Le Dîner de cons (film)
Le Dîner de cons est un film comique français réalisé par Francis Veber et sorti en 1998.
| Réalisation | Francis Veber |
|---|---|
| Scénario | Francis Veber |
| Musique | Vladimir Cosma |
| Acteurs principaux |
Jacques Villeret Thierry Lhermitte Francis Huster Daniel Prévost |
| Sociétés de production |
Gaumont Efve Films TF1 Films Production TPS Cinéma |
| Pays de production | France |
| Genre | Comédie |
| Durée | 80 minutes |
| Sortie | 1998 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Adapté de la pièce de théâtre éponyme du même auteur, créée en 1993, le film raconte les mésaventures de Pierre Brochant, célèbre éditeur parisien, qui tente de se débarrasser d’un invité de ses fameux « dîners de cons ». Ces soirées, qu’il organise avec un ami, consistent à se moquer d’individus jugés naïfs ou ridicules. Victime d’un tour de reins, Brochant se retrouve contraint de passer la soirée avec François Pignon, l’un de ces invités, tout en essayant de reconquérir sa femme Christine, décidée à divorcer.
Le Dîner de cons est mené par Thierry Lhermitte et Jacques Villeret, ce dernier reprenant le rôle de François Pignon qu’il avait déjà incarné sur scène. Son interprétation lui vaudra le César du meilleur acteur en 1999. Le film réunit aussi Alexandra Vandernoot, Francis Huster, Daniel Prévost, Catherine Frot et Edgar Givry.
Le film est bien accueilli par la critique et connaît un large succès public avec 9,2 millions d’entrées en France, ce qui le place au deuxième rang du box-office national annuel, derrière Titanic, et parmi les plus grands succès du cinéma français. Outre le César du meilleur acteur de Jacques Villeret, Daniel Prévost reçoit celui du meilleur acteur dans un second rôle et Francis Veber celui du meilleur scénario original ou adaptation. Lors des Lumières de la presse internationale 1999, Veber et Villeret sont également récompensés, respectivement pour le meilleur scénario et le meilleur acteur.
Synopsis
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Un ami de Pierre Brochant (Thierry Lhermitte), Jean Cordier (Edgar Givry), lui a trouvé un fabuleux candidat pour son prochain dîner de cons lors d'un trajet en TGV : François Pignon (Jacques Villeret), employé du ministère des Finances qui se passionne pour les constructions de maquettes en allumettes. Pierre Brochant, victime d’un tour de reins à la suite d'un faux mouvement en jouant au golf, décide de le recevoir chez lui avant de l’emmener au dîner, afin de l’« étudier » un peu. Offusquée par le concept d’un dîner de cons et ne souhaitant pas en être complice en rencontrant l’intéressé, Christine (Alexandra Vandernoot), la femme de Pierre, décide de quitter les lieux sous le regard du Dr Sorbier (Christian Pereira), appelé pour le tour de reins de Pierre, qui semble amusé par le concept de dîner de cons.
Brochant est immobilisé chez lui pour recevoir Pignon et devra se résoudre à renoncer à son dîner. Soudain, Christine laisse un message sur son répondeur pour lui annoncer leur rupture. Pignon, que sa femme Florence a quitté deux ans auparavant pour un collègue que lui-même trouve stupide, comprend sa souffrance psychologique et se met en tête de l’aider malgré les supplications continuelles de Brochant pour être laissé seul.
Brochant demande à Pignon d'appeler le docteur Sorbier pour soigner son tour de reins, aggravé par une chute malencontreuse de Pignon alors qu'ils partaient pour se rendre au dîner. Une nouvelle maladresse de Pignon lui fait appeler le mauvais numéro dans le carnet d’adresses de Brochant. Lorsqu'il demande le nom de la personne au bout du fil, croyant alors parler à « Marlène, sa sœur », il confie dans le détail à cette dernière la détresse amoureuse de Brochant. Brochant explique alors à Pignon qu'il a révélé à Marlène Sasseur (Catherine Frot), une nymphomane hystérique amoureuse de lui, qu'il est désormais célibataire. Ce dernier, voulant à tout prix éviter qu'elle ne débarque chez lui, charge alors Pignon de la rappeler et de lui annoncer que sa femme est rentrée, pour clore l’incident. Pignon commet une nouvelle gaffe et Marlène est déterminée à venir. Brochant appelle Marlène à son tour et, dans la conversation téléphonique, Marlène suspecte que sa femme est retournée auprès de Juste Leblanc (Francis Huster), qui était le meilleur ami de Pierre, avant qu'il ne lui prenne Christine, femme et coautrice de Leblanc pour leur livre, Le Petit Cheval de Manège.
