Jeff Wall

photographe canadien

Jeffrey Wall, dit Jeff Wall, né le à Vancouver, est un artiste, photographe, historien de l’art et essayiste canadien.

Jeff Wall
Jeff Wall en 2009.
Naissance
Période d'activité
Nom de naissance
Jeffrey Wall
Nationalité
Activité
Formation
Représenté par
White Cube, Marian Goodman Gallery (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Lieu de travail
Mouvement
Influencé par
Distinction
Œuvres principales
Picture for Women (1979)
Mimic (1982)
A Sudden Gust of Wind (d’après Hokusai) (1993)

Depuis la fin des années 1970, il développe une œuvre fondée sur le tableau photographique, la mise en scène, la reconstruction de situations observées et le dialogue avec l’histoire de la peinture. Il est notamment connu pour ses grandes transparences couleur montées sur caissons lumineux, mais réalise également des photographies noir et blanc, des impressions couleur sur papier et des œuvres de format plus modeste.

Ses photographies alternent scènes minutieusement construites, montages numériques, adaptations d’œuvres littéraires ou picturales et prises de vue qu’il qualifie de « presque documentaires ». Elles représentent principalement la vie urbaine, le travail, les conflits sociaux, les gestes ordinaires et les espaces périphériques de Vancouver.

Associé à l’École de Vancouver, il contribue à la reconnaissance de la photographie comme médium autonome dans l’art contemporain et reçoit le prix international de la Fondation Hasselblad en 2002.

Biographie

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Jeffrey Wall, dit Jeff Wall, naît le à Vancouver, en Colombie-Britannique. Il étudie l’histoire de l’art à l’Université de la Colombie-Britannique, où il obtient un Bachelor of Arts en 1968 puis un Master of Arts en 1970[2].

Son mémoire de maîtrise, intitulé Berlin Dada and the Notion of Context, porte sur le dadaïsme berlinois et sur les relations entre les œuvres d’art, les documents politiques et leur contexte social. De 1970 à 1973, il poursuit des recherches à l’Institut Courtauld de Londres, notamment auprès de l’historien de l’art T. J. Clark, spécialiste de la peinture française du XIXe siècle[2].

Durant cette période, Wall cesse presque entièrement de produire des œuvres. Il se consacre à l’histoire de l’art, à la théorie et à l’enseignement avant de reprendre une pratique artistique au milieu des années 1970.

Il enseigne au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax en 1974-1975, puis à l’université Simon Fraser de 1976 à 1987. Il rejoint ensuite l’Université de la Colombie-Britannique, où il enseigne jusqu’à la fin des années 1990[2].

Wall participe au développement de la scène artistique conceptuelle de Vancouver avec des artistes et théoriciens comme Ian Wallace, Rodney Graham, Ken Lum, Stan Douglas et Roy Arden. Cette scène sera ultérieurement désignée par l’expression « École de Vancouver », bien que les artistes concernés n’aient jamais constitué un groupe doté d’un programme commun.

En 1978, il présente à Vancouver The Destroyed Room, l’une de ses premières grandes transparences couleur montées sur caisson lumineux. À partir de cette période, il développe une pratique photographique associant références à l’histoire de l’art, observation de la vie urbaine, mise en scène et réflexion sur les conventions du documentaire.

Il participe aux documenta 10 et 11, organisées à Cassel en 1997 et 2002. En 2002, il reçoit le prix international de la Fondation Hasselblad[3].

Une importante exposition rétrospective est organisée en 2005 au Schaulager de Bâle puis à la Tate Modern de Londres. En 2007-2008, le Museum of Modern Art de New York, l’Art Institute of Chicago et le San Francisco Museum of Modern Art présentent une nouvelle rétrospective réunissant ses œuvres de 1978 aux années 2000[4].

En 2024, la Fondation Beyeler organise une exposition de plus de cinquante œuvres qui confronte ses transparences rétroéclairées historiques à ses tirages noir et blanc, ses impressions couleur et ses travaux plus récents[5].

Jeff Wall vit et travaille à Vancouver.

La photographie comme tableau

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Depuis la fin des années 1970, Jeff Wall développe une photographie conçue pour occuper l’espace du musée à une échelle comparable à celle de la peinture d’histoire, du paysage ou de la scène de genre.

Ses premières œuvres importantes sont généralement de grandes transparences couleur montées sur des caissons lumineux. La lumière provient de l’intérieur de l’image, selon un dispositif emprunté aux enseignes commerciales, aux vitrines et aux panneaux publicitaires.

Wall ne cherche cependant pas à reproduire l’apparence de la publicité. Il utilise ce dispositif pour donner à la photographie une présence physique et lumineuse qui lui permet de rivaliser avec la monumentalité traditionnellement accordée à la peinture[6].

La grande dimension des œuvres oblige le spectateur à modifier sa distance. De loin, l’image peut être perçue comme une composition générale ; de près, elle révèle des gestes, des objets et des détails secondaires dont la présence participe à la construction du récit.

Wall emploie le terme de « tableau » pour désigner une photographie autonome, pensée comme une composition unique et destinée à être regardée durablement. Cette conception se distingue de la photographie de presse, de la séquence documentaire et de la série narrative.

Chaque image constitue généralement une œuvre complète plutôt qu’un fragment d’un reportage. Même lorsqu’une photographie semble saisir un instant fortuit, elle est souvent issue d’un processus prolongé de préparation, de répétition et de sélection.

