Phorcides
Dans la mythologie grecque, les Phorcides (parfois orthographié Phorcydes ; en grec ancien Φορκίδες / Phorkídes) sont des créatures nées des divinités primordiales Phorcys et Céto. Ce nom désigne le plus souvent les Grées et les Gorgones.

Étymologie
modifierLes Phorcides sont désignées en grec ancien sous le nom de Φορκίδες / Phorkídes, « filles de Phorcys »[2] (au singulier Φορκίς / Phorkís[3]). Les formes Φορκυνίδες / Phorkunídes et Φορκυνάδες / Phorkunádes existent également[4].
Mythe
modifierGénéalogie hésiodique
modifierLes Phorcides sont en premier lieu connues par la Théogonie d'Hésiode (VIIIe ou VIIe siècle av. J.-C.), dans la généalogie des divinités grecques primordiales : Phorcys et Céto, deux divinités marines enfants de Gaïa (la Terre) et Pontos (le Flot), donnent ensemble naissance à un ensemble de créatures monstrueuses[5.1],[6]. L'auteur liste les Grées (au nombre de deux : Ényo et Pemphrédo), les Gorgones (qui sont trois : Sthéno, Euryale et Méduse), Échidna, et le « terrible serpent » (δεινός ὄφις / deinós óphis) qui garde les pommes d'or du jardin des Hespérides[6],[a].
La syntaxe d'Hésiode, qui recense dans le même passage la progéniture d'Échidna, n'est pas claire concernant la Chimère : celle-ci peut soit être la fille d'Échidna et la sœur d'Orthos, de Cerbère et de l'Hydre de Lerne, soit être née de cette dernière, soit faire moins vraisemblablement partie des enfants de Céto[8].
Les Phorcides ne sont pas toutes immortelles : chez Hésiode, seules le sont les deux sœurs de Méduse et Échidna, de même que la Chimère dans les textes homériques[5.1]. Pour M. L. West, ce ne sont pas non plus des divinités marines, malgré le fait que leurs parents se rapprochent de cet élément : il s'agirait plutôt pour le poète d'éloigner ces créatures de la lignée divine des descendants d'Ouranos (les Titans et les Olympiens) avec des parents eux-mêmes monstrueux[5.2]. Les Phorcides se caractérisent surtout par leur dimension féminine — seul le serpent, dernier-né, est un mâle en grec ancien — et chtonienne, tout en développant l'idée d'une nature hybride : les Grées sont ainsi à la fois jeunes et vieilles[7.2]. De même, un contraste apparait entre personnages nommées (les Grées et les Gorgones) et anonymes (le serpent)[7.3].
Autres généalogies
modifierHomère, dans l'Odyssée, nomme Thoôsa, la mère du cyclope Polyphème, comme la fille du « Vieux de la mer » Phorcys[6]. Cette généalogie est néanmoins considérée comme ad hoc, le nom de cette déesse représentant alors le mouvement des vagues[9].
Diverses traditions donnent à Phorcys d'autres enfants. Une fragment d'une œuvre de Sophocle en fait ainsi le père des sirènes. Dans les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes, il donne naissance à Scylla, tandis qu'une scholie au poème lui attribue la paternité des Hespérides[10].
Les auteurs comme Acousilaos, Phérécyde d'Athènes, Pindare et Eschyle résument par la suite Phorcys à son rôle de père des Grées[11]. Elles sont notamment les personnages éponymes d'une pièce de théâtre perdue d'Eschyle, Les Phorcides[4].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- ↑ Charikleia Kanellopoulou, « Graiai », dans Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, vol. IV, Zurich, Munich et Düsseldorf, Artemis Verlag, (ISBN 3-7608-8751-1, lire en ligne), p. 363.
- ↑ Gérard Gréco et al., « Φορκίδες », sur Bailly, (consulté le ).
- ↑ Geisau 1962, col. 827.
- 1 2 Käppel 2005.
- (grc + en) M. L. West, Hesiod. Theogony. Edited with Prolegomena and Commentary, Oxford, Clarendon Press, , 460 p. (lire en ligne).
- 1 2 3 Gantz 2004, p. 45.
- (en) Jenny Strauss Clay, Hesiod's Cosmos, Cambridge, Cambridge University Press, , 202 p. (ISBN 978-0-521-82392-0, lire en ligne), chap. 7 (« Hybrids »).
- ↑ Gantz 2004, p. 50-51.
- ↑ (en) Alfred Heubeck, Stephanie West et John Bryan Hainsworth, A Commentary on Homer's Odyssey, vol. I : Introduction and Books I-VIII, Oxford, Clarendon Press, , 396 p. (ISBN 0-19-814037-1, lire en ligne), p. 84.
- ↑ (en) Annemarie Ambühl et Lutz Käppel, « Phorcys 1 », sur Brill's New Pauly Online, (consulté le ).
- ↑ Gantz 2004, p. 45-46.
Voir aussi
modifierSources antiques
modifier- Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 270-336.
- Hésychios d'Alexandrie, Lexique, s.v. « Φορκίς ».
- Nonnos de Panopolis, Dionysiaques [détail des éditions] [lire en ligne], XXV, 35 et 64 ; XXXI, 15.
Bibliographie
modifier- Timothy Gantz, Mythes de la Grèce archaïque, Belin, [détail de l’édition], « La descendance de Phorkys et de Kéto », p. 45-55.
- (de) Hans von Geisau, « Phorkides », dans Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, vol. S IX, Stuttgart, Metzler, (lire sur Wikisource), col. 827-828.
- (en) Lutz Käppel, « Phorcides », sur Brill's New Pauly Online, (consulté le ).