Kogaionon était une montagne sacrée dans la religion des Daces, liée au culte du prophète Zalmoxis.

Histoire

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Dans l'antiquité, le nom de Kogaionon (en grec Κωγαίονον, en latin Cogaeonum) a été rapporté par le géographe grec Strabon dans son ouvrage Geographica (ou Rerum Geographicarum libri XVII, dans les éditions modernes). Selon Strabon, les Daces pensent que Zalmoxis a vécu en ermite sur cette montagne, avant de prêcher sa doctrine, un culte à mystères mal connu, peut-être proche de l'orphisme.

Étymologie

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On ignore l'étymologie du nom Kogaionon, d'autant que la langue dace est quasi-inconnue, mais les protochronistes affirment qu'il signifie « montagne sacrée », à partir de kaga, attesté au IIe siècle dans des inscriptions grecques découvertes à Tomis, qu'ils pensent être l'équivalent du latin sacrum[1].

Localisation

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Plusieurs lieux sont supposés avoir été le mont Kogaionon, mais sans sources ni preuves archéologiques pour étayer ces affirmations :

  • des sommets des Carpates orientales, à la limite entre la Transylvanie et la Moldavie, autour du tripoint où se rencontrent les județe (départements) de Bacău, de Covasna et de Harghita, parce que ces sommets se trouvent entre les deux vallées de Cașin (nom supposé provenir de Kogaionon) situées l'une en Transylvanie (Covasna), l'autre en Moldavie (Bacău)[2] ;
  • des sommets des monts Bucegi, parce qu'on y trouve les formations calcaires d'érosion éolienne des Babele (« les vieilles » en roumain) et du « Sphinx des Bucegi » (qui, avant que le sphinx d'Égypte n'entre dans la culture populaire roumaine, était appelé simplement capul, « la tête » en roumain, nom rapproché de Kogaionon, bien qu'il provienne du latin caput…) ;
  • le massif calcaire blanc de Piatra Craiului (« pierre du prince » en roumain), parce qu'il comporte des grottes pouvant abriter des ermites et parce que Zalmoxis a été présenté par certains auteurs comme un prince, alors qu'aucune légende populaire n'étaye ce point de vue et que le mot crai (« prince ») est d'origine slave ;
  • les sommets d’Omu (« l'homme » en roumain) ou de Moldoveanu (« le moldave » en roumain) dans les Monts Făgăraș, parce qu'ils sont les plus hauts de Roumanie (mais le savait-on dans l'antiquité, alors que l'actuel territoire roumain n'avait pas encore été défini et que les mesures trigonométriques n'existaient pas ?).

Références

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  1. Olteanu
  2. C'est l'hypothèse, au XVIIIe siècle, de Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville, qui dans son Tome XXV des Mémoires de l’Académie des Inscriptions, voit dans « un des sommets qui séparent la Moldavie de la Transylvanie, nommé Kaszon » [orthographe hongroise de Cașin, mais en fait il n'y a que des vallées de ce nom] celui de Kogaionon : « Or, dans le nom actuel de Kaszon on reconnaît celai de Kôgajon, en mettant à part la première syllabe Kô, laquelle écrite par oméga, comme elle est dans Strabon, sera réputée la même que Kau, dans le nom de Caucase. J'ai eu occasion, en composant un ouvrage particulier sur l'Inde, de faire voir que cette partie du nom de Caucase était le Koh des Persans, employé, même par quelques Indiens, pour désigner les montagnes. Un mémoire que je médite sur le Caucase et ses passages entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne, me donnera lieu de traiter particulièrement de la dénomination de Caucase, qui est plutôt appellative que propre, et avec laquelle le nom de liaison ou Kaszon, dont il s'agit ici spécialement, paraît s'identifier, si on le fait précéder du terme Koh dont je parle. En disant Koh-Kaszon on retrouve assez clairement le Kôgajon de Strabon, supposé même qu'il n'eût pas plutôt écrit ou dû écrire, Kô-cason. Et quand on joint à cette analogie la rencontre d'une rivière, dont le nom est le même, au pied de la montagne, selon l'indication précise de Strabon, on peut se flatter de reconnaître et de fixer le lieu dont il fait mention ».

Bibliographie

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  • Dicționar de istorie veche a României (1976) Editura Științifică și Enciclopedică, p. 363
  • Sorin Olteanu : Καγα: an important Dacian word in Tomitian inscriptions.