Le retour au tableau après l’art conceptuel

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La formation de Wall est liée à l’art conceptuel des années 1960 et 1970. Ses premières recherches portent sur le rapport entre œuvre, contexte, langage et institution.

À la fin des années 1970, il cherche cependant à réintroduire l’expérience visuelle, la narration et la représentation dans un art contemporain qui avait souvent privilégié le document, le texte, le protocole et la critique des formes traditionnelles.

Ce retour à l’image ne constitue pas un rejet de l’art conceptuel. Les photographies de Wall restent fondées sur une réflexion théorique concernant le statut du médium, les conventions de la représentation et la place du spectateur.

L’artiste reprend notamment le modèle du tableau occidental : une image rectangulaire, indépendante et frontalement présentée. Il transpose cette forme dans la photographie contemporaine tout en maintenant les questions soulevées par l’art conceptuel.

La tension entre expérience visuelle et analyse critique traverse ainsi toute son œuvre. Une photographie peut être immédiatement séduisante par son échelle, sa lumière ou sa composition, tout en obligeant le spectateur à interroger les conditions de sa fabrication.

Baudelaire, Manet et la peinture de la vie moderne

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Wall se réfère fréquemment à l’essai de Charles Baudelaire Le Peintre de la vie moderne. Il reprend l’idée selon laquelle l’artiste doit observer les formes transitoires, ordinaires et contemporaines de l’existence.

Vancouver remplit dans son œuvre une fonction comparable à celle du Paris du XIXe siècle chez Édouard Manet, Gustave Caillebotte ou les peintres de la vie moderne. Wall photographie ses rues, ses terrains vagues, ses quartiers périphériques, ses logements, ses infrastructures et ses zones industrielles.

Il ne cherche cependant pas à produire un portrait sociologique exhaustif de la ville. Vancouver fournit un répertoire de situations, d’architectures et de relations sociales à partir desquelles il construit ses images.

Les références à la peinture ancienne ne prennent pas toujours la forme d’une citation précise. Elles peuvent déterminer la composition, la position des corps, la lumière, la profondeur ou l’organisation du regard.

Wall considère ainsi l’histoire de l’art comme un ensemble de problèmes encore actifs : comment représenter un geste, une rencontre, un conflit, un intérieur ou un groupe humain dans une image unique ?

The Destroyed Room

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Réalisée en 1978, The Destroyed Room représente une chambre dont le mobilier, les vêtements et les objets ont été violemment renversés ou déchirés.

La composition s’inspire de La Mort de Sardanapale d’Eugène Delacroix. Wall ne reproduit ni les personnages ni le sujet orientaliste du tableau, mais en reprend la diagonale, la couleur rouge dominante et l’organisation d’un espace livré à la destruction.

La photographie ne montre pas une véritable chambre après un événement violent. Le décor est construit en studio, et une partie du dispositif reste visible sur le bord gauche de l’image. Le spectateur peut apercevoir l’extérieur de la pièce, comme s’il regardait une scène de théâtre ou un plateau de tournage.

Cette ouverture empêche l’illusion d’être complète. Elle révèle simultanément l’espace fictif et les moyens utilisés pour le fabriquer.

La présence de vêtements et d’objets traditionnellement associés à une occupante féminine, sans que celle-ci soit montrée, introduit une dimension de violence sexuelle et domestique. L’image laisse toutefois indéterminées la cause de la destruction et l’identité de son auteur.

Picture for Women

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Picture for Women, réalisée en 1979, reprend plusieurs éléments de la composition d’Un bar aux Folies Bergère de Manet.

La photographie montre une femme, l’artiste et un appareil photographique placés dans un espace de travail. Un miroir occupe presque toute la surface visible et rend incertain le statut spatial des personnages.

La femme regarde directement vers l’objectif, tandis que Wall se tient à l’autre extrémité de l’image et actionne le déclencheur. L’appareil se trouve entre eux, au centre de la composition.

Cette organisation rend visible le dispositif photographique et les rapports entre modèle, photographe et spectateur. Le regard de la femme semble s’adresser à l’appareil, à Wall et au public simultanément.

L’œuvre interroge aussi la distribution traditionnelle des rôles dans l’histoire de l’art : femme regardée, artiste masculin regardant et spectateur placé devant l’image.

Contrairement au tableau de Manet, la photographie ne dissimule pas entièrement l’appareil qui produit la représentation. Celui-ci devient l’un des personnages principaux de la scène.

Le caisson lumineux

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Wall adopte le caisson lumineux après avoir observé des publicités rétroéclairées dans des gares et des espaces urbains. Les transparences couleur sont installées dans des structures d’aluminium contenant un système d’éclairage.

Ce procédé donne aux couleurs une intensité particulière et rend l’image visible dans des conditions d’exposition variées. Il rapproche également la photographie du cinéma, de la télévision et de l’espace commercial.

Le caisson n’est pas un simple support interchangeable. Son épaisseur, sa lumière et sa présence architecturale appartiennent à l’œuvre.

L’image semble posséder sa propre source lumineuse, au lieu de dépendre uniquement de l’éclairage du musée. Cette autonomie contribue à la séparer du mur et à lui donner le statut d’un objet.

