Marche Notre-Dame de Rome de Châtelineau
La Marche Notre-Dame de Rome aussi appelée Marche Impériale de la Grande Terre est une marche folklorique de l'Entre-Sambre-et-Meuse se déroulant au mois d'août à Châtelineau, dans le Hainaut en Belgique.
| Marche Impériale de la Grande Terre de Châtelineau - Notre-Dame de Rome | |
| Type | Marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse |
|---|---|
| Création | 1946 |
| Édition | 81e |
| Pays | |
| Localisation | Châtelineau |
| Organisateur | MIGT ASBL |
| Date | Dernier dimanche du mois d'août |
| Nombre de participants | Approximativement 300 |
| Site web | https://www.migt.be |
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C'est un pèlerinage pour Notre-Dame de Rome.
La marche a été fondée en 1946, elle honore la mémoire du régiment formé en 1808 par le duc d'Arenberg ainsi que celle des troupes napoléoniennes qui ont traversé la commune le [1].
Histoire
modifierLa tradition des marcheurs de la Grande Terre à Châtelineau s’inscrit dans un héritage pluriséculaire lié aux processions religieuses locales. Depuis environ un siècle, ces marcheurs assurent l’escorte militaire des reliques de Soleilmont lors du pèlerinage de la Saint-Barthélemy, mais des indices historiques permettent de situer l’origine de cette coutume bien plus tôt, vraisemblablement à la fin du XVIIe siècle. Les Annales de 1894, rédigées par F. Kaisin, mentionnent notamment qu’en 1681, d’importantes quantités de poudre furent tirées à Châtelineau pour saluer l’arrivée de seigneurs ou pour honorer la fête de la Saint-Barthélemy, ce qui atteste déjà la présence de groupes armés effectuant des décharges cérémonielles[2]. Ces témoignages suggèrent que, dès cette époque, les habitants rendaient hommage aux reliques de Soleilmont par des tirs de boîtes d’artifice, appelées aujourd’hui cambes. La marche de la Grande Terre, bien que moins imposante qu’autrefois, demeure un symbole de fidélité aux traditions locales. Elle puise son prestige dans une légende associée au monastère de Soleilmont, légende qui aurait contribué à rassurer les populations frappées par de graves épidémies. Aujourd’hui encore, quelques Castelinois perpétuent cette coutume, attachés à leur folklore et à l’identité de leur localité[3].
Les habitants de Châtelineau ont longtemps été réputés pour leur goût prononcé pour les décharges de mousqueterie, particulièrement lors des entrées solennelles des seigneurs ou des processions religieuses. La présence de marcheurs est attestée dès le début du XVIIe siècle, époque où ils étaient désignés sous le nom de « ceux de Chastelet ». Les archives du monastère de Soleilmont décrivent en détail la procession du , lorsque les habitants de Chastelet ramenèrent la relique de Notre-Dame de Rome au couvent. Le récit évoque un cortège ordonné, composé d’un capitaine, de compagnies armées, de tambours, d’enseignes, d’arquebusiers et de mousquetaires, accompagnant le clergé et les religieux chantant les litanies. À l’arrivée devant les murs du monastère, une décharge de mousqueterie fut tirée avant la célébration de la messe solennelle, puis une nouvelle salve fut donnée au retour du cortège[4]. Ce document constitue l’une des premières preuves formelles de l’existence d’une escorte armée organisée autour des processions liées à Soleilmont, annonçant les futures manifestations de la marche de la Grande Terre. Il convient de rappeler qu’à cette date, la ville de Charleroi n’existait pas encore, sa fondation ne remontant qu’à 1666[5].
La dévotion entourant cette image mariale s’est développée au fil des siècles, nourrie par les nombreux bienfaits et interventions miraculeuses que la tradition lui attribue. Le tableau, réalisé au XVe siècle à la demande d’une abbesse, constitue une reproduction de la Vierge de l’Ara Coeli, célèbre icône romaine. Cette œuvre, devenue objet de vénération locale, s’inscrit dans la continuité des représentations mariales médiévales qui associaient protection spirituelle et identité communautaire. La marche de la Grande Terre, célébrée à Châtelineau, se distingue par deux sorties annuelles majeures : l’une en juin, généralement le premier dimanche, et l’autre en août à l’occasion de la fête paroissiale de Saint-Barthélemy. À chacune de ces dates, les participants défilent avec une solennité particulière dans les rues de la localité, perpétuant une tradition profondément ancrée dans la culture régionale. Bien que ses origines soient anciennes, la marche a retrouvé une grande vitalité après la Seconde Guerre mondiale grâce à l’engagement de marcheurs passionnés et au soutien du bourgmestre de l'époque Dumont. Dans les années 1950, elle comptait déjà une centaine de membres, réputés pour la qualité exemplaire de leur tenue[5].
