Jeune Garde antifasciste

organisation antifasciste française d'extrême gauche

La Jeune Garde antifasciste ou simplement Jeune Garde est une ancienne organisation militante française d'extrême gauche antifasciste, qui apparaît en 2018 à Lyon. Raphaël Arnault fait partie des cofondateurs et en est initialement porte-parole.

Jeune Garde
Image illustrative de l’article Jeune Garde antifasciste
Logo de la Jeune Garde, qui utilise le symbole des Trois Flèches[1].
Situation
Création
Dissolution
Type Organisation politique
Organisation
Membres Jusqu'à 200[2]
Porte-parole Raphaël Arnault (jusqu'en mai 2022)
Positionnement extrême gauche
Mouvement Groupe antifasciste en France
Personnes clés Jacques-Élie Favrot

Elle vise à lutter contre l'extrême droite et les idéologies fascistes, en particulier contre les groupes nationalistes et néonazis. Elle participe à des démarches unitaires comme le collectif Fermons les locaux fascistes. Selon les pouvoirs publics français, elle compte une centaine de membres actifs en 2025.

Critiquée pour ses actions directes jugées violentes, la Jeune Garde est dissoute par un décret du Conseil des ministres le . Elle conteste sa dissolution en justice, devant le Conseil d'État.

Le , le Conseil d'État rejette le recours juridique déposé et confirme sa dissolution.

Histoire

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Origine, approche politique et développement

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La Jeune Garde est un groupement de fait antifasciste fondé en à Lyon[3] en réaction aux actions du Bastion social (dissous en 2019)[4] et plus largement de la présence importante de longue date dans la ville de groupes d'extrême-droite voire fascistes, dont certains commettent régulièrement des violences de rue contre des personnes[5],[6],[7],[8]. Raphaël Arnault fait partie des cofondateurs[9]. Le nom de l'organisation est une référence aux Jeunes gardes socialistes et communistes des années 1930[10].

Raphaël Arnault, cofondateur et premier porte-parole du groupe, ici en 2021.

Sur plusieurs aspects, l'organisation se démarque formellement d'autres groupes antifascistes. Ainsi, l'organisation milite à visage découvert, met en place un porte-parolat et aurait une composition plus féminine que la moyenne[11],[12]. En décalage avec l'antifascisme autonome représenté notamment par Action antifasciste Paris-Banlieue, la Jeune Garde établit des liens avec les organisations syndicales et politiques de gauche, affichant une volonté unitaire[12]. Selon Politis[13], la Jeune Garde propose ainsi un antifascisme jugé plus ouvert que d'autres groupes.

En revanche, elle a en commun avec la plupart des groupes spécifiquement antifascistes de ne pas exclure le recours à la violence physique, vu comme une réponse à celle de l'extrême-droite, pratique qualifiée d'« autodéfense populaire »[14],[15].

La Jeune Garde se développe en avec l'ouverture d'une section à Strasbourg[16], puis en 2020 avec une nouvelle section à Paris. En 2021, des sections locales à Lille et à Montpellier suivent[17].

Participation au collectif "Fermons les locaux fascistes"

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À partir de 2010, plusieurs groupes de la mouvance identitaire s'implantent physiquement dans le quartier du Vieux Lyon, par le biais de locaux collectifs ou de bars[18]. Dans la suite de précédentes tentatives, le collectif Fermons les locaux fascistes se crée en 2018 avec pour objectif de répertorier et visibiliser les agressions d'extrême-droite et d'obtenir la fermeture administrative de ces locaux[19],[20],[21],[22] Le collectif se veut unitaire et rassemble des partis (comme le Parti communiste, La France insoumise ou Ensemble!), des syndicats (comme la CGT, la FSU, l'UNEF) des associations (comme Alternatiba, Attac, SOS Racisme) et collectifs, dont la Jeune Garde dès l'origine. Le collectif obtient la fermeture de plusieurs locaux et est toujours actif[Quand ?][18].

Incidents, condamnations

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Un des membres de la Jeune Garde, Hamma Alhousseini, est reconnu coupable en d'une agression perpétrée dans un établissement de nuit du Vieux Lyon[23],[24]. Il est aussi l'objet d'une investigation judiciaire à la suite de la diffusion sur les réseaux sociaux de messages de soutien au groupe terroriste Boko Haram, ainsi qu'à une approbation implicite de l'assassinat de Samuel Paty[25],[23].

En , le porte-parole de la Jeune Garde lyonnaise, Raphaël Arnault, est agressé par des membres du groupe d'extrême droite Zouaves Paris, alors qu'il sort du train à Paris-Gare-de-Lyon[26],[27],[28]. En octobre, la Jeune Garde manifeste dans les rues de Lyon contre les violences de l'extrême droite, au côté d'associations comme le Mouvement français pour le planning familial ou Alternatiba, de partis politiques, La France insoumise, le Parti communiste français, Europe Écologie-Les Verts et le Nouveau Parti anticapitaliste, et de syndicats comme la CGT, l'Union syndicale Solidaires ou l'UNEF. Les manifestants demandent la fermeture du bar La Traboule et de la salle de boxe L'Agogé, situés dans le quartier du Vieux Lyon[3],[4].