Brochant se résout à solliciter l’aide de Pignon pour appeler Leblanc en élaborant un stratagème pour en avoir le cœur net : Pignon se fait passer pour un producteur de films, le Belge George Van Brugel des Films du Plat Pays, souhaitant adapter au cinéma le livre écrit à l’époque par Leblanc et Christine. Pignon se prend au jeu et commence à discuter du prix des droits d’adaptation du film, oubliant les instructions de Brochant qui étaient d’obtenir de Leblanc l’information sur la manière de joindre Christine. Brochant le charge alors de rappeler Leblanc mais, par maladresse, Pignon révèle à Leblanc le numéro de téléphone auquel il est joignable, qui n’est autre que le numéro de Brochant. Juste Leblanc, qui a démasqué la supercherie, n’a cependant pas gardé de rancœur envers son ami et lui promet de le rappeler si jamais il en sait plus.
Pignon aide Brochant à s'allonger sur son lit puis Brochant lui demande de partir. Sur le pas de la porte, Pignon rencontre Christine qui, prise de remords, décide de rentrer à la maison. La prenant pour Marlène, il ment sur l’état affectif de Brochant en lui affirmant qu’il n’est pas affecté du tout par le départ de sa femme. Apprenant de surcroît l’existence d’une maîtresse de son mari, Christine s’en va pour de bon. Pignon confirme à Brochant qu'il a viré Marlène et Juste Leblanc arrive pour aider Pierre à retrouver Christine.
Leblanc suspectant que Christine pourrait s’être réfugiée dans les bras d’un publicitaire connu, l'obsédé sexuel Pascal Meneaux (Bernard Alane), qui lui a déjà fait des avances, Brochant doit se résoudre à quémander l’aide de Pignon, qui peut lui trouver son adresse, par l’intermédiaire de Lucien Cheval (Daniel Prévost), son collègue du ministère des Finances qui travaille en ce moment sur le contrôle fiscal de Meneaux. Cheval, seul chez lui devant un match de football, Pignon préfère attendre la mi-temps pour ne pas le mettre de mauvaise humeur. Alors que Pignon regarde le match pour savoir quand sera la mi-temps, Brochant l'appelle, furieux. La véritable Marlène Sasseur vient d'arriver et c'est finalement Leblanc qui parvient à l’éjecter de l'appartement.
Brochant se rend compte que Pignon a en réalité renvoyé sa femme et lui ordonne de partir immédiatement, mais Leblanc le convainc qu'il a besoin de lui pour appeler Cheval. Après une querelle de supporters de football, qui l'oblige à rappeler une deuxième fois, Pignon obtient de Cheval qu'il les rejoigne dans l’appartement de Brochant après avoir récupéré le dossier de Meneaux au ministère des Finances. Branle-bas de combat ensuite pour dissimuler les bibelots et autres tableaux de valeur – provenant visiblement de revenus non déclarés au fisc – qui parsèment l’appartement, Cheval étant « un des meilleurs contrôleurs de la boîte ». N’ayant comme boisson que des grands crus à servir à ses invités, et ayant appris que Cheval a une bonne connaissance des vins, Brochant ajoute du vinaigre dans le vin qu’il compte lui servir pour prétendre qu’il vit modestement.
Dès son arrivée, Cheval n’est toutefois pas dupe, ayant repéré les marques sur les murs ou la poussière sur les tables qui trahissent la présence récente de certains objets. Cependant, Cheval reste hilare et ne rate jamais une occasion de faire des plaisanteries, au grand dam de Brochant. Ce dernier s'énerve et Cheval lui donne immédiatement l'adresse de Meneaux. Leblanc propose alors à Pignon une stratégie : appeler Meneaux en se faisant passer pour un ami de son associé, Jean-Paul Roussin, et lui faire croire que Brochant et des amis costauds viennent chez lui pour tout casser parce qu'il est au courant pour Meneaux et sa femme. Soit Meneaux vire Christine par panique, soit elle n'est pas chez lui.