L’appellation « Grande Terre » semble provenir de l’aspect qu’offrait autrefois la rue du Moulin, centre historique de l’organisation : un espace largement ouvert, composé de prairies et de quelques habitations isolées. La sortie de juin commémore le passage des troupes impériales en 1815. Des sources historiques attestent en effet que les soldats du général Gérard stationnèrent à Châtelineau et que Napoléon se trouva à proximité du site le , peu avant la bataille de Waterloo. Les marcheurs, vêtus d’uniformes inspirés de l’époque napoléonienne, rendent alors hommage aux morts au monument local, accompagnés d’airs patriotiques[5]. La sortie d’août constitue le moment central du cycle annuel. Elle s’inscrit dans les célébrations paroissiales et comprend la montée à Soleilmont pour la prise des reliques, suivie de la descente solennelle de l’image de Notre-Dame de Rome escortée par les marcheurs. Les cérémonies se prolongent durant trois jours, incluant processions, messes et reconduite de l’image à Taillis-Pré puis à l’abbaye de Soleilmont. La marche de la Grande Terre est aujourd’hui considérée comme l’une des plus structurées et des plus emblématiques de la région, ses membres s’efforçant de maintenir la dignité et l’esprit de leurs prédécesseurs[6].
La veille de la procession de Saint‑Barthélemy, les chœurs de la Grande Terre de Châtelineau se rendent traditionnellement à l’ancienne abbaye de Soleilmont afin d’y recevoir les reliques destinées à être portées à l’église paroissiale. C’est de là que part, le lendemain, la procession‑marche de la Grande Terre, manifestation à la fois religieuse et populaire, apparentée aux « marches militaires » caractéristiques de la région. Le maintien exclusif à Châtelineau du culte dédié à Notre‑Dame de Rome contraste avec l’abandon progressif de cette dévotion dans des localités voisines comme Gilly, Fleurus ou Châtelet, autrefois particulièrement attachées à cette figure vénérée à Soleilmont[7]. L’origine de cette tradition remonte à un épisode marquant du XVIIe siècle. En 1629, alors que la peste sévissait dans de nombreuses localités de la vallée sambroise, Châtelet fut frappée à son tour. Le bourgmestre de l’époque, Messire de Traux, avait appris qu’à Rome, sous le pontificat de Grégoire le Grand, une épidémie similaire avait cessé après l’exposition publique d’une image de Notre‑Dame de Rome attribuée à saint Luc et conservée à l’église de l’Ara Coeli. Une copie de cette représentation se trouvant à l’abbaye de Soleilmont, il sollicita l’abbesse Jacqueline Colnet pour obtenir l’autorisation de faire circuler l’image dans les rues de la ville. Selon la tradition locale, la procession à peine achevée, la maladie aurait rapidement reculé dans la région[7].
Reconnaissant envers l’abbesse pour avoir permis cette démarche, le magistrat de Châtelet fit don à l’abbaye d’une lampe en argent destinée à l’autel marial, puis offrit ultérieurement les orgues qui constituent aujourd’hui encore l’un des éléments patrimoniaux remarquables du monastère. Les récits de guérisons et de faveurs attribuées à la réplique de Notre‑Dame de Rome se propagèrent ensuite dans d’autres villages, notamment Fleurus et Biesme, qui organisèrent à leur tour des processions similaires[7]. La renommée de Soleilmont s’accrut rapidement, attirant de nombreux pèlerins malades, proches de victimes de la peste ou fidèles soucieux de protection spirituelle venus prier devant l’image mariale et devant un fragment du Clou de la Passion, relique précieuse conservée par le monastère. Cette affluence contribua à faire de Soleilmont un centre religieux influent, dont l’histoire demeure étroitement liée à ces objets de dévotion. Évoquer la marche de la Grande Terre implique ainsi de rappeler le rôle historique de ce monastère situé aux confins de Gilly, Ransart, Fleurus et Châtelineau, dont l’activité spirituelle a marqué durablement la région[7].
Un membre du comité d’honneur proposa, en 1948, d’entrer en contact avec le curé de la paroisse, l’abbé Frappart, afin d’obtenir la relique dite Notre‑Dame de Rome, alors conservée à l’abbaye de Soleilmont. Le prêtre accueillit favorablement cette initiative, tout en rappelant que la démarche nécessitait l’autorisation préalable de l’évêque de Tournai ainsi que l’accord des religieuses de l’abbaye. Ces formalités furent rapidement obtenues et, peu de temps après, la marche se vit attribuer pour protectrice la figure de Notre‑Dame de Rome[8]. La Marche Impériale de la Grande Terre est une tradition folklorique propre au quartier de la Grande Terre, à Châtelineau, où elle s’est développée dans l’immédiat après‑guerre. Elle prend forme à la suite de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les habitants du quartier décident d’organiser une fête destinée à soutenir les anciens prisonniers de guerre. Un comité local, auquel participent notamment Edmond Leclercq, Edmond Lambot et Louis Leurquin, supervise alors les premières initiatives festives du mois de juin[8]. La première apparition publique de la Marche a lieu en 1946. Les participants défilent dans les rues de Châtelineau vêtus d’uniformes inspirés du Second Empire et portent un drapeau belge. Cette première édition rassemble soixante‑quatre marcheurs issus de plusieurs générations. Deux ans plus tard, en 1948, la Marche entreprend son premier pèlerinage vers l’ancienne abbaye de Soleilmont, un déplacement qui deviendra l’un de ses repères symboliques[8]. En 1960, la Marche s’affilie à l’ARMFESM et reçoit le matricule no 6. Elle se distingue au fil du temps par sa participation régulière aux activités du mouvement et obtient en 2012 le Trophée des Marches. L’année 1965 marque une autre étape importante avec la création de la Jeune Garde, destinée à intégrer les enfants de quatre à quatorze ans et à assurer la transmission intergénérationnelle de la tradition[8].
