Les Deux Magots
Les Deux Magots est un café parisien, restaurant et café littéraire historique et institutionnel du quartier Saint-Germain-des-Prés de Paris, situés au 6, place Saint-Germain-des-Prés du 6e arrondissement de Paris. Il décerne le prix des Deux Magots, prix littéraire annuel depuis 1933.
| Les Deux Magots | ||
La terrasse des Deux Magots, sur le boulevard Saint-Germain de Saint-Germain-des-Prés. | ||
| Présentation | ||
|---|---|---|
| Coordonnées | 48° 51′ 14″ nord, 2° 19′ 59″ est | |
| Pays | ||
| Ville | Paris | |
| Adresse | 6, place Saint-Germain-des-Prés | |
| Fondation | ||
| Site web | www.lesdeuxmagots.fr | |
| Informations | ||
| Spécialité(s) | Café parisien, cuisine parisienne, cuisine française | |
| Géolocalisation sur la carte : France
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Historique
modifierOrigine du nom
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Deux magots, des statues-figurines chinoises[1],[2], ornent autrefois l'enseigne d'un magasin de nouveautés qui, de à [3], vend de la lingerie en soie à l'emplacement du café actuel[1].
Ce commerce de soieries, situé auparavant 23, rue de Buci[1], avait pris ce nom en référence à la pièce de théâtre à succès Les Deux Magots de la Chine[4], de , de Charles-Augustin Bassompierre, dit Sewrin, les magots évoquant la Chine, pays historiquement lié à la production de la soie.
Depuis l'aménagement du lieu en café, ces deux figurines chinoises en bois ornent le pilier central, dans la salle à l'intérieur, où elles ont alors été transférées.
Naissance du café et de la légende littéraire
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En [3], le magasin laisse la place à un café parisien liquoriste, qui conserve le même nom d'enseigne. De nombreux auteurs tels que Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, ou Stéphane Mallarmé prennent alors l'habitude de s’y rencontrer, le café commencant alors à jouer un rôle important dans la vie culturelle parisienne.
En , Auguste Boulay rachète l'établissement, au bord de la faillite, pour quatre cent mille francs[4]. De à , Les Deux Magots sont dirigés par la famille Mathivat, d’origine auvergnate.
Le café adopte son actuel décor Art déco Belle Époque dans les années 1920, et accueille les surréalistes sous l'égide d'André Breton, bien avant les existentialistes qui firent les belles nuits des caves du quartier Rive gauche de Paris.

En , un petit groupe d'amis surréalistes assis à la terrasse du café apprend que le prix Goncourt est décerné à André Malraux pour son livre La Condition humaine. Jugeant ce prix trop « académique » ils décident de fonder leur propre prix littéraire, qu'ils nomment le prix des Deux Magots[4], évènement à l'origine de la légende littéraire parisienne de ce café littéraire[4].

Le café des Deux Magots est alors fréquenté par de nombreux artistes et personnalités du Tout-Paris, parmi lesquels Elsa Triolet, André Gide, Oscar Wilde, Jean Giraudoux, Pablo Picasso et Dora Maar (qui s'y rencontrent en [5]), Fernand Léger, Jacques Prévert, Ernest Hemingway, Boris Vian, Raymond Queneau (premier lauréat du prix des Deux Magots pour son roman Le Chiendent en [6]), le couple Jean-Paul Sartre-Simone de Beauvoir (dont la place Sartre-Beauvoir, devant ce café, porte le nom depuis ), Jean-Luc Godard, Claudia Cardinale, Charlotte Rampling, Jean-Paul Belmondo[7]...
Évolutions au tournant du XXIe siècle
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Depuis , Catherine Mathivat, arrière-arrière-petite-fille d'Auguste Boulay qui racheta l'établissement en , est directrice du lieu[4].

En , un café-restaurant Les Deux Magots est créé à Tokyo au Japon, à l'intérieur du centre culturel Bunkamura[8] de Shibuya, et un prix Bunkamura des Deux Magots récompensant des auteurs japonais y est décerné depuis . En , des antennes se sont également ouvertes à Riyad en Arabie saoudite et à São Paulo au Brésil[3],[9].
