Marine Turchi
Marine Turchi, née en , est une journaliste française de Mediapart depuis sa création en 2008, elle travaille en particulier sur le Front national et les violences sexuelles.
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Institut d’études politiques de Lille (jusqu'en ) École supérieure de journalisme de Lille (jusqu'en ) |
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Études
modifierMarine Turchi est née le à Montargis[1]. Elle nourrit depuis son enfance une passion pour la politique, doublée d'une recherche de la vérité[2]. Diplômée de Sciences-Po Lille en , elle écrit ses premiers articles pour La Dépêche du Midi, avant d'intégrer l'École supérieure de journalisme de Lille (ESJ).
Elle en ressort en , spécialisée en presse écrite et multimédia. Passionnée par la politique, elle réalise différentes enquêtes dans le Nord et suit, en stage au service France du Monde la campagne électorale de Jean-Marie Le Pen. Elle passe également par le service société du Nouvel Observateur[3].
Elle remporte en le prix Charles-Gide des étudiants en journalisme, qui récompense le meilleur reportage d'économie sociale et solidaire. Elle reçoit également le prix Bayard des jeunes journalistes pour son article « Apprendre le b.a.-ba sur le Web » pour La Croix[a].
Elle rejoint ensuite pendant sept mois la rédaction du magazine Télé 2 semaines, grâce à sa sélection à l'Académie Prisma Presse.
Carrière journalistique
modifierFraîchement diplômée, Marine Turchi intègre l'équipe de Mediapart à sa création en . Elle est alors la plus jeune journaliste de la rédaction[2].
Enquête sur l'extrême droite (-)
modifierPendant neuf ans, elle s'intéresse au Front national (FN), à la droite et aux porosités qui existent entre les deux[4],[5],[6]. Selon Marie Claire, elle devient rapidement la « bête noire du FN, et notamment des anciens du Groupe union défense (GUD) »[2]. Durant cette période, elle se voit interdite d'entrée à des événements officiels du parti d'extrême droite ouverts à la presse[7] et refuser toute interview de cadres du parti[8]. En , interrogée par David Dufresne, elle explique que « la jeune génération du FN est beaucoup plus intolérante avec les journalistes qu'une partie de la vieille génération »[8]. Et ajoute : « Mediapart a été blacklisté par le FN, et les portes se sont refermées. Plus d'accès, plus d'interviews, plus de déclarations ‟on”. Il a fallu trouver un autre moyen de couvrir ce parti, ses militants, ses électeurs. En un sens, cette interdiction m'a poussée à un traitement plus enquêté sur ce parti[8]. » Questionnée sur le traitement médiatique du mouvement, elle déclare : « Le Front national a toujours suscité, dans un sens comme dans l'autre, des réactions exacerbées, passionnées. Donc le moyen le plus adéquat de le traiter est de rester sur le terrain des faits : décryptage des programmes, bilans de ses villes, votes de ses élus, enquêtes sur ses finances. Des faits, des faits, des faits[9]. »
Victime de menaces et intimidations
modifierEn , elle est menacée de mort « par un groupe de quatre à cinq personnes, parmi lesquelles Axel Loustau », un proche de Marine Le Pen[10]. Olivier Duguet, trésorier d'un microparti de soutien à Marine Le Pen nommé Jeanne lui dit : « Je vais te tuer ! Je vais te retrouver ! Je vais t'attendre en bas de chez toi ! »[11]. Interrogée sur cet incident lors d'une conférence de presse, la présidente du FN a déclaré : « Si Marine Turchi a quelque chose à reprocher à ces gens, elle peut porter plainte », ajoutant qu'elle continuait de ne pas vouloir « répondre à Mediapart »[11]. Marine Turchi raconte qu'à chaque scoop sur le Rassemblement national, elle a subi des coups de pression. « Des centaines de coups de fils malveillants, des textos d'insultes, son domicile est localisé », décrit Marie Claire[2].
Poursuivi en diffamation pour un article que Marine Turchi a écrit, Mediapart gagne en première instance, en appel contre Axel Loustau en [12] et en cassation[13].
Selon Mediapart, Marine Turchi « a subi de la part de l'extrême droite un véritable harcèlement judiciaire, reçu un nombre incalculable d'insultes et de menaces (notamment par SMS sur son propre téléphone), et a été physiquement intimidée à plusieurs reprises »[14].
Marine est au courant de tout…
modifierElle publie en son premier livre avec Mathias Destal, Marine est au courant de tout…, où elle lève le voile sur l'argent secret, les financements et les hommes de l'ombre du Front national. Dans cet ouvrage de 400 pages, les deux journalistes essaient de comprendre pourquoi Marine Le Pen conserve dans son premier cercle et dans son organisation financière les radicaux du parti alors qu'elle a évincé son père[15]. Pour Marine Turchi, l'enquête qu'elle a conduite avec Mathias Destal s'est déroulée dans un « climat général vraiment hostile »[4]. L'hebdomadaire Marianne estime que ce livre est « une magistrale étude de mœurs qui explore, tout à la fois, les ressorts historiques, économiques et psychologiques du clan frontiste »[16]. Pour Libération, « l'un des mérites de l'ouvrage est de retracer en détail la prise en main du trésor frontiste par un groupe de proches de Marine Le Pen »[17]. Dans un entretien à France Culture, Marine Turchi explique que « l'argent est au cœur de l'histoire du Front national et de ses brouilles familiales et politiques »[18].
