Parade d'infamie

Humiliation publique

La parade d'infamie, « parade infamante » ou « marche de la honte », désigne une procession punitive publique destinée à exposer un condamné, un prisonnier, un captif ou un vaincu aux regards de la foule et à l'humiliation publique le long d'un parcours déterminé[N. 1].

Parade d'infamie
Autre nom Parade infamante
Date Antiquité – XXIe siècle
Lieu Places publiques, voies de circulation ; médias modernes
Cause Condamnation judiciaire, défaite militaire, capture ou répression politique
Résultat Déshonneur public, affirmation de l'autorité et humiliation du condamné ou du vaincu

Si certaines formes de parade d’infamie sont associées au Moyen Âge, la pratique de l’exposition publique des prisonniers et des vaincus est attestée bien avant cette période. Des récits remontant à l’Antiquité grecque et romaine mentionnent déjà des défilés de captifs destinés à afficher la victoire et l’autorité du vainqueur[1],[2].

Dans l'époque contemporaine, durant le XXe siècle, il s'agit notamment d'un châtiment d'humiliation publique pour les femmes, en particulier lors de la guerre d'Espagne - organisées pour les femmes républicaines par les troupes nationalistes dès la prise d'une ville - et à la fin de la Seconde Guerre mondiale durant l'Épuration à la Libération en France, avec les épisodes de femmes tondues.

La « faute » ou les comportements punis par la parade d'infamie

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La parade d'infamie sert à infliger une punition à la fois symbolique et publique visant à déshonorer le condamné ; historiquement elle vise des fautes très variées selon les époques et les juridictions. . Les motifs pouvant conduire à une parade d’infamie s’étendent des fautes relevant de la vie privée, comme l’adultère, la fraude, le délit religieux, la trahison, la dissidence religieuse, le vol, la prostitution dans certains contextes jusqu’aux actes de nature politique, comme la rébellion contre l’autorité établie et d’autres formes de contestation du pouvoir[3] p. 5. Elle peut aussi être utilisée pour mettre en scène la défaite des vaincus par un rituel public d’abaissement et d’infamie. « Les défilés de coupables, avec ou sans animaux, constituent une forme bien connue d’humiliation rituelle pour une variété d’infractions, allant de l’adultère aux coups d’État militaires. »[N. 2],[3] p. 5.

L'imposition de la peine

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Après le verdict de culpabilité ou la capture de vaincus, la parade d'infamie peut constituer une peine à part entière, mais elle s'inscrit souvent dans un « rituel pénal et avec les expositions publiques des condamnés et les exécutions publiques. »[2]. Elle peut être précédée ou suivie, entre autres, de flagellation, d'éborgnage, d'amputation, d'exécution[4] p. 83.

Les acteurs

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Le rituel de la parade d’infamie met en scène plusieurs figures ou acteurs : les agents chargés d’exécuter la sentence, la personne exposée, qui en est l’objet et la figure centrale, ainsi que le public, témoin indispensable de son humiliation[5].

Les représentants de l'autorité

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L'application de la peine de la parade infamante fait entrer en scène, les agents du pouvoir. Ils encadrent le condamné, assurent le contrôle du cortège et rendent visible l'autorité qui inflige la peine ou qui revendique la victoire. Selon les époques, ils peuvent être représentés par des soldats, des gardes, des archers, des officiers, des magistrats, des bourreaux, des fonctionnaires judiciaires ou des membres de l'entourage du vainqueur. Leur présence rappelle que l'humiliation publique n'est pas un simple acte de violence collective, mais un spectacle organisé et autorisé par une instance de pouvoir.