Alors que Pignon n’avait cette fois-ci fait aucune gaffe dans le texte à réciter pour passer le coup de téléphone anonyme à Meneaux, ce dernier lui apprend qu’il n’est pas avec Christine mais avec Charlotte, la femme de Cheval, son contrôleur fiscal, qui le persécute depuis des mois. Désappointé, Cheval rappelle chez Meneaux et ordonne à sa femme de quitter les lieux immédiatement. Il avale d’une traite le verre de vin trafiqué par Brochant, ce qui l'oblige à se rendre en catastrophe vers les toilettes. Mal orienté par Pignon, il découvre la pièce où ont été entreposés tous les biens de valeur que Brochant voulait lui dissimuler. Reprenant ses esprits, Cheval promet de revenir très prochainement pour un contrôle fiscal en bonne et due forme et s'en va. Leblanc quitte à son tour l'appartement et promet à Brochant de le prévenir si Christine donne des nouvelles.
Puis le téléphone sonne, Christine a eu un accident de voiture, elle est à l'hôpital Bichat. Brochant décide de se rendre à son chevet malgré son tour de reins. Le téléphone sonne à nouveau, Pignon décroche et réceptionne un appel désespéré de Marlène Sasseur, qui regrette de s’être éprise de Brochant, qu’elle considère comme méchant et égoïste. Elle lui révèle que Brochant participe chaque semaine à un dîner de cons. Pignon comprend alors la véritable nature du dîner auquel il a été convié.
Alors que Pignon réclame des explications sur le dîner, Christine appelle, elle est toujours fâchée après Pierre et ne veut pas qu'il vienne la voir à l'hôpital. Ironique avec Pignon, qui le voit désormais comme un homme méchant et désespéré, Brochant se réfugie dans l’alcool et les médicaments.
Pignon prend l'initiative d’appeler l'hôpital mais on refuse de lui passer Christine à cause de l'heure tardive. Il prétend alors être le professeur Sorbier auprès de la secrétaire, qui transmet la communication. Il explique à Christine tous les efforts réalisés par son mari pour la retrouver ce soir et en lui garantissant qu’il s’est débarrassé de sa maîtresse, s’est réconcilié avec son ami Leblanc et a affronté un contrôleur fiscal. Il lui explique également le désastre qu'a provoqué sa rupture avec sa propre femme deux ans auparavant. Devant l’incrédulité de Christine, qui suspecte que cette conversation a été commandée par Pierre, Pignon prétexte avoir quitté l’appartement et ment en disant qu'il appelle depuis une cabine téléphonique.
Au terme de cet appel, Christine promet de réfléchir et tout semble enfin arrangé, et Brochant s’excuse humblement auprès de Pignon pour l’avoir considéré comme un « con », s’engageant à ne plus jamais utiliser ce mot à la légère. C’est alors que Christine rappelle et que Pignon décroche le combiné, une nouvelle maladresse qui laissera Christine, croyant que Pignon lui a menti, douter de la sincérité de son mari et raccrocher immédiatement. Tout est à recommencer.
La dernière scène montre Pignon navré essayant de rattraper sa bourde irréparable, devant Brochant répétant sans cesse « Mais quel con ! »
Fiche technique
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Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par les bases de données cinématographiques IMDb, Allociné et AllMovie, présentes dans la section « Liens externes ».