Wall n’est pas le premier artiste à employer des images rétroéclairées, mais il contribue de manière décisive à leur diffusion dans la photographie artistique monumentale à partir de la fin des années 1970.

À partir des années 1990, il ne limite toutefois plus sa pratique à ce dispositif. Il réalise aussi de grands tirages gélatino-argentiques en noir et blanc, des impressions couleur sur papier et des photographies de format plus modeste.

Photographie mise en scène et « cinématographie »

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Une grande partie de l’œuvre de Wall repose sur la reconstruction d’une scène. Il engage des interprètes, choisit les costumes, construit ou transforme un décor et règle les gestes, la lumière et la position de l’appareil.

Ces œuvres peuvent évoquer le cinéma en raison de leur préparation, de leur équipe et de leur mise en scène. Wall emploie parfois le terme de « cinématographie » pour désigner cette pratique.

Il ne cherche cependant pas à produire des photogrammes extraits d’un film imaginaire. Chaque œuvre est conçue pour exister comme une image fixe autonome.

Le temps du cinéma est condensé dans un seul instant. Une posture, une expression ou la position d’un objet doit permettre au spectateur d’imaginer ce qui précède et ce qui pourrait suivre.

La mise en scène peut durer plusieurs jours, plusieurs mois ou plusieurs années. Elle ne vise pas nécessairement une image spectaculaire : certaines photographies représentent un intérieur banal, un geste de travail ou une rencontre apparemment insignifiante.

Reconstruction de souvenirs et « microgestes »

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Plusieurs photographies trouvent leur origine dans une scène brièvement observée par l’artiste dans la rue ou dans un espace public.

Wall ne photographie pas nécessairement l’événement au moment où il se produit. Il le mémorise, puis le reconstruit ultérieurement avec des interprètes dans un lieu choisi ou recréé.

Ce délai transforme l’observation en image mentale. La photographie ne prétend donc pas restituer exactement l’événement initial, mais reconstruire ce que l’artiste en a retenu.

Wall accorde une attention particulière aux gestes ordinaires, parfois presque imperceptibles : orientation d’un regard, tension d’une main, inclinaison d’un corps ou mouvement de recul.

Il qualifie certains de ces mouvements de « microgestes ». Ils peuvent révéler une relation sociale ou un conflit sans être immédiatement identifiables comme une action majeure.

La photographie permet de rendre durablement visible ce que l’observation quotidienne ne ferait qu’apercevoir.

Réalisée en 1982, Mimic trouve son origine dans une scène que Wall dit avoir observée dans une rue de Vancouver.

Un couple blanc marche sur un trottoir tandis qu’un homme asiatique s’approche en sens inverse. Au moment où ils se croisent, l’homme blanc fait avec son doigt un geste raciste imitant la forme supposée des yeux asiatiques.

La scène est reconstruite avec des interprètes. L’image ne constitue donc pas la documentation directe d’une agression réelle, mais une tentative de représenter un geste fugitif dont le caractère violent pourrait échapper à l’appareil photographique.

La composition peut être rapprochée de Rue de Paris, temps de pluie de Gustave Caillebotte : figures se croisant dans un espace urbain, perspective structurée et tension produite par la proximité des corps[7].

La photographie traite du racisme ordinaire sans présenter une scène spectaculaire ni une confrontation ouverte. Le geste est petit, mais sa signification dépend de l’histoire sociale et des rapports de pouvoir qu’il mobilise.

La femme placée entre les deux hommes paraît percevoir le geste, mais sa réaction demeure difficile à interpréter. Le spectateur se trouve lui aussi dans la position d’un témoin, sans possibilité d’intervenir.

The Storyteller

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The Storyteller, réalisée en 1986, montre un groupe de personnes autochtones installées sur un terrain en contrebas d’une infrastructure routière à Vancouver.

Trois figures sont réunies autour d’une personne qui semble parler, tandis que deux autres restent à distance. Le titre désigne l’acte de raconter, mais le contenu du récit reste inaccessible au spectateur.

L’image reprend indirectement la structure de compositions comme Le Déjeuner sur l’herbe de Manet, tout en déplaçant la scène de loisir vers un espace périphérique marqué par l’autoroute, les terrains résiduels et l’exclusion urbaine.

La photographie confronte ainsi la tradition du paysage pastoral à un territoire transformé par l’infrastructure moderne.

La représentation de personnes autochtones par un artiste non autochtone demande toutefois à être située dans l’histoire coloniale de Vancouver et dans les débats sur l’autorité de celui qui produit l’image.

Wall ne présente pas les figures comme les représentants intemporels d’une culture. Il les inscrit dans une situation urbaine contemporaine, mais le titre et la composition peuvent également mobiliser des attentes culturelles concernant l’oralité et l’identité autochtone.

Photographie presque documentaire

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À côté des scènes longuement préparées, Wall réalise des photographies prises plus directement, sans acteurs ni reconstitution élaborée.

Il qualifie certaines de ces œuvres de « near documentary », expression traduite par « presque documentaire » ou « quasi documentaire ».

Ces images peuvent représenter une branche, un mur, un terrain, un intérieur, un passant ou un objet aperçu dans la ville. Leur apparente simplicité contraste avec les grandes compositions narratives.

Le terme « presque » souligne cependant que la photographie ne devient jamais un document entièrement neutre. Le choix du lieu, du cadrage, du moment, de la lumière et du format construit nécessairement une image.

