Mephitis
Moufettes proprement dites
Répartition géographique
- M. mephitis
- M. macroura
Mephitis est un genre de mammifères carnivore de la famille des méphitidés. Il s’agit du genre nominal des mouffettes, comprenant deux espèces endémiques d’Amérique du Nord et d'Amérique centrale[6].
Taxonomie et étymologie
modifierLe genre a été décrit pour la première fois en 1795 par les zoologistes français Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier[7] dans un article lu devant la Société d'Histoire Naturelle. L'espèce type désignée par monotypie lors de l'établissement de la sous-famille est la moufette rayée (Mephitis mephitis, originellement décrite sous le nom de Viverra mephitis par Schreber en 1776) [8] : l'isolement morphologique puis génétique des méphitidés a conduit à l'extraction de ce genre de la famille des mustélidés à laquelle il était rattaché historiquement[9].
Les racines scientifiques de sa dénomination et de ses synonymes illustrent des caractéristiques physiques ou bien des révisions linguistiques :
- Mephitis provient directement du latin et fait référence à une « odeur nauséabonde » ou une « exhalaison pestilentielle »[10].
- Leucomitra combine les termes grecs leukos (blanc) et mitra (coiffe / bandeau), en référence à la coloration crânienne de la moufette à capuchon. L'espèce type est Mephitis macroura Lichtenstein, 1832[5].
- Mammephitisus est une modification purement académique de la fin du XIXe siècle visant à accoler le préfixe Mam- (pour Mammalia) au nom d'origine[4].
En plus des représentants contemporains, une espèce fossile éteinte datant du Pliocène a été identifiée en Amérique du Nord sous le nom de Mephitis rexroadensis[11].
Phylogénie
modifierLe genre Mephitis forme le groupe frère du genre Spilogale, également présent en Amérique du Nord et en Amérique centrale. La divergence évolutive entre les ancêtres de ces deux lignées remonte à environ 12 millions d'années. Par opposition, les conépates (Conepatus) et le genre Mydaus occupent une position plus basale au sein de la famille. Au sein même du genre Mephitis, la séparation entre les deux espèces actuelles (la moufette rayée et la moufette macroure) s'est produite il y a environ 3 à 3,5 millions d'années[12].
Arbre phylogénétique des Méphitinés basé sur le superarbre de Nyakatura & Bininda-Emonds (2012)[12], modifié au niveau du genre Conepatus selon Schiaffini et al. (2013)[13] :
| Mephitidae |
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Espèces
modifierLe genre comprend treize sous-espèces pour M. mephitis et quatre sous-espèces pour M. macroura[8], réparties de la façon suivante :
| Noms, auteur et image | Aire de répartition | Dimensions et écologie | Statut UICN |
|---|---|---|---|
| Mephitis mephitis Schreber, 1776 Moufette (Stricto sensu) Moufette rayée |
Amérique du Nord |
46–82 cm de long + 17–40 cm de queue Habitat : broussailles, savanes, forêts et prairies[14] Régime : insectes, petits mammifères, oiseaux et végétation[14] |
|
| Mephitis macroura Lichtenstein, 1832 Moufette macroure Moufette à capuchon |
Mexique et Amérique centrale (du sud-ouest des États-Unis jusqu'au nord-ouest du Costa Rica). À la bordure septentrionale de sa répartition, notamment au Texas, l'espèce s'avère particulièrement rare[9]. |
19–30 cm de long + 35–40 cm de queue Habitat : désert, broussailles, zones rocheuses, prairies et forêts[15] Régime : insectes, fruits, petits vertébrés et œufs d’oiseaux[15] |
Morphologie
modifierLe genre présente un dimorphisme sexuel corporel, les mâles s'avérant plus lourds et plus imposants que les femelles. Ces animaux atteignent une longueur tête-corps de 28 à 38 cm. La queue, particulièrement touffue et marbrée de noir et de blanc, mesure jusqu'à 25 cm chez la moufette rayée et atteint jusqu'à 40 cm chez la moufette macroure. Le poids varie généralement entre 700 et 2 500 g selon les individus, bien que des spécimens bien portants en captivité ou avant l'hiver puissent afficher des valeurs supérieures (allant de 600 à 4 100 g)[16].
