Passacaille

genre musical

La passacaille[1] est une danse et une forme musicale pratiquée aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle trouve ses origines dans les intermèdes instrumentaux — de nature populaire et profane — de l'Espagne de la fin de la Renaissance. Jouée à la guitare, elle sert initialement de transition musicale dans les rues, entre les différents moments des processions religieuses ou des représentations théâtrales. Ce lien avec l'espace public lui vaut le nom de pasacalle qui passe dans la rue »). Depuis l'Espagne, cette danse se diffuse en parallèle dans l'Empire Espagnol et en Europe, puis évolue de façon séparée dans chacune de ces zones géographiques.

Début de la Passacaille et Fugue en ut mineur BWV 582 de Jean-Sébastien Bach.

C'est sous cette forme que la pasacalle se diffuse en Espagne et dans l'Empire Espagnol. Elle se développe sur la côte Pacifique de l'Amérique du Sud, au sein des vice-royautés du Pérou (Nouvelle-Castille) et de Nouvelle-Grenade. Au XIXe siècle, la forme de passacaille hispano-américaine s'émancipe de la forme espagnole qui lui avait donné naissance  : elle troque son style de marche pour celui de danse et se rapproche du paso-doble : sous le même nom, la passacaille hispano-américaine devient une forme renouvellée, distincte de la forme européenne qui perdure.

En Europe, à l'instar d'autres formes ibériques de l'époque comme la folia, la passacaille est incorporée à la musique écrite à l'époque baroque, ce qui accroît sa popularité à travers toute l'Europe. Les musiciens ambulants continuent néanmoins de s'en emparer comme d'une musique de marche populaire. La forme tombe en désuétude à l'époque classique et romantique pour retrouver de la vigueur au XXe siècle avec le regain d'intérêt pour la musique baroque.

Historique

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La passacaille (pasa calle, qui passe dans la rue) née d'intermèdes musicaux joués à la guitare entre les différents moments des processions religieuses ou des représentations théâtrales dans les rues.

En Amérique

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La pasacalle se diffuse dans l'Empire espagnol lors de la colonisation, notamment sur la côte Pacifique de l'Amérique du Sud, au sein des vice-royautés du Pérou (Nouvelle-Castille) et de Nouvelle-Grenade. Elle y conserve initialement son rôle d'intermède instrumental, de musique de défilé ou de procession religieuse.

Dans la musique coloniale hispano-américaine, elle adopte d'abord la structure de la passacaille baroque européenne : une forme variationnelle basée sur une basse obstinée. Les compositeurs locaux et les maîtres de chapelle l'intègrent dans le répertoire d'église ainsi que dans les célébrations théâtrales et profanes.

Au XIXe siècle, avec les mouvements d'indépendance et le déclin de l'influence de la cour d'Espagne, la passacaille quitte les salons aristocratiques et les églises pour s'installer définitivement dans la rue et les milieux populaires. Une rupture esthétique majeure a lieu dans l'espace andin : le rythme ternaire rigide de la passacaille européenne s'estompe au profit d'un rythme binaire (2/4) plus vif, proche de la marche ou du pasodoble. La structure harmonique se métisse en intégrant la mélancolie des modes pentatoniques indigènes, créant un contraste unique entre une cellule rythmique dynamique et des lignes mélodiques souvent empreintes de nostalgie (le sentimiento andino).

Au XXe siècle, sous l'influence du cinéma mexicain des années 1920-1950, une forme de passacaille plus dansable se diffuse et devient un genre vocal et instrumental majeur, particulièrement en Équateur. Elle s'y institutionnalise au point de devenir une sorte d'« hymne national officieux » pour de nombreuses villes du pays (comme le célèbre morceau Chola Cuencana)[2],[3]. L'apogée du genre est datée de 1952[3].

