Massacre de Bijeli Potok

Le massacre de Bijeli Potok désigne l'exécution d'environ 675 hommes et adolescents bosniaques de Bijeli Potok et des villages environnants de la municipalité de Zvornik, à partir du 1er juin 1992, durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Les victimes sont séparées du reste de la population civile puis emmenées par les forces serbes vers différents lieux de détention, avant d'être exécutées progressivement dans les jours qui suivent dans le cadre des opérations de nettoyage ethnique menées dans la région.

Massacre de Bijeli Potok
Date  
Lieu Bijeli Potok, municipalité de Zvornik, Bosnie-Herzégovine
Victimes  Civils bosniaques
Type  Exécution de masse, nettoyage ethnique
Morts 675 civils bosniaques
Disparus  
Auteurs Armée de la république serbe de Bosnie (VRS), , forces de police locales et paramilitaires
Participants  
Guerre Guerre de Bosnie-Herzégovine
Coordonnées 44° 27′ 20″ nord, 19° 04′ 10″ est
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Contexte

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Dans le cadre des projets des dirigeants nationalistes serbes visant à créer un État serbe en Bosnie-Herzégovine sur un territoire ethniquement homogène, plusieurs villes d'importance stratégique sont attaquées à partir du printemps 1992 par l'Armée populaire yougoslave (JNA), appuyée par des forces de police serbes et divers groupes paramilitaires[1].

Avant même la création de l'Armée de la république de Bosnie-Herzégovine (ARBiH), les prises de contrôle suivent généralement un schéma similaire. La JNA encercle les localités et ordonne à la population bosniaque de remettre les rares armes en sa possession. En cas de résistance, elle bombarde les villes sans distinction entre objectifs militaires et civils, avant de les occuper. Les groupes paramilitaires procèdent ensuite au pillage et à l'incendie des habitations, tandis que la population civile est terrorisée, arrêtée, expulsée ou tuée.

En avril 1992, la ville de Zvornik est prise par la JNA[1]. À la suite de cette conquête, une campagne de nettoyage ethnique est menée contre la population bosniaque des villages environnants[2].

Le , les unités de la JNA stationnées en Bosnie-Herzégovine forment le noyau de l'Armée de la Republika Srpska (VRS), tandis qu’une partie des effectifs est retirée vers la Serbie. Les opérations militaires se poursuivent toutefois avec les mêmes personnels, les mêmes équipements et la même chaîne de commandement, désormais sous l'appellation de VRS[3],[4].

Déroulement

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Au cours du mois de mai 1992, les forces serbes prennent progressivement le contrôle de la totalité de la municipalité de Zvornik. Les villages à majorité bosniaque sont attaqués, pillés et incendiés, tandis que leurs habitants sont expulsés ou arrêtés.

Le , les habitants du village de Klisa, de Đulići et de plusieurs villages voisins furent arrêtés lors d'une expulsion forcée de la région. Entre 4 000 et 6 000 civils bosniaques furent contraints de monter à bord d'un convoi de bus[5].

À Bijeli Potok, les forces serbes arrêtent le convoi et séparent les hommes et les adolescents âgés d'environ quinze à soixante-cinq ans des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les femmes et les enfants sont ensuite expulsés vers le territoire contrôlé par le gouvernement bosnien, tandis que les hommes sont conduits à l'école technique de Karakaj.

Entre 700 et 750 prisonniers y sont enfermés dans des conditions extrêmement précaires. Selon les constatations du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), les détenus sont entassés dans des salles surpeuplées, privés de nourriture et d'eau suffisantes, et soumis à des violences physiques. Une vingtaine d'entre eux meurent par asphyxie en raison des conditions de détention[6].

Dans les jours qui suivirent, des groupes de prisonniers furent régulièrement extraits de l'école technique avant d'être exécutés. Certains furent transférés vers d'autres centres de détention, mais la plupart furent conduits vers différents lieux d'exécution de la région de Zvornik, tels que l'« abattoir de Gero », où environ 190 civils furent tués en une seule journée[7].

