La Couronne (restaurant)
La Couronne, fondée en 1345, est considérée comme la plus vieille auberge de France[1]. Elle est située sur la place du Vieux-Marché à Rouen, préfecture de Normandie.
| La Couronne | ||||
Façade du restaurant. | ||||
| Présentation | ||||
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| Coordonnées | 49° 26′ 34″ nord, 1° 05′ 16″ est | |||
| Pays | ||||
| Ville | Rouen, Normandie | |||
| Adresse | 31 place du Vieux-Marché | |||
| Fondation | 1345 | |||
| Site web | www.lacouronne-rouen.fr | |||
| Informations | ||||
| Chef cuisinier | Vincent Taillefer | |||
| Type de cuisine | Cuisine française | |||
| Spécialité(s) | Canard à la rouennaise Soufflé normand Tarte fine aux pommes |
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| Nombre de couverts | Jusqu'à 120 | |||
| Critique | Gault & Millau : 1 toque Guide Michelin : sélection (2019) Le Petit Futé (2026) Tables & Auberges de France |
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| Géolocalisation sur la carte : Normandie
Géolocalisation sur la carte : Seine-Maritime
Géolocalisation sur la carte : Rouen
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Historique
modifierOrigines médiévales et mentions d'archives
modifierL'histoire documentée de l'auberge repose sur les séries G et H des archives départementales de la Seine-Maritime, issues des fonds du prieuré Saint-Lô, de la paroisse Saint-Sauveur et de la communauté des Filles-Dieu de Rouen[2].
Trois rentes foncières médiévales scandent l'évolution du lieu :
- En 1345, un acte conservé dans le cartulaire des Filles-Dieu atteste que Vincent de Saint-Liénart vend à messire Robert Le Huc, prêtre, une rente assise sur une maison nommée le « manoir à La Couronne », située en bordure du pavé où se vend le poisson[2]. En 1359, une charte de Charles, dauphin et régent du royaume, confirme cette possession aux religieuses[2].
- Dès 1365, les comptes de pitancerie du prieuré Saint-Lô mentionnent une rente de deux sols versée par Raoul Leprévost, qualifié de « maître » de La Couronne, puis acquittée vers 1367 par Nicole Thomas[2].
- Par acte du 11 mai 1387, une troisième redevance annuelle de dix sols est instituée au profit de l'église voisine Saint-Sauveur par Dame Nicole, veuve de Pierre Le Clerc ; cette rente perpétuelle, dite de « Dame Nicole », a été versée régulièrement par l'auberge pendant plus de quatre siècles, jusqu'à la suppression de la paroisse par la Révolution française en 1791[2].
La tradition locale rapporte que le restaurateur Raoul Baudry aurait assisté depuis les fenêtres de la taverne au supplice de Jeanne d'Arc le [3],[4]. Les actes du tabellionage précisent qu'en 1443, son fils Richard Baudry (dit « Cardinot ») succède à son père Guillaume comme « tavernier » de l'enseigne[2]. Un document de 1483 situe l'établissement « devant les halles du Viel Marché à l'endroit où l'on vent la marée de poisson frez »[2].
Au XVIIe siècle, Abraham Houppeville, propriétaire de l'auberge et trésorier de Saint-Sauveur en 1626, s'acquitte de la rente foncière sur des comptes signés par des fidèles du quartier, dont la famille Corneille. En 1651, le poète et dramaturge Pierre Corneille, alors trésorier en charge de la paroisse, contresigne lui-même le reçu de dix sols dû par la veuve Houppeville pour la maison où pend l'enseigne de la « Couronne d'or »[2].
Époque contemporaine
modifierJusqu'au début du XXe siècle, l'hôtel occupe un immeuble de facture classique en pierre de taille et crépi, mitoyen du café-tabac « À la Civette du Vieux-Marché » et des entrepôts Fréret & Levieux. En 1919, à sa démobilisation, Lucien Dorin reprend l'affaire avec son frère Marcel auprès de M. Meunier, s'inscrivant dans la tradition culinaire initiée par Marie Hallé[5]. Marcel Dorin officie par la suite également à Paris au restaurant Le Bœuf à la mode, tandis que Lucien veille sur la cave rouennaise. Leurs spécialités renommées sont « la sole à la crème, le canard à la rouennaise et le poulet à la ficelle renouvelé d'une recette d'Alexandre Dumas et mis au point par Marcel Dorin »[6]. En 1935, Lucien Dorin cofonde la Fête du Ventre de Rouen afin de célébrer la gastronomie normande[7].
Sa façade actuelle à pan de bois, commandée à l'architecte André Robinne, est inaugurée en 1928[8].
Lors des bombardements de Rouen le , le corps de bâtiment arrière est lourdement endommagé tandis que la façade sculptée sur rue et les caves voûtées subsistent intactes au milieu des ruines de la place[5],[9].
Le , au terme d'une enquête menée par le journaliste gastronomique Pierre Andrieu, la revue professionnelle L'Hôtellerie confère officiellement à l'établissement le titre de « plus vieille auberge de France »[5]. Le prix de 50 000 francs attribué à cette occasion aux frères Pierre et Jean Dorin est immédiatement reversé au maire de Rouen, Bernard Tissot, en solidarité avec les sinistrés de Madagascar victimes d'un cyclone[5].
