La Muse rouge
La Muse rouge est un groupe de poètes et chansonniers socialistes, pacifistes et libertaires fondé à Paris en 1901. Actif jusqu'en 1939, ce collectif artistique a joué un rôle majeur dans la diffusion de la culture prolétarienne et de la chanson engagée, notamment par son opposition virulente à la Première Guerre mondiale.
| Pays d'origine |
|
|---|---|
| Genre musical | Chanson engagée, chanson populaire |
| Années actives | 1901 — 1939 |
| Influences | Goguette, Commune de Paris |
Le groupe est fondé par Constant Marie (dit « Le Père la Purge »). Contrairement aux cabarets montmartrois plus commerciaux, La Muse Rouge se veut un outil d'éducation populaire et de propagande par le chant. Le collectif organise des « soirées de famille » et des fêtes ouvrières.
Le groupe d’artistes informel et peu conventionnel connait de très nombreux membres, plus ou moins ponctuels ou plus durables, durant sa longue existence. Pendant l'entre-deux-guerres, le groupe devient un pilier du pacifisme intégral, dénonçant les horreurs de la guerre et le militarisme.
Histoire
modifierFondation et débuts (1901-1914)
modifier
En , le chansonnier Constant Marie, dit « Le Père la Purge » fonde le «Groupe des poètes et chansonniers socialistes », qui devient rapidement le « Groupe des poètes et chansonniers révolutionnaires »[1],[2]. Dès , le groupe devient La Muse Rouge[1], du titre de la chanson qu'il avait composé en hommage à Louise Michel en 1893[3],[4]. Le collectif naît de la volonté de créer une alternative militante aux goguettes traditionnelles et aux cabarets commerciaux de Montmartre[1]. Le groupe se définit comme un collectif de « propagande révolutionnaire par la poésie et la chanson »[5]. Contrairement aux salles de spectacle classiques, les membres se réunissent dans des arrière-salles de cafés parisiens pour organiser des « soirées de famille », où l'on chante sans apparat pour un public ouvrier[6].
Le collectif ne se contente pas de la scène : il édite une revue éponyme, La Muse Rouge, qui publie les partitions et les textes des membres afin qu'ils puissent être repris dans les grèves et les manifestations[7]. Parmi les premiers contributeurs, on retrouve des figures comme Charles d'Avray et Gaston Couté, qui insufflent une identité fortement libertaire et anticléricale au groupe[8]. Maurice Doublier devient secrétaire du groupe[9],[10].
Le , Lénine, qui vit à Paris, écrit à sa sœur Maria : «... Aujourd’hui même je compte aller dans un cabaret, pour une goguette révolutionnaire avec des chansonniers[11] ». Celle-ci a lieu à la Maison commune du 3e arrondissement, 49 rue de Bretagne. Il s’agit de la goguette de la Muse rouge[12]. Très politisée, elle édite une publication : La Muse Rouge revue de propagande révolutionnaire par les arts.
L'épreuve de la Grande Guerre et le tournant pacifiste
modifier
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 marque une rupture. Alors qu'une partie du mouvement socialiste se rallie à l'Union sacrée, La Muse Rouge maintient, dans la clandestinité ou la semi-légalité, une ligne de conduite antimilitariste[14].
Au sortir du conflit, le groupe devient le porte-voix du « pacifisme intégral ». La douleur des tranchées transforme leur répertoire : les chansons de lutte sociale sont complétées par des pamphlets virulents contre « la boucherie héroïque » et les profiteurs de guerre[15]. C'est durant cette période que Maurice Hallé rejoint le groupe, apportant sa poésie paysanne et son mépris des hiérarchies militaires[1].
Durant la Grande Guerre le Cornet poursuit ses activités, la Lice chansonnière les interrompt et la Muse rouge choisit de suspendre sa publication afin d’éviter de devoir la soumettre aux ciseaux de la censure.
Les deux animateurs de la Muse rouge disparaissent tués au front : Léon Israël en et en 1916 Maurice Doublier, Poète-Chansonnier et directeur de la goguette[16].
L'entre-deux-guerres et l'éducation populaire
modifierLa Muse rouge continue à exister. Elle est dirigée de 1917 à 1926 par le chansonnier et militant anarchiste Clovis Poirier dit Clovys[17],[18]. Robert Brécy écrit en 1990, parlant des chansons anarchistes, que certaines d’entre elles sont chantées entre les deux guerres « dans les goguettes populaires grâce, surtout, au groupe de chansonniers de la Muse rouge[16] ».
Dans les années 1920 et 1930, La Muse Rouge atteint son apogée en tant qu'institution de la culture prolétarienne. Elle s'affilie à la Fédération des Sociétés Savantes et collabore étroitement avec les organisations anarchistes et syndicalistes[7]. Le groupe ne se limite pas à la chanson : il organise des conférences, des chorales ouvrières et soutient activement les campagnes pour la libération de militants emprisonnés, comme Sacco et Vanzetti[7].
Malgré les tensions internes entre les sensibilités communistes et libertaires après la Révolution russe, le collectif préserve son autonomie artistique. Il finit par s'essouffler à la fin des années 1930, face à la montée des périls et à l'évolution des modes de diffusion musicale (radio, disque), avant que la Seconde Guerre mondiale ne mette un terme définitif à ses activités régulières[7].