Le condamné

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Le cœur de la parade d'infamie reste occupé par le condamné[5] qui peut aussi bien appartenir aux élites civiles ou militaires qu'aux gens du commun[4]. Dans l'Antiquité comme au Moyen Âge et même parfois jusqu'à l'époque moderne, pour subir son châtiment, le coupable peut d’abord être dépouillé de ses attributs personnels (pilosité, oreilles ou nez mutilés, visage souillé ou autres marqueurs) et de ses habits qui définissent son statut social[5]; la tonte des cheveux et de la barbe est une marque d’infamie fréquemment utilisée[6]. La volonté de montrer l'exemple et le recours à l’image dégradée du criminel ou de la personne exhibée sont essentiels.Par exemple, le fonctionnaire ʿAbd al Ǧabbār, de l’administration califale (m. 1025), est dépouillé de ses vêtements et contraint de revêtir un vêtement grossier qui officialise sa déchéance et s’oppose symboliquement au prestige des robes d’honneur (ḫilʿa) attachées à sa charge[2]. La dégradation peut aussi atteindre le corps du condamné, marqué par les supplices qui ont précédé ou accompagné son exposition publique : « les cavaliers pouvaient être mutilés, laissant couler leur sang et dégageant l’odeur d’« un cadavre en décomposition » ; ou bien, s’ils étaient physiquement intacts, ils pouvaient néanmoins être couverts d’ordures. »[N. 3],[3] p. 25.

Le public

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Toute parade d'infamie suppose la présence de spectateurs, lesquels contribuent à l'humiliation du condamné. « Le public est lui-même le garant de l’action collective. »[6], ce qui confère une dimension publique et collective à la peine. La foule ne se contente pas d’assister au spectacle, elle participe pleinement au rituel. Qu'elle approuve ou réprouve le châtiment, elle intervient par ses réactions, ses gestes et surtout par sa voix. Les spectateurs peuvent cracher sur le condamné, l'injurier, le huer, lui lancer des rebuts ou des objets. Dans certains cas, les sources rapportent que les condamnés pouvaient être maltraités par la foule comme le fut le général turc Ṣāliḥ b. Waṣīf (869) qui reçut un coup de sabre de la part d'un militaire turc[2]. Lors des parades infamantes infligées aux femmes tondues vers la fin de la Seconde Guerre mondiale et au lendemain du conflit, dans plusieurs villes, dont Paris, Chartres, Bruxelles, les femmes furent exhibées dans les rues sous les cris et les huées[7].

Certaines parades d'infamie pouvaient attirer des milliers de personnes. C’est le cas du chef militaire ismaélien Ibn ʿAṭṭāsh d'Iṣfahān, conduit en procession dans les rues de la ville avant son exécution qui attira, selon les sources, près de cent mille personnes en 1106[N. 4],[4] p. 83. C'est aussi le cas de l'exécution des martyres chrétiens à Edo en 1623 dont les sources disent que la foule était immense[8].

Déroulement

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Après que la personne ait été jugée et condamnée et que la parade d'infamie est prononcée comme sanction, cette dernière constitue une forme de châtiment destinée à rendre publique la faute, le déshonneur ou la défaite[1]. Elle peut constituer une peine autonome, mais elle s’intègre souvent dans un dispositif punitif plus large : elle est alors précédée ou accompagnée d’autres sanctions telles que la tonsure forcée ou le rasage des cheveux, la flagellation, la mutilation ou le marquage au fer rouge, et peut être suivie de la mise à mort ou de l’exil[2]. Pendant la parade infamante, les personnes exhibées peuvent être conduites, entre autres, à pied, sur le dos d’un âne, ou à cheval comme dans le cas du père Jérôme à Edo en 1623[8], dans une charrette comme dans plusieurs exécutions au gibet de Montfaucon, ou à l’époque contemporaine, elles peuvent être transportées sur la remorque d’un camion et exposées devant la foule, comme dans certains cas des femmes tondues de la Libération[9].

Utilisation d'animal comme monture

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Le recours à des bêtes de somme pour transporter ou exhiber les condamnés est mentionné depuis l'Antiquité et fréquemment observé dans l’Occident médiéval. « Son usage est attesté en France jusqu’au XVIIIe siècle. »[10] p.262. L’âne et le mulet comptent parmi les animaux très souvent cités. Leur utilisation peut revêtir une dimension symbolique et ajouter à l'infamie, notamment par le contraste entre ces animaux dévalorisés et le cheval associé au prestige militaire ou aristocratique[3] p. 9. D'autres animaux sont également employés dans les mises en scène infamantes. L'usage de chameaux est rapporté dès l’Antiquité romaine tardive. (IIIᵉ-Vᵉ siècles apr. J.-C.)[11] p. 60 et apparaît encore à de périodes plus récentes, comme dans le cas de la parade d'infamie qui eut lieu à Alexandrie en mars en 1183 et où on fit défiler des prisonniers francs sur des chameaux[11] p. 60. Les sources mentionnent également l’usage de l’éléphant souvent relié à un opposant au pouvoir[2]. Sa taille exceptionnelle permet une mise en scène proportionnée à la gravité du crime et rend le condamné encore plus visible, placé en hauteur. Ce fut notamment le cas, entre autres exemple, de al Layṯ b. ʿAlī « qui s’était rebellé contre le calife » et qui, en 909, fut exhibé dans la ville sur un éléphant[2].

