Molosse de Cestoni
Tadarida teniotis
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Placentalia |
| Ordre | Chiroptera |
| Sous-ordre | Microchiroptera |
| Famille | Molossidae |
| Sous-famille | Molossinae |
| Genre | Tadarida |
Répartition géographique
Le Molosse de Cestoni (Tadarida teniotis) est une espèce de chauve-souris de la famille des Molossidae. C'est la deuxième espèce de chauve-souris la plus grande en France métropolitaine (après la grande noctule). Il est en Europe le seul représentant de la famille des Molossidae et du genre Tadarida.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Tadarida teniotis (Rafinesque, 1814)[1]
- Protonyme : Cephalotes teniotis Rafinesque, 1814[1]
- Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Molosse de Cestoni[2],[3],[4],[5],[6],[7],[8],[9], Tadaride de Cestoni[2],[6],[7], Tadaride bouledogue[5]
- Noms vernaculaires (langage courant) : molos Cestoni (breton)[6], ratpenat cuallarg europeu (catalan)[6], saguzar buztanluze (basque)[6]
Habitat et répartition
modifierLe Molosse de Cestoni est présent des îles Canaries jusqu'en Indonésie en passant par l'ensemble du pourtour méditerranéen, l'Asie mineure, et de manière plus éparse au Moyen Orient, en Inde et dans le Sud de la Chine. En France, on le trouve dans les régions méditerranéennes au sens large, du Pays basque au Nord des Alpes.
Des individus vraisemblablement vagabonds ont été repérés dans le sud de l'Allemagne et au Royaume-Uni[10].
C'est une espèce sociale qui affectionne les gîtes dans les fissures étroites (2,5 à 4 cm), à plus de 20 mètres du sol[10]. Dans la nature on le trouve essentiellement dans les grandes falaises inaccessibles, partageant parfois les fissures avec le martinet à ventre blanc[11]. En milieu urbain cette espèce se loge dans les joints de dilatation des immeubles et des grands ponts. La ville de Nice abrite une grande population de Molosses de Cestoni.
Ses besoins écologiques en gite ont été étudiés dans le cadre de la rénovation d’une cité mixte sur Sisteron abritant l’une des colonies historiques de l'espèce[12]. Cette étude montre notamment une nette préférence pour les interstices d’une largeur d’entre 3 et 4,5 cm.
Description de l'espèce
modifier- Taille : tête + corps de 8,1 à 9,2 cm
- Poids : 25 à 50 g
- Envergure : 41 cm
Les ailes, longues et étroites, sont caractéristiques de cette espèce. La queue dépasse nettement de l'uropatagium, ce qui rend l'espèce facilement identifiable en France. La tête, parfois comparée à celle d'un dogue, vaut son nom au Molosse de Cestoni. Les lèvres supérieures sont parcourues de plis qui serviraient de garde manger provisoire lors de la chasse.
Comportement
modifierLes grandes ailes étroites permettent au Molosse de voler à une grande hauteur au sol (100 à 300 mètres), souvent dans des milieux ouverts comme les champs, les pâturages, le littoral rupestre, et les plans d'eau y compris la mer.
Des études récentes ont montré qu'il pouvait chasser le plancton aérien et exploiter les courants orographiques (vent lié au relief) pour grimper en quelques secondes à plus de 1 600 m du sol[13].
Le décollage doit systématiquement s'effectuer en hauteur de façon que la chute donne un élan suffisant. Un individu tombé au sol doit donc trouver un support sur lequel grimper, souvent un arbre, de façon à pouvoir se relancer dans le vide.
Le molosse de Cestoni, contrairement à la majorité des chauves-souris, n'hiberne pas profondément. Sa léthargie est relative, entrecoupée par les redoux[14]. Ainsi sa répartition est limitée aux zones comportant des hivers doux. Aussi, on peut les observer dans le ciel par des températures proches de 0 °C.
Écholocalisation
modifierChez les chauves-souris européennes, c'est le Molosse de Cestoni qui émet les cris d'écholocalisation aux fréquences les plus basses[15], typiquement aux alentours de à 14 kHz, pouvant descendre jusqu'à 9 kHz[10]. Ainsi, il est audible pour une oreille humaine. Les soirs d'été on le reconnaît aisément, en ville et en campagne, à ses tsik tsik caractéristiques, émis à raison d'un à deux par seconde selon le type d'activité.
Reproduction
modifierLes individus s'accouplent en automne mais aussi au printemps, contrairement à la majorité des chauves-souris européennes. Les petits naissent de fin juin à début juillet. Les mâles s'occupent de harems[Information douteuse] pouvant compter jusqu'à neuf femelles.
Alimentation
modifierCette espèce se nourrit à forte proportion de lépidoptères nocturnes, mais aussi de diptères, coléoptères, névroptères et hyménoptères[14].
Migration
modifierLes colonies étudiées en Espagne et en Suisse étaient fidèles à leur gîte toute l'année, cependant on pense que certains individus pourraient être sujets à la migration, ce qui reste à prouver.
Longévité
modifierLes jeunes sont sevrés à l'âge de 6 à 7 semaines. Les femelles sont capables de se reproduire dès leur première année[16]. L'âge maximal de cette espèce est estimé à 13 ans.