La Muse rouge disparait en 1939[7]. Elle compte alors dans ses rangs Eugène Bizeau et Léon Ozeranski dit Léo Noël joueur d’orgue de Barbarie bien connu[11].
Suites
modifierDans les années 1940, des goguettes existent à Paris. Comme on le voit en lisant Robert Brécy. Il écrit, parlant de deux anciens de la goguette de la Muse rouge, disparue en 1939[11] :
- « Après son retour en France, en 1945, Picard reprit son métier et continua encore plusieurs années à chanter ses succès de la Muse dans des goguettes populaire et des concerts.
- Maurice Hallé se fit encore entendre à la Vache enragée (un cabaret montmartrois), installée en 1949 au « Consulat », rue Norvins, à deux pas de la place du Tertre, et aussi dans quelques goguettes de quartier. »
Membres notables
modifierSources et Références
modifierOuvrages de référence
modifier- Robert Brécy (préf. Maurice Agulhon), Autour de la Muse rouge : groupe de poètes et chansonniers révolutionnaires : 1901-1939, Saint-Cyr-sur-Loire, C. Pirot, , 254 p. (ISBN 2-86808-047-2)[19],[20]
- Florilège de la Chanson Révolutionnaire, De 1789 au Front Populaire, Robert Brécy Éditions Ouvrières, Paris, 1990
- La Muse rouge : revue de propagande révolutionnaire par la poésie et la chanson (le bulletin du groupe)[21].
- La chanson de la Commune : chansons et poèmes de la Révolution de 1871, Robert Brécy, Éditions de l'Atelier, 1991 qui évoque l'héritage transmis à la Muse Rouge.
Références
modifier- 1 2 3 4 « MARIE Constant, Charles, Auguste dit Le Père Lapurge [Dictionnaire des anarchistes] – Maitron » (consulté le )
- ↑ « BnF Catalogue général », sur catalogue.bnf.fr (consulté le )
- ↑ (en-US) « Bd de Magenta »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Paris Révolutionnaire,
- ↑ FICEDL, « (La )Muse rouge : Marie “Père Lapurge”, Constant », sur canto.ficedl.info, (consulté le )
- ↑ FICEDL, « (La )Chanson ouvrière : édition trimestrielle (1905-1905) : Groupe des chansonniers révolutionnaires », sur canto.ficedl.info, (consulté le )
- 1 2 Gaetano Manfredonia, « La chanson anarchiste dans la France de la belle époque », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques, vol. n°26, no 2, , p. 101–121 (ISSN 1266-7862, DOI 10.3917/rfhip.026.0101, lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 3 4 5 Robert Brécy, Autour de la Muse Rouge 1901-1939, Éditions Christian Pirot, Saint-Cyr-sur-Loire 1991.
- ↑ FICEDL, « Catalogues « La Muse rouge » », sur canto.ficedl.info (consulté le )
- ↑ « DOUBLIER Maurice [Dictionnaire des anarchistes] – Maitron » (consulté le )
- ↑ « DOUBLIER, Maurice, Eugène, Gabriel - Dictionnaire international des militant·e·s anarchistes », sur militants-anarchistes.info (consulté le )
- 1 2 3 4 Cité par Robert Brécy p. 183 de son Florilège de la Chanson Révolutionnaire, De 1789 au Front Populaire, Éditions Ouvrières, Paris, 1990. Les passages en italique sont en français dans le texte original de la lettre écrite en russe.
- ↑ Cette réunion est rapportée sur la base de données Paris Révolutionnaire par arrondissements.
- ↑ L’Humanité, 29 octobre 1927, p. 2, 7e colonne, rubrique Fêtes, Meetings et Conférences.
- ↑ Thierry Maricourt, Histoire de la littérature libertaire en France, A. Michel, (ISBN 978-2-226-04026-8)
- ↑ Jean-Claude Klein, Florilège de la chanson française, Bordas, coll. « Les compacts », (ISBN 978-2-04-018461-2)
- 1 2 Robert Brécy, Florilège de la Chanson Révolutionnaire, De 1789 au Front Populaire, Éditions Ouvrières, Paris, 1990, p. 142.
- ↑ Voir sur Internet la biographie de Clovys (1885-1955) sur le site de l'Éphéméride anarchiste.
- 1 2 Jean-pierre Logeais, « Varia - Histoire & Généalogie: Agape familiale de " La Muse Rouge " à Paris en 1920 », sur Varia - Histoire & Généalogie, (consulté le )
- ↑ « Robert BRÉCY / AUTOUR DE LA MUSE ROUGE », sur EPM MUSIQUE (consulté le )
- ↑ Jean-Yves Mollier, « Robert Brécy : Autour de la muse rouge - 1901-1939. 1991, préface de Maurice Agulhon », Revue d'Histoire du XIXe siècle - 1848, vol. 8, no 1, , p. 199–200 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ René Louis (1941-2005) Bianco, « Bianco (Bi 1494). La Muse rouge : revue de propagande révolutionnaire par les arts », sur bianco.ficedl.info (consulté le )