Lucie de la Marche
Lucie ou Lucia de la Marche, née vers 1030 et morte en 1090, est une femme de la haute noblesse méridionale médiévale issue de la maison de Charroux. Elle est comtesse de Pallars Sobirà par mariage.
| Comtesse |
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Vers |
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| Décès | |
| Famille | |
| Père | |
| Mère |
Amélie (d) |
| Fratrie |
Almodis de la Marche Rangarde de La Marche (d) Eudes Ier de la Marche Aldebert II de la Marche |
| Conjoint | |
| Enfants |
Artaud II de Pallars Sobirà Odon d'Urgell Maria de Pallars Sobirà (d) Lucia de Pallars Sobirà (d) |
| Statut |
Biographie
modifierFamille
modifierLucie de la Marche, née vers 1030[1], est la fille de Bernard Ier de la Marche et de son épouse Amélie ou Émilie[2],[3], de Montignac[3]. Elle a cinq frères et sœurs [2] :
- Aldebert II de la Marche, comte de la Marche après son père Bernard Ier de la Marche[4],[3] ;
- Eudes Ier de la Marche, comte de la Marche après Boson III de la Marche, le fils d'Aldebert II[2],[3] ;
- Almodis de la Marche, épouse de Hugues V de Lusignan puis du comte Pons de Toulouse et enfin de Raimond-Bérenger Ier de Barcelone, comte de Barcelone[2],[5],[6],[7],[8],[9],[3] ;
- Rangarde, épouse de Pierre Raymond de Carcassonne, comte de Carcassonne et vicomte de Béziers[4],[10] ;
- Agnès, épouse de Ramnulfe de Montmorillon[4].
Promise
modifierLucie de la Marche part en Catalogne avec sa sœur aînée Almodis quand celle-ci, vers 1053, quitte le comte Pons de Toulouse et épouse Raimond-Bérenger Ier de Barcelone[11]. Quinze actes catalans la concernent explicitement, neufs conservés dans le chartrier des comtes de Barcelone et six dans des fonds ecclésiastiques[12]. Jeune femme célibataire de haute noblesse, elle est une pièce importante sur l'échiquier politique des relations féodales, soumise aux décisions des hommes en la matière. L'originalité de sa situation personnelle tient en ce que ce n'est pas le pouvoir de ses frères qui s'exerce, puisqu'elle a quitté la Marche, mais celui du mari de sa sœur[13].
En 1054, Lucie est promise en mariage par son beau-frère Raimond-Bérenger Ier de Barcelone à l'ennemi de celui-ci, le comte Guillem II de Besalú[14]. Raimond-Bérenger Ier de Barcelone parvient à imposer son pouvoir à Guillem II de Besalú, qui lui promet fidélité[15] et s'engage à prendre Lucie pour épouse. Le , par deux actes différents, Guillem II de Besalú constitue le douaire de Lucie. Il lui cède un dixième de tous ses biens et deux comtés annexes de Besalù : Berga et Ripollés[16]. Toutefois, Guillem II de Besalú ne tient pas ses engagements et n'épouse pas Lucie. Ce conflit dure jusqu'en 1057[17].
Comtesse de Pallars Sobirà
modifierEn 1058, Raimond-Bérenger Ier de Barcelone marie sa belle-sœur Lucie au comte Artaud Ier de Pallars Sobirà, quadragénaire[18], dont la femme Constance vient de mourir. Comme pour la première promesse de mariage, deux chartes sont établies. Dans la première, Artaud Ier de Pallars Sobirà abandonne à Lucie un dixième de ses biens. Dans la seconde, il lui cède six châteaux stratégiquement situés, dont quelques-uns dans le comté de Pallars Jussà, où ils ont été pris au comte Ramon V. Ainsi, Artaud Ier de Pallars Sobirà s'assure la protection de Raimond-Bérenger Ier de Barcelone face au comte Pallars Jussà[19].
Artaud Ier de Pallars Sobirà s'engage à prendre effectivement Lucie en mariage et à ne pas la maltraiter. Si elle devient veuve, elle aura l'usufruit des domaines d'Artaud[19]. Dès l'année même du mariage, elle apparaît dans un acte munie du titre de « gratia Dei comitissa », « comtesse par la grâce de Dieu ». Elle est ensuite citée dans plusieurs actes aux côtés de son mari[20].