Organisation
modifierLa date de la marche est fixée au weekend du dernier dimanche d'août. En 1960, elle est affiliée à l'Association des Marches Folkloriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse.
Au cours d’un week‑end traditionnellement consacré à la Marche, les activités débutent le samedi. La compagnie prend la route en début d’après‑midi pour rejoindre la Place de la Madeleine pour la prise des Drapeaux, puis se rend à l'Abbaye de Soleilmont afin de prendre possession de l'Image de Notre-Dame de Rome. En soirée, la compagnie regagne l’église Saint‑Barthélemy, où se déroule la vénération de l’image de Notre‑Dame de Rome[9].
Le dimanche matin, les activités débutent dès l’aube, lorsque le Corps d'Office procède au réveil général. La compagnie repart du Marché Couvert et participe à une messe militaire suivie du départ de la procession. Celle‑ci revient vers la fin de la matinée, moment où la compagnie se dissout provisoirement. Les activités reprennent dans l’après‑midi avec un nouveau départ du Marché Couvert, puis une halte au Monument aux Marcheurs pour un hommage comprenant un dépôt de gerbe. La marche poursuit ensuite son itinéraire. En début de soirée, la place Wilson accueille le bataillon carré, la parade et la réception qui clôturent la journée[9].
Le lundi, la compagnie quitte à nouveau le Marché Couver en matinée pour accompagner le retour de l’image de Notre‑Dame de Rome à l’abbaye de Soleilmont. Une messe est célébrée à midi dans la chapelle de l’abbaye, suivie d’un repas communautaire. La compagnie reprend ensuite la route en milieu d’après‑midi. En soirée, les dernières salves retentissent dans le quartier de la Grande Terre, marquant symboliquement l’enterrement de la Marche et la fin du cycle cérémoniel[9].
Composition
modifierLes pelotons sont composés de 3 officiers (maximum sauf pour l'état-major), de sous-officiers, de 4 cantinières / porte-chapeaux (maximum, jusqu'à leur 25 ans dans l'année) et de soldats[10].
La compagnie est dirigée par, au maximum, 3 adjudants chargés du bon déroulement des salves et du respect des horaires[10].
Le Tambour-Major est responsable de la partie musicale de la sortie[11].
La compagnie est actuellement composée des pelotons suivants [11]:
Pelotons masculins
modifier- Les Sapeurs-Grenadiers (première sortie : 1946)
- Les Dragons de l'Impératrice (première sortie : 1981)
- Le Hussards (première sortie : 1996)
- Les Gendarmes (première sortie : 1972)
- Les Conscrits-Grenadiers (première sortie : 19??)
- Les Grenadiers (première sortie : 1946)
- L'Ecole Militaire (première sortie : 2024)
- Les Marins (première sortie : 19??)
- Les Artilleurs (première sortie : 19??)
- L'Etat-Major (première sortie : 19??)
Pelotons exclusivement féminins
modifierAfin de permettre aux dames d'évoluer dans la compagnie, deux pelotons exclusivement féminins ont été mis en place
- Les Cantinières (première sortie : 2019), accueille les filles à partir de 25 ans.
- Les Vivandières (première sortie : 2025), accueille les filles à partir de 12 ans.
Notes et références
modifier- ↑ Coisman, Nihoul et Vandenbroeck 2007, p. 18.
- ↑ Hasquin et Mayence 1966, p. 63-64.
- ↑ Hasquin et Mayence 1966, p. 64.
- ↑ Hasquin et Mayence 1966, p. 64-65.
- 1 2 3 Hasquin et Mayence 1966, p. 65.
- ↑ Hasquin et Mayence 1966, p. 65-66.
- 1 2 3 4 Hasquin et Mayence 1966, p. 59.
- 1 2 3 4 (fr-BE) « Accueil », sur M.I.G.T. asbl (consulté le )
- 1 2 3 « Musée des Marches Folkloriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse », sur www.museedesmarches.be (consulté le )
- 1 2 (fr-BE) « Statuts & Règlements », sur M.I.G.T. asbl (consulté le )
- 1 2 (fr-BE) « Le Corps d'Office », sur M.I.G.T. asbl (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Claude Coisman, Marcel Nihoul et André Vandenbroeck, Châtelet, t. 2 : Bouffioulx, Châtelet et Châtelineau, Tempus, coll. « Mémoire en images », , 128 p. (ISBN 978-90-76684-79-6)
- René Hasquin et Serge Mayence, Salves sambriennes, Fédération du tourisme du Hainaut, , 123 p.