Martre (nom vernaculaire)
Les termes « martre » et « marte » sont des noms vernaculaires ambigus en français, pouvant désigner plusieurs espèces différentes de mammifères carnivores au corps allongé, dont la majorité d’entre elles font partie de la famille des mustélidés. L’espèce nominale est la martre des pins (Martes martes), elle-même espèce nominale du genre Martes.
l'appellation « Martre » s'applique en français à plusieurs taxons distincts.
Taxons concernés
Dans la famille des mustélidés, le genre Martes, les martres, à proprement dit :
- Martes martes
- Martes foina (désuet)
- Martes americana
- Martes caurina
- Martes melampus
- Martes flavigula
- Martes gwatkinsii
Ainsi que d’autres genres où ce terme est encore accepté :
- Eira
- Pekania
Genres souvent exclus de l’appellation de « Martre », par archaïsme :
- Sous-familles des Mustelinae et des Ictonychinae.
Définition
modifierLa martre est un petit mammifère carnivore digitigrade de la famille des Mustélidés, caractérisé par un corps allongé et souple, des pattes courtes, un museau pointu ainsi qu’un pelage fin, doux et lustré, longtemps recherché en pelleterie. Elle fréquente principalement les milieux boisés où elle grimpe avec agilité et se nourrit de petits rongeurs, d’écureuils, d’oiseaux, de lapins et d’insectes[1],[2],[3]. Le terme désigne également la fourrure de cet animal, autrefois très prisée, ainsi que les soies utilisées notamment pour la fabrication de pinceaux fins[2].
En zoologie, la « martre » renvoie en français d’Europe à l’espèce Martes martes, en opposition à la fouine (Martes foina), dans un sens plus, large ce terme renvoie aux espèces appartenant au genre Martes répandues en Amérique du Nord, en Europe et en Asie[4],[5].
Étymologie
modifierL'origine scientifique, étymologique et historique du nom du genre Martes et de son équivalent vernaculaire « martre » ou « marte » fait l'objet de plusieurs discussions linguistiques. Si le nom de genre dérive directement du latin martes, désignant la marte ou la fouine[6], l'attestation de ce mot en latin classique demeure précaire. Elle repose en effet principalement sur un unique passage du poète Martial dans ses Épigrammes (« Venator, capta marte, superbus adest »), une leçon textuelle contestée par de nombreux critiques qui lui préfèrent le terme mele, désignant le blaireau[7]. Une forme de basse latinité comme *martalus ou martures en aurait découlé, tandis qu'un lien étroit est parfois évoqué avec le vieux nom français et anglais martin[8]. Néanmoins, la philologie moderne privilégie plutôt une racine germanique issue de l'ancien bas francique *martar, qui a également donné le vieux haut allemand mardar et l'allemand contemporain Marder[9]. Ce vocable s'est largement diffusé parmi les langues romanes, se déclinant historiquement en espagnol et portugais sous la forme marta, en italien sous le nom de martora, et en wallon sous le terme mâdrai pour désigner le mâle de la fouine[7]. L'usage de ce mot pour qualifier l'animal ou sa précieuse fourrure est très précoce dans la littérature française, puisqu'on en trouve la trace dès le XIe siècle dans la Chanson de Roland vers 1100 (« De son col il jette ses grandes pels de martre »)[9],[7]. Le terme s'étend au XIIe siècle pour désigner la fourrure elle-même dans les Lais de Marie de France[9], avant d'apparaître régulièrement à la fin du Moyen Âge au XVe siècle sous la plume de chroniqueurs comme Philippe de Commynes qui évoque des « pennes de martres », ou au sein de la Bibliothèque des chartes mentionnant des robes d'écarlate « fourrées de martres de païs »[7]. L'orthographe alternative « marte » est quant à elle documentée dès 1549 par le lexicographe Robert Estienne[9]. À la Renaissance, au XVIe siècle, le petit carnivore continue d'occuper une place de choix dans les écrits des auteurs français, qu'il s'agisse de Pierre de Ronsard l'associant aux jouets d'enfance dans ses vers (« Martes, chevaux de bois ; ce qui sied en jeunesse... ») ou de Michel de Montaigne décrivant dans ses Essais un homme frileux « emmitonné dans les martes jusques aux aureilles »[7].
