Marcel Letertre
Marcel Letertre, couramment désigné dans les sources locales comme Marcel Letertre père, né le à Châteaubriant et disparu après le à Terezín, est un commerçant, ancien combattant, résistant français et déporté.
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Marcel Pierre Letertre |
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Capitaine |
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Chevalier de la Légion d'honneur, Médaille militaire, Croix de guerre 1914-1918, Croix de guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance française |
Engagé dans des actions de résistance dès 1940, il participe ensuite aux activités de Libération-Nord et devient l'adjoint de Bernard Dubois au sein du réseau Oscar-Buckmaster, lié à la section française du Special Operations Executive britannique. Il coordonne une partie des activités clandestines du secteur de Châteaubriant : renseignement, faux papiers, hébergement de fugitifs et préparation de parachutages d'armes.
Arrêté le 30 novembre 1943, il est emprisonné à Rennes puis interné au camp de Royallieu à Compiègne. Il est déporté le 27 avril 1944 vers Auschwitz, avant d'être transféré à Buchenwald, Flossenbürg puis au kommando de Flöha. Il survit à l'évacuation du camp et atteint Terezín, où il est libéré en mai 1945, mais disparaît avant son rapatriement.
Les notes qu'il rédige clandestinement en prison et en déportation sont rapportées en France après la guerre et publiées en 2005 sous le titre Marcel Letertre : Notes de déportation. À Flöha, il côtoie notamment le poète et résistant Robert Desnos, déporté dans le même convoi.
Biographie
modifierOrigines et vie professionnelle
modifierMarcel Pierre Letertre naît le 6 juillet 1895 à Châteaubriant, alors située dans le département de la Loire-Inférieure[1].
Il exerce la profession de commerçant et dirige une graineterie située place de la Motte à Châteaubriant[2]. Son activité professionnelle lui donne de nombreux contacts parmi les commerçants, les agriculteurs et les habitants des communes environnantes, relations qui sont ensuite utilisées dans le cadre de ses activités clandestines[2].
Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il est notamment titulaire de la Médaille militaire et de la Croix de guerre 1914-1918. La notice biographique établie par l'Association des amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation le donne également titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 et de la Légion d'honneur[1]. Un dossier à son nom est conservé dans la base Léonore des Archives nationales sous la cote 19800035/26/3273[3].
Premiers actes de résistance
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Selon les documents réunis par le musée de la Résistance de Châteaubriant, Marcel Letertre participe dès juin 1940 à l'aide apportée à des militaires français menacés de captivité.
Le 25 juin 1940, il rencontre notamment, avec le sénateur Gustave Gautherot, le commandant Jean David, dont le bataillon d'environ huit cents hommes risque d'être capturé. Les soldats sont encouragés à se disperser. Marcel Letertre procure des vêtements civils au commandant David ainsi qu'à deux autres officiers, puis facilite leur déplacement vers Châteaubriant et Nantes[4].
Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1940, il participe, avec plusieurs anciens combattants, à l'installation d'un drapeau français au monument aux morts de Châteaubriant, à l'approche des commémorations interdites du 11 novembre[1],[2].
Les témoignages recueillis après la guerre le présentent alors comme un opposant précoce à l'occupation allemande. Son fils rapporte qu'entre 1940 et 1941, Marcel Letertre cherche à réunir autour de lui d'anciens combattants et des hommes jugés fiables, susceptibles d'agir ultérieurement contre l'occupant[2].
L'exécution, le 22 octobre 1941, des vingt-sept otages de Châteaubriant semble renforcer son engagement. Selon le témoignage de son fils, bien qu'anticommuniste avant-guerre, il avait apporté son aide au père de Jules Delavacquerie, interné au camp de Choisel puis fusillé à la carrière de la Sablière[2].
Entrée dans la Résistance organisée
modifierÀ la fin de 1942, Marcel Letertre entre en contact avec des membres du Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France, mouvement de Résistance créé sous l'impulsion du Parti communiste français mais ouvert à des résistants d'autres sensibilités[2].
En mars 1943, André Chauvel le met en relation avec Libération-Nord. Un groupe de renseignement est progressivement organisé autour de Châteaubriant[5].
Ses membres recueillent des renseignements portant notamment sur :
- les dépôts allemands de vivres, de carburant et de munitions ;
- les mouvements de troupes et de véhicules ;
- les changements d'états-majors ;
- les installations ferroviaires et les voies de communication utilisées par l'occupant.
