le musée de la famille Tasso[15] :
- Omedeo Tasso († 1290), fondateur de la lignée des maitres de poste
- Ruggero Tasso († 1322-23)
- Guarisco (cité en 1312 et 1354), branche des Tasso de Cornello
- Benedetto Tasso dit Ferrario († 1350-53)
- Garisco (cité en 1353), branche des Tasso de Bretto au service des postes de Venise
- Plazzo dit Gazotto de Tassis del Cornello († 1399)
- Paxio dit Muzio de Tassis del Cornello († 1414)
- Pietro de Tassis del Cornello († 9 avril 1450)
- Giovanni, cité en 1462, fondateur de la branche des poètes (dont Bernardo Tasso et Le Tasse)
- Alessandro de Tassis del Cornello († 1485), fondateur de la branche des Tasso de la Poste pontificale de 1463 à 1539
- Agostino Tasso (1451-1510), maitre des postes pontificales
- Luigi Tasso, évêque
- Agostino Tasso (1451-1510), maitre des postes pontificales
- Ruggero de Tassis del Cornello (cité en 1475 et 1477)
- Gabrielle († 1508), fondateur de la branche des Tasso du Tyrol (Innsbruck), branche des comtes Thurn-Valssassina und Taxis
- Pasino (sépulture dans l'église de Cornello)
- Jeannetto de Tassis (1450-1517), maitre de la poste impériale à Innsbruck
- Séraphin I de Tassis, comte palatin, maitre de poste à Rheinhausen puis « lieutenant » de François de Tassis à Bruxelles où il a été enterré + Caterina de Tassis fille de Bartholomo Tasso de Bergame[16]
- Francesco Tasso dit François de Tassis, (1459-1517), « capitaine et maistre des postes », 1ermaître général des postes
- Leonardo Tasso († 1518), maitre de la poste impériale espagnole à Rome
- Ruggero de Tassis († 1514-15), notaire à Cornello
- Maffeo († 1536-37 ), maitre de la Poste impériale en Castille
- Simone († 1563), maitre de la Poste impériale espagnole à Milan et à Rome, fondateur du rameau du marquisat de Paul + Magdeleine de Renhauser
- Davide († 1538), maitre de la Poste impériale à Venise
- Elisabetta Tasso + Bono di Bordogna, fondateurs de la branche Tasso Bordogna Valnigra à Trente et Bolzano
- Jean-Baptiste Ier de Tassis (1470-1541) 2e chef et maitre général des postes à Bruxelles + Christine de Wachtendonk
- Roger de Tassis (1513-1593), docteur en droit civil et canonique et chancelier de l'université de Louvain
- François II de Tassis (1514-1543), maitre général des postes
- Raymond de Tassis (1514-1579), maitre général des postes en Espagne
- Juan de Tassis y Acuña († 1607), maitre général des postes en Espagne
- Jean-Antoine de Tassis († 1565), maitre des postes en Espagne puis à Rome[17]
- Antoine de Tassis († 1574), maitre des postes à Anvers
- Léonard I de Tassis (1522-1612), baron, 3e maitre général des postes
- Jean-Baptiste II de Taxis (1530-1610), diplomate pour le roi d'Espagne
- Adélaïde de Tassis († 1604), épouse de Jacques Maës, conseiller au Conseil du Brabant
- Ursule de Tassis, religieuse
- Alegre de Tassis, épouse de Juan Zapata, fils du seigneur de Barajas
- Marie de Tassis, épouse de Daniel van den Berghe de Limminghe, conseiller au Conseil de Flandre
- Reine de Tassis
- Marguerite de Tassis (†1596), épouse de Charles Boisot, conseiller au Conseil d'État de l'Empereur ; sa fille Marguerite Boisot-Tassis épouse Mateo de Urquina, secrétaire de Philippe III et des archiducs Albert et Isabelle.
- Jeannetto de Tassis (1450-1517), maitre de la poste impériale à Innsbruck
- Pietro de Tassis del Cornello († 9 avril 1450)
- Paxio dit Muzio de Tassis del Cornello († 1414)
- Ruggero Tasso († 1322-23)
Postérité
modifierJean Baptiste de Taxis est un des personnages du dessin animé Il était une fois... les Explorateurs : Les Tassis, maîtres des postes[18].
Sources
modifier- ↑ Auguste Vincent (conservateur à la Bibliothèque royale), « Biographie nationale », Tassis, Jean-Baptiste [PDF], sur Académie royale de Belgique (consulté le )
- ↑ Camille Allaz, Histoire de la Poste dans le monde, Paris, Pygmalion/Flammarion, , 688 p., p. 213
- ↑ Premier livre des procurateurs de la nation germanique de l'ancienne Université d'Orléans: 1444-1546 (1971) page 213
- 1 2 Allaz 2013, p. 213.