Wall évite ainsi d’opposer frontalement fiction et document. Ses photographies mises en scène peuvent produire une apparence documentaire, tandis que ses prises de vue directes restent dépendantes d’une décision esthétique.

Noir et blanc

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À partir de 1996, Wall réalise plusieurs grandes photographies noir et blanc, parmi lesquelles Volunteer, Passerby, Night et Man with a Rifle.

Le recours au tirage gélatino-argentique modifie profondément l’apparence de son travail. La lumière ne provient plus du caisson, et l’image se rapproche de la tradition historique du reportage, de la photographie de rue et du cinéma noir et blanc.

Certaines scènes restent pourtant mises en scène. Dans Volunteer, un homme nettoie le sol d’un espace communautaire ; l’action paraît ordinaire, mais elle est reconstruite pour l’appareil.

Le noir et blanc ne garantit donc pas davantage l’authenticité documentaire que la couleur. Wall utilise au contraire ses associations historiques afin de produire une nouvelle ambiguïté.

La gamme de gris permet également de concentrer l’attention sur les gestes, les matières et les relations de lumière.

Petites photographies et « compositions diagonales »

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Wall réalise aussi des photographies de dimensions modestes consacrées à des coins de pièces, des sols, des murs, des lavabos, des objets et des traces d’usure.

Diagonal Composition (1993) montre notamment un fragment d’espace intérieur dans lequel la rencontre entre plusieurs surfaces produit une composition géométrique[8].

Ces images ne racontent pas une histoire identifiable et ne comportent généralement aucune figure humaine. Elles déplacent l’attention vers les qualités picturales de lieux négligés.

Les traces de saleté, les matériaux ordinaires et les lignes architecturales peuvent rappeler la peinture abstraite ou la photographie moderniste.

Wall ne les considère pas comme de simples études préparatoires. Leur petite taille et leur silence visuel produisent un mode d’attention différent de celui des tableaux monumentaux.

L’exposition Smaller Pictures, présentée en 2015 à la Fondation Henri Cartier-Bresson, met précisément en évidence cette dimension moins spectaculaire de son œuvre.

Montage numérique

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Au début des années 1990, Wall commence à employer les outils numériques pour combiner plusieurs prises de vue dans une seule image.

Le photomontage ne sert pas principalement à produire des effets immédiatement reconnaissables comme artificiels. Il permet de construire une scène avec une précision impossible à obtenir lors d’une prise de vue unique.

Les figures peuvent être photographiées séparément, les gestes répétés et les éléments du paysage assemblés à partir de différents négatifs.

La photographie finale conserve souvent une unité spatiale et lumineuse. Le spectateur peut croire qu’elle résulte d’un seul déclenchement, alors qu’elle rassemble de nombreux instants.

Cette méthode rapproche la photographie de la peinture, dans laquelle chaque partie de l’image peut être élaborée séparément puis intégrée à une composition générale.

Elle modifie également la relation du médium à l’instant. La photographie ne témoigne plus nécessairement d’un moment unique ayant existé devant l’appareil.

Dead Troops Talk

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Dead Troops Talk (A Vision after an Ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, Winter 1986), réalisée en 1992, représente des soldats soviétiques morts qui semblent reprendre conscience après une embuscade en Afghanistan.

Les corps blessés parlent, rient, montrent leurs plaies ou regardent leurs camarades. La scène associe violence réaliste, grotesque et apparition surnaturelle.

Wall n’a pas assisté à la guerre soviéto-afghane. L’image est entièrement construite en studio avec des interprètes, des prothèses, des costumes et plusieurs prises de vue assemblées numériquement.

Le sous-titre indique explicitement qu’il s’agit d’une « vision », et non d’une reconstitution documentaire d’un événement précis.

La photographie reprend certaines ambitions de la peinture d’histoire : représenter un conflit, organiser un grand nombre de figures et donner à une scène imaginaire une apparence matérielle convaincante.

Elle refuse toutefois la grandeur héroïque traditionnellement associée à la mort militaire. Les soldats ne deviennent ni martyrs ni symboles univoques ; leur retour grotesque détruit la solennité du champ de bataille[9].

A Sudden Gust of Wind (after Hokusai)

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Réalisée en 1993, A Sudden Gust of Wind (after Hokusai) s’inspire d’une estampe de Hokusai appartenant à la série des Trente-six vues du mont Fuji.

Dans l’estampe, une rafale surprend plusieurs voyageurs et emporte des feuilles de papier dans le ciel. Wall transpose la scène dans un paysage agricole de Colombie-Britannique.

La photographie est élaborée pendant plusieurs mois et composée à partir de nombreuses prises de vue. Les personnages, les papiers et certains éléments du paysage sont photographiés séparément puis réunis numériquement[10].

Le montage permet de représenter un instant presque impossible à saisir : plusieurs corps réagissant simultanément à une rafale tandis que des dizaines de feuilles restent suspendues dans l’air.

L’œuvre ne cherche pas à imiter matériellement l’estampe japonaise. Elle transpose sa composition dans une photographie contemporaine et confronte plusieurs traditions de représentation : estampe, paysage occidental, cinéma et photomontage numérique.

Le terme « d’après » indique à la fois l’hommage et la transformation. L’image historique devient le point de départ d’une nouvelle scène plutôt qu’un modèle à reproduire fidèlement.