Enquêtes sur les violences sexuelles (depuis 2017)
modifierMarine Turchi travaille également sur les violences sexuelles, en particulier sur les affaires Tariq Ramadan et Luc Besson[19],[b],[c].
Elle rejoint en le service enquête du journal[2] et travaille sur les violences sexuelles et sexistes en binôme avec Lénaïg Bredoux[20].
En , elle renonce à publier une enquête sur des violences sexuelles concernant Claude Lanzmann après la mort du cinéaste[2]. Elle fait partie des candidatures retenues pour le 82e prix Albert-Londres, pour son travail sur les violences sexuelles[21].
En , après sept ans d'enquête, elle publie les témoignages de victimes qui accusent le chanteur et acteur Patrick Bruel de viols et d'agressions sexuelles, donnant ainsi naissance à l'affaire Patrick Bruel[22],[d],[23].
Affaire Adèle Haenel
modifierDans une longue enquête publiée le sur Mediapart[e], Marine Turchi révèle l'« emprise » qu'a exercée le réalisateur Christophe Ruggia sur la comédienne Adèle Haenel entre et , pendant et après le tournage du film Les Diables. Celle-ci accuse le réalisateur d'« attouchements » et de « harcèlement sexuel » alors qu'elle était âgée de 12 à 15 ans[24]. Outre les propos d'Adèle Haenel, l'enquête s'appuie sur une trentaine de témoignages et deux lettres signées par le réalisateur à l'attention de la jeune actrice, datant de et , dans lesquelles il évoque son « amour pour [elle] » et déplore de devoir « continuer à vivre avec cette blessure et ce manque »[25].
Autres activités journalistiques
modifierMarine Turchi intervient entre et à l'ESJ de Lille et au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) de Paris[1].
En , elle participe avec quinze autre journalistes à l'ouvrage collectif Informer n'est pas un délit, sous la direction de Fabrice Arfi, de Mediapart, et Paul Moreira, fondateur de l'agence Premières Lignes[26].
Elle a également collaboré à la revue Pouvoirs pour un article sur le Front national en [f].
Publications
modifierContributions à des ouvrages collectifs
modifier- Caroline Monnot et Marine Turchi, « “Je vais te tuer” », dans Fabrice Arfi (dir.) et Paul Moreira (dir.), Informer n'est pas un délit : ensemble contre les nouvelles censures, Paris, Calmann-Lévy, , 233 p. (ISBN 978-2-7021-5865-4 et 978-2-7021-5842-5, lire en ligne
). - Dans Lénaïg Bredoux (dir.), #MeToo : le combat continue, Paris, Seuil, coll. « Enquête de sens », , 247 p. (ISBN 978-2-02-154388-9 et 978-2-02-154389-6, DOI 10.3917/ls.bredo.2023.01
, lire en ligne
) :
- Lénaïg Bredoux, Marine Turchi, Donatien Huet, « Cent affaires emblématiques », p. 23–29 (DOI 10.3917/ls.bredo.2023.01.0023
, lire en ligne
). - Marine Turchi, « Au cinéma : Gérard Depardieu, une complaisance française », p. 41–52 (DOI 10.3917/ls.bredo.2023.01.0041
, lire en ligne
). - Marine Turchi, « Hulot, Darmanin, Abad : des affaires au cœur de l'État », p. 71–81 (DOI 10.3917/ls.bredo.2023.01.0071
, lire en ligne
).
- Lénaïg Bredoux, Marine Turchi, Donatien Huet, « Cent affaires emblématiques », p. 23–29 (DOI 10.3917/ls.bredo.2023.01.0023
Monographies
modifier- Mathias Destal et Marine Turchi, “Marine est au courant de tout…” : argent secret, financements, hommes de l'ombre, une enquête sur Marine Le Pen, Paris, Flammarion, coll. « Flammarion enquête », , 409 p. (ISBN 978-2-08-137691-5 et 978-2-08-137692-2, lire en ligne
). - Marine Turchi, Faute de preuves : enquête sur la justice face aux révélations #MeToo, Paris, Seuil, , 410 p. (ISBN 978-2-02-148356-7 et 978-2-02-148357-4, lire en ligne
).
Bande dessinée
modifier- Lucie Delaporte (enquête), Marine Turchi (enquête), Baptiste Bouthier (scénario et mise en scène) et Hervé Bourhis (mise en scène, dessin et couleurs), Aux portes du palais : comment les idées d'extrême droite s'installent en France, Lyon / Paris, La Revue dessinée / Mediapart, , 111 p. (ISBN 978-2-38264-006-7).
Filmographie
modifier- « Front national : les hommes de l'ombre », Envoyé spécial, (France 2)[27].
