Kamal Joumblatt
Kamal Joumblatt ou Djoumblatt (كمال جنبلاط), né le et mort le , est un homme politique libanais, fondateur du Parti socialiste progressiste (PSP), dirigeant druze libanais. Il est le père de Walid Joumblatt.
| Kamal Joumblatt كمال جنبلاط | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Ministre des Finances | |
| – (1 an) |
|
| Groupe politique | Parti socialiste progressiste |
| Prédécesseur | Takieddine Solh |
| Successeur | Faouzi Khatib |
| Ministre de l'Intérieur | |
| – (1 an) |
|
| Groupe politique | Parti socialiste progressiste |
| Prédécesseur | Adel Osseiran |
| Successeur | Saëb Salam |
| – (3 ans) |
|
| Groupe politique | Parti socialiste progressiste |
| Ministre du Travail et des PTT | |
| - – | |
| Président | Charles Hélou |
| Groupe politique | Parti socialiste progressiste |
| Ministre du travail | |
| – (moins d’un an) |
|
| Groupe politique | Parti socialiste progressiste |
| Ministre de l'éducation nationale | |
| – (1 an) |
|
| Groupe politique | Parti socialiste progressiste |
| Député | |
| – (54 ans) |
|
| – | |
| – (4 ans et 1 jour) |
|
| – (4 ans) |
|
| – (4 ans) |
|
| – (2 ans) |
|
| Groupe politique | Parti socialiste progressiste |
| – (4 ans) |
|
| – (4 ans) |
|
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Moukhtara (Empire ottoman) |
| Date de décès | (à 59 ans) |
| Lieu de décès | Baakline (Liban) |
| Nationalité | Libanais |
| Parti politique | Parti socialiste progressiste (1949-1977) |
| Père | Fouad Joumblatt |
| Mère | Nazira Joumblatt |
| Enfants | Walid Joumblatt |
| Diplômé de | Université Saint-Joseph de Beyrouth Université de Paris |
| modifier |
|

Il est surnommé « le prince rouge » et « al-Moallem » : le sage et le maître[1].
Jeunesse
modifierKamal Joumblatt est né en 1917 à Moukhtara dans le Chouf. La famille Joumblatt bénéficie d'un prestige important dans la communauté druze. Son père, Fouad Joumblatt a été assassiné le . Après la mort de son père, c'est sa mère, Nazira qui reprend le flambeau. Elle joue un rôle politique important dans le pays.
En 1926, Kamal Joumblatt entre dans l'école des frères lazaristes où il est envoyé par sa mère sur les conseils de l'évêque maronite Augustin al-Boustany[2]. Il est un élève studieux comme le note son camarade de classe Camille Aboussouan et obtient son certificat d'études en 1928[2]. Au lycée, il étudie le français, l'arabe, les sciences et la littérature. Il obtient le baccalauréat en 1936. En cours, il découvre Teilhard de Chardin et Gandhi qui influencent sa pensée. Il crée un cercle littéraire avec d'autres élèves et participe à la revue al-Maarad de Michel Zaacour puis crée La Revue[2]. Il obtient un diplôme en philosophie un an plus tard, en 1937.
Il souhaitait une carrière de missionnaire ou d'écrivain, mais sa mère le pousse vers des études de droit pour le préparer à l'entrée en politique. Il part alors pour Paris où il rejoint la Sorbonne et découvre de nombreux penseurs chrétiens et les économistes occidentaux, d'Adam Smith à Karl Marx. En 1938, il est diplômé de sociologie et de morale[2].
Il retourne en 1938 au Liban, sa mère Nazira craignant qu'il soit bloqué par une guerre (c'est le moment de la crise des Sudètes). Il continue ses études à l'université Saint-Joseph de Beyrouth[2]. Il y obtient un diplôme de droit en 1945.
Il se marie le avec May Arslan (décédée en 2013), fille de l'émir druze Chekib Arslan. Ils n'ont qu'un seul fils, Walid Joumblatt.
Carrière politique
modifierKamal Joumblatt travaille comme avocat de 1941 à 1942, et devient avocat officiel d'État pour le gouvernement libanais. Kamal fait son apparition sur la scène politique en 1943 après la mort de son cousin et beau-frère Hikmat Ali Joumblatt (ar), plusieurs fois ministre. Il est élu député du mont Liban en avec l'étiquette du Bloc national d'Émile Eddé. Kamal se sent plus proche du Parti du bloc constitutionnel (en) ou Destour, le parti de Béchara el-Khoury mais il abandonne cette préférence personnelle sur l'injonction de sa mère Nazira[3]. Lors de l'élection du nouveau président de la République, les députés du Bloc national reçoivent l'interdiction de voter pour el-Khoury de la part des autorités mandataires. Néanmoins, Joumblatt vote les amendements constitutionnels supprimant les articles instituant le Mandat français proposés par le premier ministre Riad El Solh. Lors de la crise qui suit, el-Khoury est arrêté et un gouvernement de réserve indépendantiste se forme autour de Saëb Salam avec Henri Pharaon, Hamid Frangié et Gabriel Murr, que Kamal Joumblatt rejoint[3]. Kamal Joumblatt rejoint aussi le Parti du bloc constitutionnel[3].
