Michel Cardon
Michel Cardon, né le à Amiens (Somme), est un criminel français.
| Michel Cardon | ||
| Meurtrier | ||
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| Information | ||
| Naissance | Amiens (Somme) |
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| Condamnation | ||
| Sentence | Réclusion criminelle à perpétuité | |
| Victimes | 1 | |
| Période | ||
| Pays | ||
| Régions | Hauts-de-France | |
| Ville | Amiens | |
| Arrestation | ||
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Il est condamné en 1979 à la prison à perpétuité pour le meurtre d'un sexagénaire infirme. Sa remise en liberté conditionnelle est décidée le par le tribunal de l'application des peines d'Arras, alors que son incarcération a duré plus de 40 ans.
Biographie
modifierNé à Amiens le [1], Michel Cardon est retiré de la garde de ses parents à l'âge de 8 ans, comme ses quatre frères et sœurs aînés, et il se trouve ensuite ballotté de foyers en familles d'accueil[2] pour finir à la rue[3]. Une fois adulte, n'ayant qu'un très faible niveau d'instruction (il sait à peine lire et écrire), il doit enchaîner les « petits boulots » pour subvenir à ses besoins[2].
Affaire
modifierCrime
modifierDans la nuit du 25 au , à Amiens, au 2, chemin de la Flaque, non loin de leur domicile, Michel Cardon, âgé alors de 26 ans, et Jean-Yves Defosse, 29 ans, s'introduisent chez René Roullet, plombier retraité et invalide de 64 ans, afin de commettre durant son sommeil un cambriolage[4]. Le retraité s'étant réveillé, les deux malfaiteurs, qui sont sous l'emprise de l'alcool, le torturent pour qu'il révèle l'endroit où il a caché ses économies[5]. Ne réussissant pas à mettre la main sur le butin escompté, ils frappent à mort leur victime après avoir tenté de l'étrangler[4]. Ils emportent sur une carriole divers objets lui appartenant, y compris des boissons et des boîtes de conserve[5]. Le crime ne leur rapporte que 200 francs[6].
Procès et condamnation
modifierIdentifiés peu après les faits, les meurtriers sont arrêtés le et avouent qu'ils avaient décidé de tuer le retraité si celui-ci venait à les reconnaître[4],[7] — ils habitent en effet dans le même quartier. Au terme du procès qui se tient deux ans plus tard, le , ils reviennent sur ces aveux.
L'expert psychiatre chargé du dossier décrit Michel Cardon comme « inculte mais pas débile »[3]. Jean-Yves Defosse est lui aussi illettré. Par ailleurs, malgré plusieurs cures de désintoxication, Michel Cardon est alcoolique depuis l'âge de 18 ans[3]. Les experts concluent que les deux accusés « ne présentent pas trace d'anomalie mentale », eux qui vivaient au jour le jour de la vente de vieux cartons et de ferraille[3],[4].
L'avocat général Jacques Basse requiert contre eux la peine de mort. Mais les jurés de la cour d'assises de la Somme, après une heure cinquante de délibérations, condamnent les deux hommes à la réclusion criminelle à perpétuité [4],[8].
Contexte de débat sur la peine de mort
modifierLe procès se déroule deux ans avant l'abolition de la peine de mort en France, pour laquelle militent de nombreuses personnes, et ce contexte a une influence sur le jugement. Les avocats des deux parties peuvent aborder la question, même si l'avocat général affirme qu'il ne souhaite pas donner lieu à un débat[3].
« J'en ai d'autant moins le droit qu'elle fait actuellement l'objet de discussions au plus haut niveau. Mais la sanction existe dans notre droit pénal positif. Je pense qu'elle ne doit être envisagée que de façon spécifique : elle doit être réservée à certaines catégories d'infractions et le meurtre d'un vieillard ou d'un infirme en fait partie. »
— J. Basse, avocat général
Le premier avocat de Defosse, Bertrand Savreux, répond à cette déclaration que « pour un crime du passé, l'avocat général vous [les jurés] a réclamé une sanction du passé. Si vous votiez la mort, vous ne trouveriez plus jamais le repos car vous auriez été les derniers »[3]. Le deuxième avocat de l'accusé, maître Vagogne, ajoute que son client est « un petit sauvage pas du tout adapté à [la] société »[3]. Il renchérit en affirmant que la justice n'a pas le droit d'éliminer « les tarés, les déchus », et que la société, quant à elle, n'a pas le droit de mettre à mort ceux qui ont fauté : « Elle a simplement le droit de s'en protéger »[3].
