Laurentides (montagnes)
Les Laurentides sont une large chaîne de montagnes au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador, au Canada, qui s'étend de l'Outaouais jusqu'au Labrador et qui marque le rebord méridional du bouclier canadien.
| Laurentides | |
Localisation des Laurentides au Québec et au Labrador. | |
| Géographie | |
|---|---|
| Altitude | 1 166 m, Mont Raoul-Blanchard |
| Massif | Bouclier canadien |
| Longueur | 2 000 km |
| Largeur | 600 km |
| Administration | |
| Pays | |
| Provinces | Québec, Terre-Neuve-et-Labrador |
| Géologie | |
| Âge | 1 milliard d'années |
| Roches | Gneiss, migmatite, anorthosite, charnockite, syénite |
| modifier |
|
Les Laurentides font partie de la province géologique de Grenville, socle de roches ignées érodées, qui est l'une des formations géologiques parmi les plus anciennes des régions physiographiques du monde. Les Laurentides ont fini de se former il y a environ 1 milliard d'années.
Toponymie
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Le nom des Laurentides leur a été donné en 1845 par l'historien François-Xavier Garneau dans son Histoire du Canada. Il y écrit : « Cette chaîne n'ayant pas de nom propre et reconnu, nous lui donnons celui de Laurentides qui nous paraît bien adapté à la situation de ces montagnes qui suivent une direction parallèle au fleuve Saint-Laurent. » Avant ce baptême, certaines parties du massif ont porté des noms spécifiques, soit les monts Pirénées, les monts Trinité, les monts Pelés et les Pays d'en Haut. Le nom a été rapidement adopté par le public après sa création et a été réutilisé dans divers toponymes. Par exemple, la ville de Saint-Lin–Laurentides prend le nom de ville des Laurentides en 1883. Au nord de Québec, le parc des Laurentides, désormais réserve faunique des Laurentides, est créé en 1895. Le nom Laurentides sert à désigner une région administrative au nord de Montréal et la municipalité régionale de comté comprenant Mont-Tremblant et Sainte-Agathe-des-Monts[1].
Géographie
modifierTopographie
modifierLes Laurentides constituent au Québec le rebord méridional du bouclier canadien. Elles s’étendent du lac Témiscamingue à l'ouest jusqu'au Labrador à l'est[1]. La chaîne, dont l'altitude se situe entre 500 m et 900 m selon la Commission de toponymie, part de la région de Gatineau vers le nord-est en passant par Lachute, Saint-Jérôme, le nord de Joliette et Shawinigan, jusqu'au cap Tourmente, au nord-est de Québec. Au-delà du Saguenay, elle forme l'arrière-pays de la Côte-Nord[1].
Le relief comprend, aux deux extrémités, le plateau de la Dumoine à l'ouest et le plateau de la Basse-Côte-Nord à l'est, dont la façade sud est fortement entaillée par le réseau hydrographique. Entre les deux se succèdent la dépression de Mont-Laurier, le massif du Mont-Tremblant, le massif du lac Jacques-Cartier, la plaine du lac Saint-Jean, le fjord du Saguenay, les monts Valin, la cuvette du réservoir Manicouagan et les monts Groulx[2].
Dans l'usage courant, on distingue les Basses-Laurentides, plus proches de la plaine de Montréal, des Hautes-Laurentides, plus au nord, notamment dans les vallées de la Rouge et de la Lièvre[3].
Principales subdivisions
modifier| No | Massif | Région administrative | Point culminant | Altitude | Coordonnées | Carte | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Monts Groulx[4] | Côte-Nord | Mont Veyrier | 1 104 m | 51° 26′ 53″ N, 68° 41′ 16″ O | Légende
| |
| 2 | Montagnes Blanches[5] | Saguenay–Lac-Saint-Jean et Côte-Nord | Sommet innomé | 1 075 m | 51° 20′ 52″ N, 70° 30′ 28″ O | ||
| 3 | Monts Valin[6] | Saguenay–Lac-Saint-Jean | Pic Dubuc | 984 m | 48° 36′ 47″ N, 70° 47′ 48″ O | ||
| 4 | Massif du Lac Jacques-Cartier[7] | Saguenay–Lac-Saint-Jean et Capitale-Nationale | Mont Raoul-Blanchard | 1 166 m | 47° 18′ 35″ N, 70° 49′ 55″ O | ||
| 5 | Massif du Mont-Tremblant[8] | Laurentides et Lanaudière | Mont Tremblant | 932 m | 46° 14′ 57″ N, 74° 33′ 35″ O | ||
| 6 | Collines de la Gatineau[9] | Outaouais | Mont Sainte-Marie | 560 m | 45° 55′ 45″ N, 75° 51′ 51″ O |
Principaux sommets
modifier- Mont Raoul-Blanchard (1 166 m)
- Mont Belle Fontaine (1 151 m)
- Mont de la Québécoise (1 120 m)
- Mont Veyrier (1 104 m)
- Mont François-De Laval (1 082 m)
- Montagne des Érables (1 048 m)
- Pic Dubuc (984 m)
- Mont du Lac des Cygnes (980 m)
- Mont Tremblant (932 m)
- Mont Le Carcan (883 m)
- Mont Sainte-Anne (803 m)
- Mont Sir-Wilfrid (783 m)
- Montagne du Caribou (440 m)
- Les Laurentides vues depuis le parc national des Grands-Jardins.
