Octobre rose
Octobre rose est une campagne annuelle mondiale de communication, organisée chaque mois d'octobre, et destinée à sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche[1]. Le symbole de cet événement est le ruban rose. Son équivalent anglo-saxon est le National Breast Cancer Awareness Month (« Mois national de la sensibilisation au cancer du sein »). Elle a été instaurée en 1985, notamment à l’initiative de l’industrie chimique.
| Octobre rose | |
Le ruban rose, symbole de la campagne. | |
| Localisation | international |
|---|---|
| Cause | Campagne de dépistage du cancer du sein |
| Date | Octobre |
| Site web | https://octobre-rose.ligue-cancer.net/ |
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Historique
modifierLa campagne, dénommée initialement National Breast Cancer Awareness Week [« semaine nationale de sensibilisation au cancer du sein »] et limitée à une durée d'une semaine, est originaire des États-Unis où elle a lieu pour la première fois du 21 au 27 octobre 1985[2], soutenue par l'American Cancer Society et l'entreprise Imperial Chemical Industries[3].
La première campagne a lieu en France en 1994, à l'initiative du groupe Estée Lauder (qui a créé l'association Le Cancer du sein, parlons-en ![4]) et du magazine Marie Claire[5].
Taux d'incidence du cancer du sein
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Selon les données du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la France, avec plus de 61 000 nouveaux cas par an, enregistre l'un des taux d'incidence (103,4 nouveaux cas par an pour 100 000 habitants) les plus forts de la planète[2], aux côtés de pays voisins comme la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l'Australie. Ces taux d'incidence très élevés dans les pays développés s'expliquent en partie par des systèmes de santé performants et une forte culture du dépistage (mammographies régulières), qui permettent de détecter un plus grand nombre de tumeurs.
Organisation
modifierOrganisation de la campagne
modifierElle est organisée par différents organismes de bienfaisance sur le cancer du sein. Son but est de sensibiliser les femmes à la maladie[2]. La campagne informe par exemple sur l'importance du dépistage précoce et du suivi médical régulier, notamment à partir d'un certain âge, et promeut les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS)[6],[7],[8],[9].
Marches et courses de sensibilisation
modifierDes marches ou des courses dans certaines villes sont dédiées à la sensibilisation du public, où les participants (hommes et femmes) marchent et courent pour montrer leur lutte contre le cancer du sein :
- À Bordeaux, le Challenge du Ruban rose est organisé depuis 2003[10]. Il fête sa 20e édition en 2024[11], l'édition 2020 n'ayant pas eu lieu. En 2019, le défi a rassemblé plus de 15 000 participants selon les organisateurs.
- À Lille, le Challenge du Ruban rose fête sa 7e édition en 2021. En 2019, le défi a rassemblé 3 500 participants selon les organisateurs[12].
- À Strasbourg, depuis 2010, la « Strasbourgeoise » a lieu à chaque début du mois d'octobre.
Activités caritatives
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Durant ce mois d'octobre, des initiatives comme des ventes aux enchères ou des collectes de soutiens-gorge sont organisées[4]. Cette manifestation est organisée afin de rassembler des associations et des professionnels de santé autour de l'information sur le dépistage du cancer du sein[4].
L'événement est aussi consacré à l'information sur les aides à l'attention des aidants entourant les personnes atteintes d'un cancer du sein[13].
Prix Ruban rose
modifierL'association a créé en 2003 les six Prix « Ruban rose » pour la recherche qui sont décernés chaque année. Ils encouragent des projets novateurs dans la recherche sur le cancer du sein, menés par de jeunes médecins et chercheurs. Le Grand Prix soutient la recherche fondamentale ou clinique. Il s’accompagne de trois prix d’Avenir pour encourager l’innovation et, enfin, deux prix pour des projets sur la qualité de vie des malades[14].