Libération en 2018
modifierEn , un article de La Voix du Nord révèle que Michel Cardon, alors incarcéré à Bapaume, reçoit sa première visite après 38 ans passés en prison[9]. Ému par cet article, l'avocat pénaliste parisien Éric Morain, en vacances dans la région, propose alors son aide au prisonnier. Avec son accord, il adresse en février 2018 une demande en grâce au président de la République Emmanuel Macron et dépose parallèlement une demande de libération conditionnelle. De leur côté, les médias évoquent de plus en plus souvent l'affaire, car, sous le numéro d’écrou 7147, il s'agit alors du plus ancien détenu de France parmi ceux qui ont été condamnés pour un seul fait[10],[a],[b]. Par ailleurs, il se trouve dans un état de santé très précaire : victime d'un AVC en 2012, il a perdu l'usage d'une oreille et d'un œil, et souffre de problèmes cardiaques[11]. Son complice Jean-Yves Defosse est, quant à lui, décédé en prison après quelques années.
Le , le tribunal de l'application des peines d'Arras lui accorde une remise en liberté conditionnelle sous réserve « du bon déroulement d'un placement à l'extérieur »[12]. Il quitte le centre de détention le [13]. Toutefois, il n'est vraiment libre qu'au terme d'une période probatoire d'au moins un an[14]. Dans l'intervalle, il est admis dans un centre d'hébergement et de réinsertion sociale du Val-d'Oise, où il suit un traitement destiné à soigner les troubles psychiatriques consécutifs à la durée exceptionnelle de son emprisonnement[15].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le plus ancien détenu à la même date, Maurice Gateaux, a cumulé deux peines sans interruption de temps.
- ↑ À la différence d'autres affaires criminelles du XXe siècle, celle-ci n'a pas donné lieu jusqu'ici à une étude circonstanciée, probablement en raison de son caractère somme toute assez banal, de sorte que les journaux de la fin des années 1970 restent pratiquement l'unique source d'information à son sujet. C'est seulement en 2018, quand la durée inhabituelle de la détention de Michel Cardon en a fait une question d'actualité, que la presse s'est de nouveau intéressée à elle, sans toutefois apporter d'élément inédit concernant le crime lui-même.
Références
modifier- ↑ Gauthier Lecardonnel, « Michel Cardon, cet Amiénois condamné pour meurtre et oublié pendant 40 ans », sur Le Courrier picard, (consulté le ) ; Stéphane Joahny, « Il est en détention depuis 40 ans… Michel Cardon, le prisonnier oublié », sur Le JDD, (consulté le ).
- 1 2 Fanny Magdelaine, « Michel Cardon : itinéraire d’un détenu oublié », sur La Croix, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Michel Curie, « Les meurtriers d'un invalide condamnés à la réclusion à perpétuité », sur Le Monde.fr, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 « Peine de mort requise contre deux accusés », sur Le Monde, (consulté le ).
- 1 2 « Michel Cardon, le détenu oublié, a retrouvé la liberté », sur Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ « Michel Cardon libéré après 40 ans de prison », sur La Croix, (consulté le ).
- ↑ Margaux Lannuzel, « Michel Cardon, près d'un demi-siècle derrière les barreaux », sur Europe 1, (consulté le ).
- ↑ Pour plus de détails, voir par exemple l'article du Figaro publié le lendemain du verdict, reproduit en illustration de l'article suivant : Caroline Piquet, « Michel Cardon, en prison depuis plus de 40 ans, va être libéré », sur Le Figaro, (consulté le ).
- ↑ Samuel Cogez, « Il reçoit sa première visite au parloir après… 38 ans de prison », sur La Voix du Nord, (consulté le ).
- ↑ Caroline Piquet, « Remise en liberté requise pour Michel Cardon, en prison depuis plus de 40 ans », sur Le Figaro, (consulté le ).
- ↑ Stéphanie Maurice, « Le plus vieux détenu de France libéré vendredi », sur Libération, (consulté le ).
- ↑ « L'un des plus anciens détenus de France va sortir de prison », sur L'Express, (consulté le ).
- ↑ Laurie Moniez, « Le plus ancien prisonnier de France libéré », sur Le Monde, (consulté le ).
- ↑ « Libération conditionnelle pour Michel Cardon, incarcéré depuis plus de 40 ans », sur L'Obs, (consulté le ).
- ↑ Stéphane Pair, « "C'est le grand jour" : après 40 ans, 7 mois et 5 jours en prison, le "détenu oublié" Michel Cardon retrouve la liberté », sur France Info, (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Éric Morain, Il était un avocat, Récit de justices et d'injustices, Les Arènes, février 2026 (ISBN 9791037515391).