Le monde des arts et de la littérature y côtoie également à ce jour celui de la mode et de la politique. Outre le prix des Deux Magots, deux autres prix annuels sont également décernés dans ce célèbre café : le prix Pelléas, créé dans le cadre du Nohant Festival Chopin, pour récompenser « l'ouvrage sur la musique aux plus belles qualités littéraires[10] », ainsi que le prix Apollinaire, décerné chaque année au mois de novembre depuis , considéré comme « le Goncourt de la poésie »[11],[12].
Un « prix Saint-Germain » a également existé, décerné à une personnalité artistique marquante (théâtre, architecture, cinéma, mode, dessin...) du quartier de Saint-Germain-des-Prés [6],[13], prix multiculturel créé conjointement en par Sonia Rykiel, la brasserie Lipp, le café Les Deux Magots, le Café de Flore et le Comité Saint-Germain-des-Prés.
Certains lundis, des auteurs tels que Franck Thilliez ou Amélie Nothomb prennent place dans le café pour échanger en petit comité avec leurs lecteurs[3] et tous les jeudis, le jazz est mis à l'honneur[14].
Une boutique Comptoirs Les Deux Magots, avec un espace de vente à emporter ayant « vocation de partir aussi à l'étranger[3] »,[15] est créée en , au 2 rue de Buci, à 500 m, là où fut fondé le magasin de nouveautés historique d'origine Les Deux Magots[16],[17].
Pratiques traditionnelles
modifierAyant à cœur de perpétuer certaines traditions de café parisien, les garçons de café sont habillés en rondin[18] noir et tablier blanc traditionnels, avec service au plateau. La tradition est également préservée avec des plats emblématiques à la carte des cuisine parisienne et cuisine française de bistrot, avec entre autres jambon-beurre, club sandwich, brunch, omelette, croque-monsieur[3], croque-madame, salade parisienne « Deux Magots », escargots de Bourgogne, foie gras, caviar, blanquette de veau « Boris Vian », steak tartare, ou encore crème glacée et chocolat chaud « à l'ancienne » à partir de tablettes de chocolat[4].
Prix littéraires français
modifierÀ l'image de la culture des cafés des cafés littéraires voisins, Café de Flore et Lipp, Les Deux Magots organisent et attribuent plusieurs prix littéraires annuels :
- Depuis 1933 : Prix des Deux Magots ;
- Depuis 1941 : Prix Apollinaire (ouvrage de poésie) ;
- Depuis 1997 : Prix Pelléas (ouvrage sur la musique aux plus belles qualités littéraires) ;
- Depuis 1990 : Prix Bunkamura des Deux Magots (version japonaise des Deux Magots du Bunkamura de Tokyo).
Représentations culturelles
modifierCinéma
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- : L'Homme de la tour Eiffel, de Burgess Meredith, plusieurs scènes sur la terrasse et à l'intérieur ;
- : Méfiez-vous, mesdames, d'André Hunebelle, avec Danielle Darrieux et Michèle Morgan, la terrasse de l'établissement sert de décor au film ;
- : Les Aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury, avec Louis de Funès, le personnage de Slimane se fait enlever à l'arrière du café des Deux Magots, par la police secrète de son pays[19], rappelant l'enlèvement médiatisé, quelques années plus tôt, en , de Mehdi Ben Barka devant la brasserie Lipp (en face des Deux Magots). Dans le long métrage, on aperçoit la terrasse ainsi que l'escalier qui descend aux anciennes cabines téléphoniques ;
- : La Maman et la Putain, de Jean Eustache, Alexandre (Jean-Pierre Léaud), qui y a ses habitudes à la terrasse des Deux Magots, y rencontre Veronika (Françoise Lebrun)[20],[21],[22] ;
- : Le Séminaire, de Charles Nemes, les personnages Jean-Claude (Yvan Le Bolloc'h) et Véro (Nathalie Levy-Lang) y prennent un verre ;
- : Intouchables, d'Olivier Nakache et Éric Toledano, les deux personnages principaux Philippe (François Cluzet) et Driss (Omar Sy) dînent au restaurant Les Deux Magots[23] ;
- : Pas son genre, de Lucas Belvaux ;
Télévision
modifier- 2006 : Les Amants du Flore, d'Ilan Duran Cohen, téléfilm biographique de Jean-Paul Sartre (Lorànt Deutsch) et Simone de Beauvoir (Anna Mouglalis) ;
- 2011 : La Femme qui pleure au chapeau rouge, téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe, la photographe Dora Maar y rencontre Pablo Picasso, dans les années 1930 ;
- 2019 : The Good Place, série télévisée (saison 4, épisode 13), Eléanor emmène Chidi dans ses lieux préférés dont Athènes et le café des Deux Magots.
