Rhétique
Le rhétique ou rétique[1] est une langue éteinte, disparue au cours du Ier siècle qui était parlée dans les Alpes orientales.


Histoire et extension géographique
modifierLe rhétique est une langue éteinte parlée par les Rhètes, un peuple alpin qui vivait dans l'actuelle Italie nord orientale, l'ouest de l'Autriche, la Suisse orientale, le Liechtenstein et l'Allemagne méridionale.
Les principaux lieux de trouvailles archéologiques se situent au Sud-Tyrol (Unterland), Trentin-Haut-Adige, en particulier Vadena, Laghetti, Magrè sulla strada del vino (Bolzano), Sanzeno (Trente) et la Valpolicella (Vérone)[2]. En Vénétie, on trouve quelques inscriptions rhétiques en domaine vénète, autour de Feltre et de Montebelluna.
Classification linguistique
modifierLe rhétique est une langue non indo-européenne attestée par un corpus d'environ trois à quatre cents inscriptions courtes, datant du VIe siècle avant notre ère jusqu'à la romanisation au Ier siècle avant notre ère, dans la zone alpine et préalpine orientale (Trentin, Tyrol méridional et septentrional, basse vallée de l'Engadine et parties du Vénétie septentrionale et occidentale)[3]. La documentation est majoritairement épigraphique et de lecture difficile en raison du caractère fragmentaire des textes, de l'usage de la scriptio continua et de l'absence quasi totale de mots lexicaux identifiés avec certitude[4].
La parenté génétique du rhétique avec l'étrusque a été démontrée dans les années 1990 par Helmut Rix et Stefan Schumacher, et confirmée par les travaux ultérieurs de Carlo De Simone et Simona Marchesini[5],[6]. Le rhétique, l'étrusque et la langue des inscriptions de Lemnos forment ensemble une famille linguistique appelée « Tyrrhénien », classifiée comme non indo-européenne[5]. Les traits communs aux trois langues concernent les domaines phonologique, morphologique et syntaxique : absence du phonème /o/, absence de la série sonore des occlusives, morphologie agglutinante, désinences casuelles partagées (génitif en -s, pertentif en -si et -le, prétérit en -ke)[4],[7].
Au sein de cette famille, la séparation entre le rhétique et l'étrusque est estimée plus ancienne que celle entre l'étrusque et le lemnien. Rix situait le proto-tyrrhénien aux alentours du tournant du IIe au Ier millénaire avant notre ère[4], mais Marchesini a montré, sur la base des correspondances lexicales — plus nombreuses entre étrusque et lemnien qu'entre étrusque et rhétique — que la séparation entre rhétique et étrusque doit être plus ancienne que celle entre étrusque et tyrrhénien de Lemnos, selon un modèle de ramification successive : le rhétique se serait détaché en premier du tronc commun, suivi dans un second temps par la séparation entre étrusque et lemnien[6]. De Simone et Marchesini proposent de situer ce premier split à une époque préhistorique antérieure à l'âge du Bronze, ce qui constituerait un terminus ante quem pour la séparation entre les deux langues, et expliquerait la rareté des correspondances lexicales entre rhétique et étrusque malgré leurs profondes similitudes morphologiques et phonologiques[6],[5].
Écriture
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L'alphabet rhétique est aussi connu sous le nom d'alphabet de Bolzano ou de Sanzeno et présente des analogies avec le Futhark et l'alphabet camunien[8],[9],[10],[11]
Il existe environ deux cents inscriptions rédigées dans cet alphabet, similaire à l'alphabet étrusque mais avec certaines transformations locales[2].Il s'agit souvent d'inscriptions à caractère votif[2].
Notes et références
modifier- ↑ Michel Lejeune, par exemple, utilise le terme rétique, qu'il met entre guillemets.
- 1 2 3 (it) Laboratorio d'epigrafia dell'Italia antica, « Il retico », sur Dipartimento di Studi Umanistici (DSU), Università Ca'Foscari di Venezia, (consulté le )
- ↑ Simona Marchesini, « Retico. Scrittura », Mnamon. Antiche scritture del Mediterraneo, Scuola Normale Superiore, mis à jour 12/2022, DOI 10.25429/sns.it/lettere/mnamon045.
- 1 2 3 Corinna Salomon, « Raetic », Palaeohispanica 20, 2020, p. 263–298, DOI 10.36707/palaeohispanica.v0i20.380.
- 1 2 3 Simona Marchesini, « Retico. Lingua », Mnamon. Antiche scritture del Mediterraneo, Scuola Normale Superiore, DOI 10.25429/sns.it/lettere/mnamon000.
- 1 2 3 Carlo de Simone et Simona Marchesini (dir.), La lamina di Demlfeld, Pisa–Roma, Fabrizio Serra Editore, 2013 (Supplemento Mediterranea 8).
- ↑ Progetto PRIN Lingue e culture dell'Italia antica, « The Rhaetian language », Università degli Studi di Firenze, 2021 [en ligne].
- ↑ , Alessandro Morandi, Il cippo di Castelciès nell'epigrafia retica, p. 36-46, accès du 4-10-2009
- ↑ Ciurletti, Gianni; Marzatico, Franco (1999), I Reti / Die Räter atti del simposio : 23-25 settembre 1993, Castello di Stenico, Trento.
- ↑ Cembran, Gaetano (1967), 'l nôs paëś, Biblioteca di Laghetti - Bibliothek Laag, pp. 7-21.
- ↑ Bækksted,Anders (1952), Målruner og Troldrunder. Runemagiske studier., København: Gydendalske Boghandel, Nordisk Forlag.
- (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Lingua retica » (voir la liste des auteurs).
- Code de langue IETF : xrr
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (it) Giulio Facchetti, Qualche osservazione sulla lingua minoica, Kadmos 40, p. 1–38.
- (it) Giulio M. Facchetti, Appendice sulla questione delle affinità genetiche dell'Etrusco, dans Appunti di morfologia etrusca p. 111– 150, Leo S. Olschki, 2002 (ISBN 8822251385).
- (en) L R Palmer, Mycenaeans and Minoans, Second ed. New York, Alfred A. Knopf. 1965.
- (de) Helmut Rix, Rätisch und Etruskisch, Innsbruck,1998.
- (de) Dieter H. Steinbauer, Neues Handbuch des Etruskischen, St. Katharinen, 1999.
- (de) Stefan Schumacher, Sprachliche Gemeinsamkeiten zwischen Rätisch und Etruskisch, Der Schlern 72 (1998), p. 90–114.
- (de) Stefan Schumacher, Die rätischen Inschriften. Geschichte und heutiger Stand der Forschung. 2. erweiterte Auflage [= Innsbrucker Beiträge zur Kulturwissenschaft 121 = Archaeolingua 2], Innsbruck, Institut für Sprachen und Literaturen der Universität Innsbruck 2004.
- F. Bravi, La lingua dei Reti, I-II, Bolzano,1981.
- Simona Marchesini avec Rosa Roncador Monumenta Linguae Raeticae, Rome 2015.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (it) « Il retico, in Dipartimento di Studi Umanistici (DSU), Laboratorio di epigrafia dell'Italia antica, Università Cà Foscari di Venezia », sur Laboratorio di epigrafia dell'Italia antica, Università Cà Foscari di Venezia, (consulté le ) Il retico in Dipartimento di scienze dell'antichità e del vicino oriente (Università Cà Foscari de Venise) accès le 4-10-2009
- Alessandro Morandi, Il cippo di Castelciès nell'epigrafia retica, L'Erma di Bretschneider, 1999, accès le 4-10-2009 (ISBN 978-88-8265-047-6)