- Titre original : Le Dîner de cons
- Titre international : The Dinner Game
- Réalisation : Francis Veber
- Scénario, dialogues et adaptation : Francis Veber, d'après sa pièce de théâtre éponyme
- Musique : Vladimir Cosma
- Direction artistique : Gilles Boillot et Sophie Campbell
- Décors : Hugues Tissandier
- Costumes : Jacqueline Bouchard
- Photographie : Luciano Tovoli
- Son : Bernard Bats, François Groult, Bruno Tarrière
- Montage : Georges Klotz
- Production : Alain Poiré
- Sociétés de production : Gaumont, Efve Films, TF1 Films Production
- Sociétés de distribution : Lionsgate Films
- Budget : environ 82 millions de francs[1] (soit environ 20,5 millions d'euros en 2025[2])
- Pays de production : France
- Langue originale : français
- Format : couleur — 35 mm — 2,35:1 — son Dolby Digital
- Genre : comédie
- Durée : 81 minutes (2 185 mètres[3])
- Dates de sortie :
- Classification :
- France : tous publics
- Belgique : tous publics (Alle Leeftijden)
- Québec : tous publics (General Rating)
- Suisse romande : interdit aux moins de 7 ans
Distribution
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Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par les bases de données cinématographiques IMDb, Allociné et AllMovie, présentes dans la section « Liens externes ».

- Jacques Villeret : François Pignon
- Thierry Lhermitte : Pierre Brochant
- Francis Huster : Juste Leblanc
- Daniel Prévost : Lucien Cheval
- Alexandra Vandernoot : Christine Brochant, née Le Guirrec
- Catherine Frot : Marlène Sasseur
- Edgar Givry : Jean Cordier
- Christian Pereira : Dr Sorbier
- Pétronille Moss : Louisette Blond
- Benoît Bellal : Bichaud
- Pierre-Arnaud Juin : Boissonade
- Daniel Martin : Messignac, ami et partenaire de golf de Pierre
- Philippe Brigaud : le passionné de boomerang
- Elvire Meillière : Gisèle Grandgirard
- Michel Caccia : un invité
- Laurent Gendron : un invité
- Rémy Roubakha : Carlier
- Candide Sanchez : l'employé de banque
- Bernard Alane : Pascal Meneaux (voix)
Production
modifierGenèse et développement
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Depuis la fin des années 1980, le réalisateur-scénariste français Francis Veber, fort du succès commercial de ses comédies en France, s'est expatrié aux États-Unis pour proposer des projets de films à Hollywood et officier comme script doctor[4]. Aucun de ses films américains, dont les remakes de ses propres comédies françaises, ne trouve leur public[4]. Après l'échec du dernier, Sur la corde raide (1992), Veber décide de revenir à l'écriture pour le théâtre de ses débuts, dans un élan « désemparé », « pour panser [s]es plaies »[4],[5]. Il n'avait plus écrit de pièce depuis Le Contrat en 1969, base du film L'Emmerdeur (1973)[5].
Veber tire son inspiration d'une anecdote confiée par l'animateur Jacques Martin : dans la boîte de nuit parisienne huppée Chez Castel, le tenancier Jean Castel et une dizaine d'habitués, dont lui, auraient organisé des « dîners de cons »[4],[6],[7]. Selon l'acteur André Pousse, « on se réunit à cinq ou six, et chacun d'entre nous invite le type le plus con qu'il connaît. Au premier abord, c'est un jeu qui semble méchant et prétentieux. Mais, si on réfléchit un peu, on s'aperçoit bien vite que ce n'est pas méchant, pour la bonne raison que les cons ne savent pas qu'ils le sont ! […] Chacun doit mettre son con en valeur, le faire parler, le mettre en situation pour qu'il brille, alors, là, on peut atteindre des sommets »[8]. Claude Brasseur affirme avoir été la victime d'un tel dîner dans les années 1980, époque où il était obsédé par sa participation au rallye Paris-Dakar[4],[7]. Veber tempère : « ont-ils eu lieu ou pas ? Je n'en sais rien, mais ça m'a effectivement inspiré »[7].
Malgré un sujet très parisien, Francis Veber pense d'abord lancer cette pièce à Broadway, en vain[4]. De passage à Paris, il évoque son travail au producteur Alain Poiré de la Gaumont qui, persuadé du potentiel de la pièce et d'une éventuelle adaptation au cinéma, valide l'œuvre alors que le deuxième acte n'est même pas encore écrit[5]. Après un an d'écriture, la pièce de théâtre Le Dîner de cons est acceptée par le théâtre des Variétés, à Paris, dirigé par Jean-Paul Belmondo[5]. Entre 1993 et 1996, la pièce, jouée notamment par Jacques Villeret et Claude Brasseur, connaît un important succès aux Variétés, tenant l'affiche pour plus de six cent représentions[5],[6].
