Julien-Amable Mathieu

compositeur français

Julien Amable Mathieu, né le à Versailles et mort le à Paris, est un violoniste et compositeur français, maître de musique de la Chapelle royale. Figure majeure du style galant français, il contribue de manière significative au développement de la technique et de l'esthétique du violon dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Julien-Amable Mathieu
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Biographie

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Origines et formation

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Julien Amable Mathieu naît le à Versailles et est baptisé en l'église Notre-Dame de Versailles. Il est le fils aîné de Michel Mathieu (1689-1768), ordinaire de la Musique du roi, et de Jacqueline Françoise Barbier, chanteuse et musicienne ordinaire du roi[1]. Michel Mathieu, né à Paris vers 1689, est violoniste à l'Académie royale de musique en 1718-1719 et fait partie de l'orchestre de l'Opéra en qualité de dessus de violon, musicien assez réputé[2]. Formé auprès de celui-ci, Julien Amable progresse si rapidement au violon qu'à l'âge de quatorze ans, il est déjà autorisé à lui succéder au sein des Vingt-quatre Violons du Roi[3].

Son frère cadet, Michel-Julien Mathieu dit Lépidor, né le à Fontainebleau, devient également violoniste et compositeur avant d'embrasser une carrière politique révolutionnaire à partir de 1790[4].

Carrière musicale

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Violoniste au service du roi (1754-1770)

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Dès le , Julien Amable Mathieu obtient une survivance au sein des Vingt-quatre Violons du roi. De 1754 à 1770, il exerce comme violon à la Chambre du roi et à la Chapelle royale. À partir de 1761, il devient premier violon de la Musique du roi[1].

Ses œuvres sont régulièrement exécutées lors des Concerts de la Reine sous les règnes de Louis XV et Louis XVI[5].

Maître de musique de la Chapelle royale (1770-1792)

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Le , Mathieu obtient la survivance de la charge de maître de musique de la Chapelle du roi pour le semestre de juillet, alors tenue par Antoine Blanchard. Selon les conditions de cette démission à survivance, il doit assurer l'ensemble du service musical à Versailles, Compiègne, Fontainebleau et lors de tous les déplacements de la Cour, sans percevoir les appointements ni les revenus attachés à la charge, que le titulaire conserve sa vie durant[6]. Dès 1765, Mathieu exerce donc l'essentiel des fonctions dans l'espoir de succéder au titulaire si celui-ci meurt avant lui. Ce dernier lui verse néanmoins un salaire minimum, comme le stipulent les règles de la survivance[6].

En 1770, à la mort de son prédécesseur, Mathieu devient officiellement maître de musique de la Chapelle du roi avec des gages de 4 500 livres. Avec François Giroust, il est alors l'un des deux maîtres de musique de la Chapelle royale[1].

En 1785, les Tablettes de renommée des musiciens le mentionnent parmi les amateurs et maîtres de musique pour les instruments à cordes et à chevalet, le qualifiant de « premier Violon de la Musique du Roi, & Compositeur »[1].

Vers 1787, il cumule ses fonctions avec celle de maître d'écriture des pages de la Chapelle royale, rémunérée 600 livres[1].

Le , lors des trois messes de la nuit de Noël célébrées dans la chapelle des Tuileries, la musique du roi exécute plusieurs motets et noëls de sa composition[1].

Julien Amable Mathieu perd sa charge en 1792 avec la suppression de la Chapelle royale.

Vie privée, anoblissement et dernières années

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Le , Mathieu signe un contrat de mariage avec Julie Girard, fille d'André Nicolas Girard, plombier du roi. Le mariage est célébré le en l'église Saint-Gervais à Paris[1].

Membre de la loge maçonnique « Le Patriotisme » à l'Orient de la Cour à Versailles entre 1785 et 1788[7], Mathieu est anobli le et fait chevalier dans l'ordre de Saint-Michel. Louis XVI lui octroie des lettres de noblesse et des armoiries dont le blasonnement est : « Un écu d'azur à trois épis de blé d'or. Ledit écu timbré d'un casque de profil, orné de ses lambrequins d'or et d'azur »[2].

Après la Révolution, Mathieu devient pensionnaire de l'État. Son épouse décède le dans leur appartement de la rue des Deux-Portes Saint-Jean. L'inventaire après décès révèle la présence d'un petit orgue, de plusieurs violons, d'un alto, d'une basse, de deux guitares, d'une viole, de trois pupitres et d'un important lot de partitions. La bibliothèque contient notamment l'Essai sur la musique de Jean-Benjamin de La Borde[1]. Julien Amable Mathieu meurt à son tour le dans ce même domicile[1].