En , une conférence antifasciste à Strasbourg à laquelle la Jeune Garde assiste est attaquée par des membres du groupe hooligan et néonazi Strasbourg Offender[29].

Toujours en février, le porte-parole du collectif Raphaël Arnault est condamné par le tribunal correctionnel de Lyon pour des violences en réunion commises le [25],[30].

L'organisation du groupe évolue en lorsque le porte-parole de la section lyonnaise Raphaël Arnault démissionne de son poste pour se présenter aux élections législatives de 2022[31],[32].

Revendications d'agressions

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Sur la chaine Telegram intitulé Antifa Squads, des militants antifascistes documentent leurs faits d'armes compilant des agressions et des bagarres[33],[34].

Des membres se revendiquant de la Jeune Garde relaient une vidéo le à Lyon, avec comme commentaire « Une petite équipe d'antifas de la Jeune Garde décide de faire un tour place Carnot. Une dizaine de fascistes Lyon Populaire sont repérés en terrasse. Seulement 4 d'entre eux assumeront le contact, s'ensuit un marbrage en règle pour ceux la »[35].

Ce même mois, sur ce même canal, on peut lire « Le pseudo leader de Tenesoun (groupe d’extrême droite) pense pouvoir se balader tranquillement dans la campagne. C'est sans rappeler sur la Jeune Garde qui va lui rappeler le sort réservé aux nazillons en Provence ». S'ensuit une vidéo d'un jeune homme se faisant violemment frapper au sol[36].

Affaire judiciaire pour violences à caractère antisémite

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Le Canard enchaîné révèle que huit militants de la Jeune Garde sont mis en examen en pour « violences en réunion […] en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion » après l'agression présumée en mai d'un mineur juif de 15 ans soupçonné par ces militants d’appartenir à la Ligue de défense juive, ayant entraîné douze jours d'incapacité totale de travail pour motif psychologique[37],[38].

Selon Libération, le parquet indique qu'aucun coup n'aurait été porté, les agressions étant verbales[37]. BFMTV affirme l'inverse en 2026, à l'occasion d'un article sur la mort de Quentin Deranque où un membre, Alexis C., est également mis en cause[39]. Ces violences antisémites présumées ont eu lieu en marge d'une conférence de Rima Hassan, que la Ligue de défense juive tentait d'interdire[37],[39]. L'avocate des militants défend la version d'une « altercation [verbale] entre pro et anti-Palestine » sans aucune violence physique[40].

Procédure de dissolution

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Le , le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau annonce l'ouverture d'une procédure de dissolution de la Jeune Garde[41],[42]. Le , la Jeune Garde est dissoute en Conseil des ministres[25], le même jour que le groupe d’extrême droite Lyon populaire. Le ministre de l'Intérieur reproche à ces « groupements de fait de provoquer à des agissements violents contre les personnes, provocations bien souvent suivies d’effets[25],[43]. » Cette dissolution est réclamée de longue date par la députée du Rassemblement national Marine Le Pen[44].

Des personnalités de gauche comme Elsa Faucillon[44] ou Marine Tondelier[44], plusieurs partis (dont LFI, EELV et le NPA) ainsi que plusieurs auteurs spécialistes du fascisme (Ugo Palheta[note 1], Antoine Dubiau) dénoncent cette dissolution en estimant que son objectif est de « faire taire toutes les voix qui s’élèvent contre le projet réactionnaire et violent de l’extrême droite[46]. »

Raphaël Arnault annonce saisir le Conseil d'État pour demander l'annulation de la décision[47]. La Ligue des droits de l'homme et le Gisti déposent une « intervention volontaire en demande » auprès du Conseil pour appuyer cette demande d'annulation[48],[49].

Le Conseil d'État doit initialement statuer début 2026[48],[50]. Le , le groupe LFI de l'Assemblée nationale s'indigne du report sine die de l'audience devant le Conseil, qui devait se tenir le jour même[51]. Il sollicite l'abandon de la procédure de dissolution[51],[52].

Le , le gouvernement saisit le parquet de Paris d'un dossier de reconstitution de ligue « dissoute de la Jeune Garde »[53].

Le , le Conseil d'État rejette le recours pour excès de pouvoir déposé contre la dissolution de la Jeune Garde[54],[55]. Le Conseil d'État relève que La Jeune Garde a mené et incité à commettre des actes violents « de confrontation et d’exclusion physique de l’espace public, tant par le comportement de ses membres que par ses soutiens à certains comptes sur les réseaux sociaux et son absence de réaction à leurs contenus »[55].