En Europe

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Diffusée depuis l’Espagne vers le reste de l'Europe, la passacaille devient une danse prisée par la noblesse. C'est alors une pièce stylisée, obligatoirement à trois temps (3/4), au rythme lent et parfois solennel, qui peut atteindre des proportions importantes. Cette forme de passacaille développe des variations à partir d'un thème couplé à une basse obstinée (basse constituée de quelques notes répétées jusqu'à la fin de la pièce). Un exemple célèbre est la Passacaille pour orgue en ut mineur de Jean-Sébastien Bach[4].

À l'époque baroque, la passacaille est indiscernable de la chaconne[5]. En effet les noms semblent interchangeables selon les compositeurs : Louis Couperin intitule une de ses pièces « chaconne ou passacaille » ; François Couperin fait de même dans sa première suite pour viole (passacaille ou chaconne) et évite la question en nommant une de ses compositions pour clavecin L'amphibie ; une des différences, selon Mattheson et d'Alembert, serait que la passacaille est plus lente que la chaconne.

Ces deux pièces sont construites selon trois procédés qui peuvent se combiner :

  • le rondeau (un refrain répété entre des couplets variés) ;
  • la variation mélodique ou rythmique ;
  • la basse obstinée (motif thématique répété à la basse qui peut parfois passer aux voix supérieures dans la passacaille).

La passacaille, comme la chaconne est utilisée de façon occasionnelle dans la suite de danses, dont elle est souvent la pièce finale. Elle est également utilisée en France comme morceau final des pièces lyriques importantes : tragédies lyriques, opéras-ballets. Mozart, en 1781, insère une passacaille dans son opera seria Idoménée.

Cette forme musicale est délaissée pendant près d'un siècle et demi, avant de refaire une apparition grandiose dans le dernier mouvement de la 4e Symphonie de Johannes Brahms. Ce dernier ne nomme pas le mouvement « passacaille », mais utilise un motif de basse obstinée trouvé dans la cantate no 150 de Bach : Nach dir, Herr, verlanget mich.

En Angleterre, au XVIIe siècle, le ground est une forme similaire à la passacaille et à la chaconne. Ces trois formes (ground, passacaille, chaconne) reposent sur le principe de l’ostinato, basse obstinée. On trouve un exemple de ground dans l'aria de la mort de Didon, dans l'opéra de chambre Didon et Énée de Purcell (mais c'est un lamento, pas une passacaille).

Durant le XXe siècle, la forme de passacaille est à nouveau employée.

Listes de passacailles notables

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Période baroque

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Période classique

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Le genre tombe en désuétude durant la période classique, on ne compte qu'une poignée d'exemples notables : The fourth movement of Luigi Boccherini : Passacaille, quatrième mouvement du Quintettino n°6, Op. 30 (connu sous le nom Musica notturna delle strade di Madrid)

Période romantique

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À l'exception de quelques œuvres pour orgue, qui se situent dans la redécouverte des œuvres baroques et notamment des pièces de Bach (citons notamment une Passacaille en do mineur par Felix Mendelssohn et le final de la huitième sonate de Josef Rheinberger), le genre est peu pratiqué sur l'ensemble du XIXe siècle. Johannes Brahms va fortement remettre le genre à l'honneur, dans deux œuvres emblématiques : le finale de la Quatrième symphonie et le finale des Variations sur un thème de Haydn. À noter que le premier mouvement du Concerto pour piano n°3 de Hans Huber est une passacaille.

Périodes moderne et contemporaine

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En Amérique

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Dans la musique populaire

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Notes et références

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  1. On trouve aussi le nom italien passacaglia ou passagaglia.
  2. (es) M.M. Muñoz, Identidades musicales ecuatorianas: diseño, mrecadeo y difusión en Quito de una serie de productos radiales sobre musica nacional. ([Tesis de Grado,Universidad Politécnica Salesiana]), (lire en ligne).
  3. 1 2 (es) Juan Mullo Sandoval, Música patrimonial del Ecuador, (lire en ligne).
  4. Roland de Candé, Nouveau dictionnaire de la musique, Editions du Seuil, (OCLC 868385728).
  5. « Passacaille : définition de passacaille », sur Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le ).

Annexes

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