Leur pelage présente une coloration dominante d'un noir profond contrastant avec des motifs blancs caractéristiques. La partie supérieure de la tête est blanche et se prolonge par une bande dorsale. Chez la moufette rayée, cette bande se sépare généralement en deux rayures le long des flancs pour se rejoindre à la base de la queue, encadrant une zone dorsale noire. Chez la moufette macroure, deux morphes de couleur coexistent : la plus fréquente présente une unique et large bande blanche continue le long du dos ; la plus rare affiche un dos entièrement noir à l'exception de deux fines lignes blanches latérales.
D'un point de vue anatomique, le corps est allongé avec des membres courts et trapus. Ce sont des animaux plantigrades dont chaque patte se termine par cinq doigts ; les membres antérieurs sont munis de longues griffes courbés adaptées pour creuser le sol ou adopter un comportement semi-fouisseur[9]. Le museau est court et large, les yeux sont petits et les oreilles sont arrondies et de taille réduite.
Mode de vie et comportement
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Les membres du genre Mephitis colonisent des habitats variés, incluant les forêts, les prairies, les zones agricoles et les milieux arides comme les déserts. Espèces relativement opportunistes et synanthropes, elles s'installent parfois à la périphérie des zones urbaines. Les deux espèces adoptent un déplacement quadrupède classique[9].
Principalement solitaires, territoriaux et terrestres, leur organisation sociale varie selon les saisons, l'élevage des jeunes ou la rigueur du climat. Les femelles occupent des domaines vitaux dont la superficie varie de 110 à 400 hectares, dictés avant tout par l'abondance des ressources locales, tandis que les mâles patrouillent sur des territoires nettement plus vastes dont les limites s'ajustent pour chevaucher la présence de plusieurs femelles voisines[9]. Hors période de reproduction, mâles et femelles s'avèrent mutuellement indifférents[9].
Les moufettes ne creusent que rarement leur propre abri, préférant occuper les terriers délaissés par d'autres animaux ou exploiter des cavités naturelles, dessous de bâtiments. Dans les régions septentrionales, les moufettes connaissent une période d'hivernation durant l'automne, l'hiver et le début du printemps. À cette occasion, plusieurs individus s'associent régulièrement au sein d'un même terrier communal afin de conserver leur chaleur corporelle ; ces groupes hivernaux se composent typiquement d'un unique mâle adulte accompagné de plusieurs femelles[9]. En revanche, à l'approche de la saison de reproduction au printemps, les femelles deviennent extrêmement agressives, ce qui provoque la dissolution immédiate de ces dortoirs collectifs[9].
Comme l'ensemble des méphitidés, le genre possède des glandes anales capables de projeter un liquide hautement nauséabond en cas de menace. Ce comportement est précédé par des signaux d'avertissement visuels renforcés par la coloration aposématique de leur pelage, le fait de taper des pattes antérieures sur le sol et de siffler en montrant les dents. Si l'intrus n'est pas dissuadé, l'animal se retourne et projette son liquide, dont l'odeur tenace provient de composés soufrés appelés thiols[17], à une distance de 2 à 3 mètres, en visant prioritairement les yeux du prédateur.
Régime alimentaire et rôle écologique
modifierLes moufettes sont des omnivores opportunistes à forte tendance insectivore. Leur régime alimentaire varie de façon saisonnière : en été, elles consomment une grande quantité d'insectes, régulant ainsi de nombreuses populations d'arthropodes terrestres, de fruits, de baies et de graines ; en hiver, elles se tournent davantage vers de petites proies animales comme les petits mammifères, les lézards, les amphibiens ainsi que des œufs ou des invertébrés comme les crustacés[9]. En automne, elles accumulent d'importantes réserves de graisse pour faire face aux restrictions de la saison froide.
Au sein de leur écosystème, les moufettes agissent également comme un vecteur important pour de nombreux virus, maladies et endoparasites ou ectoparasites, hébergeant notamment des puces et des nématodes[9].
