Bataille de Karameh

attaque par l'armée israélienne du camp palestinien de Karameh, Jordanie, 1968
(Redirigé depuis Karameh)

La bataille de Karameh (en arabe الكرامة) fait référence à l'attaque par l'armée israélienne les 20 et du camp palestinien de Karameh, en Jordanie.

Bataille de Karameh
Description de cette image, également commentée ci-après
Le roi Hussein après avoir inspecté un char Centurion israélien abandonné.
Informations générales
Date 20 et
Lieu Karameh, Jordanie
Issue Victoire tactique israélienne
Victoire stratégique du Fatah
Belligérants
Drapeau d’Israël Israël Drapeau de la Jordanie Jordanie
OLP
Commandants
Uzi Narkiss Asad Ghanma
Mashhour Haditha
Yasser Arafat
Forces en présence

inconnu

15 000 hommes


1 000 hommes
Pertes

33 morts
161 blessés
4 chars perdus
1 avion

40 à 84 morts
108 à 250 blessés
13 chars détruits


100 à 200 morts
100 à 150 blessés
100 à 150 capturés

Guerre d'usure

Batailles

Coordonnées 31° 57′ 00″ nord, 35° 34′ 48″ est
Géolocalisation sur la carte : Jordanie
(Voir situation sur carte : Jordanie)
Bataille de Karameh

Les deux camps déclarent victoire. Les Israéliens se retirent ou sont repoussés après une journée de combats. Sur le plan tactique, cependant, Israël réussit à détruire le camp de Karameh et revendique la capture d'environ 140 membres de l'OLP[1]. Mais sur le plan politique, l'attaque est condamnée par l'ONU.

La bataille a une valeur symbolique : pour la première fois depuis l'humiliation de la guerre des six jours, les Palestiniens parviennent à résister à l'armée israélienne.

Bataille de Karameh

modifier
Plan de la bataille de Karameh. En bleu, les positions israéliennes; en vert, les positions jordaniennes.

En février 1968, Moshe Dayan, alors ministre de la Défense d'Israël, déclare que la ville de Karameh est « un repaire du Fatah »[2].

Le , une mine placée sur une route près d'Eilat tue un médecin et blesse une vingtaine d'enfants[3].

Le soir du , les Israéliens attaquent par surprise et ne laissent pas mettre en place le plan palestinien, établi quelques heures plus tôt[réf. nécessaire]. La bataille durera 15 heures.

Selon Benny Morris, la Légion arabe avait été prévenue par la CIA de l'opération[réf. nécessaire].

330 fedayin affrontent l'armée israélienne[4].

Bilan de la bataille

modifier

Les bilans du combat divergent selon les sources.

Israël : Benny Morris estime en 2001 les pertes israéliennes à 33 tués et 161 blessés et indique la perte de 4 chars de combat, 3 half-tracks, 2 voitures blindées ainsi qu'un avion[5]. Selon l'armée jordanienne, on annonce plus de 200 tués israéliens et plus de 45 chars abandonnés par Tsahal, dont 18 en état de marche[2]. Yasser Arafat était présent dans le camp[6].

OLP : Concernant le Fatah, Chaim Herzog estime ses pertes à 200 tués et 150 capturés, Benny Morris déclare 156 morts et 141 capturés, et Kenneth Michael Pollack (ancien analyste de la CIA) les estime à 100 tués, 100 blessés, et 120–150 capturés, soit un tiers des combattants engagés sont tués ou blessés.

Jordanie : Herzog : 40 morts ; Morris : 84 morts et 250 blessés. Les Jordaniens ont également eu 13 chars détruits, 20 chars endommagés et 39 autres véhicules endommagés ou détruits[1].

Le quotidien israélien Haaretz qualifie l'opération de « malheureuse tant sur le plan politique que militaire »[6]. Sur le plan militaire, l'opération s'avère plus difficile que ce qui avait été prévu[7]. Si l'armée israélienne atteint son objectif de détruire le camp, c'est seulement après un combat mené rue par rue. Arafat s'échappe[3]. Pour le New York Times, c'est un échec[8]. Un autre article publié par Haaretz qualifie l'opération de « débâcle » et d'un « des chapitres les plus sombres de l'histoire militaire d'Israël »[9].

Bilan politique

modifier

Cette bataille est considérée comme légendaire dans le monde arabe. Les photos des pertes israéliennes font la une des journaux[10]. Pour la première fois depuis la guerre des Six-Jours, les forces arabes n'ont pas reculé. Même si les pertes sont lourdes, la bataille donne un nouveau souffle à la résistance[11]. Le nom de la bataille lui-même, Karameh (qui signifie Dignité en arabe) participe à l’onde de choc dans le monde arabe[12]. Le Fatah gagne en popularité, et ses partisans se multiplient[4]. La réputation de Yasser Arafat, qui sera élu à la tête de l'OLP l'année suivante, s'en trouve renforcée[13],[11]. Il sort de la clandestinité le en devenant le porte-parole officiel du Fatah[14].

La résolution 248 des Nations Unies « condamne l'action militaire lancée par Israël en violation flagrante de la Charte des Nations Unies et des résolutions relatives au cessez-le-feu»[15].

Références

modifier
  1. 1 2 Pollack, Kenneth M. Arabs at War: Military Effectiveness, 1948–1991. Bison Books., 2004. (ISBN 0803287836)
  2. 1 2 Palestine De Jérusalem à Munich, Abou Daoud, p. 189
  3. 1 2 Alon Liel, « Du Sinaï à Karameh, souvenirs d’un soldat israélien », sur Orient XXI, (consulté le )
  4. 1 2 Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Fayard, , 910 p. (ISBN 9782213664200), p. 286
  5. Morris, Benny. Righteous Victims: A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881–2001. Vintage. (ISBN 0679744754)
  6. 1 2 (he) Tom Segev, « זה התחיל בכראמה - מוסף הארץ - הארץ » [« Tout a commencé avec karama »] [archive du ], sur www.haaretz.co.il, (consulté le )
  7. Christophe Ayad, « La Palestine résiste », Libération, (lire en ligne)
  8. « It failed ». Thomas F. Brady. « GUERRILLAS BACK AT JORDAN CAMP; Attack by Israelis Failed to Destroy Base at Karameh or Wipe Out Commandos » in New York times, 23 mars 1968 en ligne
  9. (en) Amir Oren, « Debacle in the desert », Haaretz.com, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  10. Elias Sanbar, Les Palestiniens dans le siècle, Gallimard, (ISBN 9782070532568), p. 79-80
  11. 1 2 Jean-Pierre Filiu, Comment la Palestine fut perdue, Seuil, , 1050 p. (ISBN 978-2-02-153834-2), p. 551
  12. Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », (ISBN 978-2-818-50770-4), p. 197.
  13. « ÉCLAIRAGE. Chronologie d'une vie de combattant », sur Courrier international, (consulté le )
  14. « L'ORGANISATION DE GUÉRILLA EL FATH DÉSIGNE M. YASSER ARAFAT COMME SON PORTE-PAROLE OFFICIEL », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  15. Nations Unies, « Résolution 248 », sur docs.un.org, (consulté le )

Liens externes

modifier