En 1986, avec la participation des chefs de La Couronne, le chef cuisinier rouennais Michel Guéret crée l'« ordre des Canardiers », confrérie destinée à préserver le protocole traditionnel du caneton à la rouennaise (ou canard au sang) découpé et pressé en salle[10].
En 1987, Jean-Dominique Cauvin prend la direction du restaurant et constitue la société SNC La Couronne[11]. Malgré un important incendie en janvier 1988, le bâtiment est restauré. Depuis le début des années 1990, les fourneaux sont confiés au chef Vincent Taillefer[12],[13].
Architecture et décors
modifierLa façade sur la place du Vieux-Marché, conçue en 1928 par André Robinne, s'inspire du vocabulaire néo-normand médiéval avec encorbellements, fermes débordantes et sablières décorées. Les pigeâtres et corbeaux de bois au rez-de-chaussée s'ornent de statues votives représentant saint Fortunat (patron des gastronomes), saint Jacques (protecteur des pèlerins) et saint Guénolé (associé aux vergers de pommiers)[14].
Le sous-sol abrite des caves voûtées médiévales[14]. Les salles en étages sont rythmées par des boiseries sculptées, des vitraux décorés d'armoiries normandes et de la figure de Jeanne d'Arc, ainsi que des cheminées monumentales en brique[5].

Communication et représentations artistiques
modifierDans l'entre-deux-guerres, l'établissement confie ses imprimés promotionnels à l'imprimerie rouennaise L. Wolf (fondée par Lucien Wolf et reprise par son fils Pierre-René Wolf, ultérieur directeur de Paris-Normandie).
Vers 1930, l'illustrateur normand Georges Conrad (1874-1936) y signe une reconstitution historique de la place du Vieux-Marché au XVe siècle, valorisant la devanture à colombages de l'auberge.


Personnalités liées à l'établissement
modifierEn novembre 1948, la cheffe et écrivaine culinaire américaine Julia Child prend à La Couronne son premier déjeuner sur le territoire français, composé d'huîtres de Marennes, d'une sole meunière et de vin de Chablis ; cet épisode déterminant marque son orientation professionnelle vers la gastronomie française[15],[16].
Le , le peintre Salvador Dalí y déjeune en compagnie de son épouse Gala et du peintre Georges Mathieu, savourant le pont-l'évêque traditionnel avant d'exposer son projet sur le droit romain destiné au bal des Petits Lits Blancs[17].
Le livre d'or de l'auberge et sa galerie photographique recensent de nombreuses figures politiques, royales et artistiques : le général de Gaulle, l'empereur Haïlé Sélassié d'Éthiopie, le président René Coty, la princesse Grace de Monaco, Sophia Loren, John Wayne, Jean Marais, Bourvil, Jean-Paul Sartre, Paul Éluard, Jacques Anquetil, Juan Manuel Fangio ou encore Serge Gainsbourg[14].
Références
modifier- ↑ « 69 H 19 - Cartulaire - 1283-1482 Archives Départementales de la Seine-Maritime », sur Archives de la Seine-Maritime (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Gilles Lamy, Quelques textes anciens concernant La Couronne au Vieux-Marché de Rouen, Rouen, Imprimerie L. Wolf, , 1-6 p..
- ↑ « La Couronne, la plus vieille auberge de France - Rouen – Seine-maritime - Grand Ouest Insolite - Week-end et découverte », sur www.grandouestinsolite.fr (consulté le )
- ↑ « Rouen - La Couronne : « plus vieille auberge de France » », sur www.patrimoine-normand.com (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Roger Parment, « L'Hôtel de la Couronne a reçu ses lettres de noblesse et un prix de 50.000 francs », Paris-Normandie, .
- ↑ Les Dorin Le Monde, 23 février 1956.
- ↑ Aux origines de la fête du ventre à Rouen, née dans les années 30 Paris-Normandie, 9 octobre 2019.
- ↑ Raymond Quenedey, « La nouvelle façade de l'Hôtel de la Couronne », Journal de Rouen, , p. 2.
- ↑ La Couronne à Rouen, une table qui tient bien sa place Paris-Normandie, 8 mars 2019.
- ↑ « L'Ordre des Canardiers : qui sommes-nous ? », sur Ordre des Canardiers
- ↑ « SNC LA COURONNE (ROUEN) », sur societe.com (consulté le )
- ↑ Gilles Pudlowski, Rouen : la Couronne est toujours là !, 19 septembre 2013.
- ↑ Philippe Couderc, « Vincent Taillefer, canards à la page », Challenges, no 713, , p. 120.
- 1 2 3 André-Georges Pelletier, « La plus vieille auberge de France : « La Couronne » à Rouen », Le Courrier du Nord, vers 1995.
- ↑ (en) Julia Child et Alex Prud'homme, My Life in France, Alfred A. Knopf, (ISBN 978-0-307-27769-5), p. 18-21.
- ↑ (en) Cynthia Zarin, « Portrait of a Marriage: Julia Child Captured in Paul Child's Shimmering Photographs », sur newyorker.com, .
- ↑ Françoise Pascal, « Salvador Dali déjeunait hier à l'Hôtel de la Couronne », Paris-Normandie, .
Liens externes
modifier- (fr + en) Site officiel
- Ressource relative aux organisations :