Après la mort d'Artaud Ier, l'influence qu'elle exerçait à ses côtés devient un véritable pouvoir politique[21]. Elle figure dans tous les actes de leur fils Artaud II de Pallars Sobirà. En 1090, elle est aussi citée dans le testament du comte Ermengol IV d'Urgell comme tutrice des enfants de celui-ci, mentionnée juste après son petit-neveu le comte Raimond-Bérenger III de Barcelone[20].
Elle meurt au cours de l'année 1090[13].
Descendance
modifierArtaud Ier de Pallars Sobirà et Lucie ont trois fils :
- Artaud II de Pallars Sobirà[22] ;
- Odon, évêque d'Urgell[22] ;
- Guillem[22].
Notes et références
modifier- ↑ Aurell 1992, p. 53.
- 1 2 3 4 Thomas 1925-1927, p. 592.
- 1 2 3 4 5 Barrière 1999, p. 30.
- 1 2 3 Thomas 1925-1927, p. 593.
- ↑ (en) Sidney Painter, « The Lords of Lusignan in the Eleventh and Twelfth Centuries », Speculum, vol. 32, no 1, , p. 27–47 (DOI 10.2307/2849244, JSTOR 2849244, S2CID 161153870, lire en ligne).
- ↑ Hélène Débax, « Les comtesses de Toulouse : notices biographiques », Annales du Midi, vol. 100, no 182, , p. 215-234 (lire en ligne).
- ↑ Philippe Wolff, « Deux maîtresses femmes dans la Marche d’Espagne au XIe siècle : Ermessende et Almodis », dans Media in Francia : recueil de mélanges offerts à Karl Ferdinand Werner, Maulévrier, Hérault-Editions, (ISBN 2903851573), p. 525-537.
- ↑ (en) Donald J. Kagay, « Countess Almodis of Barcelona : 'Illustrious and Distinguished Queen' or 'Woman of Sad, Unbridled Lewdness' », dans Theresa M. Vann, Queens, Regents and Potentates, Dallas, Boydell & Brewer, (ISBN 9780851156491), p. 37-47.
- ↑ Aurell 1995, p. 257-296.
- ↑ Hélène Débax, La féodalité languedocienne XIe – XIIe siècles : Serments, hommages et fiefs dans le Languedoc des Trencavel, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll. « Tempus », , 407 p. (ISBN 2-85816-651-X, lire en ligne), p. 31.
- ↑ Aurell 1992, p. 54.
- ↑ Aurell 1992, p. 55.
- 1 2 Aurell 1992, p. 63.
- ↑ Aurell 1992, p. 56.
- ↑ Aurell 1992, p. 57.
- ↑ Aurell 1992, p. 58.
- ↑ Aurell 1992, p. 59.
- ↑ Aurell 1992, p. 60.
- 1 2 Aurell 1992, p. 61.
- 1 2 Aurell 1992, p. 62.
- ↑ Aurell 1992, p. 64.
- 1 2 3 Aurell 1992, p. 65.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Martin Aurell, « Mariage et pouvoir en Catalogne : Lucia de la Marche (ca. 1030-1090), comtesse de Pallars Sobirà », dans Charles-Marie de La Roncière, Le couple, l’ami et le prochain : mélanges offerts à Georges Duby, vol. I, Aix-en-Provence, Université de Provence, coll. « Histoire et société », (lire en ligne), p. 53-67.
- Martin Aurell, « Almodis et Lucia de la Marche ou la force d'être sœurs », dans Les Noces du comte : Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213), Paris, Publications de la Sorbonne, (présentation en ligne), p. 257-296.
- Bernadette Barrière, « Le comté de la Marche, une pièce originale de l'héritage Lusignan », dans Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246) : Actes du colloque tenu à Lusignan, 8 au 10 novembre 1996, Poitiers, Centre d'études supérieures de civilisation médiévale, coll. « Civilisation Médiévale » (no 5), , 193 p. (lire en ligne), p. 27–35.
- Georges Thomas, « Les comtes de la Marche de la maison de Charroux (Xe siècle- 1177) », Mémoires de la société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, vol. 23, 1925-1927, p. 561-700 (lire en ligne).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :