Kwassi Bruce
Kwassi Bruce, né le à Aného, dans le Togoland, et mort le à Paris, est un pianiste de jazz et chef d'orchestre togolais, naturalisé allemand en 1926.
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Dans les années 1930, il participe à la direction de la Deutsche Afrika-Schau (de).
Biographie
modifierOrigines et formation
modifierKwassi Bruce naît en 1893 à Anecho, dans ce qui est alors la colonie allemande du Togoland. Il est le fils de John Calvert Nayo Bruce, organisateur d'expositions ethnographiques, et de son épouse Ohui Creppy. John Calvert Nayo Bruce, fils du roi Amuzu Djaglidjagli Bruce, vit en situation de polygynie et se marie plusieurs fois. Selon les recherches de Rea Brändle (de), au moins onze épouses sont documentées jusqu'à sa mort. Kwassi Bruce aurait eu plus de trente frères et sœurs[1].

À partir de 1895, John Calvert Nayo Bruce organise le « village du Togo » pour l'Exposition coloniale de Berlin, qui se tient de mai à octobre 1896. Vingt-six Togolais se rendent à Berlin au printemps 1896, parmi lesquels Kwassi Bruce, alors âgé de trois ans. Après l'exposition, ses parents, qui souhaitent lui permettre de recevoir une éducation européenne, le confient à Bruno et Marie Antelmann, propriétaires de la Maison coloniale allemande (de) de Berlin[2].
Il est baptisé dans la religion protestante et fréquente l'école secondaire, puis le conservatoire Klindworth-Scharwenka (de), où il reçoit une formation de pianiste[3]. Il joue notamment des chansons, des mazurkas, des chants populaires espagnols, du blues, de la soul et du jazz, ainsi que des passages d'œuvres de Franz Liszt, Richard Wagner, Jean-Sébastien Bach et Ludwig van Beethoven[4].

Première Guerre mondiale et carrière musicale
modifierEn 1913, Kwassi Bruce se rend au Togo pour rencontrer sa mère biologique. Surpris par le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il s'engage volontairement dans les troupes coloniales allemandes. Après sa captivité et un séjour de plusieurs années en Espagne, il retourne à Berlin en 1920[5],[6].
À Berlin, il gagne sa vie comme chef d'orchestre d'un groupe de jazz. En 1926, il est naturalisé allemand. En 1927, il reçoit une compensation de 200 marks pour son engagement volontaire au Togo en 1914, ce qui lui permet aussi de se présenter comme Askari[7],[6].
Allemagne nazie et Deutsche Afrika-Schau
modifierSous le régime national-socialiste, les possibilités de représentation pour les musiciens noirs sont fortement restreintes. En août 1934, Kwassi Bruce adresse une lettre de protestation de dix pages à la section coloniale du ministère allemand des Affaires étrangères. Il y décrit notamment la perte de son emploi de musicien, les discriminations subies par les Africains vivant en Allemagne et leur exclusion progressive du marché du travail[8].
Cette lettre est reçue favorablement par Edmund Brückner (de), responsable de la section coloniale du ministère des Affaires étrangères, principalement pour des raisons liées au révisionnisme colonial. En 1936, le ministère approuve la demande de Kwassi Bruce, d'Adolf Hillerkus et de Heinrich Gosslau d'organiser une tournée de spectacles, la Deutsche Afrika-Schau (de). Celle-ci mêle chants, danses, acrobaties et reconstitution d'un village africain, tout en servant aussi d'outil de propagande coloniale[9],[10].
La Deutsche Afrika-Schau (de) permet également à plusieurs participants noirs de subvenir à leurs besoins dans un contexte de marginalisation croissante. Elle est interdite en 1940. Kwassi Bruce avait déjà quitté la troupe en 1937. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se trouve d'abord à Lagos, au Nigeria, où il est arrêté en raison de son passeport allemand, puis transféré au Togo, alors sous mandat français[11],[3].