- 2020 : Emily in Paris, série télévisée américaine ;
Comédie musicale
modifier- 2017 : Les Deux Magots, avec des textes et chansons de Boris Vian et Serge Gainsbourg[24].
Musique
modifier- : Le Temps des étudiants, chanson des Compagnons de la chanson, avec les paroles « Gréco, ses longs cheveux dans le dos, faisait les beaux jours des Deux Magots, et au Flore, quand elle était là, on retenait son fauteuil tout comme à l'Olympia […] »[25] ;
- 1983 : Juliette Gréco : Si tu t'imagines/Les Feuilles mortes, avec photo de Juliette Gréco à la terrasse des Deux Magots sur la pochette de l'album[26] ;
- : Les Rues de Saint-Germain, chanson de Carlos, avec les paroles « Les rues de Saint-Germain sont remplies de copains, qui sont là comme au temps des jours heureux. Du Flore aux Deux Magots, du drugstore au métro, ils regardent passer les amoureux... » ;
- 1999 : Rive gauche, d'Alain Souchon, avec des références indirectes aux figures iconiques et emblématiques des lieux ;
- : L'Entarté, chanson humoristique sarcastique de Renaud, avec référence au café des Deux Magots et à Bernard-Henri Lévy : « Au Flore, aux Deux Magots, planté devant une coupe millésimée, il refait le monde, persuadé, d'avoir un rôle à y jouer, l'entarté... » ;
- : Les Deux Magots, chanson de l'artiste coréen J'Kyun (en), en duo avec Ji Su Min.
Jeudis du Jazz
modifierDes concerts de jazz y sont régulièrement organisés, en hommage à l'histoire du jazz français du quartier Saint-Germain-des-Prés et des clubs de jazz de Paris[27],[28].
Littérature
modifier- 1964 : Paris est une fête, d'Ernest Hemingway, récit autobiographique, lieu fréquenté par l'auteur pendant sa vie à Paris dans les années 1920 ;
- 2023 : L'Iris blanc, bande dessinée Astérix, avec Lédeumagos, patron de l'auberge lutécienne grecque Lédeumagos ;
Art
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Les Nounours des Gobelins, clients des lieux.
Peinture
modifier- : Les Deux Magots, peinture de Jean-François Debord.
Accès
modifierLe lieu est situé non loin de la station de métro Saint-Germain-des-Prés de la ligne 4, accessible de part et d'autre du boulevard Saint-Germain.
Notes et références
modifier- 1 2 3 « Un café synonyme de vie artistique et littéraire », sur lesdeuxmagots.fr (version du sur archive.org).
- ↑ « MAGOT, subst. masc. », sur cnrtl.fr, Centre national de ressources textuelles et lexicales : « Bibelot figurant un personnage plus ou moins grotesque, sculpté ou modelé, provenant ou imité de l'Extrême-Orient ».
- 1 2 3 4 5 6 Maxime Ducher, « « La brasserie parisienne par excellence » : les Deux Magots, une institution prisée depuis 140 ans », Le Parisien,
- 1 2 3 4 5 6 Journal Notre 6e, no 237, novembre 2010, p. 10.
- ↑ Dorothée Duparc, « Dora Maar : quarante-cinq ans de solitude », Paris Match, (consulté le ). Reproduction d'un article écrit en par Irène Vacher.
- 1 2 « En toutes lettres et toute liberté », sur lesdeuxmagots.fr (version du sur archive.org).
- ↑ « 140 Aans de cinéma », sur lesdeuxmagots.fr (consulté en )
- ↑ « Les Deux Magots au Japon : Bunkamura - Tokyo », sur lesdeuxmagots.fr (version du sur archive.org).
