Ministériel
Les ministériels (parfois ministérial, du latin: ministerialis), à l'origine des serfs utilisés comme hommes de main et intendants des seigneurs et abbés, comptèrent bientôt des serviteurs de haut rang, au service du prince ou d'un évêque au Moyen Âge, voire officier de la Couronne. Au XIIIe siècle on voit les familles de ministeriales être assimilées à la petite noblesse par exemple dans la classe chevaleresque.

Étymologie
modifier
Ministériel provient du latin minister : serviteur, instrument, du superlatif minus : moindre. C'est le contraire de magister : maître. Le féminin est ministra : servante, esclave. Les empereurs romains utilisaient des esclaves affranchis comme serviteurs puis hauts fonctionnaires (Gaffiot, articles minister et suivants) d'où le sens médiéval de « ministérial » et actuel de « ministre »[1].
Évolution de la fonction
modifier

Dans les débuts du Saint-Empire romain germanique, ces hauts fonctionnaires, appelés en allemand Dienstmannen (« serviteurs ») par la cour, étaient employés pour les affaires de la guerre et l’administration (la chancellerie). Au plus haut niveau, au service de princes ou d'abbés ils peuvent remplir les fonctions de châtelain ou de vidame[2]. Les ministériels sont à l’origine des serfs (Hörige) investis par leur seigneur de fonctions particulières, comme la direction des finances ou l’intendance d’un château ou d'un fief. Les seigneurs leur attribuent des offices, notamment ceux de maître de la monnaie, de connétable, de bouteiller, de camérier et de maréchal[3] ; ces charges sont en réalité très variées, par exemple tonloyer (chargé de percevoir la tonlieu), panetier, fournier, meunier (responsables du four ou du moulin banal)[4] et elles concernent aussi les femmes[5], notamment pour des tâches d'intendance ménagère rémunérées[6].
Le recrutement des ministériels est privilégié dans la catégories des serfs car ceux-ci, hommes ou femmes de la maison, sont réputés être des serviteurs zélés[7],[4]. C'est d'ailleurs pour eux l'une des seules possibilités de promotion : elle peut s'avérer lucrative selon la position occupée[4],[8].
Leur statut social et leurs prérogatives évoluent sensiblement sous le règne de l’empereur Henri IV (1056-1106), jusqu’à se hisser au cours des siècles suivants au titre envié de ministre. Malgré leur état servile, les ministériaux ne tardent pas à développer un esprit de corps et à créer des dynasties. En même temps, ils perdent une grande partie de leurs obligations serviles (corvées, etc.) pour se concentrer sur leurs fonctions. Cependant le ministérial reste un bien qui peut se céder seul ou avec le domaine où il exerce sa fonction, et il reste affecté par différents droits comme la mainmorte ou le formariage.
Au XIIe siècle, les ministériaux, du moins ceux qui occupent une fonction militaire, tendent à s'agréger à la féodalité[3], le terme ministerialis devenant synonyme de celui de miles (« chevalier »). Suivant leur importance, ils peuvent même intégrer la classe des Freiherren (seigneurs ne dépendant que de l'empereur). À la même époque, ils commencent à prendre des noms à l'instar des nobles, souvent le nom d'un château. Ils accumulent également des richesses et obtiennent le droit de posséder des fiefs. Ils tiennent également des châteaux, ce qui leur permet d'imiter le style de vie noble[3].
La diète de Worms en 1495 reconnaît la corporation des chevaliers impériaux relevant directement de l'empereur ; les principaux ministériaux déjà titrés y sont rattachés. Ils bénéficient donc de l'immédiateté impériale, d'ailleurs renforcée à l'occasion des traités de Westphalie (1648). Ils n'obtiennent cependant pas de siéger à la diète[9].
Certains ministériaux atteignirent un très haut rang. Par exemple, Markward d'Anweiler fut grand échanson de l'Empire, margrave d'Ancône et duc de Romagne. Les ministériels germaniques héritaient souvent de leur charge et de grandes familles de la noblesse allemande, comme les Droste zu Vischering ou les Pappenheim, la conservèrent jusqu'au XIXe siècle.
Références
modifier- ↑ Ménestrel et mestier (métier) ont également la même origine fondée sur la notion de service.Voir l'illustration.
- ↑ John B. Freed, Noble Bondsmen: Ministerial Marriages in the Archdiocese of Salzburg, 1100-1343, Cornell University Press, (ISBN 978-1-5017-4256-9)
- 1 2 3 « Ministériel », sur Dictionnaire historique des institutions de l'Alsace (consulté le )
- 1 2 3 Florian Mazel et Jean-Louis Biget, 888-1180: féodalités, Gallimard, coll. « Histoire de France », (ISBN 978-2-07-279893-1), p. 193-260
- ↑ (en) K. Leyser, « THE GERMAN ARISTOCRACY FROM THE NINTH TO THE EARLY TWELFTH CENTURY A HISTORICAL AND CULTURAL SKETCH », Past and Present, vol. 41, no 1, , p. 25–53 (ISSN 0031-2746 et 1477-464X, DOI 10.1093/past/41.1.25, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Benjamin Arnold, German knighthood,1050-1300, Oxford, Clarendon Press, 1985
- ↑ John B. Freed, « Reflections on the Medieval German Nobility », The American Historical Review, vol. 91, no 3, , p. 553 (DOI 10.2307/1869131, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) F. L. Ganshof, « II. Benefice and Vassalage in the Age of Charlemagne », Cambridge Historical Journal, vol. 6, no 2, , p. 147–175 (ISSN 1474-6913 et 2051-9818, DOI 10.1017/S1474691300003358, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Werner Hechberger: Adel, Ministerialität und Rittertum im Mittelalter (Noblesse, ministérialité et chevalerie au Moyen-Âge). Münich, 2004, p 41
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- (en) Benjamin Arnold, German Knighthood, 1050-1300, Oxford University Press, Oxford, 1985 (ISBN 978-0-1982-1960-6)
- Jean-Pierre Ritter, Ministérialité et chevalerie. Dignité humaine et liberté dans le droit médiéval, éd. Jaunin, Lausanne, 1955
- (de) Thomas Zotz, « Die Formierung der Ministerialität », Die Salier und das Reich, vol. 3, Gesellschaftlicher und ideengeschichtlicher Wandel im Reich der Salier, Jan Thorbecke Verlag, Sigmaringen, 1991, p. 3-50 (ISBN 978-3-7995-4133-6)
Liens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
