Ours brun de l'Ungava
L’Ours brun de l'Ungava est une population éteinte[1][2][3] de grizzly (Ursus arctos horribilis), une sous-espèce de mammifères de l'ordre des carnivores et de la famille des ursidés. Ce grand ours peuplait les forêts du nord du Québec et du Labrador jusqu'au début du XXe siècle.
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Ordre | Carnivora |
| Famille | Ursidae |
| Genre | Ursus |
| Espèce | Ursus arctos |
| Sous-espèce | Ursus arctos horribilis |
Répartition
modifierL'Ours brun de l'Ungava vivait à l'origine dans la partie septentrionale de la péninsule du Labrador, connue sous le nom de péninsule d'Ungava, dans les provinces canadiennes de Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador. Son habitat était semblable à celui des autres grizzlys et comprenait la taïga et la toundra[4].
Découverte
modifierJusqu'à la découverte de preuves concrètes étayant son existence en 1975, les biologistes rejetaient généralement l'idée qu'un grizzly eût pu autrefois parcourir le nord du Québec. Divers signalements d'ours bruns entre 1900 et 1950 étaient mis sur le compte de morphotypes de couleur particulière chez l'ours noir d'Amérique, bien plus abondant[3][5]. Les rapports témoignant de sa présence sont restés considérés comme douteux au mieux, jusqu'à la mise au jour d'un crâne par l'anthropologue Steven Cox en 1975[3][5].
Premiers indices
modifierL'un des plus anciens témoignages attestant la présence d'un ours brun au Labrador est une carte de la région dressée en 1550 par le cartographe français Pierre Desceliers, sur laquelle figurent trois ours sur la côte. L'un d'eux est blanc et correspond indubitablement à un ours polaire, tandis que les deux autres sont bruns[6].
À la fin des années 1700, le marchand de la région du Labrador George Cartwright mentionne dans son journal un ours dont les marques rappellent celles de jeunes grizzlys[6][7] :
Les bêtes sont des ours, tant noirs que blancs (parmi ces derniers, on m'indique qu'il en existe deux sortes, dont l'une présente un collier blanc autour du cou... et les Esquimaux disent : « Ils sont très féroces », mais je n'en ai jamais vu un seul, pas même une peau)[7]
Les carnets de trappeurs rattachés aux postes de mission moraves locaux révèlent que des peaux d'ours brun étaient régulièrement enregistrées des années 1830 aux années 1850[5].
Preuve photographique
modifierLa première preuve photographique d'ours au Labrador remonte à 1910. L'ethnologue et explorateur polaire américain William Brooks Cabot effectue plusieurs séjours dans la région du Labrador entre 1899 et 1925 pour y étudier le peuple innu. Lors d'une expédition en canot avec des chasseurs innus, Cabot découvre et photographie un crâne d'ours fiché au sommet d'un poteau. Après analyse de cette photographie et comparaison avec d'autres crânes d'ours, les anthropologues de Harvard Arthur Spiess et Stephen Loring concluent en 2007 que le crâne appartenait à un ours brun de petite taille[4].
Fouilles d'Okak
modifierÀ l'été 1975, l'anthropologue de l'université Harvard Steven Cox découvre un petit crâne d'ours lors de la fouille d'un dépotoir marin inuit sur l'île d'Okak, près d'Okak au Labrador. Le spécimen comprend un neurocrâne presque complet ainsi que plusieurs molaires. Ce crâne est la propriété de Terre-Neuve-et-Labrador et est conservé au musée provincial de Terre-Neuve-et-Labrador. Par l'analyse de l'usure dentaire des molaires, Cox établit que le crâne appartenait à une femelle adulte de grizzly, mais de petite stature[3].
Rivière George
modifierEn 1910, un crâne découvert à l'est de la rivière George dans un campement innu est photographié, puis identifié plus tard comme étant celui d'un grizzly. La découverte d'autres ossements d'ours dans la région est jugée improbable, en raison de la coutume innue consistant à consommer, transformer ou disposer rituellement de chaque partie des animaux chassés[4].
Extinction
modifierLa date exacte de la disparition de l'Ours brun de l'Ungava demeure inconnue, mais les observations ont diminué de façon continue au cours des XIXe siècle et XXe siècle, et la population s'est très probablement éteinte vers la fin du XXe siècle[3], au moins en partie à cause du piégeage pour le commerce de la fourrure [6].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ungava brown bear » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) « Grizzly bear (Ursus arctos): COSEWIC assessment and status report 2012 », sur Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), Gouvernement du Canada, (consulté le )
- ↑ « Ursus arctos pop. 4. NatureServe Explorer 2.0 », sur explorer.natureserve.org (consulté le )
- 1 2 3 4 5 (en) Arthur Spiess et Steven Cox, « Discovery of the skull of a grizzly bear in Labrador », Arctic, vol. 29, no 4, , p. 194–200 (DOI 10.14430/arctic2804, lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 3 (en) Stephen Loring et Arthur Spiess, « Further Documentation Supporting the Former Existence of Grizzly Bears (Ursus arctos) in Northern Quebec-Labrador », Arctic, vol. 60, no 1, , p. 7–16 (DOI 10.14430/arctic260, lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 3 (en) C. S. Elton, « Further Evidence about the Barren-Ground Grizzly Bear in Northeast Labrador and Quebec », Journal of Mammalogy, vol. 35, no 3, , p. 345–357 (DOI 10.2307/1375959, JSTOR 1375959)
- 1 2 3 (en) Robert Busch, The Grizzly Almanac, Globe Pequot, (ISBN 978-1-5922-8320-0, lire en ligne), p. 11–14
- 1 2 (en) George Cartwright, A Journal of Transactions and Events, During a Residence of Nearly Sixteen Years on the Coast of Labrador, Newark, États-Unis, Allin and Ridge, (lire en ligne), p. 228