Reproduction
modifierLe genre présente un système d'accouplement de type polygyne et promiscue, les mâles recherchant activement plusieurs partenaires[9]. La saison des amours a lieu au début de l'année, s'étendant du milieu de l'hiver jusqu'à la fin du printemps. Plus précisément, la moufette macroure s'accouple de mi-février à fin mars, alors que la moufette rayée s'accouple de mi-février à mi-avril (avec un pic d'activité global centré sur février et mars)[9]. Lors de la copulation, la femelle émet des vocalisations intenses et adopte une posture de défiance. Une fois l'acte terminé, le mâle quitte immédiatement la femelle en quête d'autres partenaires, bien que de rares cas de cohabitation temporaire aient été rapportés. Les femelles gestantes ou en état de pseudogestation font preuve d'une hostilité farouche envers tout mâle s'approchant d'elles[9].
La gestation s'avère relativement courte comparée à d'autres genres de la famille ; elle s'étale sur 59 à 77 jours chez la moufette rayée et dure en moyenne 60 jours chez la moufette macroure[9]. Le phénomène d'implantation différée (diapause embryonnaire), modulé par des fluctuations de progestérone selon la date de copulation, est documenté chez la moufette rayée[9].
La femelle met bas une portée de jeunes nus, aveugles et dépendants de leur mère : une portée compte entre 3 et 8 petits chez la moufette macroure, et de 6 à 8 petits chez la moufette rayée (ces chiffres pouvant fluctuer en captivité)[9]. L'investissement parental est exclusivement assuré par la femelle. Après un sevrage qui dure environ 8 semaines, les juvéniles apprennent à glaner leur nourriture en suivant leur mère lors de ses déplacements entre les différents terriers de son domaine[9]. Les jeunes se séparent d'elle à l'automne. Les femelles de moufette rayée atteignent leur maturité sexuelle vers l'âge de 10 mois, tandis que l'âge précis de maturité et la durée exacte de sevrage demeurent moins documentés chez la moufette macroure en milieu sauvage[9].
L'espérance de vie varie fortement : près de 90 % des jeunes ne survivent pas à leur premier hiver en raison de la prédation et des maladies. Dans la nature, la moufette rayée vit en moyenne de 5 à 6 ans, et jusqu'à 10 ans en captivité, tandis que la moufette macroure dépasse rarement un maximum de 3 ans en captivité[9].
Relations avec l'Homme
modifierLes moufettes du genre Mephitis ont peu de prédateurs naturels terrestres en raison de l'efficacité de leurs armes chimiques. Les oiseaux de proie, en particulier les grands rapaces et les hiboux, s'avèrent être leurs principaux prédateurs car ils sont insensibles à l'odeur des sécrétions, bien que de graves projections cutanées ou buccales puissent occasionnellement compromettre leur survie[9]. La mortalité liée aux collisions avec les véhicules constitue une cause fréquente de décès. Globalement, les populations restent stables et ne sont pas considérées comme menacées.
Historiquement, la fourrure de moufette (connue sous le nom commercial de Skunk) a été un produit de mode très recherché, ce qui a justifié leur élevage dans des fermes à fourrure jusqu'au milieu du XXe siècle. Bien que la chasse commerciale ait fortement décliné depuis la Seconde Guerre mondiale, elle perdure de manière très marginale.
De nos jours, ces animaux sont de plus en plus fréquemment adoptés comme nouveaux animaux de compagnie (particulièrement aux États-Unis, où la législation varie selon les États, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Autriche. Les éleveurs spécialisés proposent des individus dont les prix s'échelonnent généralement entre 150 et 400 €. Des croisements sélectifs ont permis l'émergence de nombreuses variantes de couleurs absentes dans la nature (brun et blanc, champagne, gris fumé, ou entièrement blanc/albinos). En captivité, ces animaux peuvent s'avérer affectueux et s'apprivoisent d'une manière comparable aux chats domestiques, bien que leur propreté ne soit pas toujours garantie à 100 %. Pour éviter les projections d'odeurs au sein des habitations, l'ablation de leurs glandes anales est couramment pratiquée, bien que cette opération soit jugée superflue par certains éleveurs et soit strictement interdite par la loi dans de nombreux pays.