- ↑ Laveau et Delépinne 1978, p. 23.
- ↑ Notices historiques concernant les grands maîtres des postes et le château de Beaulieu : sujets des 12 timbres-poste commémoratifs émis du 14 mai au 30 aout 1952, à l'occasion du XIIIe Congrès de l'union postale Universelle à Bruxelles, en 1952, Bruxelles, Administration des Postes, 1952 -, 12 p., p. 2.
- ↑ (fr + nl) Vincent Schouberechts, De Post. La Poste : 50 jaar geschiedenis in Europa. 500 ans d'histoire en Europe, Tielt, Lannoo, , 208 p. (ISBN 9 789401 429825), p. 63-65
- ↑ Auguste Vincent (conservateur à la Bibliothèque royale), « Biographie nationale », Tassis, Jean-Baptiste, p. 612 [PDF], sur Académie royale de Belgique (consulté le )
- 1 2 3 Laveau et Delépinne 1978, p. 25.
- ↑ Le Maire 1931, p. 10-11.
- ↑ Delépinne 1952, p. 31.
- ↑ Notamment Bruxelles, Paris, Rome, Naples, Lyon, Innsbruck, etc.
- ↑ Villamediana as Correo mayor in the Kingdom of Naples par Otis H. Green (1947)
- ↑ Mémoire historique et généalogique sur la très-ancienne noble maison de Kerckhove de P.E. De Borcht page 90
- ↑ (it) « Albero genealogico schematico del Casato Tasso », Arbre généalogique établi par le musée familial [PDF], sur museodeitasso.com, s.d. (consulté le ).
- 1 2 Wolfgang Behringer 2013.
- ↑ Schouberechts 2016.
- ↑ Il était une fois... les Explorateurs : Les Tassis, maître des postes
Bibliographie
modifier- M. de Vegiano et J. S. F. J. L. de Herckenrode, Nobiliaire des Pays-Bas et du comté de Bourgogne par M. de Vehiano Sr d'Hovel : et neuf de ses suppléments (…), vol. 4, Gand, F. et E. Gyselynck, , 2258 p. (lire en ligne), p. 1900-1906.
- Octave Le Maire (tiré à part de 20 pages imprimé en français), « Antoine de Tassis (1510-1574) », dans Bijdragen tot de Geschiedenis, , p. 282-300.
- Jules Chifflet, Traitté de la maison de Rye ou Description sommaire de son antiquité, dignitez, emplois, alliances et autres grandeurs, s.l., 1644-45, 40 in-folio (lire en ligne), p. 16-30.
- M. de Vegiano et J. S. F. J. L. de Herckenrode, Nobiliaire des Pays-Bas et du comté de Bourgogne par M. de Vehiano Sr d'Hovel : et neuf de ses suppléments (…), vol. 4, Gand, F. et E. Gyselynck, , 2258 p. (lire en ligne), p. 1900-1906.
- Justus Perthes, Almanach de Gotha : contenant diverses connaissances curieuses et utiles pour l'année 1910, Gotha, Justus Perthes, , 1224 p. (lire en ligne), p. 232-236.
- Berthe Delépinne, Histoire de la poste internationale en Belgique sous les grands maitres des postes de la famille de Tassis, Bruxelles, Presses de H. Wellens & W. Godenne, , 114 p..
- Octave Le Maire (conseiller historique du Musée postal de Bruxelles), « Les portraits de François de Tassis, organisateur des postes internationales 1459 - 1517 », Revue belge d'archéologie et d'histoire de l'art, Bruxelles-Paris, Académie royale d'archéologie de Belgique, vol. XXIII, 1954 (reprint 1977), p. 203-216 (lire en ligne, consulté le )
- G. Laveau, Berthe Delépinne, Christian Nodé-Langlois, Gottfries North et Eugène Vaillé, Une poste européenne : avec les Grands Maîtres des Postes de la famille de la Tour et Tassis, Bruxelles, Musée des Postes et Télécommunications, , 252 p..
- Joseph Delmelle, Histoire des Postes belges, Bruxelles, Paul Legrain, coll. « La belgothèque », , 96 p..
- (fr + nl) Vincent Schouberechts, De Post. La Poste : 50 jaar geschiedenis in Europa. 500 ans d'histoire en Europe, Tielt, Lannoo, , 208 p. (ISBN 9 789401 429825).
- Camille Allaz, Histoire de la Poste dans le monde, Paris, Pygmalion/Flammarion, , 688 p..
- Wolfgang Behringer, « Empereur, diète d’Empire et poste (1490-1615) », Trivium (revue), Paris, no 14, (lire en ligne, consulté le ).
- (en) Guy Delmarcel et Ingrid De Meûter, The Cinquantenaire tapestries : The Collection of the Royal Museums of Art and History, Bruxelles, Snoeck, , 472 p. (lire en ligne), p. 11, 49-52.