Nina Morguleff
Nina Morguleff, née le à Saint-Pétersbourg et morte le à Paris, est une chimiste et astrophysicienne française d’origine russe, qui a joué un rôle notable dans la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment en tant que secrétaire et agent de liaison principal de Marc Bloch, responsable du mouvement Franc-Tireur à Lyon, puis des Mouvements unis de la Résistance (MUR) dans la région lyonnaise. Elle fut également l'une des fondatrices du quotidien Midi libre.
| Naissance | Saint-Pétersbourg, alors Petrograd |
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| Décès |
(à 75 ans) Sèvres |
| Surnom |
Madeleine Rochette, Nathalie |
| Nationalité |
Russe, puis française |
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| Personne liée | |
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Biographie
modifierEnfance et jeunesse en Russie et en Allemagne (1915-1933)
modifierNina Morguleff naît le 24 mai 1915 à Saint-Petersbourg (alors appelée Petrograd), d’un père ingénieur et d’une mère chirurgienne, Luba Aisenstein. Sa famille, bien que d’origine juive, appartient aux couches sociales élevées de la capitale de l’Empire russe[1].
En 1920, Nina et son frère Georges (né en 1916) quittent la Russie soviétique avec leur mère à la suite de l’exécution de leur père par les bolcheviks, au pouvoir depuis la révolution d'Octobre en 1917.
Ils s'installent en Allemagne, où ils vont séjourner pendant treize ans, d'abord à Berlin puis à Baden-Baden.
Études supérieures en France (1933-1940)
modifierIls émigrent de nouveau en 1933 et s'installent en France, à Paris. Ils y retrouvent peut-être Simeon Serge Aisenstein, frère de Luba, ingénieur spécialiste des télécommunications, naturalisé français en 1929[1].
Alors que sa mère repasse les certifications nécessaires pour exercer son métier de chirurgienne, Nina part un moment à Grenoble avec son frère, puis tous deux poursuivent leurs études supérieures à l'université de Lyon. Nina obtient des certificats d’études supérieures de minéralogie en 1935, de chimie générale et de chimie-physique en 1936 avec mention Bien.
En 1937, elle sort diplômée de l’Ecole supérieure de chimie industrielle de Lyon, comme ingénieure chimiste. Son frère sort diplômé de l’École centrale de Lyon en 1939. Durant cette période, ils sont hébergés à Caluire-et-Cuire par Blanche Molino, directrice d’école à la retraite[1].
S’éloignant de la carrière industrielle que ce diplôme lui ouvre, passionnée par la recherche fondamentale et notamment par l’astrophysique, elle effectue un stage à Liège auprès du professeur Pol Swings (1906-1983), directeur de l’Institut d’astrophysique de la ville.
Celui-ci l’introduit ensuite auprès de Daniel Barbier (1907-1965) et Daniel Chalonge (1895-1977), qui sont alors en train de mettre en place un nouvel Institut d’astrophysique à Paris. Nina Morguleff y est accueillie comme bénévole et obtient une bourse du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), créé en 1939. La qualité de son travail est mentionnée dans les rapports d’activité de l’observatoire de Paris[1].
Débuts de la Seconde Guerre mondiale (1940-1942)
modifierEn juin 1940, à la suite de l'effondrement de l'armée française face à l'armée allemande, l’IAP est envoyé à Bordeaux puis dans un château à proximité de Pau. La bourse du CNRS de Nina s’interrompt et son statut de juive lui interdit de toute façon toute poursuite de carrière dans la fonction publique française, en raison de la loi du 3 octobre 1940 « portant statut des Juifs »[1].
Nina et Georges reviennent alors dans la région lyonnaise, c'est-à-dire en zone libre[2], d’abord à Champagne-au-Mont-d'Or, où leur mère, malade, les rejoint au début de juin 1941. Elle y meurt le 14 mai 1942 à l’âge de 56 ans. Entre 1940 et 1942, Nina est employée comme ingénieure chimiste dans une usine de Villeurbanne.
