Le Loup et l'Agneau

fable de La Fontaine

Le Loup et l'Agneau est la dixième fable du livre I de Jean de La Fontaine situé dans le premier recueil des Fables de La Fontaine édité pour la première fois en 1668.

Le Loup et l'Agneau
Image illustrative de l’article Le Loup et l'Agneau
Le Loup et l'Agneau par Gustave Doré.

Auteur Jean de La Fontaine
Pays Drapeau de la France France
Genre Fable
Éditeur L. Hachette
Lieu de parution Paris
Date de parution 1668
Illustrateur Gustave Doré
Chronologie

Cette fable est inspirée de celles d'Ésope et de Phèdre. Cette œuvre se situe dans le règne de Louis XIV et l'absolutisme royal en France[1].

Texte intégral

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Image d’Épinal, estampe de Phosti (1895).

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
            Nous l'allons montrer tout à l'heure.
            Un Agneau se désaltérait
            Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
       Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
            Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
            Ne se mette pas en colère ;
            Mais plutôt qu'elle considère
            Que je me vas désaltérant
                         Dans le courant,
            Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
            Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
       Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère
            Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
       Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens :
            Car vous ne m'épargnez guère,
            Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.
           Là-dessus, au fond des forêts
            Le loup l'emporte et puis le mange,
            Sans autre forme de procès.

 Jean de La Fontaine

Résumé

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Un agneau boit tranquillement l’eau d’un ruisseau. Un loup, voyant là une proie facile, l’accuse d’avoir troublé l’eau qu’il boit, bien que l’agneau se trouve en aval. L’agneau, plein de bon sens, répond poliment et démontre qu’il ne peut pas troubler l’eau en amont.

Le loup, vexé, invente alors d’autres accusations : il prétend que l’agneau l’a insulté l’année précédente, ce que l’agneau nie, car il n’était pas encore né. Le loup, n’ayant plus de raison légitime, conclut qu’il doit manger l’agneau « car il faut que je me venge ».

Et le loup dévore l’agneau.

Analyse

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Nature et culture

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L’agneau pourrait incarner la culture, représentant la domestication, la société et la raison : son discours est structuré, logique et respectueux des normes sociales. Le loup pourrait être le symbole de la nature brute, associée à la sauvagerie, à l’instinct et à la domination : son comportement est dicté par la loi du plus fort et l’impératif biologique. La confrontation entre les deux personnages mettrait donc en scène la lutte entre ces deux forces opposées, où la nature finit par triompher de la culture[2].

Symbolique spatiale

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Le ruisseau peut être analysé comme une frontière entre deux mondes, celui de la nature (le loup) et celui de la culture (l’agneau). Il serait un espace mixte où les deux univers se rencontrent, mais où les règles de la nature s'imposent. L’agneau, en quittant son espace domestiqué, se retrouve vulnérable dans le domaine naturel du loup[2].

Motivation des personnages

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Le loup agit sous l’influence de trois forces : son instinct biologique de survie (la faim) ; une justification culturelle pour imposer son autorité (il accuse l’agneau de troubler son eau, puis d’avoir insulté sa famille) ; une rage symbolique, liée à son rôle de prédateur[2].

L’agneau, bien qu’innocent, est présenté comme une victime logique dans un système où la justice est dictée par la force.

La Rhétorique et la Justice

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La fable illustrerait une parodie de justice où le loup se place en juge, procureur et bourreau, utilisant des arguments de mauvaise foi pour légitimer ses actions.

L’agneau, malgré la justesse de son raisonnement, ne peut échapper à son sort : dans l’univers naturel, la raison est impuissante contre la force brute[2].

La morale est explicite : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » Dans un monde où la force domine, les arguments logiques ou justes n’ont pas d’importance. La fable illustre l’abus de pouvoir : le fort (le loup) utilise de fausses justifications pour exploiter ou détruire le faible (l’agneau)[2]

Adaptations cinématographiques

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  • Le Loup et l'Agneau, Sévan Maurin, 2017 - Unifrance[3]
  • Le Loup et l'Agneau, Jean Image, 1939 - Unifrance[4]

Mise en musique

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Illustrations

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Notes et références

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  1. « Contexte Historique | PDF | Fables de La Fontaine | Fable », sur Scribd (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 Ralph Albanese, « Réflexions sur la dialectique nature/culture dans «Le Loup et l’Agneau » », Le Fablier. Revue des Amis de Jean de La Fontaine, vol. 12, no 1, , p. 65–71 (DOI 10.3406/lefab.2000.1050, lire en ligne, consulté le )
  3. « Le Loup et l'Agneau de Sévan Maurin (2017) - Unifrance », sur www.unifrance.org (consulté le )
  4. « Le Loup et l'agneau de Jean Image (1939) - Unifrance », sur www.unifrance.org (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Élisabeth Bizouard, « Le loup, l'agneau et le sens de l'histoire », Pardès, nos 32-33 « La Bible et l'Autre », , p. 217-234 (ISSN 0295-5652, e-ISSN 2271-1880, DOI 10.3917/parde.032.0217).
  • Nathalie Drouin et Jean-François Massol, « Écouter, voir, apprécier et comprendre des fables sur le net : Le Loup et l'Agneau de La Fontaine en cycle 3 », Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, vol. 8 « Dispositifs numériques pour l'enseignement de la littérature », (e-ISSN 2368-9242, DOI 10.7202/1050944ar).

Liens externes

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Liens audio

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