Mira Bellwether

écrivaine américaine

Mira Bellwether[note 1], née le et morte le à New York, est une autrice, artiste et éducatrice sexuelle américaine[1]. Elle est connue pour Baiser des meufs trans, un zine paru en 2010. Présenté dans la revue Sexuality & Culture comme un guide complet de la sexualité des femmes trans[2], Baiser des meufs trans est la première publication notable consacrée à la sexualité avec les femmes trans. L'ouvrage innove en privilégiant le point de vue des femmes trans elles-mêmes, et en proposant des modes d'emploi pour bon nombre des pratiques décrites[3]. Bellwether est également une militante en faveur des femmes transgenres et une opposante au féminisme transexcluant.

Mira Bellwether
Nom de naissance Miranda Darling Bellwether
Naissance
Décès (à 40 ans)
New York (États-Unis)
Nationalité Américaine
Activité principale
Autrice, illustratrice, éducatrice sexuelle
Auteur
Langue d’écriture Anglais

Œuvres principales

L'œuvre de Bellwether a influencé des écrivains, des journalistes et des universitaires trans, en particulier dans le champ de la sexualité transgenre. Sa mort, en 2022, suscite une vive émotion au sein des communautés trans, où son travail avait acquis un « statut mythique » selon Kai Cheng Thom dans le magazine Xtra![4].

Jeunesse et transition de genre

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Mira Bellwether[note 1] naît le 31 mars 1982[5],[6]. Sa mère, Tammy, est infirmière en soins palliatifs et son père, Terry, est thérapeute respiratoire. Dans son enfance, on lui diagnostique une maladie auto-immune, un handicap qui marquera le reste de sa vie[1].

Élevée dans l'État américain de l'Iowa, elle commence dès l'âge de six ans à se déguiser avec des filles, jusqu'à ce que ses parents s'installent dans une région plus rurale au cours de son adolescence. Se décrivant plus tard comme « le garçon le plus petit et le plus frêle qu'elle connaissait », elle expérimente les vêtements et le maquillage féminins, du « drag », selon ses mots, tout en explorant sa sexualité[7].

Elle quitte l'Iowa dès qu'elle en a la possibilité[1]. En 2010, elle se présente comme « une gouine trans », étudiante, femme, queer et « bien d'autres choses encore »[8].

Baiser des meufs trans et éducation sexuelle

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En 2010, alors qu'elle vit encore dans l'Iowa[9], Bellwether auto-publie Fucking Trans Women #0, qu'elle imagine comme le premier numéro d'un zine sur la sexualité avec les femmes trans. Faute de contributions assez solides, elle finit par mener le projet seule et le numérote « #0 », pour garder la place d'un « #1 » qui aurait rassemblé d'autres autrices. Ce second numéro ne verra jamais le jour. Malgré le succès du « #0 », les contributions espérées ne viennent pas, ce que Bellwether vivra avec frustration[10],[1].

Le zine, parfois abrégé FTW, explore diverses pratiques sexuelles impliquant des femmes trans[note 2], principalement celles qui n'ont pas eu recours à une chirurgie génitale[11]. Bellwether met l'accent sur les actes sexuels possibles avec un pénis flaccide, voire sans pénis du tout[12], observant que « presque tout le discours sexuel sur le pénis » porte sur le pénis « en érection, dur, pénétrant »[13].

Elle insiste sur ce point tout au long de sa vie. En 2013, elle confie à Autostraddle avoir voulu, dans FTW, mettre en avant la diversité des manières de procurer du plaisir aux femmes trans. Elle dit avoir accordé une large place au pénis flaccide précisément parce que la littérature sexuelle le néglige presque entièrement, ou le présente de façon dévalorisante, comme un organe défectueux ou un objet de pitié[14].

Cette approche prend le contre-pied des représentations dominantes associées à l'incapacité d'avoir une érection[15]. L'ouvrage Trans Sex (2021) de Lucie Fielding cite Bellwether sur ce sujet, parmi d'autres[16]. Fielding dira plus tard que le travail de Bellwether affirme la valeur des corps trans comme sources de joie, et non comme de simples réalités à tolérer ou à accepter. Elle décrit Baiser des meufs trans comme un véritable déclic dans sa propre transition de genre[1].