Il fonde le Pen Club libanais avec Camille Aboussouan, Jawad Boulos, Fouad Ephrem Boustany, René Habachi et Charles Corm. Il est élu président du club à l'unanimité[3]. En 1946, il devient ministre de l'Économie nationale, de l'Agriculture et des Affaires sociales dans le gouvernement de Riad el-Solh[3]. Au Parlement, il s'oppose au président en exigeant une réforme de la loi électorale, la diminution des effectifs de l'administration et la lutte contre le népotisme, la décentralisation des services dans les régions, l'indépendance de la justice. L'émir al-Atrash, second époux de sa sœur, s'emploie à le réconcilier avec le président[3].
En 1947, il est élu pour la deuxième fois député au parlement libanais, mais il préfère démissionner en accusant le gouvernement d'avoir truqué les élections législatives. Il a également protesté contre le président Khoury qu'il accusait d'être corrompu et trop autoritaire. Il rejoint le bloc de libération nationale qui s'oppose au président[3].
Kamal Joumblatt crée le Parti socialiste progressiste (MSP) le . Il est officiellement autorisé dès le 19[3]. La Constitution du parti est votée le . Le PSP est un parti politique libanais, socialiste et séculier, opposé au caractère confessionnel de la politique libanaise.
Il condamne l'exécution éclair d'Antoun Saadé, chef du parti populaire syrien, en juillet 1949[3] mais refuse laide proposée par Housni al-Zaïm, président syrien, pour renverser par la force le régime el-Khoury[3]. Joumblatt réunit en à Beyrouth la première convention des partis arabes socialistes. La même année il est réélu pour la troisième fois député du mont Liban.
En , il organise une conférence à Deir-el-Qamar au nom du Front socialiste national. C'est sous les pressions de Joumblatt mais aussi celles d'Émile Al-Boustany, Camille Chamoun, Pierre Eddé et Hamid Frangié (frère du futur président Soleimane Frangié) que le président Bechara El Khoury décide de démissionner le dans ce qu'on appelle la révolution blanche[3]. Le général Fouad Chéhab, chef de l'armée, prend provisoirement le pouvoir en attendant de le remettre au nouveau président élu régulièrement : Camille Chamoun.
La révolte de 1958
modifierEn 1953, Joumblatt est réélu pour la quatrième fois député. Il fonde le Front socialiste national la même année. C'est par ce parti que les Libanais s'opposent au président pro-occidental Camille Chamoun[3] qui a suivi une politique étrangère pro-américaine et pro-britannique. Bien que le Liban n'adhère pas au Pacte de Bagdad, qui a été vu par les nationalistes arabes comme un outil pour les puissances occidentales pour contrôler les pays arabes du Moyen-Orient, Chamoun adhère à la doctrine Eisenhower, au moment de la proclamation de la république arabe unie (Syrie et Égypte), ce qui déchaîne contre lui les panarabistes[3].
Après l'éclatement de la guerre de Suez, Joumblatt soutient Nasser et l'Égypte, tandis que Camille Chamoun et une partie de l'élite chrétienne maronite soutenait l'invasion du pays par Israël, la France et le Royaume-Uni.
En 1957, Joumblatt perd pour la première fois aux élections législatives, battu par un membre éminent de la famille Hamadé, adversaire héréditaire des Joumblatt.
Deux ans plus tard, le 8 mai 1958, Nassib el-Metn, directeur du journal Le Télégraphe, est assassiné[3]. Kamal Joumblatt prend la tête d'un soulèvement politique contre le président Chamoun, soulèvement marqué par des combats de rue et des attaques contre les forces de l'ordre. Les révoltés voulaient que le Liban fasse partie de la République arabe unie, récemment formée par l'Égypte de Nasser et la Syrie. Mais le président Chamoun invoque le « pacte Eisenhower » qui autorise les États-Unis à envoyer les marines. C'est Fouad Chéhab qui, profitant du calme relatif octroyé par l'intervention américaine, est élu dans les règles président de la République. Il ramène habilement, et dans le consensus, la paix dans le pays.
Unité de l'opposition
modifier
Kamal Joumblatt occupe plusieurs postes de ministre dans les gouvernements de Chéhab et de Charles Hélou. Cependant, le système confessionnel l'empêche de monter plus haut. En raison de sa religion minoritaire, il ne peut ni être président de la République, ni premier ministre, ni vice-premier ministre[4].
Joumblatt préside en 1960, la conférence des peuples afro-asiatiques[Quoi ?], et a fondé la même année le Front de lutte nationale (FLN), un mouvement dont faisaient partie beaucoup de députés nationalistes. La même année, il est réélu député, et le FLN gagne onze sièges au sein du gouvernement libanais. Il devient ministre : d'abord ministre de l'Éducation nationale de 1960 à 1961, puis ministre du Travail à partir de 1961 et de 1961 à 1964, il est ministre de l'Intérieur.
