Light art
Le light art (littéralement « art lumineux » en anglais) ou art de la lumière[1] est un art visuel dont le principal moyen d'expression est la lumière.

Historique
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L'usage de la lumière dans l'art remonte aussi loin que le théâtre d'ombres, où les projections des ombres de marionnettes sont utilisées pour créer des images mouvantes. Une telle forme de marionnettes est décrite dès 380 av. J.-C. par Platon dans son allégorie de la caverne. Les vitraux, permettant de colorer les rayons lumineux, remontent au IVe siècle.
L'invention de l'éclairage électrique à la fin du XIXe siècle permet aux artistes d'utiliser la lumière comme principale forme d'expression, non plus comme simple moyen pour d'autres formes d'art[2],[3]. L'un des premiers artistes utilisant cette technique est László Moholy-Nagy (1895–1946), un membre du Bauhaus influencé par le Constructivisme[4],[5]. La lumière et une sculpture mobile sont les composants de son Licht-Raum Modulator (1922-1930), l'une des premières œuvres de light art à intégrer également de l'art cinétique[5]. En 1946, Gyula Kosice utilise des tubes fluorescents dans ses œuvres. Le light art connait une activité importante dans les années 1960 avec des artistes comme Dan Flavin[6], Bruce Nauman ou James Turrell[7], qui créent des sculptures et des environnements à partir de lumière diffuse ou de tubes fluorescents. Parmi les artistes importants du mouvement, on peut également citer Chryssa, Lucio Fontana, Gerhard von Graevenitz (en), Joseph Kosuth, Piotr Kowalski, Julio Le Parc, Mario Merz, François Morellet, Maurizio Nannucci ou Martial Raysse. Parmi les artistes contemporains, Yann Kersalé, Chul Hyun Ahn (en), Olafur Eliasson[8], Spencer Finch (en), Bruce Munro (en), Iván Navarro ou Leo Villareal (en)[2].
Catégories
modifierEn 2022, les chercheuses argentines Luciana Suppicich et Sophya Acosta ont proposé, dans l'article « Light Art as Artistic support »[9], une catégorisation des œuvres de Light Art selon leur format, leur approche compositive et l'utilisation de la lumière au cours du processus créatif. Dans une version ultérieure de cette recherche, les auteures ont élargi ces catégories.
Catégorisation par format
modifierCette catégorie centre sa classification sur la manière dont l'idée centrale se déploie dans l'espace — c'est-à-dire la matérialisation physique de la pièce. Plutôt que de se concentrer sur la construction ou l'exécution technique, elle traite de ce qui est présenté au public : la mise en acte du concept lumineux développé par l'artiste ou le collectif. Les sous-catégories correspondent à différentes approches concernant la façon dont l'œuvre d'art se rattache, se connecte et intervient au sein de son environnement physique environnant[10].
Objets lumineux
modifierCe terme désigne des œuvres d'art composées d'éléments tangibles de formes et de dimensions variées qui émettent ou produisent de la lumière et des effets lumineux. Historiquement, plusieurs œuvres appartenant à ce format ont été catégorisées comme des sculptures lumineuses. D'un point de vue conceptuel, elles peuvent être appréhendées comme des pièces visant à donner une forme physique à la lumière elle-même. Ce format permet une exploration approfondie des sources lumineuses et de divers matériaux interagissant avec les stimuli lumineux. Les objets lumineux nécessitent généralement des environnements sombres ou de pénombre pour leur exposition. Parmi les exemples représentatifs figurant dans cette catégorie, on peut citer Dichrolight de Laurent Fort, ainsi que Microtemps 12 et Prisma de Nicolas Schöffer[10].
Grandes installations
modifierIl s'agit d'interventions lumineuses conçues pour des espaces de grande envergure. Bien qu'elles puissent être constituées d'objets lumineux, elles sont exécutées à grande échelle par rapport aux proportions humaines. Elles sont généralement montées et exposées en extérieur, où la géographie du lieu façonne l'interprétation de l'œuvre. Elles interagissent fréquemment avec les conditions lumineuses ambiantes, diurnes comme nocturnes, ou se trouvent influencées par celles-ci. Comme exemples représentatifs, on trouve Field of Light de Bruce Munro et Now You See Me, Now You Don’t de Manal AlDowayan[10].