Un plan de la gare de Châteaubriant est notamment transmis par le groupe[5].
Grâce à des complicités dans différentes administrations municipales, le groupe obtient également des cachets officiels provenant notamment de Martigné-Ferchaud, Retiers et Châteaubriant. Ceux-ci servent à établir de faux papiers pour des personnes recherchées, des évadés et des réfractaires au Service du travail obligatoire[5].
Marcel Letertre participe aussi à des opérations d'hébergement et d'évacuation de fugitifs. Un épisode rapporté par les témoignages locaux concerne deux officiers américains dont l'avion avait été abattu dans la région de Lorient et un ecclésiastique alsacien recherché par la police allemande. Leur arrivée est annoncée sous la formule codée « trois sacs de trèfle ». Les aviateurs sont hébergés dans la région avant d'être dirigés vers Nantes puis vers une filière de passage par l'Espagne[5].
Engagement familial
modifierL'engagement de Marcel Letertre s'inscrit dans un cadre familial. Son épouse, Geneviève Letertre, et lui ont six enfants. Elle met le domicile familial à la disposition du réseau Oscar-Buckmaster, qui en fait l'un de ses centres pour le nord de la Loire-Inférieure. Après l'arrestation et la déportation de son mari et de leur fils Marcel, elle poursuit son activité dans les rangs de la Résistance jusqu'à la Libération. Son engagement lui vaut une citation et l'attribution de la Croix de guerre 1939-1945[6].
Leur fils Marcel Letertre, généralement désigné dans les sources comme « Marcel Letertre fils » afin de le distinguer de son père et de leur parent homonyme, participe également aux activités clandestines. Il exerce notamment des fonctions d'agent de liaison, prend part au réseau de renseignement constitué autour de Châteaubriant et assure, avec Charles Besnard fils, une partie de l'organisation des parachutages du réseau Oscar-Buckmaster[7]. Arrêté le 30 novembre 1943 en même temps que son père et son cousin, il est détenu dans la cellule 64 de la prison Jacques-Cartier de Rennes. Il y est torturé au cours de ses interrogatoires, puis déporté au camp de Neuengamme, avant de revenir de déportation[7].
Un autre de leurs fils, Émile Letertre, est également impliqué dans la Résistance. Âgé de dix-neuf ans lors de la rafle du 30 novembre 1943, il se trouve alors au séminaire de Legé. Informé qu'il est recherché, il prend temporairement le nom de « Joseph Dupont », avec la complicité du supérieur du séminaire. Il quitte ensuite Legé et revient à Châteaubriant afin de tenir le commerce familial à la place de son père. Selon son témoignage, la Gestapo connaissait sa participation à la Résistance, mais ne procède pas à son arrestation[8].
Le neveu de Marcel Letertre, Marcel-Émile Letertre, employé de commerce, participe lui aussi à la Résistance. Requis pour le Service du travail obligatoire, il rejoint son oncle à Châteaubriant en 1943 et entre dans la clandestinité sous le pseudonyme de « Jacques Gérard »[9]. Au sein du réseau Oscar-Buckmaster, il assure les missions de liaison entre les différents groupes du secteur[10].
Arrêté le 30 novembre 1943 avec son oncle Marcel Letertre père et son cousin Marcel Letertre fils, Marcel-Émile est détenu dans la cellule 66 de la prison Jacques-Cartier de Rennes. Il est ensuite déporté en Allemagne et meurt en déportation le 28 avril 1945[9].
La présence de trois résistants portant simultanément les nom et prénom de Marcel Letertre explique l'emploi, dans les témoignages et les publications mémorielles, des désignations « Marcel Letertre père », « Marcel Letertre fils » et « Marcel Letertre neveu ».
Réseau Oscar-Buckmaster
modifierEn juin 1943, une organisation de Résistance implantée à Rennes entre en liaison avec le capitaine François Vallée, connu sous les pseudonymes d'« Oscar Parson » et de « Franck », membre de la section française du Special Operations Executive britannique. L'organisation prend alors le nom de réseau Oscar-Buckmaster et étend son activité vers plusieurs secteurs de Bretagne ainsi que vers Châteaubriant[11].
Le réseau est dirigé par François Vallée depuis sa centrale de Rennes. La responsabilité de la Loire-Inférieure est confiée à Bernard Dubois, dit « Bonzo », qui vit à Châteaubriant sous l'identité clandestine d'André Bernard. Selon l'ouvrage collectif Telles furent nos jeunes années, Marcel Letertre est son adjoint. Le bilan établi après la guerre par Pierre Morel précise qu'il assure la coordination générale du réseau dans le secteur de Châteaubriant, assisté de Charles Besnard père[12],[11].
