Mort de saint Bruno le 6 octobre 1101
Mort de saint Bruno le est une huile sur toile peinte par Eustache Le Sueur entre 1645 et 1648.
| Artiste | |
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| Date | |
| Type |
Mise sur toile en 1776 |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
193 × 130 cm |
| Série | |
| Propriétaire | |
| No d’inventaire |
INV 8045 |
| Localisation |
Ce tableau fait partie d'un cycle de 22 œuvres montrant divers épisodes de la vie du saint. Il est le 21e et avant-dernier de la série. Ces tableaux devaient orner le petit cloître du couvent des Chartreux de Paris (Chartreuse de Paris). Accompagnés de cartouches en vers latins expliquant leur sujet, ils étaient placés sur les parois du cloître. Cet ensemble fut offert par les Chartreux au roi Louis XVI, en 1776. Il est conservé à Paris, au musée du Louvre.
Historique
modifierEustache Le Sueur
modifierEustache Le Sueur est né à Paris le , et mort dans la même ville le à l'âge de 38 ans. Son père était sculpteur. Il confia son fils au premier peintre du Roi, Simon Vouet, qui accueillit le jeune Le Sueur dans son école[1]. Le jeune élève fut alors très influencé par le style de Nicolas Poussin. Lors de la réalisation de la commande des Chartreux, ils étaient séparés depuis trois ans et Le Sueur commençait à affirmer son style.
Il commence sa carrière avec la création de frontispices (page d'en-tête de livre) pour illustrer des thèses et des livres religieux. Sa foi et ses habitudes de piété l’avaient depuis assez longtemps mis en rapport avec le prieur des Chartreux de Paris.
Influence de l'œuvre
modifierLa Vie de saint Bruno est sa première commande d'importance et elle lancera sa carrière. À partir de ce moment, l'illustrateur est reconnu en tant que peintre. Il deviendra membre fondateur de l'Académie royale de peinture.
Historique de l'œuvre
modifierCommande
modifierLe prieur des Chartreux de Paris faisait restaurer le petit cloître du couvent ; les fresques, restaurées en 1508, dataient de 1350. Les nouvelles réparations entraînaient que les murailles soient blanchies, ou bien peintes de nouveau ; Le Sueur fut contacté. Malgré le salaire dérisoire, il accepta la tâche. Il avait 28 ans.
Les frères étaient impatients de jouir de leur cloître. Dès 1647, les tableaux avaient reçu leur dernière touche ; au début de l'année 1648, c’est–à-dire en moins de trois ans, ils étaient terminés. Le Sueur s’était fait aider par ses frères Pierre, Philippe et Antoine, et son beau-frère Goussé. Mais il avait tout composé, tout dessiné, et plusieurs panneaux avaient même été entièrement couverts de sa main.
Conservation
modifierCertaines peintures de la série ont été profanées. En mettant sous clé leurs tableaux et en les privant d’air, les œuvres se sont dégradées. Des altérations ont eu lieu lors de la mise sur toile ; des restaurations ont été faites lors du transfert dans les collections royales en 1776[2].
Analyse
modifierIconographie
modifierDescription générale
modifierLa peintre présente la mort de saint Bruno dans son habit de Chartreux. La scène se situe dans une pièce nue, sombre, éclairée d'une grande bougie posée aux pieds de saint Bruno. Celui-ci repose sur un lit sommaire et légèrement de travers au centre du tableau. Les mains du mort, au teint très pâle, ont été jointes et reposent sur son ventre. Il est entouré de Chartreux ; le premier semble en prière, le deuxième est prostré au sol. Trois autres Chartreux sont à ses pieds en train de prier. Au fond, quatre frères, debout et en deuil, se recueillent. L'un d'eux porte un crucifix dans la main droite, l'un des attributs de saint Bruno. Chaque religieux exprime sa peine à sa manière.
Saint Bruno et les Chartreux
modifierLa scène de la toile se situe le , en Calabre, au monastère de Santo Stefano del Bosco. Bruno le Chartreux vient de mourir. Il s'était retiré dans ce monastère, qu'il avait créé neuf ans auparavant, avec son bras droit Lanuin.
