Oumm Khaled

village palestinien expulsé en 1948

Umm Khalid ou Oumm Khaled (أم خالد), aussi appelé Mukhalid, est un village palestinien du sous-district de Tulkarem, sur la côte méditerranéenne. Ce site occupé depuis la plus haute Antiquité fait désormais partie de la ville de Netanya en Israël.

Oumm Khaled
Vieux sycomore (Ficus sycomorus), dont l’âge est estimé entre 600 et 1200 ans. très ancien d’Umm Khalid.
Géographie
Pays
Sous-district
Superficie
2,89 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Altitude
50 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
970 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
335,6 hab./km2 ()
Fonctionnement
Statut
Carte

Toponymie

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Le village est aussi appelé Mukhalid[1] et Castellare Rogerii Longobardi pendant les Croisades.

Géographie

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Le village d’Umm Khalid était construit dans la plaine côtière palestinienne, à 15 kilomètres à l’ouest de Tulkarem, sur une colline de grès, à moins de 2 kilomètres de la mer Méditerranée. La route de Tulkarem à Netanya passait en limite sud du village[2]

Les villages voisins étaient en 1948 Kfar Yedidia (en) au nord (créé en 1935), Benei Binyamin et Nira à l’est (également de création récente), Khirbat Bayt Lid (en) au sud, la ville israélienne de Netanya (fondée en 1929) à l’ouest et Avihayil (en) (créé en 1932) au nord-ouest[2].

En 1945, la superficie totale des terres du village était de 2894 dounams (2,9 km²)[3] dont la propriété se répartissait en 1923 dounams (192 hectares) appartenant à des Arabes, 882 dounams (88 hectares) appartenant à des Juifs et 89 dounams (9 hectares) de terres publiques[2]. Sur ces surfaces, 5 % (13 hectares) étaient des terres incultes, 47 dounams étaient consacrés aux cultures d’agrumes et de bananiers, 1830 dounams (183 hectares) classés comme terres céréalières[4].

Histoire

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Ruines du château croisé d’Umm Khalid.

Plusieurs découvertes archéologiques ont eu lieu autour du village, dont des vestiges de tours, de la forteresse, de puits, de réservoirs, citernes et céramique[5].

Des outils de pierre taillée découverts autour du village suggèrent une fréquentation du site depuis la Préhistoire[6].

Des vestiges de maisons du Ier siècle av. J.-C. et de grottes funéraires ont été mises au jour[6].

Château croisé

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Le Castellum Rogerii Langobardi, soit le château de Roger le Lombard, construit à l’époque des Croisades, se trouve à Umm Khalid[7]. Il est mentionné dès 1135. Vers 1948, il est en grande partie détruit. Des fouilles partielles ont lieu en 1985/86. Il n’en reste que quelques salles d’habitation[8]. Il est resté en usage sans interruption des Croisades jusqu’à 1948[6].

Empire ottoman

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Illustration d’un livre du 19e siècle reproduite sur un sol de céramique près de l’arbre, rue Mintz à Netanya.

Umm Khalid est un des quatre villages fondés au 18e siècle près de l’embouchure du Yarkon, avec Cheikh Muwannis, Al-Haram et Ijlil. Le village est construit pour jouer le rôle de relais routier sur la route côtière entre Jaffa, alors en pleine croissance, et Acre[9]. Selon Roy Marom, la création d’Umm Khalid « démontre que le développement du peuplement dans le sud de Sharon est le résultat d’une croissance interne du cœur de la zone peuplée par les habitants des montagnes de Samarie, et par des "pénétrateurs" égyptiens comme affirmé auparavant »[10].

Le village est nommé Omm Kaled sur la carte de Pierre Jacotin[11]. Il est détruit par les troupes de Napoléon Bonaparte lors de sa retraite vers l’Égypte après son échec lors du siège de Saint-Jean-d'Acre (1799)[7].