Bellwether forge le terme muffing dans Baiser des meufs trans pour désigner la stimulation des canaux inguinaux à l'aide des doigts, des testicules ou des deux. Elle a découvert cette pratique par hasard en pratiquant le tucking, le fait de dissimuler les organes génitaux[17]. Le zine contribue en retour à la populariser[18]. Le muffing a depuis fait l'objet d'articles dans Autostraddle[19], Playboy[17], Broadly[11] et The Daily Dot[20]. Fielding en fait par ailleurs la promotion dans Trans Sex[21] ainsi que dans la rubrique de conseils sexuels de Stoya pour Slate[22]. Dans les années qui suivent la parution du zine, Bellwether continue elle-même de présenter le muffing comme une forme valorisante de masturbation[23],[17].

Baiser des meufs trans est profondément marqué par l'expérience de Bellwether en tant que femme trans handicapée. Dans un éditorial, les universitaires Riggs, Rosenberg et Ussher soulignent que parler de Bellwether comme d'une militante trans influente impose aussi de parler d'elle comme d'une femme ayant vécu au sein d'un système de santé incapable de répondre à ses besoins[24].

Pour Sloane Holzer, dans Them, la détermination inventive qu'exige la survie pour une personne handicapée transparaît dans FTW et dans tous les écrits de Bellwether sur la sexualité. Tenace et infatigablement curieuse, elle cherchait sans cesse à partager des manières nouvelles et accessibles de trouver du plaisir dans un monde hostile[1].

Le zine est traduit en français et diffusé au sein du collectif trrrransgrrrrls en 2019, par Mirza Hélène Deneuve, une militante trans et géochimiste française[25].

Vie privée et engagement

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Entre la vingtaine et le début de la trentaine, Bellwether déménage à de nombreuses reprises à travers les États-Unis, vivant notamment à Chicago, Austin et San Francisco. En 2016, elle s'installe à New York avec son mari, qui avait lu Baiser des meufs trans afin d'aborder sa relation avec sa première compagne trans, des années avant de la rencontrer[1]. En 2020, le couple lance une cagnotte GoFundMe pour financer la vaginoplastie qu'elle projette[26].

Bellwether est une critique virulente de l'essai féministe radical SCUM Manifesto de Valerie Solanas. Alors que certaines voix reprochent à Solanas son hostilité aux personnes trans, Bellwether écrit sur son blog que le manifeste représente le sommet de la deuxième vague féministe et d'un féminisme lesbien dévoyés et haineux[27]. Elle accuse Solanas d'essentialisme biologique pour avoir assimilé la masculinité à la possession d'un chromosome Y, afin de soutenir que « le mâle est une femelle incomplète, un avortement ambulant »[28]. Dans l'essai On Liking Women, Andrea Long Chu conteste cette assimilation de Solanas au féminisme lesbien[29]. Elle estime qu'en rattachant le féminisme radical transexcluant à la deuxième vague, Bellwether laisse entendre à tort qu'il s'agirait d'un vestige du passé[30].

En 2015, Bellwether milite pour la libération d'une femme trans de l'Illinois, arrêtée après s'être présentée dans un hôtel de Des Moines, dans l'Iowa, avec une pièce d'identité portant une mention de sexe masculin[31]. Elle s'engage aussi pour les femmes trans en soutenant le Camp Trans (en) et en défendant l'accès à la Transition hormonale. Selon son mari, il lui est arrivé au moins une fois de payer la caution d'une travailleuse du sexe trans, sans s'en attribuer le mérite[1].

Maladie, mort et héritage

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En octobre 2021 on lui diagnostique un cancer du poumon. La maladie réapparaît à un stade quatre en septembre 2022. Le 19 décembre 2022, après deux semaines d'hospitalisation, Bellwether est admise en unité de soins intensifs, où elle subit un grave accident vasculaire cérébral. Elle meurt le 25 décembre, aux côtés de son mari et de sa sœur[32],[33]. L'annonce de sa mort provoque une vague d'émotion dans de nombreuses communautés trans[4]. Son mari instaure une journée en sa mémoire, fixée au 31 mars 2023, jour de l'anniversaire de Bellwether et de la Journée internationale de la visibilité transgenre. Cette journée invite à « offrir une pizza à une femme trans »[6]. Dans la communauté trans, la pizza tient souvent lieu de symbole d'attention et de soin[6].