À partir de 1942, le frère et la sœur sont de nouveau hébergés à Caluire-et-Cuire chez Blanche Molino qui les protège notamment au moment des rafles de l’été 1942, puis Georges part à Marseille chez la sœur de Blanche Molino.
Dans la Résistance
modifierNina entre en résistance au sein du mouvement Libération-Sud sous la fausse identité de « Madeleine Rochette ». Les informations disponibles pour cette période, peu nombreuses, se trouvent principalement dans le descriptif de ses faits d’armes contenu dans son dossier de médaillée de la Résistance. Elle s’occupe d'abord de la fabrication de faux papiers et est à ce titre en contact étroit avec Robert Cluzan, alias Fabrice, rédacteur à la préfecture du Rhône et responsable du secteur Noyautage des administrations publiques [3].
En 1943, sous le pseudonyme de « Nathalie », elle devient la secrétaire de Marc Bloch, alias Narbonne, chef régional du mouvement Franc-Tireur. Marc Bloch la charge notamment de la liaison avec les autres mouvements de résistance (Libération, Combat, Front national) et avec les principaux chefs de la Résistance régionale, comme Yves Farge ou Georges Altman. De ce fait, elle joue un rôle important dans la mise en place des Mouvements unis de la Résistance (MUR), mis en place à la fin de janvier 1943 et en ordre de marche à l'été 1943. Selon Laurent Douzou, le titre de « secrétaire » ne reflète pas l’importance du rôle de Nina auprès de Marc Bloch : les termes d'« adjointe » ou d'« agent de liaison principal » seraient plus appropriés.
Après l’arrestation de Marc Bloch le 8 mars 1944, elle parvient à quitter Lyon après avoir mis à l’abri les documents les plus sensibles du mouvement. Elle rejoint à Carcassonne Lucien Roubaud, gendre de Blanche Molino, chef départemental des MUR, ainsi que son propre frère Georges, devenu commandant départemental des FFI de l’Aude. Elle devient secrétaire de Lucien Roubaud.
A cette occasion, le fils de ce dernier, Jacques Roubaud (1932-2024), évoque sa rencontre avec Nina dans son livre Le Grand Incendie de Londres (1989). Il raconte par exemple que Nina et son frère sont en train de dîner avec la famille Roubaud au complet, lorsque quelqu’un frappe à la porte : le futur écrivain voit alors les deux invités « se lever d’un bond, courir dans le jardin et sauter par-dessus le mur avec une agilité admirable, mais complètement incompréhensible pour [eux] »[4].
Elle participe également à la création du journal Midi libre, « organe du comité régional du mouvement de libération nationale », dont le premier numéro paraît le 27 août 1944, à l'époque de la Libération (Montpellier, siège du journal, est libérée le 20 août 1944) sous le nom de Madeleine Rochette.
Après-guerre
modifierNina Morguleff est naturalisée française par décret du 24 novembre 1945.
Titulaire de la Médaille de la Résistance en 1946, elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur en 1954, à titre militaire avec attribution de la Croix de guerre. Cette décoration lui est remise par le général Zeller, gouverneur militaire de Paris[5].
Elle poursuit ses activités au sein du journal Midi libre aux côtés de Armand Labin, dont, en 1944, elle a été nommée secrétaire générale adjointe. Durant plusieurs dizaines d’années, elle assure la représentation du journal à Paris tout en poursuivant une carrière d‘ingénieur dans l’industrie[1]. L'épouse de Armand Labin, la photographe-reporter Denise Bellon[6], réalise un cliché de son mari en compagnie de Nina Morguleff, en 1950[7].
Dans les années 1960, elle reprend ses travaux en astrophysique et renoue alors avec Daniel Barbier. En 1962, tous deux croient identifier, dans le cadre de recherches à l’observatoire de Haute-Provence, une raie de potassium dans un spectre d’étoile. Cette découverte étonnante, publiée dans The Astrophysical Journal, n’est pas confirmée par la suite. La source de l’erreur est identifiée des années plus tard : cette apparition était due aux allumettes utilisées par Daniel Barbier pour allumer sa pipe pendant les observations[1].
