Littérature martienne

La littérature martienne est l'ensemble des œuvres littéraires de science-fiction qui ont la planète Mars ou ses habitants comme thème central.

Bien que Mars soit visible à l'œil nu, cette littérature n'apparaît qu'au XVIIe siècle après la mise au point par Galilée des lunettes astronomiques qui permettent une meilleur observation de la planète.

Véritablement, les récits martiens se développent à partir du XIXe siècle avec le perfectionnement de l'astronomie et de l'observation de la planète rouge. La découverte de canaux sur Mars dans les années 1870 contribue à populariser cette littérature autour de prétendues civilisations martiennes.

Tout au long des XXe et XXIe siècles, la littérature martienne s'enrichit des progrès scientifiques, qui permettent une meilleure connaissance de Mars, pour se renouveler.

Des débuts modestes : entre voyages extraordinaires et romans de vulgarisation

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Momie martienne découverte en 1864 dans le Kansas. Illustration d'Édouard Riou pour le roman Un habitant de la planète Mars.

Au XVIIe siècle, Galilée inaugure l'observation de la planète Mars grâce à la mise au point de ses lunettes astronomiques[1]. Cette invention précède le Iter extaticum (Voyage extatique) (1656) du prêtre allemand Athanase Kircher, qui est le premier à s'adonner à la littérature martienne en se mettant en scène en train d'explorer la planète rouge[2].

En 1744, Eberhard Christian Kindermann (de) imagine dans un conte philosophique intitulé Die geschwinde Reise auf dem Lufft-Schiff nach der Oberen Welt (Le Rapide Voyage dans le monde supérieur), un voyage sur la première lune de Mars. Le satellite de Mars est décrit comme un paradis avec des plantes et des bêtes exotiques, et où les habitants se révèlent être des humains sans vice et sans péché des premiers temps de l'humanité, inaugurant un poncif des premiers temps de la littérature martienne, à savoir la supériorité morale des Martiens[3].

L'amélioration des outils d'observations permet aux astronomes Christian Huygens et Jean-Dominique Cassini au XVIIe siècle, puis à William Herschel au XVIIIe siècle, d'approfondir les connaissances concernant la planète, notamment avec la découverte de calottes polaires[1]. L'observation de ces calottes glaciaires ouvre la voie aux spéculations scientifiques sur la présence d'eau à l'état liquide sur Mars et d'une atmosphère propice à l'apparition de la vie[4]. En parallèle aux comptes-rendus des astronomes, apparaissent des articles de vulgarisation dans les journaux destinés à la jeunesse, puis des récits mettant en scène des Martiens[5].

Au milieu XIXe siècle, les écrivains délaissent les contes philosophiques et les utopies pour écrire de véritables aventures scientifiques[6]. C'est ainsi qu'entre 1864 et 1865, le chroniqueur scientifique Henri de Parville publie en feuilleton dans le quotidien Le Pays, Un habitant de la planète Mars, canular journalistique dans lequel il raconte sous la forme d'un compte-rendu savant la récente découverte d'une momie martienne dans l'état du Kansas[7].

La médiatisation des canaux martiens au cours du dernier quart du XIXe siècle entraîne un foisonnement des récits martiens

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Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, les Martiens sont fréquemment représentés comme des créatures ailées du fait de la faible pesanteur présente sur leur planète. Illustration d'Henri Lanos de 1906.

Jusqu’en 1880, les récits d’exploration extraterrestre concernent principalement la Lune[8]. La médiatisation de l'observation de canaux martiens par Giovanni Schiaparelli en 1877 renforce l'hypothèse de la présence d'une vie sur Mars, et entraîne en conséquence l'apparition d'une abondante littérature martienne[5].

Le roman Across the Zodiac (en) (1880) de Percy Greg (en) raconte la découverte dans une île du Pacifique d'un texte écrit dans une langue inconnue expliquant comment annuler les effets de la pesanteur. Grâce aux instructions du texte, un astronef est construit pour rejoindre Mars, où les explorateurs découvrent une civilisation hautement raffinée, dans laquelle la technologie a libéré les Martiens de tout travail[8].

Au cours des XIXe et début XXe siècle, les écrivains conçoivent les formes de vie martiennes en analogie avec la vie terrestre[9]. En effet, parce que la théorie darwinienne de l'évolution constitue le cadre de référence pour penser le vivant, l'exotisme des espèces martiennes n'est que le résultat de leur adaptation à leur environnement local. C'est ainsi que la faible pesanteur de Mars explique pourquoi les Martiens sont fréquemment décrites comme des espèces ailées[10]. Que ce soit par Guy de Maupassant dans la nouvelle L'Homme de Mars (1887)[5], par Georges Le Faure et Henry de Graffigny dans Les Aventures extraordinaires d’un savant russe (1889-1896)[11] ou encore par Gustave Le Rouge avec Le Prisonnier de la planète Mars (1908) quelque décennies plus tard[12].