L'autrice trans Emily Zhou (en) dit s'être inspirée du travail de Bellwether pour son recueil de nouvelles Girlfriends (en)[34]. Dans l'hommage qu'elle lui consacre pour Autostraddle, Ro White souligne qu'aborder les corps trans sous l'angle du jeu et du plaisir, et même en parler tout court, tenait de l'audace en 2010 et n'a rien perdu de sa force aujourd'hui[32]. Ana Valens, qui a souvent écrit sur son œuvre, lui attribue. Dans un message sur Twitter, elle affirme que Baiser des meufs trans a bouleversé le paysage de la sexualité trans et queer, et révélé à d'innombrables personnes trans tout ce que leur corps pouvait être et faire[35]. Dans Xtra!, Kai Cheng Thom estime que Bellwether a profondément renouvelé le regard porté sur les femmes trans et la sexualité, au point que son zine a acquis un statut mythique, transmis de personne à personne comme un savoir de la communauté[4].

L'éditorial de Riggs, Rosenberg et Ussher, paru en décembre 2023 dans Women's Reproductive Health (en), met en avant l'« avalanche d'hommages » rendus à Bellwether. Les auteurs y voient la preuve que ses mots ont donné aux femmes trans et à leurs partenaires une voix pour parler de désir et de plaisir, à une époque où personne, en dehors des communautés trans, ne les présentait comme désirables[24]. Le portrait que lui consacre Holzer dans Them, publié quelques mois après sa mort, s'ouvre sur l'idée que peu de personnes ont fait davantage que Mira Bellwether pour élargir la compréhension de la sexualité des femmes[1].

Œuvres

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  • (en) Mira Bellwether, Fucking Trans Women #0, auto-publié, (lire en ligne).
    • Réédition imprimée sous le titre Fucking Trans Women: A Zine About the Sex Lives of Trans Women, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2013 (ISBN 9781492128939).

Notes et références

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  1. 1 2 Bellwether donne le nom complet Miranda Darling Bellwether au dos de la couverture intérieure de Fucking Trans Women (Bellwether 2010, couverture intérieure). Partout ailleurs, y compris sur la couverture du zine (Bellwether 2010, couverture), elle utilise le prénom Mira. C'est sous ce nom qu'elle est désignée dans les articles consacrés à sa mort (White 2022, Kish 2022, Thom 2023 et Holzer 2023).
  2. ↑ Certaines sources, dont Burns 2017, Hill-Meyer 2022 et Valens 2022a, abordent Baiser des meufs trans dans le cadre plus large de la transféminité, et non des seules femmes trans.

Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Holzer 2023.
  2. ↑ Rosenberg, Tilley et Morgan 2019, p. 965.
  3. ↑ Notamment Pfeffer 2014, p. 597, Zaber 2015, Burns 2017 et Thom 2023.
  4. 1 2 3 Thom 2023.
  5. ↑ Bellwether 2022.
  6. 1 2 3 Riedel 2023.
  7. ↑ Bellwether 2010, p. 61.
  8. ↑ Bellwether 2010, couverture intérieure.
  9. ↑ Bellwether 2010, p. i.
  10. ↑ Bellwether 2010, p. i, 70.
  11. 1 2 Tourjée 2017.
  12. ↑ Fielding 2021, p. 77, citant Bellwether 2010, p. 7-8.
  13. ↑ Fielding 2021, p. 77, citant Bellwether 2010, p. 7.
  14. ↑ Nadler 2013. Voir aussi Burns 2017 et Holzer 2023.
  15. ↑ Rosenberg, Tilley et Morgan 2019, p. 964-965.
  16. ↑ Fielding 2021, p. 77, 93.
  17. 1 2 3 Burns 2017.
  18. ↑ Fielding 2021, p. 93.
  19. ↑ Hill-Meyer 2022.
  20. ↑ Valens 2019a.
  21. ↑ Fielding 2021, p. 93-94.
  22. ↑ Stoya 2022.
  23. ↑ Nadler 2013.
  24. 1 2 Riggs, Rosenberg et Ussher 2023, p. 493.
  25. ↑ Floralie Resa et Joanna Foliveli, Te lécher jusqu'à m’étouffer, la bite des meufs et le lesbianisme, Éditions Goater, (ISBN 978-2-383670-85-8), p. 25
  26. ↑ Phillips 2020.
  27. ↑ Chu 2018, p. 53.
  28. ↑ Chu 2018, p. 50-51.
  29. ↑ Chu 2018, p. 51.
  30. ↑ Chu 2018, p. 53.
  31. ↑ Kellaway 2015, LGBTQ Nation (2015).
  32. 1 2 White 2022.
  33. ↑ Kish 2022.
  34. ↑ Specter 2023.
  35. ↑ Valens 2022b.

Bibliographie

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Sources universitaires

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Articles de presse et magazines

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Source de Bellwether

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Liens externes

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