Après-guerre et mort
modifierAprès la guerre, Kwassi Bruce retourne en Allemagne. Il vit d'abord à Baden-Baden, puis à Berlin, où il se produit au Pinguin-Bar avec divers musiciens issus de la diaspora africaine. En 1951, il émigre avec son épouse à Paris, où il poursuit sa carrière de musicien de jazz. Il joue notamment avec la chanteuse Jenny Alpha. Il meurt à Paris le [7],[3].
Notes et références
modifier- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Kwassi Bruce » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (de) Rea Brändle, Nayo Bruce : Geschichte einer afrikanischen Familie in Europa, Zurich, Chronos, (ISBN 978-3-0340-0868-6), p. 199.
- ↑ (de) Rea Brändle, Nayo Bruce : Geschichte einer afrikanischen Familie in Europa, Zurich, Chronos, (ISBN 978-3-0340-0868-6), p. 150.
- 1 2 3 (de) Claudia Feigl, « Fotografie des Kwassi Bruce im Matrosenanzug », sur Die Sammlungen an der Universität Wien, (consulté le ).
- ↑ (de) Rea Brändle, Nayo Bruce : Geschichte einer afrikanischen Familie in Europa, Zurich, Chronos, (ISBN 978-3-0340-0868-6), p. 148.
- ↑ (de) Claudia Feigl, « Fotografie des Kwassi Bruce im Matrosenanzug », sur Die Sammlungen an der Universität Wien, (consulté le ).
- 1 2 (de) Rea Brändle, Nayo Bruce : Geschichte einer afrikanischen Familie in Europa, Zurich, Chronos, (ISBN 978-3-0340-0868-6), p. 155.
- 1 2 (de) « Kwassi Bruce (1893–1964) », sur Verwobene Geschichte*n (consulté le ).
- ↑ (de) Robbie Aitken, « Kwassi Bruce in der Kolonialabteilung des Auswärtigen Amtes (1934) », sur Black Central Europe (consulté le ).
- ↑ (de) Anne Dreesbach, Gezähmte Wilde : Die Zurschaustellung « exotischer » Menschen in Deutschland 1870–1940, Francfort-sur-le-Main, Campus, (ISBN 978-3-593-37732-2), p. 308-311.
- ↑ (en) Robbie Aitken, « The German Africa Show (1934-1940) », sur Black Central Europe, (consulté le ).
- ↑ (de) Dennis R., « Kwassi Bruce – ein Pianist in Berlin », sur Migrationsgeschichten, (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (de) Rea Brändle, Nayo Bruce : Geschichte einer afrikanischen Familie in Europa, Zurich, Chronos, (ISBN 978-3-0340-0868-6)
- (de) Anne Dreesbach, Gezähmte Wilde : Die Zurschaustellung « exotischer » Menschen in Deutschland 1870–1940, Francfort-sur-le-Main, Campus, (ISBN 978-3-593-37732-2)
- (de) Susann Lewerenz, Die Deutsche Afrika-Schau (1935–1940) : Rassismus, Kolonialrevisionismus und postkoloniale Auseinandersetzungen im nationalsozialistischen Deutschland, Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, (ISBN 3-631-54869-9)
- (de) Elisa von Joeden-Forgey, « Die deutsche Afrika-Schau und der NS-Staat », dans Zwischen Charleston und Stechschritt. Schwarze im Nationalsozialismus, Hambourg et Munich, Dölling und Galitz, , p. 411-416
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Kwassi Bruce (1893–1964), sur Verwobene Geschichte*n
- Kwassi Bruce – ein Pianist in Berlin, sur Migrationsgeschichten
- Fotografie des Kwassi Bruce im Matrosenanzug, sur le site des collections de l'université de Vienne
- Kwassi Bruce in der Kolonialabteilung des Auswärtigen Amtes (1934), sur Black Central Europe