Selon plusieurs sources, près de 700 hommes bosniaques détenus à l'école technique de Karaj ont été tués[8],[9],[10]. La grande majorité d'entre eux ont été exécutés dans les jours qui ont suivi[5],[9] et leurs corps ont été enterrés dans des fosses communes, dont plusieurs ont été déplacées par la suite pour dissimuler les crimes. Parmi ces hommes, 422 ont été identifiés, tandis que les autres sont toujours portés disparus[11],[12].

Ces opérations sont menées par plusieurs forces serbes, notamment la police de Zvornik, des unités de l'Armée populaire yougoslave (JNA) puis de l'Armée de la Republika Srpska (VRS), des unités de la Garde des volontaires serbes de Željko Ražnatović, ainsi que divers groupes paramilitaires, dont les « Guêpes jaunes », les Aigles blancs et d'autres formations associées aux « hommes de Šešelj », dont beaucoup venaient de Serbie[9].

Après le conflit, plusieurs fosses communes sont découvertes dans la région de Zvornik, notamment la fosse commune de Crni Vrh, où sont exhumés les restes de nombreuses victimes du massacre de Bijeli Potok et d'autres exécutions commises en 1992[13].

Bilan humain

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Selon les recherches menées après la guerre et les éléments de preuve admis par les tribunaux internationaux et les juridictions bosniennes, environ 675 hommes et adolescents ont été tués, dont environ 245 sont toujours portés disparus[13] ,[14],[15].

Ce massacre constitue l’un des plus importants épisodes de disparitions forcées et d’exécutions de masse commis dans la municipalité de Zvornik en 1992.

Procédures judiciaires

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Les événements de Bijeli Potok ont été examinés dans plusieurs affaires devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) ainsi que devant les juridictions de Bosnie-Herzégovine.

Les crimes commis dans la région de Zvornik ont notamment été abordés dans les affaires Karadžić (IT-95-5)', Mladić (IT-09-92)|Mladić' et Stanišić et Zupljanin, ainsi que dans plusieurs procédures nationales concernant d’anciens membres des forces serbes.

Plusieurs responsables ont été condamnés pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, notamment en lien avec les opérations de nettoyage ethnique dans la région

Notes et références

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  1. 1 2 « Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin, jugement, tome 1 », TPIY, , p. 190, paragraphe 502
  2. ↑ Florence Hartmann, « Le « nettoyage ethnique », vrai but de la guerre dans l'ex-Yougoslavie », sur lemonde.fr,
  3. ↑ Juristes Sans Frontières, Le Tribunal Pénal International de la Haye : Le droit à l'épreuve de la purification ethnique, Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-738-49525-9, lire en ligne), p. 25-27
  4. ↑ Florence Hartmann, Milosevic, la diagonale du fou, Gallimard, (ISBN 978-2081206694), p. 370-376
  5. 1 2 (en) TPIY, « Radovan Karadzic trial transcript », , p. 19126
  6. ↑ (en) TPIY, « Radovan Karadzic, public redacted version of judgement issued on 24 mars 2016 volume I of IV », p. 519, 535-539
  7. ↑ « Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin, jugement, tome 1 », TPIY, , p. 634-638
  8. ↑ (en) « Serbia jails two for war crimes in eastern Bosnia »,
  9. 1 2 3 (en) TPIY, « The Prosecutor v. Vojislav Seselj, Public redacted with public redacted annexes », , p. 95-107
  10. ↑ « Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin, jugement, tome 1 », TPIY, , p. 652-654
  11. ↑ (en) Sead Omerbegović, Midhat Čaušević, Fatija Hasanović, « The crime of genocide above bosnians in the municipality of Zvornik – Case of Bijeli Potok », Monumenta Srebrenica, no 7,‎ , p. 65-99 (lire en ligne)
  12. ↑ (en) « Bijeli Potok massacre commemorated: 34 years since the killing of 675 Bosniak civilians of Zvornik », sur fena.ba,
  13. 1 2 (en) Vesna Bešić, « Three decades since the crime in Bijelo Potok near Zvornik: The remains of nearly 250 murdered people have never been found », sur unsa.ba
  14. ↑ (bs) « Bijeli Potok kod Zvornika: 33 godine od jednog od najstrašnijih pokolja nad Bošnjacima », sur oslobodjenje.ba,
  15. ↑ (bs) « Bijeli Potok : 34 godine od masovnog zločina nad bosnjačkim civilima Zvornika », sur mhrr.gov.ba,

Voir aussi

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