The Flooded Grave

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The Flooded Grave, réalisée entre 1998 et 2000, montre une fosse funéraire remplie d’eau dans laquelle apparaissent poissons, étoiles de mer, anémones et autres organismes marins.

Le décor paraît être situé dans un cimetière réel. L’image résulte cependant de la combinaison de photographies prises dans deux cimetières de Vancouver et d’un environnement aquatique construit en studio à partir du moulage d’une véritable tombe[11].

Wall travaille près de deux ans à l’œuvre et assemble de nombreuses images documentaires et fabriquées.

La photographie associe deux espaces incompatibles : le cimetière terrestre et un écosystème sous-marin. La tombe n’est pas seulement remplie d’eau ; elle semble ouvrir sur un autre monde.

L’image peut évoquer la mort, la décomposition, la résurrection ou la continuité de la vie, sans imposer une lecture symbolique définitive.

Le caractère merveilleux de la scène repose sur un montage technique minutieux dont le résultat conserve une apparence presque documentaire.

Littérature et image

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Wall s’inspire régulièrement d’œuvres littéraires. Il ne cherche pas à en produire des illustrations exhaustives, mais à construire une image correspondant à un passage, une situation ou une atmosphère précise.

Ses références comprennent notamment Ralph Ellison, Franz Kafka, Yukio Mishima et Raymond Carver.

La littérature fournit des situations qui ne peuvent pas être directement observées et qui doivent être reconstruites. Elle permet également à Wall de travailler sur l’écart entre ce qu’un texte décrit et ce qu’une image peut montrer.

Une photographie ne peut pas restituer la voix narrative, la durée et l’ensemble des pensées d’un personnage. Elle doit condenser ces éléments dans un décor, un corps, une lumière et une organisation spatiale.

Wall utilise cette impossibilité comme un principe créatif. L’image ne remplace pas le texte ; elle propose une interprétation visuelle autonome.

After “Invisible Man” by Ralph Ellison, the Prologue

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Réalisée en 1999-2000, cette œuvre prend pour point de départ le prologue du roman Invisible Man de Ralph Ellison, publié en 1952.

Le narrateur, un homme noir dont la société refuse de reconnaître l’existence, vit clandestinement dans un sous-sol éclairé par 1 369 ampoules alimentées illégalement.

Wall construit le décor en studio avec une grande attention aux détails mentionnés dans le texte : ampoules, tourne-disques, disques, meubles, livres et objets accumulés[12].

Le personnage est assis dos au spectateur. Son invisibilité sociale n’est donc pas représentée par une disparition physique, mais par une relation paradoxale entre son corps visible et le refus collectif de le reconnaître.

La quantité excessive de lumière ne rend pas nécessairement le personnage plus accessible. Elle produit un espace dense, presque aveuglant, dans lequel les objets semblent lutter pour devenir visibles.

L’œuvre ne doit pas être comprise comme une représentation générale de l’expérience afro-américaine. Elle constitue l’interprétation par Wall d’un passage littéraire précis, et son analyse doit tenir compte de la différence entre la position de l’auteur du roman, celle du personnage et celle de l’artiste qui reconstruit la scène.

Travail, entretien et espaces invisibles

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Plusieurs photographies de Wall représentent des formes de travail ordinaire rarement placées au centre de l’image artistique : nettoyage, manutention, entretien, bénévolat ou préparation d’un espace.

Dans Morning Cleaning, Mies van der Rohe Foundation, Barcelona (1999), un homme nettoie les vitres du pavillon de Barcelone conçu par Ludwig Mies van der Rohe[13].

L’architecture moderniste est généralement photographiée vide, propre et intemporelle. Wall montre au contraire le travail quotidien nécessaire au maintien de cette apparence.

Le corps du travailleur introduit une échelle humaine et une temporalité dans l’espace canonique de l’histoire de l’architecture.

L’image ne transforme pas nécessairement l’employé en héros monumental. Elle rend visible une activité dont le résultat consiste précisément à effacer ses propres traces.

Dans Volunteer, un homme nettoie le sol d’un local associatif. Là encore, le travail paraît modeste, répétitif et dépourvu d’événement spectaculaire.

Architecture moderniste et vie quotidienne

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Wall photographie régulièrement des architectures modernes, des immeubles, des appartements et des espaces institutionnels.

Il s’intéresse moins au bâtiment comme objet autonome qu’aux usages, au travail et aux relations sociales qui s’y développent.

Dans Morning Cleaning, le pavillon de Mies van der Rohe apparaît à la fois comme une œuvre architecturale et comme un lieu devant être nettoyé.

Dans A View from an Apartment (2004-2005), deux femmes occupent un appartement de Vancouver dont la grande fenêtre ouvre sur le port et les infrastructures urbaines[14].

L’une des habitantes accomplit une tâche domestique tandis que l’autre lit ou travaille. Le paysage visible à travers la fenêtre ne constitue pas un simple arrière-plan : il relie l’intérieur privé aux réseaux économiques, industriels et portuaires de la ville.

La photographie est réalisée sur une longue période avec la participation de l’occupante de l’appartement. Wall laisse certaines situations quotidiennes se développer tout en organisant progressivement la composition.

L’œuvre se situe ainsi entre la mise en scène et l’observation prolongée.