La position infamante sur l’animal

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Pour accroître le déshonneur et l'humiliation, la position à rebours sur l'animal (face à l'arrière-train) pouvait être imposée au condamné ou au vaincu lors de son exposition publique. Elle ajoutait à l'infamie d'autant plus lorsque la personne exhibée était un haut dignitaire[12]. Dans Riding Backwards: Theme of Humiliation and Symbol of Evil, Ruth Mellinkoff analyse la chevauchée à rebours et mentionne la connotation scatologique de cette position, qui consiste à rapprocher le nez de la victime de l’arrière-train de l’animal[N. 5],[13]. Selon les Chroniques de Théophane (v. 758-818), le patriarche Constantin II de Constantinople (r. 754-765) connut ce sort et « … après avoir subi l’arrachage de sa barbe, de ses cheveux et de ses sourcils, fut installé à l’envers sur un âne sellé et contraint de tenir sa queue lors d’un défilé public, au cours duquel la population le maudit et lui cracha dessus. »[N. 6],[3] p. 5. Cette pratique ne se limite toutefois pas au monde byzantin et Ruth Mellinkoff a relevé des exemples « … allant du Ier siècle avant notre ère jusqu’au XXᵉ siècle, couvrant une grande diversité de régions, notamment la Grèce, l’Angleterre, l’Écosse, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Suède, le Danemark, la Perse, l’Inde, la Turquie, l’Égypte, le Mexique et les États-Unis. »[N. 7],[13].

Le parcours

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À travers les époques, le parcours — dont l'itinéraire est généralement bien défini — participe à l'exposition publique. La parade d'infamie emprunte très souvent des lieux de passage incontournables qui deviennent de véritables chemins de la honte. Elle se déroule principalement dans les espaces publics les plus fréquentés : les voies de circulation des cités antiques, les agoras et les forums, les rues des bourgs, des villages ou des villes, les places du marché, les carrefours, les grandes places urbaines ou encore des lieux symboliques comme la mairie ou la place Rouge. Dans le Paris médiéval, le parcours devient « une sorte de rituel déambulatoire dessiné à travers l’itinéraire des rues les plus fréquentées. »[5]

Humiliation comme finalité

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L’humiliation fait partie intégrante de la parade d'infamie et elle constitue un élément déterminant dans la peine[5]. La façon de présenter le condamné à la foule — par son apparence, ses vêtements, son corps mutilé ou non, sa posture ou les contraintes qui lui sont imposées — varie selon les époques, mais une constante demeure : l'humiliation en est la finalité. En rendant visible la faute, la défaite ou la disgrâce, la parade soumet le condamné ou le captif à l’opprobre et au regard de la communauté. Le châtiment ne vise donc pas seulement le corps de l’individu, mais également son statut social, le soumettant à la honte publique. La parade transforme ainsi la peine en un spectacle où l'individu est montré publiquement, insulté, parfois raillé ou maltraité par les spectateurs. Dans certaines sociétés, cette honte peut également atteindre sa famille ou son lignage.

La parade d'infamie dans l'histoire

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Ci-dessous sont présentées quelques parades d’infamie. Cette liste est, bien évidemment, non -exhaustive, mais elle donne un aperçu de cette pratique à travers les différentes périodes de l’histoire.

Antiquité et monde classique

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Grèce antique

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La promenade et l’exposition ignominieuses apparaissent dans le système pénal de nombreuses cités de la Grèce antique. « À Sparte, les conspirateurs condamnés à mort sont promenés dans les rues, les mains et le cou passés dans un carcan, le corps déchiré à coups de fouet et d’aiguillon. »[14] p. 531.

Pendant l'Antiquité, les généraux romains victorieux pouvaient se voir accorder le « triomphe »[N. 8]. Le triomphe en soi n'est pas une parade d'infamie, mais il comportait, dans son déroulement, l'exhibition des prisonniers vaincus, pour manifester la supériorité du vainqueur et pour placer les vaincus dans une position d’humiliation devant la foule le long des rues de Rome.