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- (pl)/(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en polonais « Skunks » (voir la liste des auteurs) et en allemand « Streifenskunks » (voir la liste des auteurs).
- ↑ John Edward Gray, « On the natural arrangement of Vertebrose Animals », The London Medical Repository, Monthly Journal, and Review, vol. 15, , p. 302
- ↑ René Primevère Lesson, Nouveau Tableau du Règne Animal: Mammifères, Paris, Arthus-Bertrand, , 67 p. (lire en ligne)
- ↑ John Edward Gray, List of the specimens of Mammalia in the collection of the British Museum, Londres, British Museum, , 195 p.
- 1 2 Alfonso Luis Herrera, Sinonimia vulgar y científica de los principales vertebrados mexicanos, Mexico, Oficina Tipográfica de la Secretaría de Fomento, , 30 p.
- 1 2 Arthur Holmes Howell, « Revision of the skunks of the genus Chincha », North American Fauna, vol. 20, , p. 39-43 (lire en ligne)
- ↑ (en) C.J. Burgin, D.E. Wilson, R.A. Mittermeier, A.B. Rylands, T.E. Lacher et W. Sechrest, Illustrated Checklist of the Mammals of the World, t. 2 : Eulipotyphla to Carnivora, Barcelona, Lynx Edicions, , 448 p. (ISBN 978-84-16728-35-0)
- ↑ Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, Mémoire sur une nouvelle division des Mammifères, et sur les principes qui doivent servir de base dans cette sorte de travail, t. 2, , 187 p. (lire en ligne)
- 1 2 Don E. Wilson et DeeAnn M. Reeder, Mammal Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference, Johns Hopkins University Press, (ISBN 978-0-8018-8221-0, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, and T. A. Dewey. The Animal Diversity Web (online). Accessed at https://animaldiversity.org, consulté le .
- ↑ (en) T.S. Palmer, « Index Generum Mammalium: a List of the Genera and Families of Mammals », North American Fauna, vol. 23, , p. 410 (lire en ligne)
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- 1 2 Katrin Nyakatura et Olaf R. P. Bininda-Emonds, « Updating the evolutionary history of Carnivora (Mammalia): a new species-level supertree complete with divergence time estimates », BMC Biology, vol. 10, (DOI 10.1186/1741-7007-10-12, lire en ligne
) - ↑ Mauro I. Schiaffini, Magalí Gabrielli, Francisco J. Prevosti, Yamila P. Cardoso, Diego Castillo, Roberto Bó, Emma Casanave et Marta Lizarralde, « Taxonomic status of southern South American Conepatus (Carnivora: Mephitidae) », Zoological Journal of the Linnean Society, vol. 167, no 2, , p. 327–344 (DOI 10.1111/zoj.12006)
- 1 2 3 « Mephitis mephitis – IUCN Red List »
- 1 2 3 « Mephitis macroura – IUCN Red List »
- ↑ Don E. Wilson et Russell A. Mittermeier, Handbook of the Mammals of the World. Volume 1: Carnivores, Barcelona, Lynx Edicions, , 545-548 p. (ISBN 978-84-96553-49-1)
- ↑ (en) William F. Wood, « Chemistry of Skunk Spray » [archive du ], sur Humboldt State University
Bibliographie
modifier- Ronald M. Nowak, Walker's Mammals of the World, Baltimore, Johns Hopkins University Press, (ISBN 0-8018-5789-9)
Liens externes
modifier- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Mephitis E. Geoffroy Saint-Hilaire and F. G. Cuvier, 1795
- (en) Catalogue of Life : Mephitis É. Geoffroy Saint-Hilaire & F. G. Cuvier, 1795 (consulté le )
- (en) Paleobiology Database : Mephitis Geoffroy and Cuvier 1795
- (fr + en) ITIS : Mephitis É. Geoffroy Saint-Hilaire and F. G. Cuvier, 1795
- (en) Animal Diversity Web : Mephitis
- (en) NCBI : Mephitis (taxons inclus)
- (en) UICN : taxon Mephitis (consulté le )