- ↑ « Ici et ailleurs », sur lesdeuxmagots.fr.
- ↑ « Prix Pelléas », Livres Hebdo.
- ↑ « Le Prix Apollinaire en quinze dates », sur prix-apollinaire.fr
- ↑ Nicolas Gary, « Pierre Dhainaut lauréat du Prix Apollinaire , lu par Juliette Binoche », sur ActuaLitté, .
- ↑ « Prix littéraires du quartier de Saint Germain des Prés », sur comite-saint-germain.com (version du sur archive.org).
- ↑ « Les jeudis du jazz, saison 8 », sur lesdeuxmagots.fr.
- ↑ « Comptoirs Les Deux Magots », sur comptoirs-lesdeuxmagots.fr.
- ↑ « La nouvelle adresse étonnante des Deux Magots », sur Do It In Paris, .
- ↑ Christine Henry, « Paris : une nouvelle boutique en mode comptoir pour les Deux Magots afin de diversifier son offre », Le Parisien, .
- ↑ Veste courte, munie de poches et à pans arrondis que portaient les garçons de café. Voir « RONDIN, subst. masc. », sur cnrtl.fr, Centre national de ressources textuelles et lexicales.
- ↑ (en) « Filming locations for Aventures de Rabbi Jacob, Les () », sur Internet Movie Database.
- ↑ (en) Martine Pierquin, chap. 13 « La Maman et la Putain / The Mother and the Whore », dans Phil Powrie (dir.), The Cinema of France, Londres, Wallflower Press, coll. « 24 frames », , XV-283 p. (ISBN 1-904764-46-0 et 1-904764-47-9), p. 133 [lire en ligne].
- ↑ « Maman et la putain (La) », sur autourdu1ermai.fr.
- ↑ Éric Neuhoff, « La Maman et la Putain : l'antre de la légende », Le Figaro et vous, supplément du Figaro, , p. 25.
- ↑ [vidéo] « Intouchables - Scène du café », sur YouTube
- ↑ « Comédie musicale Les deux magot », sur www.lespolissonsdelachanson.fr (consulté en )
- ↑ [vidéo] « Les Compagnons De La Chanson "Le temps des étudiants" (live officiel) », sur YouTube
- ↑ (en) « Juliette Gréco – Volume 1 », sur www.discogs.com (consulté en )
- ↑ « Jeudis du Jazz aux Deux Magots », sur www.parisjazzclub.net (consulté en )
- ↑ [vidéo] « Célébration du centenaire aux Deux Magots », sur YouTube
Voir aussi
modifier- Café parisien
- Café littéraire
- Culture des cafés
- Culture parisienne
- Cuisine française
- Cuisine parisienne
- Tourisme littéraire
- Lieux de mémoire littéraires
- Liste de prix littéraires
- Monuments et sites de Paris
- Liste des monuments historiques du 6e arrondissement de Paris
- Liste des magasins de Paris protégés aux monuments historiques
Bibliographie
modifier- Jean-Paul Caracalla, Aux Deux Magots : De la bonneterie à la limonade, Paris, La Table ronde, coll. « La petite vermillon » (no 501), , 124 p. (ISBN 979-10-371-1280-4).
- Arnaud Hofmarcher (préf. Jean-Paul Caracalla), Les Deux Magots : Chronique d'un café littéraire, Paris, Le Cherche midi, coll. « Documents », , 126 p. (ISBN 2-86274-341-0).
- Arnaud Hofmarcher et Adrien Pontet (préf. Pierre Arditi), Les Deux Magots : L'esprit rive gauche, Paris, Le Cherche midi, , 140 p. (ISBN 978-2-7491-6055-9 et 978-2-7491-6172-3).
Liens externes
modifier- (fr + en) Site officiel.
- (fr + en) Site officiel de la boutique Comptoirs Les Deux Magots.
- (pt-BR) Site officiel du café Les Deux Magots à São Paulo.
- (ja) Site officiel du café Les Deux Magots à Tokyo.
- [vidéo] « Déjeuner aux Deux Magots », sur YouTube
- [vidéo] « Célébration du centenaire aux Deux Magots », sur YouTube