John Calvert Nayo Bruce

impresario de zoo humain togolais

John Calvert Nayo Bruce, né en 1859 dans l'actuel Togo sous le nom de Nayo Bruce et mort le à Bakou, est un entrepreneur de spectacle togolais. Il est connu pour avoir organisé le « village du Togo » à l'Exposition coloniale de Berlin et pour avoir dirigé une troupe togolaise présentée dans des zoos humains en Europe de la fin du XIXe siècle jusqu'à sa mort.

John Calvert Nayo Bruce
Nayo Bruce, portrait photographique de 1896[Note 1].
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Conjoint
Enfants

Biographie

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Origines et formation

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Nayo Bruce est le fils du roi Amuzu Djaglidjagli Bruce. Il vit principalement à Aného, sur les rives du lac Togo, près de la côte atlantique, jusqu'au milieu des années 1890. Il affirme que sa famille descend d'un fonctionnaire colonial écossais qui aurait eu deux enfants avec une Togolaise. Enfant, il fréquente l'école des missionnaires de l'Allemagne du Nord (de) à Keta, puis reçoit l'enseignement des méthodistes à Accra. À l'âge de seize ans, il est baptisé et prend le nom de John Calvert[1].

Avant ses voyages en Europe, Bruce vit en situation de polygynie et se marie plusieurs fois. Selon les recherches de Rea Brändle (de), au moins onze épouses et plus de trente descendants directs sont documentés jusqu'à sa mort[2].

Premiers voyages et exposition coloniale de Berlin

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En octobre 1888, Bruce se rend pour la première fois dans l'Empire allemand comme artiste dans un zoo humain. Ernst Henrici recrute alors quatre Togolais pour une tournée promotionnelle de la Société allemande du Togo (de), qui se poursuit jusqu'en février 1890[3]. Après ce premier voyage, Bruce travaille pour l'administration coloniale allemande au Togo[4].

Nayo Bruce, au centre, avec ses épouses Dassi et Ohui Creppy, son fils Kwassi Bruce et d'autres membres de la troupe du Togo lors de l'Exposition coloniale de Berlin.

En 1895, il est chargé d'organiser l'un des cinq villages africains reconstitués autour de l'étang aux carpes (de) du parc de Treptow pour l'Exposition coloniale de Berlin, organisée dans le cadre de la Grande exposition industrielle de Berlin. Le village doit représenter la colonie allemande du Togoland. Bruce rédige un contrat détaillant notamment la rémunération et les conditions de voyage des participants[5].

Au total, vingt-six Togolais arrivent à Berlin sous sa direction au printemps 1896. Le groupe comprend notamment deux de ses épouses, Ohui Creppy et Dassi, son fils Kwassi Bruce, âgé de trois ans, ainsi que deux de ses neveux, les frères Samuel et Joseph Garber. Le village togolais est l'un des plus remarqués de l'exposition coloniale. La troupe présente des danses et des chants et tire aussi des revenus de la vente de souvenirs. Bruce se présente alors comme un « roi strict » régnant sur ses sujets[4]. Il repousse également les tentatives de l'anthropologue Felix von Luschan d'examiner et de mesurer les participants de la troupe[6].

Le , le Kölnische Zeitung (de) publie une interview de Nayo Bruce, menée en anglais et traduite en allemand, sous le titre « Conversation avec un chef togolais ». Selon Rea Brändle, il s'agit « sans doute [de] la conversation la plus respectueuse jamais menée publiquement avec un participant à un zoo humain »[7]. Bruce y déclare notamment :

« Je possède de vastes terres. Mon père était commerçant et chef — ou, comme le disent les Blancs, roi du Togoland — et, à sa mort, je lui ai succédé sur le trône. Je gouverne quelque deux mille personnes et je souhaite les civiliser autant qu'il est en mon pouvoir de le faire. C'est pourquoi j'ai envoyé ma fille à l'école ici ; j'ai l'intention de demander qu'elle y reçoive une formation d'institutrice, afin qu'elle puisse ensuite enseigner aux enfants du Togoland et y répandre la civilisation. Mes autres enfants doivent eux aussi recevoir une éducation résolument européenne et ne pas rester de simples semi-civilisés, comme je le suis moi-même. »

[8]

Dans le même entretien, il critique la domination coloniale allemande au Togo :