Le , il est élu député pour la sixième fois. En 1965, il rejoint les nationalistes arabes et des politiciens progressistes pour créer le Front des partis et personnalités nationalistes et progressistes, qui commence à se disloquer après la défaite des pays arabes lors de la guerre des Six-Jours[4]. En 1966, il est nommé ministre du Travail et des PTT, sous la présidence de Charles Hélou (maronite). Il représente le Liban au congrès de solidarité afro-asiatique et préside en 1966 une délégation parlementaire en visite officielle en République populaire de Chine.
Pour des raisons idéologiques il a soutenu le combat des Palestiniens contre Israël, mais il a également recueilli le soutien des Palestiniens vivant dans des camps de réfugiés au Liban. La présence au Liban de centaines de milliers de réfugiés palestiniens a irrité beaucoup de partis chrétiens, mais Joumblatt a travaillé avec eux pour établir un noyau dur de l'opposition qui étaient réunis autour de slogans nationalistes arabes.
Exigeant un nouvel ordre libanais basé sur le sécularisme, le socialisme, l'arabisme et sur une abolition du système politique confessionnel, Joumblatt réunit dans son mouvement des sunnites, des chiites, des druzes et des chrétiens de gauche dans un mouvement d'opposition encore embryonnaire.
Vers la guerre civile
modifierLe , il est réélu député pour la septième fois. En 1970, il est de nouveau nommé ministre de l'Intérieur. Il légalise le Parti communiste libanais, et le Parti social nationaliste syrien. En 1972, l'Union soviétique lui remet le prix Lénine pour la paix. La même année, il est réélu pour la huitième fois député. L'année suivante, il est élu à l'unanimité comme secrétaire-général du Front arabe, un mouvement qui soutient la révolution palestinienne.
Dans les années 1970, la communauté maronite est alors la principale bénéficiaire du système confessionnel libanais. Kamal et d'autres dirigeants musulmans se sentent sous-représentés, voire exclus par ce système. Les forces d'opposition demandent une meilleure représentation des autres communautés dans l'appareil gouvernemental tout en souhaitant un engagement libanais plus fort dans le monde arabe.
L'opposition, et leurs adversaires principalement chrétiens constituent des milices armées. Joumblatt lui-même organise le PSP en une milice armée et fait de son parti le mouvement le plus important du Mouvement national libanais. C'est une coalition de gauche exigeant l'abandon du confessionnalisme et des quotas. Le MNL est rejoint par des Palestiniens et a de bonnes relations avec l'OLP d'Arafat.
La guerre civile
modifierEn 1975, au début de la guerre libanaise, Kamal Joumblatt est un des principaux membres d'une coalition de partis dite palestino-progressiste. En , il établit un programme politique pour mettre fin au confessionnalisme au Liban[4].
De 1975 à 1976, Joumblatt contrôle avec l'aide de l'OLP 70 % du Liban. Il s'oppose à l'intervention de la Syrie en 1976, alors alliée au camp maronite.
Assassinat
modifierLe , Kamal Joumblatt est assassiné à cent mètres d'un point de contrôle syrien, vraisemblablement sur ordre de la Syrie. Les soupçons se portent principalement sur le Parti social nationaliste syrien et sur le Baath. Son fils Walid Joumblatt prend alors sa place. En 2005, Walid Joumblatt accuse les services secrets syriens d'avoir assassiné son père après près de trente années d'alliance contrainte avec eux.
En , George Hawi, secrétaire-général du Parti communiste et compagnon de guerre de Walid Joumblatt, accuse sur Al Jazeera la Syrie et plus particulièrement Rifaat al-Assad, frère de Hafez el Assad, d'être à l'origine de l'assassinat de Kamal Joumblatt.
Courants de pensée
modifierIl est influencé par la philosophie de Pierre Teilhard de Chardin et la philosophie hindoue. Il allait chaque année en Inde pour un séjour en ashram[1].
Kamal Joumblatt défend le panarabisme et la cause palestinienne. Il allie ces causes avec son nationalisme libanais. n'est pas marxiste bien que porteur d'idéaux de justice sociale[1].
Voir aussi
modifierNotes et références
modifier- 1 2 3 Lucien George, « JOUMBLATT ou DJOUMBLATT KAMAL », Encyclopedia Universalis.
- 1 2 3 4 5 Yara el-Khoury, « Le camarade Kamal Bey Joumblatt, seigneur de Moukhtara (1/3) », Les Clés du Moyen-Orient, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Yara el-Khoury, « Le camarade Kamal Bey Joumblatt, seigneur de Moukhtara (2/3) », Les Clés du Moyen-Orient, (consulté le ).
- 1 2 3 Yara el-Khoury, « Le camarade Kamal Bey Joumblatt, seigneur de Moukhtara (3/3) », Les Clés du Moyen-Orient, (consulté le ).
Liens externes
modifier- Ressource relative à la vie publique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