Sous sa coordination, le groupe poursuit ses activités de renseignement et recherche des terrains susceptibles d'accueillir des parachutages d'armes et de matériel. Les emplacements retenus doivent être éloignés des centres urbains, des routes fréquentées, des lignes électriques et téléphoniques ainsi que des autres obstacles pouvant gêner les opérations. Une fois repérés et reportés sur une carte, ils sont communiqués à Londres pour approbation[12].
L'action du réseau comprend également la dissimulation de résistants recherchés, de réfractaires au Service du travail obligatoire et d'aviateurs alliés, ainsi que l'hébergement d'agents en déplacement et l'établissement de faux papiers. Le matériel reçu par parachutage est destiné à équiper les différents groupes en armes, munitions, explosifs et matériel de sabotage[11].
Afin de limiter le risque de repérage par radiogoniométrie, les communications avec Londres sont effectuées successivement depuis plusieurs lieux. Pierre Morel mentionne notamment une chapelle du château de la Haie-Besnou, le magasin du syndicat agricole de Sion-les-Mines, une maison à Vay, la chambre de Bernard Dubois à Châteaubriant et l'entrepôt de la famille Besnard. Une maison isolée située sur la route de Saint-Nazaire est repérée à cette fin par Marcel Letertre[11].
Démantèlement du réseau et arrestation
modifierÀ l'automne 1943, plusieurs groupes liés au réseau sont touchés par une succession d'arrestations à Rennes, Guer, Saint-Aubin-du-Cormier, Martigné-Ferchaud et dans le pays de Châteaubriant[13].
Le 30 novembre 1943, les forces allemandes organisent une importante opération à Châteaubriant et dans les communes voisines. Une partie du centre-ville est encerclée. Les policiers recherchent notamment Bernard Dubois sous son identité clandestine d'André Bernard. Celui-ci est absent et parvient à échapper à l'arrestation, mais du matériel britannique et un poste radio sont découverts dans sa chambre[13].
Marcel Letertre est arrêté le même jour. Les notices mémorielles indiquent comme motif la détention de matériel provenant des parachutages[1],[14].
Plusieurs membres de sa famille sont également arrêtés, dont son fils et un autre parent portant tous deux le nom de Marcel Letertre. La présence de trois résistants homonymes explique l'emploi fréquent de la dénomination « Marcel Letertre père » dans les documents mémoriels[13].
Question de la dénonciation
modifierLes circonstances précises dans lesquelles le groupe a été identifié ne sont pas entièrement établies.
Une notice publiée en 2006 par la Fondation pour la mémoire de la déportation indique que Marcel Letertre a été « dénoncé », sans identifier l'auteur de cette dénonciation ni préciser le document sur lequel repose cette affirmation[15].
L'ouvrage consacré à l'Occupation dans le pays castelbriantais décrit parallèlement une enquête allemande déjà avancée, une succession d'arrestations, des interrogatoires, la saisie de matériel clandestin et la connaissance par la police allemande de plusieurs noms et lieux utilisés par le réseau[13].
Les sources publiées ne permettent donc pas d'attribuer avec certitude l'arrestation de Marcel Letertre à une dénonciation individuelle et volontaire.
Emprisonnement
modifierMarcel Letertre est transféré à la prison Jacques-Cartier de Rennes, où il est détenu séparément de son fils et de son parent homonyme[1],[13].
Selon le témoignage de son fils, les trois hommes sont placés respectivement dans les cellules 62, 64 et 66. Les interrogatoires commencent le 4 décembre 1943. Son fils rapporte avoir entendu son père résister aux interrogateurs depuis les sous-sols de la prison et leur crier qu'ils n'obtiendraient aucun renseignement[13].
Il est ensuite transféré au camp de Royallieu, à Compiègne, principal camp d'internement et de transit pour les prisonniers politiques destinés à être déportés depuis la France occupée[14].
Déportation
modifierAuschwitz
modifierLe 27 avril 1944, Marcel Letertre quitte Compiègne dans un convoi comprenant environ 1 700 hommes à destination d'Auschwitz. Ce transport est connu sous le nom de « convoi des Tatoués »[16], les déportés ayant reçu à Auschwitz un numéro tatoué sur l'avant-bras[14].
