La mola salsa (« farine salée ») est, dans la religion de la Rome antique, un mélange de farine d'amidonnier grossièrement moulue et grillée et de sel préparée par les Vestales et utilisé dans chaque sacrifice officiel. Elle est saupoudrée sur le front et entre les cornes des victimes animales avant leur sacrifice, ainsi que sur l'autel et dans le feu sacré[1]. Son utilisation était l'une des nombreuses traditions religieuses attribuées à Numa Pompilius, le deuxième roi Sabin de Rome[2].

La mola salsa (« farine salée »)[3],[4],[5] est un mélange de farine et de sel[6],[7],[8]. Le far, servant à sa préparation, doit être identifié à l'amidonnier (Triticum turgidum subsp. dicoccon) de préférence à l'épeautre (Triticum aestivum subsp. spelta)[9],[10],[11],[12],[13]. Sa préparation est dévolue aux vierges Vestales (virgines Vestales)[6]. Il en est de même de sa conservation et vraisemblablement de sa distribution[14].

Notre principale source littéraire sur la fabrication de la mola salsa est une glose du Pseudo-Servius au Commentaire de Servius sur la huitième Bucolique de Virgile[15],[16]. Chaque année, les trois Vestales les plus âgées (maximae), des nones de mai à la veille des ides de mai[N 1], un jour sur deux, placent des épis dans des corbeilles de moissonneurs et les autres vestales elles-mêmes torréfient, pilent et mélangent ces épis puis réservent la mixture[20]. Trois fois par an, aux Lupercales, aux fêtes de Vesta et aux ides de septembre, les jeunes vestales fabriquent la mola salsa en ajoutant du sel, cuit ou brut, à la mixture[20].

La céréale utilisée est le far dont est dérivé farina (« tiré du far, farine »)[21]. Le far est aussi connu comme l'ador ou l'adoreum[21]. Il consiste en un blé dur à grain vêtu, désormais identifié à l'amidonnier plutôt qu'à l'épeautre, et sans barbes au contraire du semen cultivé en Campanie et en Ombrie[21]. Technique antérieure au battage, le grillage convient particulièrement au blé à grain vêtu qu'est le far car il permet l'élimination des glumelles avant de piler ou de moudre ; d'autre part, en convertissant en dextrine une partie de l'amidon, il donne à la farine une saveur douce[22].

L'attribution aux Vestales de la moisson du far destiné à la mola salsa n'est pas attestée par le témoignage pseudo-servien : elle résulte d'une interprétation moderne, proposée par Carl Koch (de) (-) en mais explicitement rejetée par Burkhard Gladigow (en) (-) en [23].

En , Louise A. Holland (en) (-) propose de relier la mola salsa au culte des Argées (Argei). Elle suggère qu'aux sanctuaires des Argées, doivent être associés des champs céréaliers publics sur lesquels est cultivé le far destiné à la mola salsa[24] ; et que les résidus — c'est-à-dire la paille — du far récolté pour la mola salsa servent à la fabrication des mannequins ou figurines anthropomorphiques qui, les ides de mai, sont jetés dans le Tibre depuis le pont Sublicius[25].

Les auteurs antiques ne reliant pas la mola salsa à la muries (saumure), ils ne répondent pas à la question de savoir si celle-ci est un ingrédient — essentiel ou non — de celle-là[15]. Pour des auteurs modernes, la muries étant fabriquée à partir de sal durus et/ou de sal coctus, elle est un ingrédient essentiel de la mola salsa[26]. Pour d'autres auteurs modernes, la muries est un des deux ingrédients salés de la mola salsa, l'autre étant le sal coctum[27].

De mola salsa, est dérivé le verbe immolare (« saupoudrer la tête de la victime de mola salsa »)[28] ; et, de celui-ci, est dérivé immolatio (« action de saupoudrer » ainsi la victime)[28] qui est la phase de la procédure sacrificielle[29] qui suit la praefatio et précède l'abattage de la victime[28] ; en effet, l'immolatio se compose des trois gestes suivants : le sacrifiant saupoudre de mola salsa la tête de la victime ainsi que le couteau sacrificiel et l'autel ; il verse du vin sur le front de la victime ; et, juste avant ou juste après avoir versé le vin, il passe un couteau sur le dos de la victime en traçant une ligne imaginaire de la tête à la queue[30].

D'après Pline l'Ancien, c'est à Hémina que remonterait la tradition attribuant à Numa l'introduction tant de la mola salsa pour supplier les dieux que de la torréfaction[pas clair][20].

Notes et références

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  1. ↑ Les nones de mai et la veille des ides de mai correspondent respectivement aux et du calendrier julien[17]. La période est peut-être reliée aux Lémuries (Lemuria), célébrées les , et [18]. Les ides de mai sont dédiées aux Argées (Argei)[19].

Références

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  1. ↑ (en) Ariadne Staples, From Good Goddess to Vestal Virgins: Sex and Category in Roman Religion (Routledge, 1998), p. 154-155.
  2. ↑ Fernando Navarro Antolín, Lygdamus. Corpus Tibullianum III.1–6: Lygdami Elegiarum Liber (Brill, 1996), p. 272-272 .
  3. ↑ Charles-Laforge 2019, no 16.
  4. ↑ Huet 2019, no 25.
  5. ↑ Van Haeperen 2008, p. 315.
  6. 1 2 Baudou et Clément-Tarantino 2023, n. 200, p. 270.
  7. ↑ Boëls-Janssen 2015, no 10.
  8. ↑ Lozat 2008, p. 149.
  9. ↑ Blandenet, Zech-Matterne et Ruas 2024.
  10. ↑ Cazanove 1987, p. 163.
  11. ↑ Quaglia 2021, résumé.
  12. ↑ Purcell 2003, p. 330.
  13. ↑ Mogielnicki 2025, p. 152, n. 2.
  14. ↑ Stewart 1997, p. 173.
  15. 1 2 Albanese 2002.
  16. ↑ DiLuzio 2016, p. 195.
  17. ↑ Prescendi 2007, p. 106.
  18. ↑ Prescendi 2007, p. 173.
  19. ↑ Prescendi 2007, p. 172.
  20. 1 2 3 Baudou et Clément-Tarantino 2023, n. 200, p. 271.
  21. 1 2 3 André 1981, no 4.
  22. ↑ André 1981, no 6.
  23. ↑ Gladigow 1972, p. 304, n. 61.
  24. ↑ Stewart 1997, p. 173, n. 13.
  25. ↑ Graham 2020, p. 2, 6 et 7.
  26. ↑ Cazanove 1987, p. 48.
  27. ↑ Subias-Konofal 2016, p. 20.
  28. 1 2 3 Prescendi 2004, II, A, 1, p. 193, col. 1.
  29. ↑ Prescendi 2004, I, A, p. 185, col. 2.
  30. ↑ Prescendi 2004, II, E, 4, p. 218, col. 1.

Bibliographie

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