Les Sept Beautés

épopée romanesque du poète persan Nizami Gandjavi (1141-c.1213)

Les Sept Beautés (en persan : هفت‌ پیکر / Haft-Peykar ; autres traductions : Les Sept Figures [de beauté], Les Sept Idoles, Les Sept Princesses, Le Pavillon des Sept Princesses, Les Sept Portraits[N 1]) ou encore le Livre de Bahram (en persan : بهرام‌نامه / Bahrâm-Nâmé) est une épopée romantique du poète Nizami Gandjavi, écrite en 1197. Ce poème est un des cinq titre du Khamsé de Nizami.

Bahram surprend ses compagnons par ses prouesses quasi divines dans la chasse aux onagres. Miniature illustrant un manuscrit des Sept Beautés. XVIe siècle. Bibliothèque du Congrès.

Cette épopée lyrique est un chef-d’œuvre de la littérature érotique, mais c’est aussi une œuvre profondément moraliste. En revanche, la dimension mystique y est secondaire.

Dédicataire et date de composition

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Le poème a été dédié en 1997 à 'Ala-od-Din Körb-Arslan (« le jeune lion »), souverain turc de la petite dynastie des Ahmadili (en), dans la ville de Marâgheh (province iranienne actuelle d'Azerbaïdjan oriental)[1] . Il serait donc le dernier des cinq poèmes rassemblés sous le titre de Khamseh, postérieur au Livre d'Alexandre, bien que la chronologie ait été discutée[2].

Forme et contenu

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Bahram dans le pavillon noir de la princesse indienne, placé sous le signe de Saturne, le samedi. Miniature de Azhar Tabrizi, v. 1430
Bahram dans le pavillon noir de la princesse indienne, placé sous le signe de Saturne, le samedi. Miniature de Azhar Tabrizi, v. 1430

Le récit adopte la forme du récit à tiroirs, comme les Mille et une nuits[3] : des histoires secondaires (les récits des sept princesses puis des sept plaignants) sont enchâssées dans un récit-cadre (la vie du roi Bahram V)[4]. Écrit en hexamètres, il compte entre 4 600 et 5 100 distiques[4].

L'histoire raconte la naissance du roi Bahram V, dit Bahram Gour, puis son accession au trône de Perse. Un épisode est significatif de la manière dont Nezami utilise ses sources en les transformant, celui qui met en scène Bahram et une esclave lors d'une partie de chasse. Dans l'épisode correspondant du Shah nameh de Ferdousi, l'esclave se nomme Azadeh. À cause d'une remarque désobligeante de sa part sur les talents de chasseur de Bahram, celui-ci la tue. Dans la version de Nezami, l'esclave est nommée Fetneh et son histoire est plus longuement développée. Elle est épargnée par l'officier chargé de l'exécuter. Plus tard, elle rencontre Bahram, qui la reconnaît, admet ses torts et finit par l'épouser. Le récit révèle aussi une attitude différente à l'égard des personnages féminins. Secondaires dans l'épopée héroïque de Ferdousi, elles acquièrent un rôle plus notable dans le récit de Nezami[5].

Bahram ramène avec lui sept princesses de différents climats et régions du monde. Il leur fait bâtir sept pavillons. Sur les conseils de son architecte soucieux d'astrologie, il associe chaque pavillon à la planète correspondant à chaque région, et à la couleur qui convient à cet astre. Pendant une semaine, chaque jour, il rend visite à l'une des princesses qui lui raconte une histoire avant de s'offrir à lui[6].

Pendant ce temps, un vizir prend le pouvoir dans le royaume. Bahram enquête. Après avoir écouté les récits de sept plaignants, il remet de l'ordre dans les affaires publiques. Il convertit alors les sept pavillons en temples zoroastriens. Ce serait donc une erreur de voir dans le poème un éloge de l'astrologie, puisque les conseils de l'architecte n'ont pas protégé le royaume[6]. C'est dans cette dernière partie qu'apparaît la valeur didactique et morale du poème : en s'abandonnant aux plaisirs, Bahram a négligé son royaume[7].

Il est possible de voir dans le poème une dimension mystique, par exemple d'interpréter les sept pavillons comme sept étapes du soufi dans son cheminement spirituel[4]. Cependant, la dimension sensuelle l'emporte nettement[6]. Si le récit est riche en symboles, ces derniers sont surtout érotiques[5].