Espèces désignées sous le nom de « martre »
modifierEspèces du genre Martes
modifierChez ces espèces, le nom « Martre » ou « Marte » n’est pas discuté, malgré des changements de genre chez certaines espèces. Les espèces Martes foina et Martes zibellina sont plus communément désignées sous leur épithète spécifique.
| Espèce | Noms vernaculaires français | Synonymes scientifiques |
|---|---|---|
| Martes martes Linnaeus, 1758 |
Martre Martre des pins[10],[11] |
Liste
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| Martes americana Gray, 1837 |
Martre d’Amérique[10],[11] Martre américaine |
Liste
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| Martes flavigula Hodgson, 1836 |
Martre à gorge jaune[10],[11] Martre asiatique à gorge jaune |
Liste
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| Martes foina Linnaeus, 1766 |
Martre fouine[10],[11] |
Liste
|
| Martes gwatkinsii Hodgson, 1836 |
Martre de l’Inde du Sud[10] Martre des Nilgiri[13] |
- |
| Martes melampus Gray, 1842 |
Martre à pieds noirs |
Liste
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| Martes zibellina Linnaeus, 1758 |
Martre zibeline[10],[11] Marte zibeline[12] |
Liste
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| Martes caurina Gray, 1843 |
Martre de Merriam[10],[11] |
Liste
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Autres espèces
modifierLe nom Marte est fut par le passé une appellation vulgaire couramment utilisée pour désigner l’ensemble des espèces de Mustélidés. Dans son ouvrage le règne animal, Cuvier y instaure le sous-genre Mustela pour y mettre les espèces qui sont actuellement dans le genre Martes[15].
| Sous-famille | Espèce (Nom scientifique actuel) | Noms vernaculaires français | Synonymes scientifiques et mentions historiques |
|---|---|---|---|
| Guloninae | Pekania pennanti Erxleben, 1777 |
Martre pêcheuse[10],[11] Martre de Pennant Martre du Canada Marte de Pennant[12] Marte pékan[12] Marte piscivore[12] Marte wajach[12] |
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| Eira barbara Linnaeus, 1758 |
Martre à tête grise[11] Marte Tayra |
| |
| Mustelinae | Neogale vison Schreber, 1777 |
Martre du Canada[10] Marte mink[12] Marte rousse[12] Marte vison[12],[16] Marte vison blanc[12] Marte à tête de loutre[12],[16] |
|
| Mustela sibirica Pallas, 1773 |
Martre kolinski Marte choroek[12] Marte Chorok[16] Marte de Sibérie[12] |
| |
| Mustela nivalis Linnaeus, 1766 |
Marte belette[12],[16] Marte belette des neiges[12] Marte boccaméla[12] Marte herminette[12] Marte très-petite[12] |
| |
| Mustela altaica Pallas, 1811 |
Marte altaïque[12] Marte des Alpes[16] Marte alpine[16] |
| |
| Mustela nudipes Cuvier, 1821 |
Marte à pieds nus[12] Marte furet de Java[12] Marte de java[16] |
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| Mustela eversmanii Lesson, 1827 |
Marte d'Éversmann[12] Marte d’Eversmann[16] |
| |
| Mustela putorius Linnaeus, 1758 |
Marte nieuse[12] Marte putois[12],[16] |
| |
| Mustela furo Linnaeus, 1758 |
Marte furet[12],[16] |
| |
| Mustela erminea Linnaeus, 1758 |
Marte hermine[12] Marte roselet[12] |
| |
| Mustela lutreola Linnaeus, 1761 |
Marte tubeuri[12] Marte mink[16] |
| |
| Ictonychinae | Vormela peregusna Güldenstädt, 1770 |
Marte pérouasca[12] Marte à ceinture[16] |
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| Ictonyx striatus Perry, 1810 |
Marte zorille[16] |
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| Galictis vittata Schreber, 1776 |
Martre[17],[18] |
| |
| Galictis cuja Molina, 1782 |
Marte cuja[12],[16] Marte quiqui[12] Martes quiqui[16] |
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Autres espèces de mammifères
modifierLe terme « Martre des palmiers » est un synonyme ancien de « Civette palmiste », qui désigne des Viverridés des sous-famille des Paradoxurinés et des Hémigalinés[10],[19].