Vancouver et les marges urbaines

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La plupart des photographies de Wall sont réalisées à Vancouver et dans sa région. La ville apparaît rarement à travers ses monuments ou ses paysages touristiques.

L’artiste privilégie les zones périphériques, les terrains vagues, les trottoirs, les parkings, les quartiers résidentiels, les infrastructures et les espaces laissés entre plusieurs usages.

Ces lieux sont souvent qualifiés de « paysages indifférents » : ils ne possèdent pas de signification spectaculaire en eux-mêmes, mais deviennent le cadre de gestes et de relations sociales.

Le développement rapide de Vancouver, la spéculation immobilière, les infrastructures portuaires et les traces de l’industrialisation constituent un arrière-plan important.

Wall ne produit cependant pas un inventaire systématique comparable à une enquête urbanistique. La ville est transformée en scène à partir de laquelle peuvent apparaître conflit, attente, déplacement, travail ou solitude.

Classe sociale et vie ordinaire

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L’œuvre de Wall porte régulièrement sur les différences de classe, les rapports de travail, la précarité et la manière dont les individus occupent l’espace public.

Les figures sont souvent représentées dans des lieux où leur présence paraît temporaire : bord de route, terrain vague, arrêt de bus, local collectif ou espace de transition.

L’artiste évite généralement le commentaire explicite et la légende journalistique. La signification sociale doit être déduite des vêtements, des gestes, de l’architecture et de la distance entre les personnages.

Cette méthode peut rendre les images complexes, mais elle comporte également un risque : la monumentalisation esthétique d’individus ou de situations de précarité.

L’analyse de ses œuvres doit donc distinguer la critique des rapports sociaux de la fascination picturale produite par leur mise en scène.

Violence visible et violence latente

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Certaines photographies montrent directement des corps blessés, des disputes ou des destructions. D’autres reposent sur une tension plus discrète.

Dans Mimic, la violence se concentre dans un geste raciste presque furtif. Dans The Destroyed Room, l’action violente a déjà eu lieu. Dans Dead Troops Talk, les conséquences d’une embuscade sont représentées sous une forme fantastique.

Wall s’intéresse ainsi moins à l’instant spectaculaire de l’action qu’à ses signes, ses préparatifs ou ses traces.

Une photographie peut montrer un moment où rien ne paraît se produire, mais où la position des corps et des regards suggère un conflit possible.

L’immobilité propre au médium renforce cette ambiguïté. Le spectateur ne sait pas toujours si la scène va se résoudre, s’aggraver ou rester suspendue.

Absorbement et théâtralité

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Les personnages de Wall paraissent fréquemment absorbés dans une tâche, une pensée, une lecture ou une interaction. Ils ne regardent pas nécessairement vers l’appareil et semblent ignorer la présence du spectateur.

Cette absorbement rapproche ses photographies de certaines traditions picturales analysées par l’historien de l’art Michael Fried. Une figure occupée à une action donne l’impression que la scène existe indépendamment de celui qui la regarde.

Dans d’autres œuvres, la construction théâtrale est au contraire rendue visible. Picture for Women montre directement l’appareil photographique, tandis que The Destroyed Room révèle les limites du décor.

Wall alterne donc deux stratégies : créer l’impression d’un monde autonome ou rappeler que l’image dépend d’un dispositif et d’une mise en scène.

Cette oscillation empêche le spectateur d’adopter une position stable. Il peut être absorbé par la fiction puis ramené à la conscience de son artificialité.

Présence et absence du photographe

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Wall apparaît rarement comme personnage principal de ses œuvres, mais sa position demeure perceptible dans la manière dont la scène est organisée.

Dans Picture for Women, son corps et l’appareil sont explicitement visibles. Dans les autres tableaux, sa présence se manifeste à travers le choix du lieu, la direction des acteurs et le contrôle du montage.

La mise en scène rend plus évidente l’autorité du photographe sur l’image. Les gestes apparemment spontanés peuvent avoir été répétés, modifiés ou choisis parmi de nombreuses prises.

Cette autorité constitue l’une des questions éthiques de son œuvre, notamment lorsqu’elle représente des groupes sociaux, des identités ou des situations auxquelles l’artiste n’appartient pas directement.

La photographie ne doit donc pas être lue uniquement comme une fenêtre sur un événement. Elle est également le résultat d’une relation entre l’artiste, les interprètes, les lieux et les traditions visuelles mobilisées.

Le spectateur comme témoin

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Les photographies de Wall placent fréquemment le spectateur dans la position d’un témoin qui arrive trop tard ou qui ne dispose pas de toutes les informations.

Il voit le geste raciste de Mimic, mais ne peut pas intervenir. Il observe la chambre détruite sans connaître l’événement. Il rencontre les soldats morts de Dead Troops Talk sans pouvoir déterminer le statut exact de leur apparition.

Cette position rappelle celle du spectateur de peinture d’histoire, confronté à une scène dont il doit reconstruire les causes et les conséquences.

L’absence de légende explicative renforce cette responsabilité interprétative. Le public doit examiner les détails, comparer plusieurs hypothèses et reconnaître les limites de ce qu’il peut savoir.

Le tableau photographique n’est donc pas seulement une image à contempler. Il organise une relation morale et cognitive entre le spectateur et ce qui est représenté.

Image unique et durée de fabrication

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Wall produit relativement peu d’œuvres chaque année. Certaines nécessitent plusieurs mois ou plusieurs années de préparation.