À partir de 1895, l'astronome amateur américain Percival Lowell publie des ouvrages sur la planète Mars qui connaissent un fort retentissement. Dans ses livres, il reprend les observations de Schiaparelli et élabore une théorie d'une civilisation disparue à l'origine de la construction des canaux. Cette idée que Mars abrite une civilisation luttant contre l'assèchement de la planète est notamment reprise en 1898 par l'écrivain britannique H. G. Wells dans La Guerre des mondes. En effet, dans ce roman, l'auteur imagine l'invasion de la Terre par des Martiens fuyant leur monde mourant[13]. Ce grand classique de la littérature martienne — dans lequel Wells dépeint les Martiens comme des êtres tentaculaires détruisant tout sur leur passage et se nourrissant du sang des Humains — connaît un grand succès international[14]. Néanmoins, la rencontre entre Humains et Martiens peut aussi être pacifique, à l'image de celle narrée un an plus tôt par Kurd Lasswitz — fondateur de la littérature allemande de science-fiction — dans le roman Sur deux planètes (1897)[15].

Outre l'influence des ouvrages astronomiques sur la littérature martienne, la propagation des thèses spirites autour de l'habitabilité des mondes extérieurs irradie également cette littérature. Dans son Livre des Esprits publié en 1857, Allan Kardec réinvestit la théorie de la métempsycose[Note 1] en faisant de Mars la terre d'accueil des âmes des défunts. Il en déduit qu'il est possible de communiquer avec les morts établis sur Mars. Un de ses amis, l'astronome Camille Flammarion semble avoir été influencé par son ami lorsqu'il compose son roman Uranie dans lequel un homme rencontre sa réincarnation sur Mars[17].

La dimension spirite se révèle également une trouvaille littéraire commode pour pallier une technologie humaine encore inexistante en matière de voyages interstellaires. C'est ainsi, qu'en 1908, trois romans — Les Robinsons de la planète Mars d'Henri Gayar, Le Prisonnier de la planète Mars de Gustave Le Rouge et La Roue fulgurante de Jean de La Hire[Note 2] — mettent en scène l'énergie psychique comme carburant d'engin spatial[18].

Trois ans plus tard, Jean de La Hire s'intéresse de nouveau aux voyages spatiaux, en envoyant cette fois ses héros sur la planète Mars grâce à des vaisseaux fonctionnant au moyen des ondes hertziennes. Par ailleurs, avec le Le Mystère des XV (1911), il est un des premiers écrivains à imaginer la colonisation de Mars : en effet, après avoir échoué à conquérir la Terre, le vilain Oxus affronte les Martiens de H. G. Wells et entreprend — avec le soutien de l'armée française — la colonisation de Mars. L'auteur récidive quinze plus tard dans Les grandes aventures d’un boy-scout (1926). Au cours de cette série, le héros Franc-Hardi découvre sur la planète rouge une colonie française fondée par Cyrano de Bergerac au XVIIe siècle[19].

La couverture de Thuvia, vierge de Mars (1920) d'Edgar Rice Burroughs illustrée par Patrick J. Monahan présente deux espèces autochtones : un Martien vert et une Martienne rouge.

L'écrivain américain Edgar Rice Burroughs publie à partir de 1912 son cycle de Mars : il peuple la planète — nommée Barsoom par ses autochtones — de différentes factions pittoresques afin que s'y développe une intrigue guerrière au rythme rapide[20]. Avec sa série de romans de space opera martien, Burroughs imagine des récits d'aventures épiques menés par le héros John Carter au cours desquels il combat des monstres pour sauver la princesse Dejah Thoris[21].

Si Wells créé en 1898 les premiers bug-eyed monsters (en) Martiens — créatures extraterrestres monstrueuses et grotesques —, c'est dans les pulps américains des années 1930 que ce type d'extraterrestre se développe. Dans ces revues, les héros terriens rencontrent des Martiens humanoïdes généralement en guerre à des Martiens monstrueux, dangereux et menaçants[22].

De manière moins naïve, J.-H. Rosny aîné s'intéresse lui aussi à l'altérité des espèces martiennes. Dans Les Navigateurs de l'infini (1925), aux côtés des Tripèdes — des êtres humanoïdes dotée de trois jambes et de six yeux —, les explorateurs rencontrent sur Mars les Éthéraux, des formes de vie intelligentes lumineuses[23].

Les découvertes scientifiques du milieu XXe siècle renouvelle la littérature martienne

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En dépit des récits du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle spéculant sur une civilisation martienne, les connaissances scientifiques de la planète qui se précisent au milieu du XXe siècle impactent durablement les récits martiens.

Si la colonisation de la planète Mars apparaît au début du XXe siècle dans le prolongement de l'expansion coloniale européenne, après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle thématique apparaît dans la littérature martienne : la Terre devenue trop abîmée, l'humanité doit s'établir sur Mars. L'écrivain américain Ray Bradbury publie en 1950 les Chroniques martiennes, un recueil de nouvelles qui narrent l'histoire des premiers colons Terriens vers la planète rouge et leur rencontre avec une ancienne civilisation martienne sur le déclin. L'ouvrage, en offrant un regard acerbe sur la nature humaine, est avant tout un prétexte pour critiquer la société moderne[24].

