Khadjou Kermani
Khadjou Kermani (en persan : خواجوی کرمانی / Xwâju-ye Kermâni), né à Kerman en 1280 et mort en 1352 à Chiraz, est un poète persan et un mystique soufi. Son nom complet est Abu’l-ʿAṭā Kamāl-al-Din Maḥmud b. ʿAli b. Maḥmud Morshedi.

Il est connu pour ses ghazals. Une de ses œuvres les plus connues est le mathnawi (en) Homāy et Homāyun.
Biographie
modifierKhadjou Kermani vient sans doute d'une famille de rang social élevé, ce qu'indique la signature poétique (takallos) Khadjou (persan ḵᵛāja, « khwaja ») qu'il a choisie, terme qui est un titre honorifique signifiant « maître »[1]. Par ailleurs, sa nisba Morshedi le rattache à l'ordre soufi de Abu Ishaq Kazaruni (en), fondateur de l'ordre de la Morshediya.
Il est né le 20 Dhu al-hijja 689 (A.H.)/, si l'on en croit une note qu'il a laissée à la fin de son mathnawi (en)[N 1] Gol o nowruz (« Rose et nouvel an »)[1]. Dans sa jeunesse, Khadjou Kermani a effectué le hajj à la Mecque, et il s'est rendu e« Rose et jour de la nouvelle année »n Égypte, en Syrie, à Jérusalem et en Irak. Il voyage sans doute dans le but de parfaire sa formation auprès de maîtres et d'érudits d'autres pays[1]. À Bagdad, en 1331, il compose son ouvrage le plus connu, Homāy et Homāyun.
En 1335, il est de retour en Perse, où il s’efforce de trouver un poste de poète de cour en dédiant des poèmes aux souverains de son temps, tels que les Ilkhanides. Il sollicite en particulier le patronage de vizirs et autres personnalités de haut rang. Après un bref séjour à Ispahan et à Kerman, il s'installe définitivement à Chiraz[1].
Parallèlement à cette carrière à la cour, il entretient des relations avec d'importants intellectuels religieux et des sheiks soufis, faisant la louange, dans ses poèmes, de ses patrons, tant laïques que spirituels. Il séjourne quelque temps dans une khanaqa, et plus tard il est introduit dans la tariqa Morshediya[1].
La dernière période de sa vie coïncide avec les années de formation du grand poète Hâfez, et l'influence de Khadjou sur le jeune poète est tout à fait clair dans certains ghazals de ce dernier.
Il meurt en 1352 (ou en 1349[1]) à Chiraz. Son tombeau, se trouve dans un parc qui porte son nom et qui est tout près de la Porte du Coran. Le site et la tombe attirent toujours de nombreux visiteurs[1].
Œuvre
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L'œuvre de Khadjou Kermani comprend deux Divân, Sanâye' al-kamâl (« Produits de la perfection », 10 736 distiques) et Badayi' al-jamal (« Merveilles de beauté », 4 340 distiques)[1],[2]. Kermani est un des premiers à composer un khamsa, groupe de cinq mathnawi (en), inspiré par le modèle du khamsa du grand poète Nizami (1141-1209)[1].
Le Khamsa
modifierHomāy et Homāyun (4 435 distiques) est daté de 1331, et a été composé à Bagdad. Il est dédicacé au sultan ilkhanide Abu Sa'id Bahâdor et à son vizir Ghiyas al-Din ibn Rashid al-Din (en). Ce mathnawi raconte les aventures du prince persan Homāy, amoureux de la princesse chinoise Homāyun[1]. À l'issue d'un long combat avec l'empereur de Chine, le Faghfur[3], ce dernier s'inclien et Homāy obtient la femme qu'il aime et l'empire de Chine. L'histoire, qui contient des éléments issus des contes populaires, se déroule au temps du roi légendaire Hushang. Il s'agit de son œuvre la plus connue[1].
Gol o Nowruz (5 312 distiques) a été achevé en 1341. Dédicacé à un vizir, le poème inclut aussi une eulogie d'anciens mystiques soufis, parmi lesquels le célèbre Bâyazid Bestâmi (IXe siècle). Il s'agit également d'une histoire d'amour, qui se déroule peu avant l'avènement de l'islam. Nowruz, fils d'un roi du Khorassan, se rend dans l'Empire byzantin, pour y trouver la princesse Gol, fille de l'empereur byzantin. L'intrigue se rattache à la littérature folklorique et à celle de textes de sagesse. À la fin, les amoureux sont mariés selon le « rite de Ahmad », autrement dit selon les règles promulguées par Mahomet. L'intrigue pourrait être être inspirée par une ancienne légende de Babylone[1],[2].
Rowzat al-anwār (« Jardins des lumières », 2 037 distiques), porte la date de 1342 ; il est aussi dédicacé à un juge (qadi) et vizir. Il s'agit d'une des premières imitations du Makhzan al-asrâr (« le trésor des secrets ») de Nizami, et le texte suit de près le style de composition de son modèle. Sur vingt discours (maqâlât), Kermani traite du chemin mystique et de ses exigences, ainsi que de l'éthique de la royauté. Ces discours sont entrecoupés d'histoires[1],[2].
Kamāl-nāma (« Livre de la perfection », 1 884 distiques), daté de 1343, se rapproche du Seyr al-ʿebād elā’l-maʿād (« Le voyage des fidèles vers le lieu du retour ») de Sanâ'i : c'est un compte-rendu, en douze chaptires, d'un voyage allégorique du narrateur, qui lui a été suggéré par la Raison. Parti d'une taverne, le voyageur traverse le cosmos et atteint un royaume « sans lieu ni habitants ». Il y retrouve la Raison qui commence alors à discourir sur des sujets moraux et religieux, avec des anecdotes sur des rois et des mystiques. L'ouvrage traite de sujets tels que les éléments, les esprits, la raison et la science[1],[2].
Le Gowhar-nāma (« Livre des pierres précieuses », 1 022 distiques) est daté de 1345. Il s'agit d'un panégyrique de la dynastie des Mozaffarides (qui a régné sur Shiraz), et qui remonte dans la lignée des ancêtres jusqu'au célèbre vizir Nizam al-Mulk (1018-1092). La « vertu essentielle » ( gowhar peut également se comprendre ainsi) de chacun de ces prédécesseurs est discutée par le poète dans un dialogue avec un guide moral fictif. Le texte inclut un certain nombre de ghazals[1].
Autres œuvres
modifierIl existe un certain nombre d'autres ouvrages : parmi eux, une relation du voyage de Khadjou Kermani à la Mecque, des recueils de poèmes —dont le Sâm-nâma, (« le Livre de Sâm »), une imitation du Shâ-nâmé de Ferdowsi qui relate la geste de Sâm (en), le grand-père de Rostam. Cependant l'attribution de cet ouvrage à Kermani est disputée[1],[2].

Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Khwaju Kermani » (voir la liste des auteurs).
Notes
modifier- ↑ Un mathawi est un poème narratif.
Références
modifierVoir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Johannes Thomas Pieter de Bruijn, « Ḵᵛâju Kermâni », Last Updated 2012, sur iranicaonline.org, Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- (en) Teresa Fitzherbert, « Khwājū Kirmānī (689-753/1290-1352): An Éminence Grise of Fourteenth Century Persian Painting », Iran, vol. 29, , p. 137-151 (lire en ligne)
Liens externes
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