Cette lenteur s’oppose à l’idée de la photographie comme médium instantané et reproductible.

Une œuvre peut combiner repérages, construction du décor, répétitions, prises de vue séparées, développement, montage numérique et réalisation du tirage final.

La durée de fabrication n’est pas immédiatement visible. L’image peut conserver l’apparence d’un instant spontané, alors qu’elle résulte d’une longue élaboration.

Cette contradiction constitue l’un des fondements de son travail : employer la photographie, médium historiquement associé à l’instant, pour produire des images dont la construction se rapproche de celle d’un tableau ou d’un film.

Références à l’histoire de l’art

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Les œuvres de Wall dialoguent avec Delacroix, Manet, Caillebotte, Hokusai, les peintres hollandais, la peinture d’histoire, la scène de genre et le modernisme photographique.

Ces références ne doivent pas être comprises comme un simple jeu de reconnaissance destiné aux spécialistes. Elles permettent à l’artiste d’étudier la manière dont les formes anciennes continuent d’organiser la perception des situations contemporaines.

Une composition héritée de Manet peut servir à représenter un atelier photographique ; une estampe de Hokusai peut être transposée dans un paysage canadien ; la peinture d’histoire peut fournir un modèle à une scène fictive de guerre moderne.

Wall ne cherche pas à établir une continuité harmonieuse avec la tradition. Il montre aussi les écarts historiques, sociaux et techniques qui séparent les images.

Le dispositif photographique, le contexte urbain contemporain et les identités des personnages transforment nécessairement le modèle initial.

Écrits théoriques et histoire de l’art

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Parallèlement à sa pratique artistique, Jeff Wall publie des essais consacrés à l’histoire de l’art, à la photographie et à plusieurs artistes contemporains.

Ses textes portent notamment sur Dan Graham, On Kawara, Rodney Graham, Roy Arden, Ken Lum, Stephan Balkenhol et l’histoire du photoconceptualisme.

Il analyse aussi sa propre pratique, en développant des notions comme le tableau photographique, la cinématographie, la photographie presque documentaire et l’expérience de la vie moderne.

Ces écrits jouent un rôle important dans la réception de son œuvre. Wall n’est pas seulement l’objet du discours critique : il contribue activement à définir les catégories permettant d’interpréter son travail.

Cette situation exige toutefois de distinguer les intentions déclarées par l’artiste des effets réels et des lectures possibles des photographies. Le discours de Wall constitue une source importante, mais non l’unique cadre d’analyse.

Photographie documentaire et fiction

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La distinction entre documentaire et fiction ne permet pas à elle seule de classer les œuvres de Wall.

Une photographie mise en scène peut représenter avec précision un geste social réellement observé. Une photographie prise sans préparation peut devenir mystérieuse par son cadrage et sa présentation.

Wall ne cherche donc pas à révéler que toute photographie serait mensongère. Il montre plutôt que chaque image résulte d’une construction, qu’elle soit élaborée en studio ou produite dans la rue.

Le documentaire n’est pas défini par l’absence d’intervention, mais par une certaine relation à l’événement, au lieu et à l’information.

La fiction peut, inversement, rendre visibles des situations que la photographie instantanée ne pourrait pas enregistrer : souvenir fugitif, scène littéraire, événement historique imaginaire ou apparition fantastique.

La force de l’œuvre réside dans la tension maintenue entre ces deux régimes.

Position dans la photographie contemporaine

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Jeff Wall contribue, à partir de la fin des années 1970, à faire reconnaître la photographie comme un médium capable d’occuper l’espace et l’échelle de l’art contemporain monumental.

Ses grandes transparences influencent notamment le développement de la photographie de grand format dans les années 1980 et 1990.

Son œuvre est régulièrement rapprochée de celle de Thomas Struth, Andreas Gursky, Thomas Ruff, Candida Höfer, Cindy Sherman, Philip-Lorca diCorcia et Gregory Crewdson, bien que leurs méthodes et leurs sujets diffèrent fortement.

Wall joue également un rôle central dans l’École de Vancouver, au sein de laquelle plusieurs artistes associent photographie, cinéma, architecture, histoire et analyse critique de la ville.

Son influence ne repose cependant pas uniquement sur l’échelle ou la mise en scène. Elle concerne aussi le retour à l’image unique, la relation avec la peinture, l’usage du montage numérique et l’idée qu’une photographie peut être construite avec la lenteur d’un tableau.

Réception et critiques

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Jeff Wall est considéré comme l’une des figures majeures du renouvellement de la photographie artistique depuis les années 1970. La Fondation Beyeler souligne son rôle dans l’établissement de la photographie comme forme autonome d’expression artistique et le présente comme l’un des fondateurs de la photographie mise en scène contemporaine[5].

Son œuvre est admirée pour sa capacité à associer complexité conceptuelle, précision technique, narration et attention à la vie quotidienne.

Elle fait également l’objet de critiques. La monumentalité et la finition des tableaux peuvent transformer des conflits sociaux ou des situations de marginalité en spectacles esthétiques destinés au musée et au marché.

La représentation du racisme, de la pauvreté, des populations autochtones ou du travail soulève la question de la position depuis laquelle l’artiste parle et de l’autorité qu’il exerce sur les interprètes.