Éditions et traductions

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Helmut Ritter et Jan Rypka (Prague, imprimé à Istanbul, 1934) ont publié une édition critique des Sept Beautés sur la base de quinze manuscrits de Khamsé et de la lithographie de Bombay de 1265. Il existe également une édition non critique de Wahid Dastgerdi (Téhéran, 1936 et réimpressions) ainsi qu'une édition de Barat Zanjani (Téhéran, 1994). Plus récemment, le poème a été réédité par l'érudit azerbaïdjanais T. A. Maharramov (Moscou, 1987)[7]. 

Les miniaturistes qui ont enluminé les manuscrits ont souvent choisi de représenter les princesses et leurs pavillons[8].

Traductions

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Page de couverture de la traduction en anglais de C.E. Wilson, Londres, 1924.
Page de couverture de la traduction en anglais de C.E. Wilson, Londres, 1924.

Deux traductions en français ont paru en 2000, l'une par Isabelle de Gastines, l'autre par Michael Barry[9]. Par ailleurs, il existe trois traductions complètes en langues d’Europe occidentale. Tout d'abord, en anglais, celle de Charles Edward Wilson de 1924. Puis, en italien, par Alessandro Bausani (en), en 1967. Enfin, une version anglaise de Julie Scott Meisami, en 1995, en vers libres. Par ailleurs, deux traductions en russe, par Vladimir Derzhavin (1959) et Rustam Aliyev (en prose, 1983).

Postérité culturelle

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En 1952, le compositeur azerbaïdjanais Gara Garayev a composé le ballet Sept Beautés sur la base des motifs des Sept Beautés de Nizami Gandjavi[10]. D'autre part, en 1979, la station de métro Nizami à Bakou a été décorée de mosaïques inspirées des œuvres de Nizami, dues au peintre azerbaïdjanais Mikayil Abdullayev [11]. Trois de ces mosaïques représentent les héros des « Sept Beautés »[10].

Notes et références

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  1. ↑ Le champ sémantique de peykar est riche : le mot peut se traduire par « portrait, image, effigie ; statue ; idole || corps, formes, stature » in Gilbert Lazard, Dictionnaire persan-français, Téhéran, 1990, xlvii + 661 p. (ISBN 978-9-648-21618-9) p. 120

Références

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  1. ↑ Barry 2000, p. 714
  2. ↑ (en-US) François de Blois, « ESKANDAR-NĀMA OF NEẒĀMĪ », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
  3. ↑ « Un manuscrit des Cinq Poèmes de Nezâmî », sur BnF Essentiels (consulté le )
  4. 1 2 3 (en) Peter Chelkowski, « Niẓāmī Gandjawi », dans Encyclopædia of Islam, vol. 8, Brill, (lire en ligne), p. 76-81
  5. 1 2 (en) Kamran Talattof, chap. 3 « Nizami’s Unlikely Heroines: A Study of the Characterizations of Women in Classical Persian Literature », dans The Poetry of Nizami Ganjavi: Knowledge, Love, and Rhetoric, Palgrave Macmillan US, , 51–81 p. (ISBN 978-1-137-09836-8, DOI 10.1007/978-1-137-09836-8_4, lire en ligne)
  6. 1 2 3 de Blois 2013.
  7. 1 2 de Blois 2013
  8. ↑ (en) Defne Kut, Khamsa of Nizami (lire en ligne)
  9. ↑ V. « Bibliographie », ci-dessous.
  10. 1 2 (ru) Эфендизаде Р. М, Архитектура Советского Азербайджана [« L'architecture de l'Azerbaïdjan soviétique »], М.: Стройиздат (Moscou : Stroïzdat),‎ , p. 108.
  11. ↑ (ru) Абдуллаев Микаил Гусейн оглы, 225 лет Академии художеств СССР. Каталог выставки. — Изобразительное искусство [« Les 225 ans de l'Académie des Beaux-Arts de l'URSS. Catalogue de l'exposition — Arts plastiques »], vol. II,‎ , p. 6

Voir aussi

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Bibliographie

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Traductions en français

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Études

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  • Michael Barry, « Introduction (p.11-22) - Brocarts (p. 507-705) - Appendices (p. 709-852) », dans Nezâmî, Le Pavillon des Sept Princesses, Paris, Gallimard,
  • (en) François de Blois, « HAFT PEYKAR », sur iranicaonline.org, Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
  • Italo Calvino (trad. de l'italien par Jean-Paul Manganaro et Christophe Mileschi), Pourquoi lire les classiques, Paris, Gallimard, coll. « Folio » (no 6431), (1re éd. 2002 (Italien)), 413 p. (ISBN 978-2-070-45115-9), « Les sept princesses de Nezâmi », p. 75-84

Articles connexes

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Liens externes

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