Style et apport musical

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Julien Amable Mathieu est l'un des principaux représentants du style galant français au violon, caractérisé par une structure compositionnelle libre, des dessins thématiques complexes mais non contrapuntiques, une richesse d'ornements, d'arpèges et de notes de passage gracieuses (vezzose), ainsi que par des lignes mélodiques brèves, animées et sinueuses. Son écriture se distingue par un détachement formel de la rhétorique baroque du XVIIe siècle, incarnant le bon goût (galanteria) propre à la musique française de Versailles au milieu du XVIIIe siècle[5].

L'œuvre de Mathieu témoigne d'une évolution stylistique remarquable. Ses premiers opus (1756) se caractérisent par une écriture virtuose avec des ornementations abondantes, propres aux sections fantaisistes rappelant Locatelli. Cependant, après ces premiers recueils, Mathieu tend progressivement à simplifier son écriture, privilégiant des dessins plus clairs et plus larges[3]. Cette évolution reflète la transition du style galant vers le classicisme naissant, tout en conservant l'élégance et le raffinement caractéristiques de l'école française.

Son œuvre s'inscrit dans la continuité de l'école de L'Abbé le fils et contribue de manière significative au développement de la technique et de l'esthétique instrumentale françaises[5]. Malgré son importance historique considérable, Mathieu demeure aujourd'hui peu étudié, alors qu'il incarne l'excellence de la tradition versaillaise sous les derniers règnes de l'Ancien Régime[5].

Œuvres

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Julien Amable Mathieu publie ses œuvres sous les noms de « Mathieu fils » ou « Mathieu le fils » pour se distinguer de son père Michel Mathieu.

Musique sacrée

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  • Messes pour la Chapelle royale
  • De Profundis (1774)
  • Te Deum (1781)

Musique de chambre

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  • Sonates pour violon et basse continue, op. 1 (1756)
  • Six trios pour deux violons et basse continue, op. 2 (1756)
  • Six sonates en duo pour deux violons, op. 3 (1764)
  • Six sonates à violon seul et la basse continue, op. 4 (1764)
  • Trios pour instruments identiques
  • Sonates faciles pour deux violons
  • Quatuors pour instruments divers

Musique instrumentale

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  • Duos pour violon (vers 1800) — airs et mélodies

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « Notice biographique de Julien Amable Mathieu », sur Base Philidor du Centre de musique baroque de Versailles (consulté le )
  2. 1 2 La Laurencie 1923, p. 273.
  3. 1 2 Newman 1972, p. 610.
  4. Fromageot 1906, p. 64-66.
  5. 1 2 3 4 Grasso 2024, p. 33-56.
  6. 1 2 Carbonnier 2025, p. 165.
  7. Le Bihan 1966, p. 346.

Bibliographie

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  • Jean-Benjamin de La Borde, Essai sur la musique ancienne et moderne, Paris, (lire en ligne)
  • Edmond Georges Joseph Gregoir, Souvenirs artistiques..., vol. 3, Anvers,
  • Pierre Fromageot, Les compositeurs de musique versaillais, Versailles, Aubert, , 1re éd.
  • Lionel de La Laurencie, L'école française de violon, de Lully à Viotti : études d'histoire et d'esthétique, vol. 2, Paris, Delagrave,
  • Alain Le Bihan, Francs-maçons parisiens du Grand Orient de France (fin du XVIIIe siècle), Paris, Bibliothèque nationale,
  • René Machard, Les musiciens en France, Paris,
  • (en) William S. Newman, The Sonata in the Classic Era, New York, W. W. Norton,
  • Bernard Lespinard, La vie et l'œuvre d'Antoine Blanchard, Paris,
  • René Langellier-Bellevue et René Machard, La musique à Paris et à Versailles, Paris,
  • Sébastien Durand, Les aveugles et l'école d'orgue française : un siècle d'orgue et de cécité (1800-1914), Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne,
  • (it) Silvia Grasso, « Julien Amable Mathieu e lo sviluppo della tecnica violinistica nel repertorio francese della metà del '700 », Ex Chordis, vol. 2, , p. 33-56 (DOI 10.54103/3034-8781/23152)
  • Youri Carbonnier, Les derniers musiciens du roi : 1761-1792, Paris,

Liens externes

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