| Espèce | Noms vernaculaires français | Synonymes scientifiques |
|---|---|---|
| Dasyurus viverrinus Shaw, 1800 |
Martre marsupiale[10],[20] | - |
La Martre et l’Homme
modifierDans la peinture
modifierDans le domaine des Beaux-Arts, les pinceaux en poil de « martre » sont utilisés pour l'aquarelle et considérés comme les meilleurs pinceaux pour leur souplesse exceptionnelle et l'excellente capacité de rétention d'eau. Leur pointe est parfaite pour peindre avec précision. Malgré le nom commercial donné aux pinceaux de « martre rouge » ou « martre Kolinski », il s'agit en réalité de poils provenant de la queue du Kolonok (Mustela sibirica) dont la fourrure était autrefois appelée Kolinsky[21].
Références
modifier- ↑ « Martre », sur CNRTL (consulté le )
- 1 2 « Martre », sur Larousse (consulté le )
- ↑ « Martre », sur Dictionnaire de l’Académie française (consulté le )
- ↑ « martre », sur Vitrine linguistique (OQLF) (consulté le )
- ↑ « Martre », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ (en) Theodore Sherman Palmer, « Index Generum Mammalium: a List of the Genera and Families of Mammals », North American Fauna, vol. 23, , p. 401 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Émile Littré, « Dictionnaire de la langue française (1872-1877) », sur Littré.org (consulté le )
- ↑ Eugène Rolland, Faune populaire de la France, Paris, Maisonneuve & Cie, (lire en ligne), p. 61-62
- 1 2 3 4 Centre national de ressources textuelles et lexicales, « Martre : Étymologie et Histoire », sur Portail lexical - CNRTL (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 (la + en + de + fr + it) Murray Wrobel, Elsevier's Dictionary of Mammals, Elsevier, , 868 p. (ISBN 008048882X et 9780080488820, lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Christian Meyer, « martres », sur Dictionnaire des Sciences Animales, Montpellier, CIRAD, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 Encyclopédie d'histoire naturelle : Table alphabétique des noms vulgaires et scientifiques de tous les animaux décrits ou figurés - Mammifères, Paris, Librairie de Firmin Didot Frères, Fils et Cie, (lire en ligne)
- ↑ (en) Amy Chernack (dir. et Project Co-ordinateur), Normand David et Michel Gosselin (French common names), All the Mammals of the World, Barcelone, Lynx Nature Books, , 800 p. (ISBN 978-84-16728-66-4), p. 685
- ↑ Auguste Ménégaux (dir.) (ill. Wilhelm Kuhnert), La Vie des animaux illustrée : Les Mammifères, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1902-1904, 525 p., in-4, p. 477
- ↑ Georges Cuvier, Le règne animal distribué d'après son organisation, pour servir de base à l'histoire naturelle des animaux et d'introduction à l'anatomie comparée, vol. I, Paris, Deterville, , 147–149 p. (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 René-Primevère Lesson, Manuel de mammalogie, ou histoire naturelle des mammifères, Paris, J. B. Baillière, , 145 p. (DOI 10.5962/bhl.title.137811, lire en ligne)
- ↑ (fr) INPN : Galictis vittata (Schreber, 1776) (TAXREF) (consulté le ).
- ↑ Christian Meyer, « grisons », sur Dictionnaire des Sciences Animales, Montpellier, CIRAD, (consulté le ).
- ↑ Christian Meyer, « civettes palmistes », sur Dictionnaire des Sciences Animales, Montpellier, CIRAD, (consulté le ).
- ↑ Christian Meyer, « dasyures », sur Dictionnaire des Sciences Animales, Montpellier, CIRAD, (consulté le ).
- ↑ Voir page 114 dans (en) Henry Poland, Fur-bearing animals in nature and in commerce, éditions Gurney & Jackson, Londres, 1892.