Installations immersives
modifierCes pièces invitent le spectateur à s'immerger physiquement à l'intérieur de l'œuvre, stimulant l'ensemble des sens humains à un degré égal. En conservant un contrôle total sur les stimuli visuels, l'artiste ouvre de nouveaux champs perceptifs pour l'observateur, provoquant parfois des réponses physiologiques spécifiques. Ces propositions permettent l'altération ou la perte de la perception de la profondeur, de l'orthogonalité et de l'équilibre, exigeant ainsi un spectateur contemplatif. White Canvas de COCO LAB et Light Origami de KAZ Shirane constituent deux exemples parlants illustrant cette catégorie[10].
Installations interactives
modifierLes œuvres interactives nécessitent un sujet ou un participant pour déclencher ou activer le dispositif. Dans l'art interactif, l'artiste établit les paramètres modifiables et dicte la relation entre le spectateur et l'œuvre. La présence d'un mécanisme de contrôle accessible introduit la possibilité d'une action — ou d'une inaction — de la part du visiteur. Par conséquent, ces installations privilégient un participant actif et disposé. Des œuvres telles que Transcending Boundaries de teamLab, In Peak Bloom d'Artechhouse DC et The Pool de Jen Lewin Studio s'inscrivent dans cette catégorie[10].
Catégorisation par tendance artistique
modifierBaroque lumineux
modifierPour définir le Baroque lumineux, il est utile de passer brièvement en revue les caractéristiques clés de ce mouvement historique qui s'est déployé aux XVIIe et XVIIIe siècles en Europe et en Amérique latine. L'art baroque se caractérise fondamentalement par un penchant pour l'ostentation, l'exagération et l'expression dramatique. Les artistes baroques se sont particulièrement concentrés sur la forme, l'espace, la couleur et la lumière, s'orientant vers de grands effets scénographiques rehaussés par de forts contrastes de clair-obscur et un sens accru du mouvement. La majesté et la monumentalité en constituent des traits définitoires. Un autre axe créatif majeur résidait dans l'impact émotionnel suscité chez l'observateur. Au sein du Light Art, un ensemble d'œuvres partage exactement ces caractéristiques : des pièces immersives présentant une profusion de sources lumineuses visibles, un jeu subtil entre ombre et lumière, et une invitation adressée au public à saturer ses sens dans la magnificence lumineuse. Trois exemples représentatifs sont Primordial Garden d'Adela Andea, Tijuanatanjierchandelier de Jason Rhoades et Unwoven Light de Soo Sunny Park[10].
Minimalisme lumineux
modifierDe manière analogue, les traits définitoires du minimalisme peuvent s'appliquer pour fonder cette classification. Émergé aux États-Unis au cours des années 1960, le minimalisme contemporain se concentre sur la matérialité tout en évitant consciemment tout contenu émotionnel et tout symbolisme explicite. Cette exploration des matériaux a privilégié l'usage de matériaux industriels préfabriqués, la simplicité géométrique et la répétition au sein de l'espace englobant l'œuvre. Le mouvement a naturellement englobé des œuvres expérimentant la lumière comme médium physique de création. Les éléments clés appliqués au minimalisme lumineux comprennent les formes et motifs géométriques réduits à leur expression essentielle, la répétition d'une même morphologie, des expériences chromatiques majoritairement monochromatiques et la fabrication industrielle. Dan Flavin s'impose comme la référence fondamentale avec ses installations composées de tubes fluorescents, aux côtés de pièces contemporaines telles que Parallel 15 de Nonotak ainsi que 50/50 de Sophya Acosta et Luciana Suppicich pour le Sophya Acosta Lighting Design Studio[10].
Œuvres phénoménologiques
modifierCette catégorie englobe les œuvres centrées sur des concepts issus de l'optique et de la physique de la lumière. Fondés sur des principes scientifiques, les artistes expérimentent des phénomènes lumineux tels que la réfraction, la réflexion et le comportement ondulatoire. Les développements technologiques ont de plus en plus favorisé l'étude artistique de la lumière physique, réduisant le fossé entre les rôles d'artistes et de technologues. L'esprit de recherche partagé entre la science et l'art s'y trouve profondément intriqué : la recherche scientifique sert fréquemment de déclencheur à une œuvre d'art, tandis que l'expérimentation artistique peut, inversement, susciter de nouvelles études sur des phénomènes physiques. Parmi les exemples marquants figurent Symphonie Cinétique de Joachim Sauter et Ólafur Arnalds, Your Shadow d'Olafur Eliasson et Tragalux de Luciana Suppicich[10].