Cet établissement nécessite cependant d'adapter la planète pour la rendre habitable. Les écrivains commencent à imaginer alors un processus de terraformation de Mars, à l'instar du Français Gérard Klein avec sa trilogie Le Rêve des Forêts (1960), Les Voiliers du soleil (1961), Le Long Voyage (1964)[25].

Les premières photographies de Mars prises par la sonde Mariner 4 en 1965, puis celles prises par les modules de la mission Viking en 1976 dissipent définitivement les espoirs de découverte d'une vie intelligente sur la planète rouge en dévoilant un paysage aride et inhabitable[26]. La découverte d'un environnement si hostile, qu'il faudrait des efforts considérables pour rendre cette planète accueillante pour l'humanité, met un coup de frein à l'imaginaire martien[27].

Ce n'est que dans les années 1990, notamment avec la parution de La Trilogie de Mars — Mars la rouge (1992), Mars la verte (1993) et Mars la bleue (1996) — de Kim Stanley Robinson que la planète connaît un regain littéraire. S'inscrivant dans une littérature de hard science-fiction, l'auteur américain délaisse les prétendues civilisations extraterrestres pour se concentrer de manière réaliste sur la terraformation de Mars comme nouvel enjeu littéraire[27].

Ce souci de précision et de vraisemblance est également présent dans le roman Seul sur Mars (2011) d'Andy Weir. Ce récit, qui narre les aventures d'un astronaute abandonné sur la planète rouge par ses camarades à la suite d'une gigantesque tempête, repose sur une documentation importante et sur les nombreux conseils fournis par des spécialistes de la NASA[28].

Notes et références

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  1. ↑ La transmigration des âmes vers les astres est déjà évoquée aux XVIIe et XVIIIe siècles par Cyrano de Bergerac et Marie-Anne Robert[16].
  2. ↑ Néanmoins, dans La Roue fulgurante, le vaisseau propulsé par l'énergie psychique gagne la planète Mercure.

Références

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  1. 1 2 Thérèse Encrenaz, « La planète Mars : un autre destin », Reflets de la Physique, no 30,‎ , p. 4 (lire en ligne).
  2. ↑ Versins 1984, p. 571.
  3. ↑ Hans Esselborn, « La conquête de l'espace inconnu dans la science-fiction depuis Godwin, Bergerac, Kindermann, Verne, Laßwitz, Wells jusqu’à nos jours », dans Philippe Antoine et Wolfram Nitsch (dir.), Le Mouvement des frontières. Déplacement, brouillage, effacement, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, , 111-123 p. (lire en ligne), p. 121-122
  4. ↑ Chabot 2019, p. 71.
  5. 1 2 3 Annie Lagarde, « La vulgarisation scientifique au XIXe siècle : entre tradition encyclopédique et nouvelle forme romanesque », dans Gérard Pajonk, Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (no 131), (lire en ligne), p. 143-144.
  6. ↑ Olivier 2011, p. 30.
  7. ↑ Costes et Altairac 2018, p. 1576.
  8. 1 2 Van Herp 1975, p. 38.
  9. ↑ Chabot 2019, p. 77.
  10. ↑ Chabot 2019, p. 79.
  11. ↑ Van Herp 1975, p. 35.
  12. ↑ Costes et Altairac 2018, p. 1237.
  13. ↑ Olivier 2011, p. 37.
  14. ↑ Versins 1984, p. 955.
  15. ↑ Van Herp 1975, p. 40.
  16. ↑ Olivier 2011, p. 41.
  17. ↑ Olivier 2011, p. 46.
  18. ↑ Versins 1984, p. 531.
  19. ↑ Van Herp 1975, p. 46.
  20. ↑ Marc Ross Gaudreault, « Anticiper le Premier Contact : La posture de l'exobiologiste chez J.-H. Rosny aîné », dans Claire Barel-Moisan et Jean-François Chassay (dir.), Le roman des possibles : l'anticipation dans l'espace médiatique francophone (1860-1940), Montréal, Presses de l'Université de Montréal, coll. « Cavales », , 483 p. (ISBN 978-2-7606-4017-7), p. 141.
  21. ↑ Van Herp 1975, p. 43.
  22. ↑ Jacques Baudou, « Chapitre III - Les grandes thématiques de la science-fiction », dans La science-fiction, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », (lire en ligne), p. 65-117
  23. ↑ Chabot 2019, p. 81.
  24. ↑ Olivier 2011, p. 58.
  25. ↑ Olivier 2011, p. 61.
  26. ↑ Olivier 2011, p. 62.
  27. 1 2 Michaud 2019, p. 9.
  28. ↑ Marion Pujalte et Anthony Saber, « Le substrat spécialisé de la « hard science fiction » au miroir de la fiction à substrat professionnel : essai de caractérisation », Res Futurae. Revue d'étude sur la science-fiction, no 19 « Séries télévisées de science-fiction »,‎ , §  16-17 (lire en ligne).

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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