« Voyez-vous, nos jeunes veulent en apprendre davantage, mais les Allemands ne le souhaitent pas. Ils estiment que savoir lire et écrire suffit aux Noirs, alors que cela ne suffit pas. Les Anglais permettent à leurs sujets noirs d'apprendre et de devenir ce qu'ils désirent, tandis que nous ne bénéficions d'aucun soutien à cet égard. Pour les jeunes que j'ai amenés ici, apprendre un métier suffit certes, mais pour beaucoup d'autres, cela ne suffit pas. Bon nombre d'entre eux souhaitent véritablement poursuivre des études supérieures — en droit ou en médecine. Nous voulons avoir des avocats et des médecins noirs. »

[8]

Après la fin de l'exposition coloniale, qui dure de mai à octobre 1896, Nayo Bruce reste à Berlin pendant quatre mois afin de préparer la suite de ses activités. Il retourne au Togo au printemps 1897 pour près d'un an. Il confie alors son fils Kwassi Bruce à une famille d'accueil allemande[9].

Tournées européennes et décès

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Nayo Bruce, cinquième à partir de la gauche, le 23 mars 1905 lors du baptême de sa fille Annie Bruce, au Gasthaus zum Weißen Ross à Ulzburg.

En février 1898, Nayo Bruce retourne à Berlin avec une troupe de trente-six Togolais. Sous la direction initiale de l'impresario Albert Urbach, une longue tournée commence au Castans Panopticum (de) de Berlin. Selon les recherches de Rea Brändle, la troupe se produit ensuite dans de nombreux pays européens, avec 222 étapes documentées[10].

Après un désaccord contractuel avec Urbach, Bruce gère les spectacles de manière indépendante à partir de novembre 1900 et reste l'impresario de la « troupe du Togo » jusqu'à sa mort. Son épouse Amanua Kpapo, atteinte d'albinisme, attire une attention particulière dans les spectacles. Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la troupe se rend en Russie et dans le Caucase, puis atteint Bakou. Nayo Bruce y meurt le . Selon la famille, cette date correspondrait au jour de son soixantième anniversaire, mais sa date de naissance exacte reste incertaine[10].

Descendance

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Un aperçu des épouses et des enfants de Nayo Bruce est fourni par un arbre généalogique établi par Jürg Bürgi à partir des recherches de Rea Brändle[11].

Kwassi Bruce (1893-1964), le fils qui voyage avec lui à Berlin en 1896, grandit dans une famille d'accueil à Berlin à partir de 1896. Il devient ensuite musicien et chef d'orchestre[12].

Regina Bruce (1900-1991), fille de Bruce et de Dassy Creppy, naît à Elberfeld pendant la tournée de la troupe[11].

Postérité

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Le musée Treptow, à Berlin, présente l'exposition permanente « Zurückgeschaut », consacrée à la première exposition coloniale allemande de 1896 à Berlin-Treptow, à son contexte colonial et aux biographies des personnes venues d'Afrique et d'Océanie qui y furent exposées[13].

Notes et références

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(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « John Calvert Nayo Bruce » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ La photographie a été commandée par Felix von Luschan, qui avait fait réaliser une série de portraits des participants à l'exposition ethnographique pour le rapport officiel sur l'exposition coloniale.

Références

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  1. ↑ Brändle 2007, p. 14.
  2. ↑ Brändle 2007.
  3. ↑ Brändle 2007, p. 11 et 202.
  4. 1 2 (de) Jürg Bürgi, « Berufsneger Nayo », sur juerg-buergi.ch (consulté le ).
  5. ↑ Brändle 2007, p. 12.
  6. ↑ Brändle 2007, p. 18.
  7. ↑ Brändle 2007, p. 13.
  8. 1 2 (de) « Eine Unterhaltung mit einem Togo-Häuptling », Kölnische Zeitung,‎ , p. 1-2, cité par Brändle 2007, p. 13.
  9. ↑ Brändle 2007, p. 20-21.
  10. 1 2 Brändle 2007, p. 88 et suiv..
  11. 1 2 (de) Jürg Bürgi, « Nachkommen Nayo Bruce », sur juerg-buergi.ch (consulté le ).
  12. ↑ (de) « Kwassi Bruce », sur Vergessene Biografien (consulté le ).
  13. ↑ (de) « zurückgeschaut | looking back », sur Museumsportal Berlin (consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (de) Rea Brändle, Nayo Bruce : Geschichte einer afrikanischen Familie in Europa, Zurich, Chronos, (ISBN 978-3-0340-0868-6)
  • (de) Anne Dreesbach, Gezähmte Wilde : Die Zurschaustellung « exotischer » Menschen in Deutschland 1870-1940, Francfort-sur-le-Main, Campus, (ISBN 978-3-593-37732-2)

Articles connexes

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Liens externes

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