Mort de Quentin Deranque à Lyon

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Le groupe est mis en cause lors de la mort de Quentin Deranque le . Selon Le Parisien[note 2] et Libération reprenant une dépêche de l'AFP, six premières personnes sont mises en examen pour homicide volontaire, et la septième pour complicité, dont « la plupart sont connu[e]s pour avoir été membres ou proches de la Jeune Garde antifasciste»[56] Plusieurs de ces personnes sont de plus proches de Raphaël Arnault, dont ses assistants parlementaires Jacques-Elie Favrot et Robin Chalendard et son ancien collaborateur Adrian Besseyre[57],[58]

L'évènement ravive les critiques d'une partie de la gauche contre La France insoumise, accusée d'être proche du groupe, dont ceux refusant une alliance électorale avec ce parti[59].

Symbole

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Le groupe utilise le symbole des Trois Flèches comme logo, en référence à celui des groupes d’autodéfense socialistes français utilisés dans les années 1930, comme Toujours prêts pour servir (TPPS) et des Jeunes gardes socialistes (JGS), qui combattent à l'époque la réaction, le nazisme et le stalinisme[11]. Après la guerre, le symbole est le logo officiel du parti politique de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO)[4],[60].

Composition

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Le collectif compte environ une centaine de militants[25], répartis entre Lyon, Strasbourg, Lille et Paris. Sa composition politique est diverse et inclut des membres du Mouvement jeunes communistes de France, du Nouveau Parti anticapitaliste, du Parti de gauche, ainsi que de groupes anarchistes[61]. Selon le politologue Jean-Yves Camus, la plupart de ses membres sont issus de « la mouvance anarcho-libertaire »[23].

Liens avec La France insoumise

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De premiers échanges entre la Jeune Garde et LFI débutent en 2022 et s'officialisent à l'été 2023 lorsque Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard et Sébastien Delogu participent au camp d'été du collectif. La même année, Cem Yoldas, un porte-parole de la Jeune Garde, réalise un entraînement de boxe avec le député LFI Carlos Martens Bilongo[61].

En 2024, Raphaël Arnault est élu député du Vaucluse sous l’étiquette LFI, mais « la Jeune Garde conserve son autonomie »[61]. Son assistant parlementaire, Jacques-Élie Favrot, est également membre du mouvement[62],[63].

Le nom de la Jeune Garde apparaît sur deux des quatre kits de mobilisation officiels du Nouveau Front populaire pour les élections législatives de 2024, au côté des partis politiques et soutiens qui le composent, dont les quatre principaux sont LFI, EELV, le PCF et le PS[64].

Selon Le Canard enchaîné, les militants de la Jeune Garde assurent le service d'ordre de Rima Hassan lors d'un meeting le [38].

En 2025, à Auxerre, Jean-Luc Mélenchon déclare que « la Jeune Garde est une organisation alliée et liée au mouvement insoumis »[65],[66],[67],[68],[69].

Fin 2025, la députée LFI Anaïs Belouassa-Cherifi met un tee-shirt de La Jeune Garde à l'Assemblée Nationale[70],[71],[72].

Selon Le Parisien en 2026, la Jeune Garde assurait systématiquement le service d'ordre lors des événements de La France insoumise et obtenait des postes grâce à celle-ci[73]. Un ancien cadre de la Jeune Garde aurait déclaré : « On fait le sale boulot et on est remerciés avec des postes derrière[74]. »

Critiques

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La Jeune Garde fait l'objet de critiques émanant d'une partie du mouvement antifasciste. Ainsi, le collectif Coordination féministe antifasciste la met en cause pour des agressions visant des militantes[23]. D'autres détracteurs reprochent à l'organisation de ne pas accorder une place suffisante à la lutte contre le racisme au sein de son action[75]. Le Groupe antifasciste Lyon et environs, en particulier, accuse la Jeune Garde de pratiquer un antifascisme qu'il qualifie de « salon », reprochant à l'organisation de ne pas intégrer à sa démarche une critique radicale de l'État et du capitalisme[23].

Le quotidien Le Figaro souligne que, malgré les tentatives de ce mouvement antifasciste d'acquérir une image plus consensuelle, ses actions violentes ont largement contribué à façonner sa réputation[30].

Articles connexes

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Notes et références

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  1. Ugo Paletha est préfacier de l'ouvrage de Raphaël Arnault Manuel de riposte antifascite[45]
  2. Si Le Parisien, reprenant l'info de l'AFP, indique en citant "un proche du dossier", que "la plupart" des hommes mis en examen sont proches ou membres de la Jeune garde, il titre néanmoins ans son chapeau que "tous" en sont proches ou membres".

Références

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