James Silk Buckingham, qui passe par El Mukalid en 1816, le décrit comme plutôt pauvre et ressemblant à dans sa construction et par la forme des huttes[12].

Au 19e siècle, Umm Khalid est un arrêt entre al-Tantoura et Ras al-Ayn, où les dirigeants ottomans faisaient halte et receveaient les dignitaires[13]. Quand Mary Rogers, sœur du vice-consul britannique à Haïfa, visite Umm Khalid en 1856, elle décrit un village florissant ; elle note les jardins regorgeant de pastèques à l’ouest du village[14].

En 1863, Victor Guérin visite Oumm Khaled, dont il estime la population à 300 habitants et dont les maisons sont en pisé[15]. En 1873, un bâtiment voûté émergeait des ruines avec l’amorce d’un deuxième étage ; un puits bien construit et six greniers circulaires taillés dans le roc sont aussi relevés[16].

En 1870/1871 (1288 AH), une liste de villages ottomane mentionne Umm Khalid dans la nahié (sous-district) de Wadi al-Sha'ir[17].

En 1882, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit le village comme « petit, construit en adobe, avec des ruines, et un lieu sacré au sud. À l’est se trouve un puits bien maçonné avec des abreuvoirs et une roue pour élever l’eau. [...] Il y a aussi des citernes et un étang aux rives boueuses. Des champs de maïs se trouvent à l’est, mais le sol est très sableux. Le village est célèbre place pour ses pastèques, qui sont exportées par le petit port de Minet Abou Zabura »[1].

Période du mandat britannique

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De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'Umm Khalid est conquise en septembre 1918 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, il y avait 307 habitants, tous musulmans[18], population qui augmente au recensement de 1931 à 586 habitants, dont 580 musulmans et 6 chrétiens, dans 131 maisons[19].

Le village avait une forme rectangulaire, s’étendant vers le sud. Les maisons, en pierre et en adobe, étaient construites proches les unes des autres, d‘étroites ruelles les séparant[2]. Au centre du village se trouvait une mosquée, une école primaire pour garçons et quatre boutiques d‘épicerie et de tissus. Selon les statistiques de Village de 1945, la population d’Umm Khalid est estimée à 970 habitants, dont 960 musulmans et 10 chrétiens[20],[3]. De nombreux habitants s’étaient installés à Umm Khalid pour y trouver du travail[2].

Guerre de 1948

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Inscription de la mosquée d’Oumm Khaled.

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Umm Khalid est attribué à l’État juif[21].

Selon un rapport militaire israélien, Umm Khalid est évacué le 20 mars 1948[5],[22]. Walid Khalidi suppose que le village, situé dans une région que les leaders sionistes considéraient comme le cœur de l’État juif planifié, il était souhaitable pour eux que les habitants arabes soient contraints de partir avant le 15 mai[5].

Rosemarie Esber a mené des entretiens avec des réfugiés d’Umm Khalid. Selon Ahamed 'Uthman, les Sionistes ont encerclé et soumis le village à un blocus en 1947, et ont continué en 1948 :

« [Les Juifs] interdisaient toute entrée ou sortie du village. Ils nous interdisaient de vendre ou d‘acheter quoi que ce soit à l’extérieur du village [...] Après un mois de blocus, quelques familles sont parties. [..] Nous avons attendu la fin du blocus, mais ils ne voulaient pas le lever avant que tout le monde soit parti [...] Ils tiraient, mais pas de façon intensive. Ils tiraient pour nous effrayer.

Personne n’est revenu à Umm Khalid. Nous ne sommes pas autorisés à revenir [...] Les Juifs ont tué beaucoup de gens à Mulabbis (en) [nom arabe de Petah Tikva] et à beaucoup d’autres endroits [...] Qu’ont-ils fait à Dayr Yassin ? [...] Je remercie Dieu d’être parti avant qu’ils entrent dans le village »[23].