Le convoi arrive à Auschwitz le 30 avril 1944. Marcel Letertre reçoit le matricule 185940[1],[14].
Buchenwald et Flossenbürg
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Le 12 mai 1944, une partie des hommes du convoi quitte Auschwitz. Marcel Letertre atteint Buchenwald le 14 mai et reçoit le matricule 53014. Il passe par la quarantaine du Petit Camp, puis par le bloc 51[14].
Le 25 mai, il est transféré au camp de concentration de Flossenbürg, où il reçoit le matricule 9895[1].
Un dossier individuel à son nom est conservé dans les archives du camp de Flossenbürg par les Arolsen Archives, sous la référence 01010803 068.004[17].
Kommando de Flöha
modifierLe 4 juin 1944, Marcel Letertre est affecté au kommando extérieur de Flöha, en Saxe, dépendant de Flossenbürg. Les détenus y sont employés dans une usine travaillant pour l'industrie aéronautique allemande, notamment à la fabrication de pièces destinées aux avions Messerschmitt Bf 109[14].
Pendant son emprisonnement et sa déportation, Marcel Letertre rédige clandestinement des notes sur de petits morceaux de papier. Il y consigne les étapes de son parcours, les conditions de détention, les interrogatoires, la vie quotidienne dans les camps et ses pensées pour sa famille[15].
Robert Desnos et les « festins imaginaires »
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À Flöha, Marcel Letertre côtoie le poète et résistant Robert Desnos, déporté dans le même convoi du 27 avril 1944. Desnos suit également le parcours passant par Auschwitz, Buchenwald et Flossenbürg avant d'être affecté au kommando de Flöha[18].
Une exposition consacrée aux résistances dans les camps nazis présente Robert Desnos comme un « compagnon de Marcel Letertre ». Elle indique également que le nom de Desnos apparaît dans le recueil de recettes conservé par Marcel Letertre[19].
Marcel Letertre participe en effet à la constitution d'un recueil de recettes de cuisine imaginaires élaboré par plusieurs détenus français. Dans un contexte de privation extrême, ces échanges autour de repas et de plats deviennent un moyen de conserver la mémoire de la vie antérieure et de résister à la déshumanisation. La réalisatrice Anne Georget indique que ce carnet est l'œuvre d'un groupe de détenus parmi lesquels figure Robert Desnos[20]. La présentation du documentaire Festins imaginaires décrit le recueil comme l'œuvre d'un groupe de Français conduit par Marcel Letertre[21].
Après l'évacuation de Flöha, Marcel Letertre et Robert Desnos atteignent tous deux Terezín. Robert Desnos y meurt du typhus le 8 juin 1945[18], tandis que le destin de Marcel Letertre après sa dernière note du 16 mai demeure incertain.
Évacuation de Flöha et disparition
modifierLe kommando de Flöha est évacué le 14 avril 1945 devant l'avancée des armées alliées. Les détenus sont contraints d'entreprendre une marche de la mort à travers la Saxe et la Bohême[1].
Le lendemain du départ, dans la forêt de Reitzenhain, cinquante-sept détenus jugés incapables de poursuivre sont exécutés, dont vingt-trois Français[1]. Les survivants continuent leur route dans des conditions de faim, d'épuisement et de violence extrêmes.
Le 6 mai 1945, les survivants sont divisés en deux groupes. Marcel Letertre se trouve dans celui qui rejoint Terezín le soir même. Le camp est libéré par l'Armée rouge dans la nuit du 8 au 9 mai 1945[1].
Le 8 mai 1945, à l'annonce de la victoire alliée, les rescapés de Flöha réunis à Terezín souhaitent entonner La Marseillaise. Selon le témoignage d'André Bessière, les déportés considèrent que l'honneur de commencer l'hymne revient à Marcel Letertre, présenté comme l'officier le plus ancien et le plus élevé en grade du kommando. Trop affaibli pour monter seul, il est aidé par Paul Taillebois à prendre place sur une table. Tenant à peine debout, il commence à chanter d'une voix affaiblie avant d'être rejoint par ses camarades[22].
La dernière note connue de Marcel Letertre est datée du 16 mai 1945. Il y évoque son « épuisement total » et un « état sanitaire effroyable »[15].
Il ne revient pas en France. Les notices mémorielles avancent l'hypothèse qu'il serait resté auprès de camarades atteints du typhus, aurait contracté la maladie et serait mort à Terezín avant son rapatriement[1],[14].