En 2020, le montant du soutien attribué aux lauréats des différents prix est de[15] :
- Grand Prix de la Recherche Ruban rose : 170 000 euros ;
- Prix Ruban rose Avenir : 170 000 euros à chacun des trois lauréats ;
- Prix Ruban rose Qualité de Vie : 70 000 euros à chacun des deux lauréats.
| Année | Grand Prix de la Recherche | Prix Avenir | Prix Qualité de Vie |
|---|---|---|---|
| 2016 | Jean-Paul Borg[16] | Patrick Legembre[17] et Laurence Lafanechère | Virginie Leloup-Morit et Laure Guéroult-Accolas |
| 2017 | Dr Fatima Mechta Grigoriou[18] | Carmen Garrido[19], Dr Charlotte Ngo et Dr Sébastien Roger | Isabelle Fromantin et Dr Pierre Guerreschi |
| 2018 | Pr Alain Pulsieux[20] | Dr Philippe Chavrier, Dr Aura Carreira et Pr Nathalie Chabbert-Buffet | Dr Mahasti Saghatchian et Dr Véronique Gérat-Muller |
| 2019 | Pr Guido Kroemer[21] | François-Clément Bidard[22], Pr Catherine Uzan et Dr Muriel Le Romancer | Dr Angeline Ginzac-Couvé |
| 2020 | Pr François Bertucci[15] | Dr Élodie Guillaume, Elisabetta Marangoni et Jacky Goetz | Dr Frédéric Fiteni |
| 2021 | Carmen Garrido à Dijon[23] | Dr. Véronique Marguer-Satta à Lyon, Irène Buvatest à Paris, Pr. Carole Mathelin à Strasbourg. | Association RoseUp à Paris, association Sœurs d'Encre représentée par Nathalie Kaïd à Bordeaux. |
Critiques
modifierOctobre rose est critiqué pour son message jugé peu nuancé[24], voire culpabilisant[5], en faveur du dépistage systématique du cancer du sein, dont la balance bénéfice-risque est controversée[5],[25]. En 2015, un groupe de médecins se forme pour critiquer le message de la campagne, qu'il juge fondé sur des injonctions culpabilisantes au lieu d'une information objective[5].
Certains acteurs sont accusés de pinkwashing[5], récupérant le message pour améliorer leur image, avec des dérives marketing[26]. De plus, cette campagne tend à invisibiliser les cas de cancer du sein chez les hommes (1 % des cas[27]).
En France, pays où l’incidence du cancer du sein est parmi les plus importante au monde, la campagne est critiquée pour sa focalisation sur le dépistage alors que les risques liés à l’environnement ou encore au travail sont très peu médiatisés[28].
Origines industrielles et conflits d'intérêts
modifierLes liens historiques entre la campagne et l'industrie pharmaceutique alimentent des critiques sur les conflits d'intérêts et la récupération commerciale de la sensibilisation au cancer du sein. En 1985, la première campagne américaine est lancée avec le soutien de l'American Cancer Society et d'Imperial Chemical Industries (ICI), groupe actif notamment dans la chimie et la pharmacie, dont la branche pharmaceutique commercialisait le tamoxifène, utilisé contre certains cancers du sein. Cette branche devient Zeneca en 1993, puis fusionne avec Astra en 1999 pour former AstraZeneca. La campagne actuelle ne relève toutefois pas de la propriété d'AstraZeneca et mobilise de nombreuses organisations indépendantes[29].
L'association américaine Breast Cancer Action refuse notamment les financements d'entreprises ayant des intérêts économiques dans le diagnostic ou le traitement du cancer du sein, afin de prévenir les conflits d'intérêts. Cette position s'inscrit dans une critique plus large du pinkwashing et de la commercialisation des campagnes de sensibilisation[29].
Controverse politique en 2026
modifierEn octobre 2026, Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, annonce refuser de porter le ruban rose. Elle met en cause les origines industrielles de la campagne, lancée aux États-Unis en 1985 avec le concours d'Imperial Chemical Industries (ICI), dont la division pharmaceutique produisait le tamoxifène, un traitement contre le cancer du sein. Elle dénonce le fait qu'ICI commercialisait à la fois des pesticides et ce traitement[30],[31].