Bien qu'appelé saint Bruno, il ne fut, en réalité, jamais canonisé[3]. Il vécut au XIe siècle et a fondé l'Ordre des Chartreux, connu pour sa règle imposant le silence.
Saint Bruno est représenté dans le vêtement blanc des Chartreux, les bras sur la poitrine. Ses attributs sont le crucifix et le crâne (visible sur le tableau).
Plastique
modifierLa composition
modifierCette scène de recueillement est soulignée par le calme et la piété des moines. La pièce sombre est éclairée par une simple bougie ; elle se réfléchit sur les habits blancs des Chartreux et apporte de la douceur. Elle crée des teintes chaudes, en contraste avec la figure pâle de Bruno.
La scène ne comporte pas de mouvements brusques, à l'exception de la posture du porteur de crucifix. Elle est centrée sur le lit. Le cadrage, relativement serré, tronque légèrement les personnages à droite. Le personnage prostré permet de voir Bruno couché, tout en occupant le premier plan. Tous les personnages sont tournés vers Bruno (sauf le porteur de crucifix). Bruno est mis en valeur. L'homme qui porte le crucifix se démarque du groupe. Le spectateur est proche du tableau, mais exclu du tableau (puisque personne ne le regarde).
Le dessin
modifierLes détails de la gestuelle (le moine prostré), de la physionomie (le personnage debout à droite), et le dessin des habits en général sont frappants. Le Sueur avait eu le projet de faire poser quelques frères. Par manque de temps, il ne put le faire[2]. Certains doigts semblent un peu longs (personnage agenouillé de face).
Le climat
modifierUn sentiment tragique ressort de ce tableau. Ludovic Vitet, dans un article consacré à Eustache Le Sueur, pour la Revue des deux Mondes en 1841, écrit[4] : « La mort du saint, cette scène religieusement tragique si fortement conçue, si mystérieusement exprimée : en dépit des dégradations et des restaurations, ce soit là autant de chefs-d’œuvre d’expression qui, tant qu’il en restera vestige, feront les délices de toute âme sensible à la poésie de la peinture. »
« Une ébauche »
modifierLe Sueur disait à ceux qui le félicitaient qu’il n’avait fait que des ébauches. Il sentait les imperfections de son ouvrage ; certaines erreurs étaient dues à la rapidité d'exécution demandée[5]. Cependant, cette toile est le chef-d'œuvre de la collection, l'œuvre la plus travaillée, par la beauté des habits et le réalisme des expressions[2].
Notes et références
modifier- ↑ Dictionnaire Bénézit ; Bibliothèque Universitaire de Nancy II, , Peintres, dossier Eustache Lesueur.
- 1 2 3 Vitet 1841, p. 47.
- ↑ Voir « Vie de Saint Bruno », sur jubilatedeo.centerblog.net (consulté le 12 avril 2010) : le culte fut autorisé de vive voix dans l'ordre des Chartreux par Léon X, le 19 juillet 1514. La fête, introduite en 1622 dans la liturgie romaine et confirmée en 1623 comme semi-double ad libitum, est devenue de précepte et de rite double en 1674 à la date anniversaire de sa mort, le 6 octobre ; saint Bruno n'a donc été l'objet que d'une canonisation équipollente.
- ↑ Vitet 1841.
- ↑ Vitet 1841, p. 48.
Annexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
Bibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Charles de Pougens, Galerie de Lesueur, ou Collection de tableaux représentant les principaux traits de la vie de S. Bruno, faisant suite au Cours de peinture, ou Musée de M. Filhol, dessinée et gravée par Georges Malbeste, accompagnée de sommaires descriptifs et de notices sur la vie de S. Bruno et sur celle de Lesueur, .
- Alain Mérot, Eustache Le Sueur, 1616-1655, éd. Arthena, .
- Alain Mérot, Eustache Le Sueur 1616-1655, éd. Arthena, (ISBN 2-903239-26-6) — Réédition, revue et corrigée de l'édition de 1987.
- Ludovic Vitet, « Eustache Lesueur », Revue des deux Mondes, 4e série, t. 27, (lire sur Wikisource).