Vercingétorix déposant les armes au pied de Jules César, peinture de Lionel Royer
.

Une fois arrivés au temple de Jupiter sur le Capitole de Rome, les prisonniers étaient généralement exécutés, tandis que la cérémonie se concluait par un banquet offert aux magistrats et aux membres du Sénat[15],[11] p. 59. Le cas de Vercingétorix (-52) constitue un exemple célèbre. Après sa défaite face à Jules César, Vercingétorix « se soumettant à l'arrêt des dieux et pour sauver ses compagnons, …se rend seul, paré comme pour le combat, au camp de son vainqueur ; à ses pieds, il jette sans un mot son épée, son javelot et son casque. »[16]. Amené à Rome, enchaîné et exhibé comme un trophée lors du triomphe de Jules César (101-44 av. J.-C.), il fut présenté devant une foule en liesse. Il fut étranglé à Rome, dans la prison Mamertine, six ans plus tard[17],[16].

La Bataille des Fourches Caudines est un autre exemple où une parade d'infamie prend place.

Moyen Âge

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La pratique de la parade de l’infamie est également attestée chez les Byzantins et les musulmans[11] p. 50.

Omeyyades (661-750)

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Christian Lange dans Legal and Cultural Aspects of Ignominious Parading (tashhīr) in Islam, mentionne le fait que la parade infamante constitue une composante centrale des pratiques punitives dès l’époque des Omeyyades[4] p. 81-82.

Artabasde

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Artabasde
.

Après sa reddition, le général byzantin d'origine arménienne Artabasde, empereur rival de Constantin V de 741 à 743, est capturé par ce dernier. Après avoir d’abord été publiquement déshonorés lors d’une procession dans les rues de la capitale[18], Artabasde et ses fils sont aveuglés lors d'une cérémonie publique à l'Hippodrome, une mutilation qui les prive de toute légitimité à convoiter le trône. Ils sont ensuite relégués au monastère de de Saint-Sauveur-in-Chora, à Constantinople[19].

Bābak arrivant à Samarra sur un éléphant[N. 9]

Bābak, chef des Khurramites (838)

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Parmi les exemples les mieux documentés de tashhīr (تشـهير) (pratique punitive d’exposition publique infamante), figurent les parades d’infamie infligées à certains condamnés, notamment celle de Bābak, chef du mouvement khurramite (en 838) à Samarra[4] p. 85. Après sa capture, Bābak est conduit à Samarra. Afin d’offrir à la population un exemple destiné à dissuader toute révolte, une parade d’infamie est organisée. Bābak est contraint de monter sur un éléphant tandis que son frère ʿAbd-Allāh est placé sur un chameau. Le cortège parcourt une rue bordée « des deux côtés, par des cavaliers, des fantassins et d’une foule immense. »[N. 10],[20], des milliers de personnes selon Rébillard[2]. Il eut les mains et les pieds coupés, puis fut décapité ; son corps fut ensuite suspendu à un gibet dans les faubourgs de Samarra[20].

Ibn ʿAmmār (m. 1086)

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Le vizir et célèbre poète andalou Ibn ʿAmmār (m. 1086), qui s’était révolté contre le sultan al-Muʿtamid de Séville, fut capturé et contraint de « parcourir le long trajet de sa prison de Saragosse jusqu’à Séville, les mains liées, monté sur un âne entre deux sacs remplis de paille, sous les railleries de la population »[N. 11],[21] p. 7. Il aurait été tué plus tard par le sultan lui-même Al-Muʿtamid.

Enguerrand de Marigny
Supplice d'Enguerrand de Marigny
Pendaison d'Enguerrand de Marigny.
[N. 12]

Enguerrand de Marigny (1315)

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Enguerrand de Marigny, chambellan et ministre du roi Philippe IV le Bel, ainsi que comte de Longueville, reconnu coupable, fut condamné à être pendu à la plus haute traverse de bois du gibet de Montfaucon. Il fut transporté assis dans une charrette, du Châtelet à la croix de Pierre de Craon pour atteindre le gibet de Montfaucon. Sa sentence fut exécutée au milieu d’une foule considérable[22] p. 24-25.