Menaces et statut de protection
modifierLe Molosse de Cestoni est particulièrement vulnérable en ville, où il loge dans les fissures des bâtiments et dans les caissons de stores et volets roulants. Que ce soit par ignorance ou par négligence, les travaux de rénovation détruisent régulièrement des gîtes qui contiennent parfois encore les individus. Ainsi, fin , près de 2 000 cadavres de Molosses de Cestoni, principalement des femelles accompagnées de leurs petits, furent trouvés dans une gouttière d'un immeuble de Nice à la suite de travaux[11],[17].
Les éoliennes sont également une grande menace pour les chauves-souris en général. Elles peuvent entrer en collision avec les pales dont la superficie augmente pour obtenir de meilleurs rendements énergétiques. Elles peuvent aussi subir un barotraumatisme causé par le changement important de la pression de l'air à proximité des pales, provocant ainsi une implosion des poumons et des hémorragies internes[18].
Comme toutes les chauves-souris, cette espèce est en régression sur la plupart de son aire naturelle de répartition. C'est une espèce strictement protégée (en tout temps et tous lieux en France, en vertu de la loi sur la protection de la Nature de juillet 1976). Il est rigoureusement interdit de détruire les individus ou leur habitat, ou de les déranger.
Notes et références
modifier- 1 2 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- 1 2 Catalogue of Life Checklist, consulté le .
- ↑ Christian Meyer, « molosse de Cestoni », sur le Dictionnaire des Sciences Animales (en ligne), Montpellier, CIRAD (consulté le ).
- ↑ CITES, consulté le .
- 1 2 (la + en + de + fr + it) Murray Wrobel, Elsevier's Dictionary of Mammals, Amsterdam, Elsevier, , 868 p. (ISBN 008048882X et 9780080488820, lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 EOL, consulté le .
- 1 2 GBIF Secretariat. GBIF Backbone Taxonomy. Checklist dataset https://doi.org/10.15468/39omei accessed via GBIF.org, consulté le .
- ↑ MNHN & OFB [Ed]. 2003-présent. Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), Site web : https://inpn.mnhn.fr, consulté le .
- ↑ UICN, consulté le .
- 1 2 3 Jon Russ, Les chauves-souris par le son, Paris, Delachaux & Niestlé, , 470 p. (ISBN 978-2-603-02963-3), p. 436
- 1 2 « Les chauves-souris de Provence : 20 ans d’actions », sur www.gcprovence.org (consulté le )
- ↑ COLOMBO Raphaël, « Première observation de Molosse de Cestoni, Tadarida teniotis, en gîte de substitution et nouveaux éléments sur l’écologie de l’espèce en gîte. », Conference paper : "Rencontres Chiroptères de la SFEPM". Bourges 18, (lire en ligne
[PDF]) - ↑ (en) M. Teague O’Mara, Francisco Amorim, Martina Scacco et Gary F. McCracken, « Bats use topography and nocturnal updrafts to fly high and fast », Current Biology, vol. 31, no 6, , p. 1311–1316.e4 (DOI 10.1016/j.cub.2020.12.042, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Le Molosse de Cestoni, une chauve-souris emblématique à NIce », (consulté le )
- ↑ « Le Molosse de Cestoni », sur LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) (consulté le )
- ↑ Les Chauves-Souris Reconnaître 27 chiroptères de nos régions et comprendre leur biologie, Neuchâtel, La Salamandre, (ISBN 979-1-093-65539-0)
- ↑ « Une colonie de chauves-souris coincée dans une gouttière ! », Nice Matin, , p. 24
- ↑ « Connaissez-vous le Molosse de Cestoni ? », sur LPO (Ligue de Protection des Oiseaux), (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- C. Dietz, O. von Helversen, D. Nill (éd.), L'encyclopédie des chauves-souris d'Europe et d'Afrique du Nord., Paris, Delachaux et Niestlé, , 400 p. (ISBN 978-2-603-01595-7)
- L. Arthur et M. Lemaire, Les Chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg et Suisse., Biotope, Mèze, (ISBN 978-2-914817-35-6)
Liens externes
modifier- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Tadarida teniotis Rafinesque, 1814
- (en) Catalogue of Life : Tadarida teniotis (Rafinesque, 1814) (consulté le )
- (fr) CITES : taxon Tadarida teniotis (sur le site du ministère français de l'Écologie) (consulté le )
- (fr) INPN : Tadarida teniotis (Rafinesque, 1814) (TAXREF) (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Tadarida teniotis (Rafinesque, 1814)
- (en) Animal Diversity Web : teniotis/ Tadarida teniotis
- (en) UICN : espèce Tadarida teniotis Rafinesque, 1814 (consulté le )
- (en) NCBI : Tadarida teniotis (taxons inclus)
- (en) Tadarida teniotis (Rafinesque, 1814), GBIF portal
- (en) Tadarida teniotis, zipcodezoo.com
- Christian Meyer, « molosse de Cestoni », sur le Dictionnaire des Sciences Animales (en ligne), Montpellier, CIRAD (consulté le ).
- (fr + en) EOL : Tadarida teniotis (Rafinesque 1814) (consulté le ).
- (fr + en) GBIF : Tadarida teniotis (Rafinesque, 1814) (consulté le ).
- (en) Mammal Diversity Database (MDD) : Tadarida teniotis (Rafinesque, 1814) (consulté le ).