Notes et références
modifierArticles de Marine Turchi
modifier- ↑ Marine Turchi, « Apprendre le b.a.-ba sur le Web »
, La Croix, (consulté le ). - ↑ « Dossier : L'affaire Tariq Ramadan »
, Mediapart (consulté le ). - ↑ « Dossier : L'affaire Luc Besson »
, Mediapart (consulté le ). - ↑ Marine Turchi, « Patrick Bruel accusé de violences sexuelles par huit femmes »
, Mediapart, (consulté le ). - ↑ Marine Turchi, « #MeToo dans le cinéma : l'actrice Adèle Haenel brise un nouveau tabou »
, Mediapart, (consulté le ). - ↑ Marine Turchi, « L'argent du Front national et des Le Pen : Une famille aux affaires », Pouvoirs, no 157 « Le Front national », , p. 31–47 (DOI 10.3917/pouv.157.0031, lire en ligne).
Références
modifier- 1 2 « Déclaration d'intérêts des journalistes de Mediapart : Marine Turchi » [PDF], Mediapart, .
- 1 2 3 4 5 6 Françoise-Marie Santucci, « Marine Turchi, celle qui a changé la vie d'Adèle Haenel », Marie Claire, .
- ↑ « Marine Turchi », sur presite.mediapart.fr (consulté le ).
- 1 2 Mathieu Molard et Maxime Sirvins, « Les magouilles du FN pour les nuls », sur StreetPress, (consulté le ).
- ↑ « François de Rugy : “Ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu'elles dévoilent”, réagit Marine Turchi, journaliste à Mediapart », sur franceinfo.fr, (consulté le ).
- ↑ « Le FN exclut une journaliste de son université d'été »
, L'Express, (consulté le ). - ↑ « Le Rassemblement national qui boycotte un journaliste ? Tout sauf une première », sur France Info, .
- 1 2 3 David Dufresne, « “La jeune génération du FN est beaucoup plus intolérante avec les journalistes qu'une partie de la vieille génération” », sur davduf.net, .
- ↑ Vincent Manilève, « La difficile mission des journalistes politiques face au traitement médiatique du Front national », sur Slate, .
- ↑ « Un proche de Marine Le Pen menace de mort une journaliste de Mediapart », Big Browser, Le Monde, .
- 1 2 « Une journaliste menacée de mort par un proche de Marine Le Pen »
, Libération, . - ↑ Tristan Berteloot, « «Salut fasciste» : poursuivi pour diffamation, «Mediapart» gagne en appel contre Axel Loustau », Libération, .
- ↑ Rédaction de Mediapart, « Le trésorier de Marine Le Pen perd son procès en appel contre Mediapart », blogs.mediapart.fr, 25 avril 2017.
- ↑ Mathilde Goanec et David Perrotin, « Couvrir l'extrême droite, affronter la violence politique »
, Mediapart, (consulté le ). - ↑ « Marine Turchi et Mathias Destal : “Marine Le Pen est au courant de certaines ficelles” », L'invité de 7 h 50, sur Radio France, France Inter, (consulté le ).
- ↑ Arnaud Bouillin, « Révélations sur l'obsession de Marine Le Pen et du Front national pour l'argent »
, Marianne, . - ↑ Dominique Albertini, « « Marine est au courant de tout », tristes chroniques de l'argent frontiste », Libération, (consulté le ).
- ↑ Anne Fauquembergue, « “L'argent est au cœur de l'histoire du Front national et de ses brouilles familiales et politiques” », sur Radio France, France Culture, .
- ↑ Kozi Pastakia, « Marine Turchi au Bondy Blog : “Le Front national a un rapport vraiment singulier, difficile, immature avec les journalistes” », sur Bondy Blog, (consulté le ).
- ↑ Emmanuelle Walter, « Une journaliste, une idée fixe #1 : Marine Turchi et les violences sexuelles », sur Arrêt sur images, .
- ↑ AFP, « Le 82e Prix Albert Londres sera remis en novembre à Paris », France 24, .
- ↑ AFP, « Patrick Bruel visé par au moins deux nouvelles plaintes pour violences sexuelles, la dernière étant de Daniela Elstner, actuelle directrice générale d'Unifrance », Le Monde, .
- ↑ Johanna Seban, « Patrick Bruel accusé de violences sexuelles par huit femmes, révèle Mediapart », Télérama, (consulté le ).
- ↑ Ronan Tésorière, « L'actrice Adèle Haenel accuse un réalisateur «d'attouchements» alors qu'elle était mineure », Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ Diane Sprimont, « Adèle Haenel : “Les monstres ça n'existe pas. C'est notre société. C'est nous, nos amis, nos pères.” », sur Radio France, France Inter, (consulté le ).
- ↑ Franck Johannès, « Informer n'est pas un délit, le livre-manifeste »
, Le Monde, . - ↑ « VIDEO. "Envoyé spécial". Front national : les hommes de l'ombre », sur France Info, (consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à plusieurs domaines :
- « Marine Turchi » (biographie), Mediapart.