Période israélienne

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En 1948, l’armée israélienne installe un de ses camps de prisonniers ne relevant pas des conventions sur les prisonniers de guerre. Les internés, souvent civils, étaient soumis aux travail forcé[24]. Plusieurs des prisonniers étaient de simples civils capturés lors du nettoyage ethnique de leur village, comme après le massacre de Tantoura[25].

La plus grande partie des terres du village ont servi à la construction des banlieues de Netanya, fondée en 1929 un kilomètre à l’ouest. Les colonies de Gan Chefer et de Nira sont fusionnées en 1953 dans la colonie de Sha'ar Hefer, qui a crû sur les terres du village[5].

Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste du village en 1992 : « Le site du village fait partie de la ville de Netanya. Quelques maisons subsistent et son utilisées comme logement ou comme entrepôt. Les terres sont plantées d’agrumes[5] ».

En 1997, des travaux de terrassement à Netanya ont mis au jour des restes du cimetière d’Umm Khalid. L’Association al-Aqsa pour la préservation de la propriété musulmane consacrée a émis une requête auprès de la cour suprême d'Israël. La ville de Netanya a stoppé les travaux sur les terrains qui n’avaient pas encore été endommagés et posé un panneau indiquant le cimetière d’Umm Khalid. Les musulmans refusent d’accepter que la zone soit transformée en parc et que les gens marchent au-dessus des tombes[26].

  1. 1 2 Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 135.
  2. 1 2 3 4 5 « Umm Khalid — أم خالِد  », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 5 juin.
  3. 1 2 Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 77.
  4. ↑ Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 128 et Khalidi, 1992, p. 563.
  5. 1 2 3 4 5 Khalidi, 1992, p. 563.
  6. 1 2 3 Y. Porath, Umm Khalid, Israel Exploration Journal, Vol. 37, 1987, p. 57–59.
  7. 1 2 Khalidi, 1992, p. 562.
  8. ↑ Pringle, 1997, p. 104, 105
  9. ↑ Marom, Roy (2026). Settled Land: The Arab Countryside in Israel/Palestine (en hébreu). Ra'anana: Lamda Scholarship, The Open University of Israel Press. p. 19. (ISBN 978-965-06-1769-1).
  10. ↑ Roy Marom, "Al-Sheikh Muwannis: Transformations in the Arab Countryside between the Mountainous Interior and the City of Jaffa, 1750–1848," Cathedra no 183 (février 2023), p. 9–34.
  11. ↑ Karmon, 1960, p. 170 « https://web.archive.org/web/20191222063351/http://jchp.ucla.edu/Bibliography/Karmon,_Y_1960_Jacotin_Map_(IEJ_10).pdf »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?),
  12. ↑ Buckingham, 1822, p. 217 ff, également mentionné par Pringle, 1997, p. 104.
  13. ↑ D 3/2:311. Cité par Khalidi, 1992, p. 562.
  14. ↑ Rogers, 1862, p. 344. Réimprimé en 1989, p. 344-45, cité par Khalidi, 1992, p. 562-63.
  15. ↑ Guérin, 1875, p. 387
  16. ↑ Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 142.
  17. ↑ David Grossman, Arab Demography and Early Jewish Settlement in Palestine, Jerusalem, Magnes Press, , 253 p.
  18. ↑ Barron, 1923, Table IX, Sub-district of Tulkarem, p. 28.
  19. ↑ Mills, 1932, p. 58.
  20. ↑ Department of Statistics, 1945, p. 22
  21. ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
  22. ↑ Morris, 2004, p.xviii, village 188 and p.129 gives fear of
  23. ↑ Esber, 2008, p. 297
  24. ↑ Yazan al-Saadi, « Une histoire peu connue : les camps de concentration et de travail d'Israël en 1948-1955 (1/2) », sur International Solidarity Movement, (consulté le ).
  25. ↑ Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024. (ISBN 978-2-35872-280-3), p. 254-255.
  26. ↑ Benvenisti, 2001, p. 296.

Voir aussi

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Bibliographie

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Bibliographie complémentaire

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Articles connexes

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Liens externes

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