- Mont Tremblant et lac du même nom à ses pieds, dans la portion sud de la chaîne des Laurentides.
- Mont Raoul-Blanchard, le sommet des Laurentides.
Passes et cols
modifier- Passe du Cheval
- La Porte de l'Enfer
- Passe des Monts
Géologie
modifierLes Laurentides sont issues de l'orogenèse grenvillienne, à la fin du Protérozoïque. Cet orogène est très complexe : des terrains ont été transportés très loin de leur lieu de formation. Une bonne partie de la province géologique de Grenville correspond aux Laurentides[2].
Au Paléozoïque, l'effondrement de deux grabens, celui d'Ottawa-Bonnechère au sud-ouest et celui du Saguenay à l'est, a séparé les Laurentides méridionales des Laurentides centrales. Parmi les éléments géologiques notables figurent la dépression de Mont-Laurier, formée de roches carbonatées, le massif d'anorthosite du lac Magpie, qui sépare les Laurentides centrales du plateau de la Basse-Côte-Nord, et les roches volcano-sédimentaires des collines du lac Watshishou. Au Cénozoïque, le relief du massif du Lac Jacques-Cartier, au nord de Québec, semble avoir été rajeuni[2].
Après des millions d'années d'érosion par le vent, l'eau et les glaciers, il ne reste de la chaîne d'origine qu'un territoire dominé par des collines aux sommets arrondis[2],[10]. Le Québec a connu plusieurs glaciations au Quaternaire, et les glaces ont laissé des dépôts de surface dont la répartition dépend du relief antérieur[2].
Faune et flore
modifierFlore
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Sous l'influence du climat, la végétation dominante change du sud vers le nord : la diversité des espèces végétales est plus grande au sud, où les conditions sont plus clémentes, et la forêt devient de plus en plus résineuse vers le nord. Six sous-domaines bioclimatiques se succèdent dans les Laurentides, du sud au nord : l'érablière à caryer cordiforme, l'érablière à tilleul de l'ouest, l'érablière à bouleau jaune de l'est, l'érablière à bouleau jaune de l'ouest, la sapinière à bouleau jaune de l'ouest et la sapinière à bouleau blanc de l'ouest. Cette dernière marque le début de la limite sud de la forêt boréale[11].
Dans le domaine de l'érablière à bouleau jaune, le bouleau jaune accompagne l'érable à sucre sur les sites mésiques. Le hêtre à grandes feuilles, le chêne rouge et la pruche du Canada y croissent aussi, mais ils deviennent très rares au-delà de sa limite septentrionale[11].
Faune
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En raison de leur position géographique, les Laurentides présentent des habitats fauniques très diversifiés. La grande faune comprend principalement l'orignal, le cerf de Virginie et l'ours noir. Le lièvre, la gélinotte huppée et le tétras du Canada figurent parmi les principales espèces de petit gibier. Les animaux à fourrure comptent notamment le loup, le coyote, le castor, la loutre de rivière, le vison d'Amérique, la martre d'Amérique, le pékan et le lynx du Canada[12].
Les Laurentides comptent six espèces de serpents sur les sept présentes au Québec, quatre espèces de tortues sur neuf, sept espèces d'urodèles sur dix et dix espèces d'anoures sur onze. Parmi elles figurent la couleuvre rayée, la couleuvre verte, la couleuvre à ventre rouge, la tortue des bois, la salamandre à points bleus, le ouaouaron et la grenouille des marais. Plusieurs espèces des Laurentides, dont le necture tacheté, la tortue géographique et la couleuvre brune, sont observées principalement dans les Basses-Laurentides[12].
Histoire
modifierLes premiers habitants de la région de Mont-Tremblant sont des Amérindiens, Algonquins et Iroquois, qui vivent de chasse, de pêche, de trappe et de cueillette et parcourent le territoire en raquettes l'hiver et en canot d'écorce l'été[10].