Catégorisation en tant qu’œuvres sensorielles
modifierÀ la différence de la catégorie précédente, cette approche adopte une perspective anthropocentrique centrée sur la perception humaine. Les œuvres de cette catégorie explorent le regard de l'observateur d'un point de vue biologique, visant à susciter des réponses physiologiques et sensorielles spécifiques. De manière intuitive, on peut dénombrer trois dimensions physiques de la lumière : le temps, l'espace et la couleur/température de couleur. La perception subjective agit comme une quatrième dimension, au sein de laquelle coexistent plusieurs strates : l'intention perceptuelle du créateur, l'expérience immédiate du spectateur et la réalité objective de l'événement lumineux lui-même. The Weather Project d'Olafur Eliasson, Chromosaturation de Carlos Cruz-Diez et Infinity Mirrors de Yayoi Kusama illustrent cette catégorie[10].
Exemples
modifierExemples de light artists :
- Grimanesa Amorós (en)
- BIBI
- Frida Blumenberg (en)
- Eberhard Bosslet
- Chryssa
- Victoria Coeln
- Ron Cooper (en)
- Waltraut Cooper (en)
- Olafur Eliasson
- Annet van Egmond (nl)
- Spencer Finch (en)
- Ellis D Fogg (en)
- Dan Flavin
- Lucio Fontana
- Juan Garaizabal
- Dominique Gonzalez-Foerster
- Richard Harned (en)
- Michael Hayden (en)
- Jasper Johns
- Gaspare Di Caro
- Manfred Kielnhofer
- Marc Engelhard[11]
- Gyula Kosice
- Piotr Kowalski
- Lili Lakich (en)
- Gilles Larrain
- Frank Malina
- David Medalla (en)
- Anthony McCall
- Molitor & Kuzmin
- Teddy Lo (en)
- Mario Merz
- Éric Michel
- Victor Millonzi (en)
- François Morellet
- Bruce Munro (en)
- Maurizio Nannucci
- Bruce Nauman
- Bill Parker (en)
- Robert Rauschenberg
- Martial Raysse
- Larry Rivers
- John Rosenbaum (en)
- James Rosenquist
- Regine Schumann
- Raphaele Shirley (en)
- Keith Sonnier
- Kraftwerk[12]
- James Turrell
- Tim White-Sobieski
- Stepan Ryabchenko
- Thomas Wilfred
- Installation, Richard Osborn.
- Axis of Silence, Sislej Xhafa.
- Visual Echo Experiment , Chul Hyun Ahn (2005).
- Installation, Rudi van de Wint.
- Sans titre, Margot Zanstra
- Objet lumineux tétraédrique, Martina Schettina (2010).
- Time Guards / Madonna, Manfred Kielnhofer (2010)
- Interlux Chair, Manfred Kielnhofer
- Light Reading, Julia Bickerstaff (2011)
- Regine Schumann, ¡Dark!, 2015.
- Stepan Ryabchenko, The Blessing Hand, 2012-2013
- Cargaison, par Molitor & Kuzmin, 1998.
Notes et références
modifier- ↑ Commission d’enrichissement de la langue française, « Art de la lumière », sur FranceTerme, ministère de la Culture
- 1 2 (en) Hilarie M. Sheets, « Waves of Light », ARTnews,
- ↑ (de) Peter Weibel et Gregor Jansen, Lichtkunst aus Kunstlicht. Light art from artificial light : Licht als Medium der Kunst des 20. und 21. Jahrhunderts, Ostfildern, Hatje Cantz, , 715 p. (ISBN 978-3-7757-1774-8)
- ↑ (en) « László Moholy-Nagy », Tate
- 1 2 (en) Kunstlexikon, « Light Art », Hatje Cantz Verlag,
- ↑ (en) « Dan Flavin », Museum of Modern Art
- ↑ (en) Carolyn Kane, « Light Art Museumified », Rhizome,
- ↑ (en) Markham Johnson, « Meet Your Maker », Time Magazine,
- ↑ (en-US) Staff Report, « Light Art as Artistic Support », sur designinglighting, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Sophya Acosta, « El Light Art como soporte artístico », Libro de Actas XVI Luxamerica, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « This Knowing Is Your Light »,
- ↑ « Electro. Von Kraftwerk bis Techno », sur YouTube,