Le recours à l’histoire de la peinture occidentale peut enfin être considéré comme une réouverture féconde de la tradition ou, au contraire, comme une manière de réaffirmer la centralité du tableau et du canon muséal.

Ces lectures ne s’excluent pas nécessairement. Elles témoignent de la tension constante de son œuvre entre critique sociale, ambition esthétique et institutionnalisation de la photographie.

Expositions personnelles sélectionnées

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  • 1978 : Nova Gallery, Vancouver.
  • 1984 : Institute of Contemporary Arts, Londres.
  • 1993 : Irish Museum of Modern Art, Dublin.
  • 1999 : Jeff Wall : Œuvres 1990-1998, Musée d’art contemporain de Montréal.
  • 2001 : Whitechapel Gallery, Londres ; Museum für Moderne Kunst, Francfort ; Kunstmuseum Wolfsburg.
  • 2002 : Hasselblad Center, Göteborg.
  • 2005 : Jeff Wall: Photographs 1978–2004, Schaulager, Bâle, puis Tate Modern, Londres.
  • 2007-2008 : Jeff Wall, Museum of Modern Art, New York ; Art Institute of Chicago ; San Francisco Museum of Modern Art[4].
  • 2012 : Jeff Wall: The Crooked Path, Palais des beaux-arts, Bruxelles.
  • 2015 : Smaller Pictures, Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris.
  • 2018 : Jeff Wall, Kunsthalle Mannheim.
  • 2024 : Jeff Wall, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle[5].

Œuvres principales

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  • The Destroyed Room, 1978.
  • Picture for Women, 1979.
  • Double Self-Portrait, 1979.
  • Mimic, 1982.
  • The Storyteller, 1986.
  • Dead Troops Talk (A Vision after an Ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, Winter 1986), 1992.
  • A Sudden Gust of Wind (after Hokusai), 1993.
  • Diagonal Composition, 1993.
  • Restoration, 1993.
  • Insomnia, 1994.
  • Volunteer, 1996.
  • Passerby, 1996.
  • The Flooded Grave, 1998-2000.
  • Morning Cleaning, Mies van der Rohe Foundation, Barcelona, 1999.
  • After “Invisible Man” by Ralph Ellison, the Prologue, 1999-2000.
  • A View from an Apartment, 2004-2005.
  • In front of a nightclub, 2006.
  • Knife Throw, 2008.

Distinctions sélectionnées

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  • 2002 : prix international de la Fondation Hasselblad[3].
  • 2003 : prix Roswitha-Haftmann.
  • 2007 : officier de l’Ordre du Canada.

Publications

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  • (en) Michael Fried, Why Photography Matters as Art as Never Before, New Haven, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-13684-5)
  • (en) Thierry de Duve, Arielle Pelenc, Boris Groys, Jean-François Chevrier et Mark Lewis, Jeff Wall: The Complete Edition, Londres, Phaidon, (ISBN 978-0-7148-4866-2)
  • (en) Jeff Wall: Catalogue Raisonné 2005–2021, New York et New Haven, Gagosian et Yale University Press, (ISBN 978-0-300-26102-8)

Notes et références

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  1. (en) « Order of Canada 2007 »
  2. 1 2 3 (en) « Jeff Wall », sur Tate (consulté le )
  3. 1 2 (en) « Jeff Wall », sur Fondation Hasselblad, (consulté le )
  4. 1 2 (en) « Jeff Wall », sur Museum of Modern Art, (consulté le )
  5. 1 2 3 « Jeff Wall », sur Fondation Beyeler, (consulté le )
  6. (en) « Jeff Wall — Overview », sur Art Institute of Chicago (consulté le )
  7. (en) « Mimic », sur Art Institute of Chicago (consulté le )
  8. (en) « Diagonal Composition », sur Tate (consulté le )
  9. (en) « Jeff Wall — Themes », sur Art Institute of Chicago (consulté le )
  10. (en) « A Sudden Gust of Wind (after Hokusai) », sur Tate (consulté le )
  11. (en) « The Flooded Grave », sur Art Institute of Chicago (consulté le )
  12. (en) « After “Invisible Man” by Ralph Ellison, the Prologue », sur Museum of Modern Art (consulté le )
  13. (en) « Morning Cleaning, Mies van der Rohe Foundation, Barcelona », sur Tate (consulté le )
  14. (en) « A View from an Apartment », sur Tate (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Jeff Wall, Essais et entretiens, 1984-2001, Paris, ENSBA, 2001.
  • Jean-François Chevrier, Jeff Wall, Paris, Hazan, 2006.
  • Hans Werner Holzwarth, Art Now Vol 3. A cutting-edge selection of today's most exciting artists, Cologne, Taschen, 2008, pp. 492–495.
  • Jeff Wall, Museum of Modern Art, New York, 2007 (ISBN 9780870707070 et 0870707078)
  • Uta Grosenick, Burkhard Riemschneider, Art Now. 137 Artists at the Rise of the New Millenium, Cologne, Taschen, 2002, pp. 524–527.
  • Christian Milovanoff : Les trépassés du vingtième siècle, La pensée de midi, n° 4, éd. Actes Sud, Printemps 2001
  • Jean-Pierre Krief, Contacts, (France, 2000, 14 min), Arte France
  • Michel Guerrin, « Jeff Wall, "peintre" de la vie moderne », Le Monde, (lire en ligne Accès limité).

Liens externes

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