La date de son décès demeure toutefois incertaine. Certaines sources indiquent mai 1945, d'autres juin 1945, tandis que l'ouvrage consacré au pays castelbriantais le présente comme disparu après la mi-juin[1],[14],[2].
En l'absence d'acte de décès permettant de préciser son destin, Marcel Letertre est judiciairement déclaré disparu par le tribunal de Châteaubriant en 1947. Sa famille poursuit les recherches pendant plusieurs décennies sans parvenir à établir avec certitude les circonstances de sa mort[15].
Notes de déportation
modifierPendant son emprisonnement à Rennes puis au cours de sa déportation, Marcel Letertre rédige clandestinement des notes sur de petits morceaux de papier. À la prison Jacques-Cartier, certains billets sont dissimulés dans le col ou les coutures des chemises rendues à sa famille. D'autres documents sont rapportés en France en juin 1945 dans un petit étui constitué de deux plaques métalliques assemblées par des anneaux[23],[24].
Rédigés dans un style souvent télégraphique, les manuscrits évoquent son arrestation et ses interrogatoires, les transferts successifs, les conditions de détention ainsi que l'état physique et moral des prisonniers. Marcel Letertre y consigne également son inquiétude pour sa famille et ses compagnons arrêtés, ses réflexions religieuses et ses observations sur la vie dans les camps. L'ensemble comprend aussi des recettes de cuisine recueillies et échangées parmi les déportés, dans un contexte de privation extrême[23],[24].
Sa fille, Geneviève Simon, commence à déchiffrer et à transcrire les petits feuillets rapportés après la déportation. Son fils, Patrick Simon-Letertre, petit-fils de Marcel Letertre, reprend ensuite ce travail, poursuit le déchiffrage des manuscrits et prépare leur publication. Les progrès des techniques de numérisation, notamment l'utilisation d'un scanner, facilitent la lecture de certains documents devenus difficiles à déchiffrer[23],[24].
L'ouvrage paraît à Bièvres en 2005 sous le titre Marcel Letertre : Notes de déportation, publié par l'Association Geneviève et Marcel Letertre. Il compte 215 pages et rassemble des transcriptions, des reproductions de manuscrits, des photographies, des lettres et différents documents permettant de replacer les notes dans le parcours de leur auteur[24],[25].
L'ouvrage reçoit en 2006 un diplôme avec mention spéciale de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique. En 2007, il obtient le prix Honoré-d'Estienne-d'Orves, décerné par l'association régionale des auditeurs de l'Institut des hautes études de défense nationale[26].
Mémoire et postérité
modifierLes recettes recueillies à Flöha constituent l'un des ensembles présentés dans le documentaire Festins imaginaires, réalisé par Anne Georget en 2014. Le film étudie plusieurs carnets de recettes rédigés par des prisonniers dans des camps nazis, des camps de prisonniers de guerre et le Goulag[21].
Le documentaire est présenté dans la section Culinary Cinema de la Berlinale 2015. La présentation du festival décrit le carnet de Flöha comme l'œuvre d'un groupe de détenus français conduit par Marcel Letertre[21].
Ses notes sont également utilisées dans des expositions et travaux consacrés aux formes de résistance dans les camps nazis[27].
Distinctions
modifierMarcel Letertre est homologué comme membre des Forces françaises combattantes, avec le grade de capitaine[1].
Il reçoit à titre posthume la Médaille de la Résistance française par décret du 4 octobre 1954, publié au Journal officiel le 14 novembre 1954. Son dossier est conservé par l'Ordre de la Libération sous la cote 1O38848[28].
Les distinctions qui lui sont attribuées comprennent :
Chevalier de la Légion d'honneur (décret du 3 janvier 1925)[29] ;
Médaille militaire (arrêté du 4 février 1918)[30] ;
Croix de guerre - ;
Croix de guerre - ;
Médaille de la Résistance française à titre posthume (décret du 4 octobre 1954)[31].
Publication
modifier- Marcel Letertre (auteur des manuscrits) et Patrick Simon-Letertre (transcription et édition), Marcel Letertre : Notes de déportation, Bièvres, Association Geneviève et Marcel Letertre, , 215 p..
Bibliographie
modifier- Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne).
- Le Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution, 1940-1945, Fondation pour la mémoire de la déportation.
- André Sauvage et André Trochu, Mémorial des victimes de la persécution allemande en Loire-Inférieure, 1940-1945 : déportés politiques, déportés résistants.