Face à ce triomphe, le projet d'une adaptation au cinéma est envisagée mais Francis Veber est sceptique : « L'histoire d'un type bloqué par un tour de reins et coincé sur un sofa en face d'un con ne fera pas une entrée »[6]. Il croit sa pièce « inadaptable »[5]. Cependant, Alain Poiré parvient à convaincre le dramaturge et lance la production du film[6]. Entretemps, Veber est revenu au cinéma français en réalisant Le Jaguar (1996)[5]. Veber transpose sa pièce en film en la raccourcissant, en élaguant les dialogues, et compte la « déthéâtraliser », notamment par l'utilisation du format CinemaScope[5]. Alors que le film ne se concentre presque que dans un seul décor d'appartement, la production est néanmoins dotée d'un important budget de 82 millions de francs[1], afin de s'octroyer beaucoup de temps de tournage pour parvenir au rythme le plus juste et retravailler les scènes le plus précisément possible[9].
Attribution des rôles
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Pour le rôle de François Pignon, nom de personnage qui traverse la carrière de Francis Veber depuis L'Emmerdeur, le réalisateur-scénariste envisage premièrement de ne pas conserver pas son interprète au théâtre, Jacques Villeret[5],[6]. Il considère à ce moment-là que l'acteur n'est « pas assez connu du grand public »[6]. Villeret est un second rôle de choix et a un beau palmarès théâtral, mais il n'a pas encore remporté de grand succès personnel au cinéma[9],[11]. Par ailleurs, l'acteur traverse alors une période de dépression[6]. Veber pense brièvement reconstituer le populaire tandem Pierre Richard / Gérard Depardieu de ses films La Chèvre (1981), Les Compères (1983) et Les Fugitifs (1986)[5]. Pierre Richard avait déjà campé de multiples fois le naïf François Pignon / Perrin dans des films écrits ou réalisés par Veber[5],[12],[13]. Veber le juge néanmoins devenu trop âgé pour le rôle[13]. À Hollywood, Frank Price, patron d'Universal, lui avait dit estimer qu'un réalisateur ne doit pas vieillir avec ses acteurs[13]. Alors dans une période creuse de sa carrière, Richard est blessé qu'il ne lui ait pas confié Le Dîner de cons au théâtre ou au cinéma[12]. Envisagé pour le rôle du « clown blanc » Pierre Brochant, Gérard Depardieu, lui au sommet de sa popularité depuis la consécration de Cyrano de Bergerac (1990), insiste pour obtenir plutôt le rôle de Pignon[5],[10]. Depardieu désirait un rôle de « con » depuis la trilogie de Veber, étant envieux envers Pierre Richard[14]. Finalement, Francis Veber tourne casaque au sujet de Jacques Villeret et le garde dans le rôle : « Avec son air angélique, [Villeret] me rappelait E.T. et ses gros yeux globuleux »[10]. Il faut attendre Tais-toi ! (2003) pour que Veber confie enfin un rôle de « con » à Depardieu[14].
Pour le personnage de Pierre Brochant, Veber juge également trop vieux Claude Brasseur qui l'incarnait au théâtre[4]. Le rôle est un temps attribué à Depardieu mais celui-ci n'a d'yeux que pour celui de François Pignon[5],[10]. Il finit par refuser ce rôle de Brochant, en exigeant un cachet trop important[10]. L'idée de Veber est ensuite d'accentuer le contraste entre Brochant et Pignon avec un comédien au physique différent de Villeret[5]. L'acteur retenu est Thierry Lhermitte, qui avait été contacté pour le rôle dès les prémices du projet avant de lire dans les journaux que Depardieu allait être pris ; à la suite du refus de ce dernier, Veber le rappelle pour lui proposer le personnage[10]. Connu depuis ses débuts au sein de la troupe du Splendid, Lhermitte est alors auréolé du succès d'Un Indien dans la ville (1994)[15].