La députée établit également un rapprochement entre ICI et le groupe agrochimique Syngenta, issu notamment d'activités de l'ancienne entreprise britannique, puis évoque les activités de l'entreprise israélienne Adama, intégrée au groupe Syngenta, en lien selon elle avec la colonisation israélienne. Elle reproche par ailleurs à des responsables politiques de soutenir Octobre rose tout en défendant des mesures autorisant l'utilisation de certains pesticides[30].
Ces déclarations suscitent des critiques de plusieurs responsables politiques, notamment de la ministre de la Santé Stéphanie Rist, qui dénonce des approximations scientifiques et une instrumentalisation politique de la campagne[30].
Dans une analyse publiée le 11 octobre 2026, Conspiracy Watch confirme les liens historiques entre ICI, AstraZeneca et Syngenta, tout en soulignant que ces deux dernières entreprises sont distinctes depuis plusieurs décennies. Le média conteste également le raisonnement de Mathilde Panot, estimant que les éléments présentés ne permettent pas d'établir un lien entre les pesticides commercialisés par ICI et l'augmentation des cancers du sein[31].
Octobre rose dans la culture
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Octobre rose a depuis sa création servi de source d’inspiration à des artistes à travers la planète.
À l’image de la tour Eiffel à Paris, du Christ Rédempteur à Rio de Janeiro, du Centre national de natation de Pékin ou encore de l’Empire State Building à New York, de nombreux monuments s’illuminent de rose à travers le monde pour marquer l’événement[32].
De nombreuses œuvres d’art urbain font aussi leur apparition en France comme à l’étranger. Le mouvement Paint for Pink par exemple, est à l’origine de nombreux graffitis à New York[33].

En France, Jef Aerosol réalisée une fresque géante en 2013 pour l’occasion au CHU de Bordeaux[34], l’artiste Sunra a inauguré une fresque au sol en 2020 à Montpellier[35] et le collectif Admere a fixé des tétons 3D sur les plots de la ville de Périgueux en 2019[36].
Chaque année également, de nombreuses villes s’inspirent du concept d'origine portugaise Umbrella Sky Project[37] pour suspendre des parapluies roses au-dessus des rues[38],[39],[40].
Références
modifier- ↑ « Octobre rose, le mois dédié à la sensibilisation au cancer du sein », sur RTL2, (consulté le ).
- 1 2 3 William Audureau, Stéphane Foucart et Stéphane Mandard, « Octobre rose : les accusations de Mathilde Panot reposent-elles sur des faits avérés ? », Le Monde, .
- ↑ Anaïs Lecoq, « Attention au « pinkwashing » : le marketing d'Octobre rose », sur L'Union, (consulté le ).
- 1 2 3 AFP, « Octobre rose, uns mois d'initiatives contre le cancer du sein », sur Le Point, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Anne-Aël Durand, « « Octobre rose » : faut-il un dépistage systématique du cancer du sein ? », Les Décodeurs. Le Monde, (consulté le ).
- ↑ « Cancer du sein », sur Haute Autorité de Santé (consulté le ).
- ↑ (en) « Cancer du sein », sur Haute Autorité de Santé (consulté le ).
- ↑ « Dépistage et prévention du cancer du sein », sur Haute Autorité de Santé (consulté le ).
- ↑ « Cancer du sein : modalités spécifiques de dépistage pour les femmes à haut risque », sur Haute Autorité de Santé (consulté le ).
- ↑ Philippe Cloutet, « 5 km et 10 km du Ruban Rose Bordeaux 2011 », sur AquitaineOnLine (version du sur archive.org).
- ↑ « Bordeaux », sur Challenge Ruban Rose (consulté le ).
- ↑ « Lille », sur Challenge Ruban Rose (consulté le ).