La colonisation des Hautes-Laurentides est surtout associée au curé Antoine Labelle, qui fonde une vingtaine de paroisses et favorise l'arrivée du chemin de fer dans les Pays-d'en-Haut[3]. Le territoire, rocailleux, rapidement vidé de ses ressources forestières et presque privé de mines, offre peu de possibilités agricoles ou industrielles : le tourisme vient à la rescousse de plusieurs paroisses à la fin du XIXe siècle[3].
Activités
modifierTourisme et villégiature
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Contrairement à la croyance populaire, l'industrie touristique du nord de Montréal naît au XIXe siècle dans les Basses-Laurentides, avec la villégiature en chalet le long de la rivière des Mille-Îles. Celle des collines du nord prend son essor à la fin des années 1890, après l'arrivée du chemin de fer à Saint-Jérôme en 1876, puis à Sainte-Agathe-des-Monts en 1892. Un premier hôtel, le Castel des Monts, ouvre à Sainte-Agathe en 1894[3].
La pratique du ski commence modestement vers 1905, quand des membres du Montreal Ski Club prennent le train jusqu'à Sainte-Agathe et rejoignent Shawbridge à ski. En 1911, Emile Cochand, d'origine suisse, donne les premiers cours de ski de la région. Après 1920, un réseau de pistes se développe en grande partie grâce à Herman Smith-Johannsen, dit « Jack Rabbit ». Le Canadien National organise ses premiers trains de neige en 1927, imité l'année suivante par le Canadien Pacifique. Au début des années 1930, un premier remonte-pente est installé à Shawbridge, et le ski alpin naît. À l'hiver 1938-1939, les seuls trains de neige du Canadien Pacifique transportent 111 777 skieurs vers les collines du nord[3].
Cet engouement entraîne la construction de grands hôtels, dont le Far Hills Inn et le Sun Valley Hotel à Val-Morin, le Chanteclerc à Sainte-Adèle, le Gray Rocks à Saint-Jovite et le Mont-Tremblant Lodge. Le ski fait ainsi des Laurentides la zone de villégiature et de récréation hivernale la plus fréquentée d'Amérique du Nord, selon Laurin[3].
À Mont-Tremblant, l'Américain Joseph Bondurant Ryan, séduit par la montagne, y fait aménager en 1939 un village alpin de classe internationale. Au début des années 1990, la société Intrawest entreprend de développer une station touristique internationale au pied du mont Tremblant[10]. À partir de 1970, la « villégiaturbanisation » gagne des municipalités comme Saint-Sauveur et Sainte-Adèle, où les résidences de luxe, notamment des condominiums, se multiplient au pied des pentes de ski[3].
Protection du territoire
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En 1894, la majeure partie du mont Tremblant est déclarée réserve forestière de l'État, sous le nom de parc de la Montagne-Tremblante. Le parc national ouvre officiellement en 1934. Après près d'un siècle d'exploitation par les compagnies forestières, le gouvernement révoque leurs concessions en 1980, et le parc devient en 1981 une zone de récréation protégée ouverte à tous[10].
Notes et références
modifier- 1 2 3 « Les Laurentides », Banque de noms de lieux du Québec, sur Commission de toponymie, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 « Aires protégées au Québec : les provinces naturelles, partie 3 », sur environnement.gouv.qc.ca, Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 Serge Laurin, « Le Nord des Montréalais : les Laurentides », Cap-aux-Diamants, no 33, , p. 65-68 (lire en ligne).
- ↑ « Monts Groulx », sur gouv.qc.ca, Commission de toponymie du Québec (consulté le ).
- ↑ « Montagnes Blanches », sur gouv.qc.ca, Commission de toponymie du Québec (consulté le ).
- ↑ « Monts Valin », sur gouv.qc.ca, Commission de toponymie du Québec (consulté le ).
- ↑ « Massif du lac Jacques-Cartier » (consulté le )
- ↑ « Mont Tremblant », sur gouv.qc.ca, Commission de toponymie du Québec (consulté le ).
- ↑ « Parc de la Gatineau » (consulté le )
- 1 2 3 4 Colette Légaré, « Montagne Tremblante », Histoire Québec, vol. 13, no 1, , p. 33-34 (lire en ligne).
- 1 2 « Description des éléments du milieu biologique », sur archives.bape.gouv.qc.ca, Uniboard Canada, division Mont-Laurier, étude d'impact déposée au BAPE, (consulté le ), p. 62-63.
- 1 2 « Description des éléments du milieu biologique », sur archives.bape.gouv.qc.ca, Uniboard Canada, division Mont-Laurier, étude d'impact déposée au BAPE, (consulté le ), p. 64-67.
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à la géographie :
- L'histoire géographique du Québec