Concernant l'interprétation de Juste Leblanc, assurée par Michel Robbe au théâtre[16], elle revient à Francis Huster, sur suggestion de Villeret, son camarade de Conversatoire, qui vante son rire remarquable[5]. Puisqu'il ne semble pas attiré par ce genre de cinéma, Huster est immiscé au projet par un quiproquo[17]. Peu avant d'être retenu, l'acteur doit tourner le film Don Juan, réalisé par Jacques Weber, dans lequel il avait demandé l'attribution du rôle de Pierrot à Jacques Villeret[17]. Par la suite, Villeret annonce à Huster par téléphone qu'il doit rencontrer Weber à l'hôtel de Crillon, le lendemain[17]. Néanmoins, sur place, Huster n'y trouve pas Weber mais Francis Veber, qui lui propose le rôle de Juste Leblanc[17]. Bien que réticent vis-à-vis de cette proposition, Huster est finalement convaincu par son agent et accepte l'offre[17].
Quant au rôle de Lucien Cheval, l'interprétation du personnage est donnée à Daniel Prévost[18]. Lorsqu'il reçoit un appel de l'équipe de production pour incarner le contrôleur fiscal, l'acteur ne connaît ni le réalisateur, ni la pièce de théâtre[18]. Francis Veber lui envoie par la suite le scénario, qu'il trouve « épatant » avant d'accepter le rôle, tenu par Gérard Hernandez au théâtre des Variétés[18]. Hernandez regrette amèrement de ne pas avoir pu reprendre son rôle au cinéma[19]. Le reste de la distribution comprend notamment Alexandra Vandernoot, interprétant Christine Brochant, Catherine Frot, dans le personnage de Marlène Sasseur, Edgar Givry, pour le rôle de Jean Cordier et Christian Pereira, incarnant le docteur Sorbier[20].
Tournage
modifierLe tournage du Dîner de cons débute en 1997[21] et s'effectue, dans la quasi totalité, en région parisienne. Une grande partie du film prend place dans le décor d'un appartement parisien, plus précisément dans celui du personnage de Pierre Brochant[22]. Le plateau simule un logement avec une vue sur la tour Eiffel et est conçu aux studios d'Épinay[23]. Le tournage est marqué par des conditions de chaleurs importantes, ce qui oblige les maquilleuses à constamment « éponger » les acteurs, d'après un témoignage de l'interprète de Christine Brochant, Alexandra Vandernoot[22]. De plus, le réalisateur du film, Francis Veber, se montre très pointilleux avec les acteurs au sujet de leurs répliques et leur il demande une grande minutie[22]. Selon l'acteur de Pierre Brochant, Thierry Lhermitte, « C'était dur… Francis [Veber] veut qu'on dise exactement ce qu'il a écrit, pas une virgule de plus. J’ai beaucoup souffert, même si j'ai beaucoup appris »[22]. En dépit de cela, les comédiens rapportent un tournage « grandiose »[22] composé de nombreux fous rires entremêlés à des moments sérieux sur le plateau[21],[23].
Un premier montage donne un film d'une durée de 1 h 12, trop courte[5]. Avec de nouvelles scènes tournées ou rallongées, Veber parvient à atteindre 1 h 20[5]. Ces scènes sont : la rencontre entre Brochant et Cordier, l'accident de voiture de Christine Brochant, le passionné de boomerang s'exerçant au bois de Boulogne et la discussion des « cons » au bar[5].
Bande originale
modifier- Orchestre dirigé par Vladimir Cosma, arrangements d'Édouard Dubois, production musicale par Pierre-Richard Muller
- Musiciens : Philip Catherine (guitare), Romane (guitare), Jean-Michel Bertin
- Chanson générique : Le temps ne fait rien à l'affaire de Georges Brassens. C'est Thierry Lhermitte qui propose cette chanson, parsemée du mot « con », à Francis Veber[24]. Le chanson apparaît comme une évidence à Veber, qui pensait au départ à Guy Béart pour le générique[5]
- Cosma livre un thème principal à la guitare manouche, comme celui de Courage fuyons (1979), déjà interprété par Philip Catherine à l'époque[25].