- ↑ Clémence Gourdon Negrini, « Octobre rose, un mois de mobilisation contre le cancer du sein », sur France Bleu, ici.fr, (consulté le ).
- ↑ Laetitia Reboulleau, « Aidez la recherche contre le cancer du sein en participant au Prix Ruban Rose », sur Marie Claire, (consulté le ).
- 1 2 « Cancerdusein.org - Prix Ruban Rose - Lauréats 2020 », sur cancerdusein.org via Wikiwix (consulté le ).
- ↑ « Cancerdusein.org - Lauréats 2016 - Prix Ruban Rose »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), sur cancerdusein.org (consulté le ).
- ↑ RubanRoseOfficiel, « Patrick Legembre - Prix Ruban Rose Avenir 2016 » [vidéo], sur youtube.com, (consulté le ).
- ↑ « Cancerdusein.org - Prix Ruban Rose - Lauréats 2017 », sur cancerdusein.org via Wikiwix (consulté le ).
- ↑ Le Bien Public, « Dijon : elle reçoit 60 000 € pour poursuivre ses recherches sur le cancer du sein », sur bienpublic.com, Le Bien public, (consulté le ).
- ↑ « Cancerdusein.org - Prix Ruban Rose - Lauréats 2018 », sur cancerdusein.org via Wikiwix (consulté le ).
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- ↑ Valérie Devillaine, « Le Prix Ruban Rose Avenir décerné à François-Clément Bidard », sur Curie.fr, (consulté le ).
- ↑ https://www.ube.fr/carmen-garrido-decroche-une-bourse-ruban-rosa-pour-financer-ses-recherches-contre-le-cancer/
- ↑ Fabienne Maleysson et Anne-Sophie Stamane, « Octobre rose, des slogans pro-dépistage à nuancer », sur UFC-Que Choisir, (consulté le ).
- ↑ Dominique Dupagne, « Un pavé dans la mare d'octobre rose », sur France Inter, (consulté le ).
- ↑ Pierre Bienvault, « Octobre rose, santé publique et marketing commercial », sur La Croix via Internet Archive, (consulté le ).
- ↑ « Cancer du sein chez l'homme - Cancer du sein », sur e-cancer.fr (consulté le ).
- ↑ Caroline Coq-Chodorge, « Les « chiffres noirs » d’Octobre rose : la France tait la hausse catastrophique du nombre de cancers du sein », sur Mediapart, (consulté le )
- 1 2 Clara Robert-Motta, « Non, Octobre Rose « n'appartient » pas à AstraZeneca », sur Les Surligneurs, (consulté le )
- 1 2 3 « Mathilde Panot explique son refus de porter le ruban d'Octobre rose et s'attire de vives critiques », sur TF1 Info, (consulté le )
- 1 2 La Rédaction, « Le fil rose du soupçon », sur Conspiracy Watch, (consulté le )
- ↑ « Octobre Rose autour du monde », sur cancerdusein.org (consulté le ).
- ↑ (en) « Paint for Pink : Graffiti Meets Education and Health in Newark NJ », sur streetartnyc.org (consulté le ).
- ↑ « Jef Aérosol pour l'Octobre Rose au CHU de Bordeaux », sur Street Art Avenue, (consulté le ).
- ↑ Michel Pieyre, « Octobre rose à Montpellier : une fresque street art sur la place de la Comédie », Midi libre, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Marie-Sylvie Prudhomme, « Périgueux : des tétons sur les plots métalliques pour octobre rose », sur francebleu.fr, ici.fr, (consulté le ).
- ↑ « Umbrella Sky Project », sur Impactplan - Art Productions (consulté le )
- ↑ « Clichy : une pluie de parapluies pour Octobre Rose », Le Parisien, .
- ↑ « Octobre rose : contre les cancers féminins, les parapluies de Foix… », La Dépêche, .
- ↑ « Pau : la Ville décline son programme d’animations pour Octobre Rose », La République des Pyrénées,
Annexes
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Site officiel
- Ressource relative à l'audiovisuel :