- Amicale des déportés tatoués du 27 avril 1944, Le convoi des Tatoués : Auschwitz, Buchenwald, Flossenbürg et Kommandos.
- Daniel Jolys, Oscar Buckmaster : Un réseau de résistance en Haute-Bretagne, 1943-1944, Eancé, Chez l'auteur, , 374 p. (ISBN 979-10-415-0664-4).
Filmographie
modifier- Festins imaginaires, documentaire d'Anne Georget, France-Belgique, 2014, 69 minutes.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 « LETERTRE Marcel, Pierre (père) », sur Musée de la Résistance de Châteaubriant, Association des amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation de Loire-Atlantique, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 73-77.
- ↑ « Letertre, Marcel Pierre, né le 6 juillet 1895 à Châteaubriant », sur FranceArchives, Service interministériel des Archives de France (consulté le ).
- ↑ « Fonds Daniel Jolys », sur Musée de la Résistance de Châteaubriant (consulté le ).
- 1 2 3 4 Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 74-75.
- ↑ Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 173.
- 1 2 Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 71-76, 91 et 109-118.
- ↑ Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 76 et 110.
- 1 2 Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 65, 71, 91, 109-110 et 114-115.
- ↑ Pierre Morel, « Le réseau Oscar-Buckmaster », sur MémoRésist (consulté le ).
- 1 2 3 4 Pierre Morel, « Le Réseau Oscar Buckmaster : Bilan du réseau Oscar Buckmaster », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance, (consulté le ).
- 1 2 Telles furent nos jeunes années : Le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 74-75, 85 et 91-92.
- 1 2 3 4 5 6 Telles furent nos jeunes années : le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 76-79.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « LETERTRE Marcel, KLB 53014 », sur Association française Buchenwald-Dora et Kommandos (consulté le ).
- 1 2 3 4 « Marcel Letertre, notes de déportation », Mémoire vivante, Fondation pour la mémoire de la déportation, no 50, , p. 12-13 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « 27 avril 1944 : convoi des « déportés tatoués » », sur fondationmemoiredeportation.com, (consulté le ).
- ↑ « Personal file of Marcel Letertre, born on 6 July 1895 », sur Arolsen Archives (consulté le ).
- 1 2 « Robert Desnos », sur Chemins de mémoire, Ministère des Armées (consulté le ).
- ↑ « Les résistances dans les camps nazis, 1940-1945 », sur Fondation de la France libre (consulté le ).
- ↑ Anne Sogno, « Les bouleversants « Festins imaginaires » », sur L'Obs, (consulté le ).
- 1 2 3 « Festins imaginaires — Imaginary Feasts », sur Berlinale, (consulté le ).
- ↑ André Bessière, D'un enfer à l'autre : ils étaient d'un convoi pour Auschwitz, Paris, Buchet-Chastel, , 428 p. (ISBN 978-2-283-01717-3), p. 376.
- 1 2 3 Telles furent nos jeunes années : Le Pays castelbriantais sous l'Occupation, Les Dossiers de La Mée, , 304 p. (lire en ligne), p. 193-194.
- 1 2 3 4 « Marcel Letertre, déporté écrivain : sa famille publie ses « Notes de déportation » », Mémoire vivante, Fondation pour la mémoire de la déportation, no 50, , p. 12-13 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Isabella von Treskow, « Les récits mémoriels français du réseau concentrationnaire de Flossenbürg : écritures et évolutions », Romanische Studien, no 2, , p. 43-79 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Livres écrits par des Tatoués ou restituant des documents écrits par des Tatoués », Notre Mémoire, Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944, no 37, , p. 1-2 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Les résistances dans les camps nazis, 1940-1945 », sur Fondation de la France libre (consulté le ).
- ↑ « Marcel Letertre — Médaille de la Résistance française », sur Ordre de la Libération (consulté le ).
- ↑ Grande chancellerie de la Légion d'honneur, « Fiche Marcel Pierre Letertre ».
- ↑ Base Léonore, « Dossier Marcel Pierre Letertre », sur www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ Base Mémoire des hommes - base des médaillés de la Résistance, « Fiche Marcel Pierre Letertre ».
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 16 P 368397, AC 21 P 78869, AC 21 P 563074)
- Ressource relative aux militaires :
- Ressource relative à la vie publique :
- Notice du musée de la Résistance de Châteaubriant
- Notice de l'Association française Buchenwald-Dora
- Dossier de Marcel Letertre dans les Arolsen Archives