| Sortie | |
|---|---|
| Durée | 40:05 |
| Format | CD |
| Label | Larghetto Music |
| Bande originale du Dîner de cons | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| No | Titre | Interprète(s) | Durée | ||||||
| 1. | Dîner de cons (inst.) (version symphonique) | Vladimir Cosma et le LAM Philharmonic Orchestra | 2:45 | ||||||
| 2. | Le temps ne fait rien à l'affaire | Georges Brassens | 2:08 | ||||||
| 3. | Dîner de cons (inst.) (version Phillip Catherine) | Vladimir Cosma et Philip Catherine | 3:32 | ||||||
| 4. | Christine et Brochant (inst.) | Vladimir Cosma | 0:59 | ||||||
| 5. | Manciniade (inst.) | Vladimir Cosma | 3:20 | ||||||
| 6. | Cheval, contrôleur fiscal (inst.) | Vladimir Cosma et le LAM Philharmonic Orchestra | 2:14 | ||||||
| 7. | Con à grande vitesse (inst.) | Vladimir Cosma et Philip Catherine | 2:16 | ||||||
| 8. | Nincompoop (inst.) | Vladimir Cosma et ICE Group | 1:57 | ||||||
| 9. | Pignon décomposé (inst.) | Vladimir Cosma | 1:21 | ||||||
| 10. | Marlène Sasseur, nymphomane (inst.) | Vladimir Cosma | 1:27 | ||||||
| 11. | Départ de Christine (inst.) | Vladimir Cosma | 1:06 | ||||||
| 12. | Dîner de cons (inst.) (version Romane) | Philip Catherine, Romane et Vladimir Cosma | 3:31 | ||||||
| 13. | Louche connexion (inst.) | Vladimir Cosma | 2:42 | ||||||
| 14. | Allo, Henry! (inst.) | Vladimir Cosma | 3:15 | ||||||
| 15. | Juste Leblanc (inst.) | Vladimir Cosma | 1:29 | ||||||
| 16. | Dîner de cons (inst.) | Philip Catherine, Romane et Vladimir Cosma | 6:03 | ||||||
| 40:05 | |||||||||
Accueil
modifierAccueil critique
modifier| Site web | Note |
|---|---|
| Metacritic | 73/100[26] |
| Rotten Tomatoes | 74 %[27] |
| Périodique | Note |
|---|
Sur l'agrégateur américain Rotten Tomatoes, le film récolte 74 % d'opinions favorables pour 46 critiques[27]. Sur Metacritic, il obtient une note moyenne de 73⁄100 pour 19 critiques[26].
Didier Péron de Libération estime qu'« aucune surprise ne vient épicer Le Dîner de cons de Francis Veber, qui satisfait parfaitement aux règles du vaudeville : cette efficacité finit par susciter la monotonie. Ce Dîner sent un peu le réchauffé »[9].
Box-office
modifier| Pays | Nombre d'entrées |
|---|---|
| 9 247 509[28] | |
| 868 000[29],[30],[31],[32],[33] | |
| 633 457[33] | |
| 428 110[33] | |
| 262 996[34] | |
| 197 516[35],[33] | |
| 185 629[33] | |
| 99 000[36],[37] | |
| 96 124[33] | |
| 38 850[33] | |
| 35 210[38] | |
| 28 626[33] | |
| 20 726[33] | |
| 18 800[39] | |
| 16 327[40] | |
| 14 000[41] | |
| 11 654[33] | |
| 10 100[33] | |
| 9 585[33] | |
| 7 928[33] | |
| 6 683[42],[33] | |
| 4 542[43] | |
| 4 506[33] | |
| 4 168[33] | |
| 3 420[33] | |
| 2 490[33] | |
| 1 093[33] | |
| 1 073[33] | |
| 3 010 613 entrées | |
| 12 258 122 entrées |
Selon un sondage réalisé en 2015 par l’institut BVA (Observatoire de la vie quotidienne, BVA-Doméo-Presse régionale), Le Dîner de cons figure parmi les films français préférés des Français, se classant dans le top 5 aux côtés notamment de La Grande Vadrouille, Les Tontons flingueurs, Le Vieux fusil et Intouchables[44].
Distinctions
modifierEntre 1999 et 2000, Le Dîner de cons a nommé dans diverses catégories et a remporté 5 récompenses[45],[46].

Récompenses
modifierNominations
modifierAutour du film
modifier- Avec plus de 9 millions d'entrées, Le Dîner de cons se classe deuxième du box-office français de l'année 1998 derrière Titanic[47].
- Le nom « François Pignon » est récurrent dans les œuvres de Francis Veber. On retrouve des personnages nommés ainsi sous les traits de Jacques Brel dans L'Emmerdeur d'Édouard Molinaro (scénarisé par Francis Veber), de Pierre Richard dans Les Compères et dans Les Fugitifs, de Daniel Auteuil dans Le Placard, de Gad Elmaleh dans La Doublure ainsi que de Patrick Timsit dans le remake de L'Emmerdeur.
- Le nom « Lucien Cheval » apparaît dans une des répliques du film Les Tontons flingueurs[48], mais aucune source ne permet d'attester que Francis Veber y a trouvé l'origine du nom du personnage joué par Daniel Prévost.
- Le film dure environ une heure et vingt minutes, contre deux heures pour la pièce originale. Il y a donc eu plusieurs changements dans l'adaptation. Ainsi, dans la version originale, Marlène dit à François Pignon être la sœur de Pierre Brochant ; au cinéma, pour faciliter la chose, « Sasseur » devient son nom de famille, ce qui entraîne un changement d'identité pour le médecin de Brochant, qui s'appelle à l'origine « Archambault » et devient « Sorbier » (pour expliquer sa présence sur le répertoire à la lettre S, comme Sasseur)[4].
- Josef Schovanec, militant pour les droits des personnes autistes, remarque que les traits de personnalité de François Pignon sont ceux caractéristiques de l'autisme, alors que le concept de faire venir des « fous », notamment lors des séminaires de Jacques Lacan, avait lieu aux origines de la psychiatrie ou de la psychanalyse. « À l'époque de [la sortie du film], plusieurs personnes autistes ont eu la surprise, pour la première fois de leur vie et sans comprendre pourquoi, d'être invitées à dîner par leurs camarades de classe ou leur entourage professionnel. Les gens avaient fait le lien. »[49]
- Le footballeur Just Fontaine a inspiré à Francis Veber le choix du prénom de « Juste Leblanc »[50].
Remakes
modifier- Un film indien, Bheja Fry, est basé sur ce film. Réalisé par Sagar Ballary en 2007, l'histoire reste la même, bien que certains détails aient été changés pour adapter le film au contexte indien.
- The Dinner est un remake américain réalisé par Jay Roach, sorti en salles le aux États-Unis. Steve Carell interprète le rôle du « con » et Paul Rudd celui de l'hôte. L'invité venant avec un jour d'avance, le film montre donc aussi le dîner.
Notes et références
modifier- 1 2 Vanderschelden 2013, p. 181.
- ↑ Chiffres de l'inflation en France d'après l'INSEE. Coefficient de transformation de l'euro ou du franc d'une année, en euro ou en franc d'une autre année – Base 1998 et Base 2015. Dernière mise à jour à l'indice de 2025.
- ↑ « Le Dîner de cons : Visas et classification »
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Annexes
modifierBibliographie
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- « Le Dîner de cons », grand dossier, Schnock no 40, automne 2021, p. 26-105 (ISBN 9782354612122).
- Sophie Grassin et Robert Sender, Comédies françaises : portrait de la France qui rit, de La Grande Vadrouille aux Ch'tis, éditions du Moment, , 184 p. (ISBN 2354170912).
- Christophe Geudin et Jérémie Imbert (préf. Pierre Richard), Les Comédies à la française : 250 films incontournables du cinéma comique français !, Paris, Fetjaine, , 239 p. (ISBN 9782354252755).
- (en) Isabelle Vanderschelden, Studying French Cinema, Liverpool University Press, (ISBN 978-1-80034-734-2, JSTOR j.ctv13841k3.11, lire en ligne), « Traits and Traditions in French Film Comedy Le Dîner de cons and Le Placard », p. 173–196.
- Francis Veber, Que ça reste entre nous (autobiographie), Robert Laffont, , 324 p. (ISBN 9782221114445).
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
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