Supplice de Hugues le Despenser le Jeune
Supplice de Hugues le Despenser

Hugues le Despenser le Jeune (Angleterre, 1326)

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Hugues le Despenser (vers 1286 – 24 novembre 1326), dit « le Jeune », premier baron le Despenser, est un noble et courtisan anglais, favori du roi d'Angleterre Édouard II. Condamné, il fut « attaché par des cordes à quatre chevaux et traîné à travers la ville jusqu’aux murs de son propre château, où avait été dressée une potence spécialement construite de 15 mètres de haut, conçue pour que le châtiment soit visible de tous les habitants de la ville. »[N. 13]. Là, il fut pendu, éviscéré puis écartelé en présence de la reine Isabelle, de Roger Mortimer et de leurs partisans[23],[24] p. 417-418.

Les cinquante martyres d'Edo (1623)

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Pendant longtemps, au Japon, l’interdiction du christianisme entraîna de nombreuses persécutions et donna lieu à plusieurs martyres chrétiens. Le 4 décembre 1623, sous le shogunat de Tokugawa Iemitsu, cinquante catholiques furent exécutés par le feu à Edo pour leur foi[25], lors de ce qui est connu sous le nom de Grand martyre d’Edo (en). Il était d’usage que la peine de mort fut précédée d’une punition appelée hikimawashi (江戸引 廻), une parade publique des condamnés à travers la ville. La majorité des prisonniers furent ligotés et défilèrent dans les rues, de la prison au bûcher. « À l’avant, à l’arrière et sur les côtés, ils étaient entourés de policiers armés afin que personne ne puisse s’approcher d’eux... »[N. 14], [8]. Arrivés au lieu d'exécution, ils furent brûlés vifs. La foule était immense, parmi lesquels[N. 15] « de nombreux nobles et princes réunis à Edo à ce moment-là »[8].

Époque moderne tardive et contemporaine (XIXe au XXIe siècle)

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Tunis sous les beys (XIXe siècle)

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Des parades d’infamie sont attestées dans la Tunis du XIXe siècle sous les beys ottomans, mais elles sont abandonnés au milieu du siècle[26].

« Les dix-sept roses de Guillena (1937)

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Pendant la guerre d'Espagne (1936-1939), également désignée sous le nom de guerre civile espagnole, le 12 octobre 1937, les nationalistes organisent une humiliation publique devant les habitants en Andalousie. Dix-sept femmes sont arrêtées, torturées et rasées de force afin de les humilier[N. 16]. Dans le but d'accroître encore plus leur humiliation publique, elles sont contraintes par leurs bourreaux à défiler dans les rues de Guillena lors d'un paseíllo qui signifie « promener publiquement dans un rituel d'humiliation ». Puis, elles sont conduites de force à bord d'un camion jusqu'à la commune voisine de Gerena où elles sont fusillées par les franquistes en novembre 1937[27],[28]. Elles sont appelées Les 17 Roses de Guillena (en espagnol : « Las 17 Rosas de Guillena »).

La même année, les Quinze Roses de Grazalema (en espagnol : « Las Quince Rosas de Grazalema »), femmes républicaines âgées de 18 à 61 ans, dont certaines sont enceintes, ont subi le même sort à Grazalema, dans la province de Cadix, pendant deux jours, avant d'être torturées, violées puis assassinées[29].

Les femmes tondues (1941-1946)

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Les tontes des femmes soupçonnées d'avoir collaboré avec l'ennemi allemand commencent dès 1941 dans la clandestinité dans certains territoires occupés. Elles se diffusent largement jusqu’à la fin de la guerre. Presque toujours la tonte est suivie d'une parade d'infamie.

Femmes tondues en France pour avoir collaboré avec les soldats allemands (1945)

Le cas des femmes françaises est particulièrement bien documenté notamment grâce aux photographies disponibles. On estime que 20 000 à 40 000 femmes accusées, à tort ou à raison, de collaboration avec l’occupant allemand auraient été tondues publiquement en France entre le milieu de l’année 1944 et la fin de 1945[9]. Les victimes ont été ensuite exhibées dans les rues de plusieurs villes comme Chartres ou Paris : elles sont conduites à pied ou placées sur des véhicules, sur la remorque d’un camion afin d'être exposées au regard et parfois à la haine de la foule[30],[9]. Ce phénomène se produisit également dans de plus petites communes, comme le montre le cas de Mortagne-au-Perche : « les femmes étaient emmenées dans les rues de Mortagne sous les cris et les huées » [7]. Ces tontes ont aussi eu lieu en Italie, en Norvège, en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark, selon des mises en scène comparables[7].