Durant toute cette période, elle n’évoque jamais publiquement ses activités dans la résistance et son rôle demeure longtemps méconnu, y compris des chercheurs ayant travaillé sur Marc Bloch ou le mouvement Franc-Tireur. Interviewée sur France Culture en 1988, dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’Institut d'astrophysique de Paris, ce qui constitue le seul témoignage direct sur sa vie connu à ce jour, elle mentionne son engagement dans la « Résistance active », sans toutefois donner aucun détail[1].
Elle disparaît le 25 octobre 1990 à l’âge de 75 ans.
Décorations
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Chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire (décret du 2 septembre 1954)[8]
Croix de guerre -
Médaille de la Résistance française (décret du 20 novembre 1946)[9]
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 Laurent Douzou, « Dans l’ombre de Marc Bloch « Narbonne », Nina Morguleff « Nathalie » (1943-1944) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, no 164, , p. 75-84 (DOI 10.4000/15hkc, lire en ligne)
- ↑ La zone Sud de la France, ou zone libre, n'est occupée par les armées allemande et italienne qu'à partir du , en réponse au débarquement des Alliés en Afrique du Nord.
- ↑ Robert Cluzan meurt à la prison de Montluc le 6 août 1944, des suites des tortures qu’il a subies.
- ↑ Jacques Roubaud, Le Grand Incendie de Londres, Paris, Le Seuil, coll. « Fiction et Cie », 1989.
- ↑ Colette Lelay, « Les neuf vies de Nina Morguleff », L’Astronomie, n° 164, octobre 2022, pages 32-34.
- ↑ « Archives juives n°59/1 », sur Archives Juives (consulté le )
- ↑ « Exposition : Denise Bellon. Un regard vagabond | Musée d’art et d’histoire du Judaïsme », sur www.mahj.org, (consulté le )
- ↑ Grande chancellerie de la Légion d'honneur, « Liste unique des décorés - Fiche Nina Morguleff »
- ↑ Base Mémoire des hommes - base des médaillés de la Résistance, « Fiche Nina Morguleff »
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Laurent Douzou, « Dans l’ombre de Marc Bloch « Narbonne », Nina Morguleff « Nathalie » (1943-1944) », dans Cahiers d’histoire, n° 164, p. 75-84
- Colette Lelay, « Les neuf vies de Nina Morguleff », dans L’Astronomie, n° 164, octobre 2022, pages 32-34.
- Pierre Mazier, « Midi Libre, naissance d'un quotidien régional à la Libération », paragraphe consacré à « Madeleine Rochette », alias Nina Morguleff, sur le site Ètudes héraultaises
- Jacques Roubaud, Le Grand Incendie de Londres, Paris, Le Seuil, coll. « Fiction et Cie », 1989.
Liens externes
modifier- Ressource relative aux militaires :
- « Liste des décès de la commune de Sèvres », page 154 (« Nina Morguleff : Naissance le 14/03/1915 Décès le 25/10/1990 »)
- « Les 50 ans de l'IAP de Paris » (mai 1988) sur le site de l'IAP (entretien avec Nina Morguleff en bas de page, n° 3, MP3)
- « Astronomes français 1850-1950 » sur le site de l'observatoire de Haute-Provence (notice « Nina Morguleff »)
- Hélène Chaubin, « Les FFI héraultais confrontés à l'amalgame, 1944-1945 », en ligne sur le site Études héraultaises, 2015, page 130
- « Les femmes et les hommes médaillés de la Résistance française » (dont : « Nina Morguleff » et « Georges Morguleff »), sur le site de l'ordre de la Libération
- « Blanche Molino », sur le site de l'AJPN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période nazie)
- « Nina Morguieff dite Madeleine Rochette », sur le site de l'AJPN (sauf pour l'en-tête, cette page reprend celle de Blanche Molino (ci-dessous) ; noter aussi l'orthographe du nom : « Morguieff » au lieu de « Morguleff »)
- « Marc Bloc, un inconnu au Panthéon », France Culture, Une histoire particulière, 21 juin 2026