Les défilés de prisonniers de guerre

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Tous les défilés de vaincus ne relèvent pas nécessairement d’une parade d’infamie au sens strict et la frontière entre le défilé de prisonniers de guerre et la parade d’infamie n’est pas toujours nette. Toutefois, lorsqu’ils s’accompagnent d’une exposition publique visant à rabaisser l’ennemi, à manifester sa défaite et à susciter son humiliation devant la foule, ils reprennent les mécanismes fondamentaux de la parade d’infamie.

Parade des prisonniers de guerre allemands à Moscou. 17 juillet 1944
.


La marche des vaincus allemands (1944)
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En Union soviétique, la marche des vaincus allemands a lieu à Moscou le 17 juillet 1944. Cette marche des vaincus constitue une mise en scène politique de la défaite allemande, destinée à exposer publiquement l’humiliation de l’ennemi vaincu. Plus de 57 000 prisonniers de guerre allemands qui venaient d'être capturés en Biélorussie ont été amenés à Moscou. Formés en deux cortèges, les prisonniers défilent dans les rues de la capitale. Le premier cortège a défilé pendant deux heures et vingt-cinq minutes, le deuxième pendant quatre heures et vingt minutes.


Notes et références

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  1. À l’époque contemporaine, ce type d'exposition a également été relayé par les médias, notamment la télévision.
  2. Traduction libre de : Parades of offenders with or without animals are a well-known form of ritual humiliation for a variety of offences from adultery to military coups.
  3. Traduction libre de : These riders could even be missing limbs and oozing blood, having the smell of “a rotting corpse”, or if they were physically intact, they could still be “draped with refuse”.
  4. Traduction libre de : . . .close to 100,000 people witnessed the public parade of the Ismāʿīlī warlord Ibn ʿAṭṭāsh at Isfahan in 500/ 1106.
  5. Traduction libre de : According to Mellinkoff, the ride backwards had scatological connotations by placing the victim’s nose closer to the animal’s rear, especially when the rider is made to hold the tail.
  6. Traduction libre de : « . . .suffered the plucking of his beard, hair, and eyebrows, before being seated backwards on a saddled donkey and made to hold its tail in a public parade, during which the populace cursed him and spat on him. »
  7. Traduction libre de : … from the first century B.C.E. all the way to the twentieth, covering a variety of regions, including Greece, England, Scotland, France, Germany, Italy, Spain, Sweden, Denmark, Persia, India, Turkey, Egypt, Mexico, and the United States.
  8. Le triomphe (triumphus en latin) est une cérémonie romaine au cours de laquelle un général vainqueur défile dans Rome à la tête de ses troupes.
  9. Miniature persane réalisée dans l’Iran safavide au XVIe siècle, provenant d’une copie du Tārīkhnāma (Livre de l’histoire) d’Abū ʿAlī Balʿamī, ouvrage du Xe siècle.
  10. Traduction libre de : « The whole length of the street to the Bāb al-ʿĀmma was lined on both sides with cavalrymen and foot soldiers and huge numbers of people. »
  11. Traduction libre de : « was made to travel from his prison in Saragosse the long way to Seville with hands tied up, mounted on a donkey between two sacks full of straw, subject to the mockery of the populace.»
  12. Tirée des Chroniques de France ou de Saint-Denis, British Library, manuscrit Royal MS 20 C VII, folio 51.
  13. Traduction libre de : He was subsequently roped to four horses – not just the usual two – and dragged through the city to the walls of his own castle to a specially made 50-foot gallows, designed to make punishment visible to everyone in the town.
  14. Traduction libre de : Ahead and behind and on both sides they were surrounded by armed policemen so that no one might approach them.
  15. Traduction libre de : among them many nobles and princes who had assembled in Edo just at that time.
  16. La plupart de ces femmes étaient les épouses d'hommes ayant fui le village, de responsables du Front populaire ou de sympathisants des mouvements de gauche, anarchistes ou ouvriers.

Références

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Liens externes

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Bibliographie

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Voir aussi

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