Pierre d'Autancourt

général français

Pierre d'Autancourt (ou Dautancourt), né le à Montigny-sous-Marle en Picardie et mort le à Nevers, dans la Nièvre, est un général français de la Révolution et de l'Empire.

Pierre d'Autancourt
Pierre d'Autancourt
Pierre Dautancourt (illustration anonyme du XIXe siècle).

Surnom Dautancourt
Naissance
Montigny-sous-Marle (Aisne)
Décès (à 60 ans)
Nevers (Nièvre)
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Infanterie
Gendarmerie
Cavalerie
Grade Général de brigade
Années de service 1793 – 1832
Commandement Gendarmerie d'élite de la Garde impériale
1re subdivision de la 15e division militaire
Conflits Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Bataille de Montmirail
Distinctions Baron d'Empire
Commandeur de la Légion d'honneur
Ordre militaire de Pologne

Après une longue carrière dans la gendarmerie, qui le voit notamment participer au procès et à l'exécution du duc d'Enghien, il est nommé colonel-major du régiment de chevau-légers polonais de la Garde impériale en 1807. Apprécié de ses soldats, il se distingue par ses talents d'organisateur et occupe, tout au long du Premier Empire, diverses responsabilités au sein de la cavalerie de la Garde. Il sert également sur le champ de bataille et, promu général de brigade en 1813, charge avec succès l'infanterie russe à Montmirail, en .

Placé à la tête de la gendarmerie d'élite pendant les Cent-Jours, puis laissé sans emploi par les Bourbons, il reprend brièvement du service sous le règne de Louis-Philippe.

Biographie

modifier

Premières armes sous la Révolution française

modifier

Il naît le à Montigny-sous-Marle, en Picardie[1]. Il est le fils de Pierre d'Autencourt, sous-brigadier des commis, résidant à Montigny-sous-Marle, et de Marie Antoinette Fétrot[2]. Il exerce la profession de clerc de notaire à Parfondeval lorsqu'éclate la Révolution française[3].

Réquisitionné au service, il commence sa carrière militaire en tant que caporal au 2e bataillon de Vervins le . Quartier-maître-trésorier le , il est incorporé au 1er bataillon de volontaires de la Vienne le suivant. Il occupe ensuite les fonctions d'officier de police militaire (juge militaire), avec rang de capitaine, à l'armée du Nord le , puis de lieutenant de gendarmerie auprès du général Wirion dans les départements réunis le . Lieutenant quartier-maître le , il est lieutenant titulaire le avant d'être promu capitaine le [1]. En poste à Mayenne, il s'efforce d'y lutter contre le brigandage[4].

Le , Dautancourt est affecté à la gendarmerie d'élite, avec laquelle il sert à l'armée des côtes de l'Océan à partir de 1803[1] ; il est ainsi affecté à la garde des côtes entre Nantes et Brest sous les ordres du général Le Marois[5]. Nommé adjudant-major le de l'année suivante, il est promu chef d'escadron le [1]. En 1804, il participe en qualité de rapporteur au procès du duc d'Enghien et assiste à l'exécution de ce dernier[6].

Au service de Napoléon Ier

modifier
Le colonel-major Dautancourt (détail du tableau d'Horace Vernet consacré à la bataille de Somosierra).

Avec l'avènement du Premier Empire, Dautancourt est fait chevalier de la Légion d'honneur le , puis officier de l'ordre le . À la tête d'un des deux escadrons de la gendarmerie d'élite, il participe aux campagnes de 1805 et de 1806 à la Grande Armée[5].

Le , sur recommandation du général Savary, il est nommé colonel-major des chevau-légers polonais de la Garde[7]. À ce poste, ses talents d'organisateur lui valent rapidement l'estime de ses hommes qui lui donnent le surnom de « papa »[8]. Durant la guerre d'Espagne, le , il est présent à la bataille de Somosierra[1], théâtre d'une charge des chevau-légers polonais, sans toutefois y prendre une part active[9]. Il combat par la suite à Essling et Wagram en 1809[1], et supervise les changements opérés au sein du régiment à la suite de l'introduction de la lance[10]. Chevalier de l'Empire le , il est donataire d'une rente annuelle de 4 000 francs sur Rome le , puis baron le suivant[1]. Le de la même année, il épouse Sophie Justine Cécile Josèphe d'Hardivillier, dont il a deux fils, Pierre Jules (1813-1865) et Léon[11]. Il est par ailleurs honoré de la croix de chevalier (3e classe) de l'ordre militaire de Virtuti Militari le [12].

Dans les premiers temps de la campagne de Russie en 1812, en l'absence du général Krasiński affecté auprès de l'Empereur, Dautancourt commande sur le terrain le régiment des lanciers polonais de la Garde[13]. L'année 1813 le voit combattre en Saxe[1] et commander les six compagnies de Vieille Garde des lanciers polonais, dont la mission consiste à assurer la sécurité de Napoléon[14]. Il dirige aussi les détachements des quatre régiments de gardes d'honneur présents à la bataille de Leipzig, du 16 au  ; chargé par l'Empereur de faire manœuvrer ces cavaliers de formation récente à la vue des Coalisés sans pour autant risquer un engagement direct, il prend l'initiative, au troisième jour de la bataille, de tenter de combler la brèche créée par la défection des troupes saxonnes dans le dispositif français, non sans pertes[15]. Après avoir conduit la charge des lanciers polonais contre la cavalerie bavaroise à Hanau[16], il est élevé au grade de général de brigade le [1]. Il devient en outre major du 3e régiment d'éclaireurs lorsque cette unité est adjointe aux lanciers polonais de la Garde le suivant[17].

Il sert durant la campagne de France de 1814[1]. Le , il reçoit le commandement d'une brigade formée de cavaliers issus des trois régiments d'éclaireurs de la Garde, avec laquelle il participe aux batailles de Brienne et de La Rothière[18] ; lors de celle-ci, son beau-frère, le lieutenant d'Hardivillier du 2e éclaireurs, est tué à ses côtés par un boulet de canon[19]. Au cours de la bataille de Montmirail, le , Dautancourt, qui a sous ses ordres la 2e brigade de cavalerie de la Garde composée des dragons et des grenadiers à cheval[20], charge à plusieurs reprises l'infanterie russe à la tête des dragons et lui inflige de lourdes pertes[21]. Il s'agit là de son principal fait d'armes[22]. Une semaine plus tard, à Montereau, il dirige les escadrons de service de la Garde lancés à la poursuite des troupes du prince de Wurtemberg[23]. En récompense de ses services, il est fait commandeur de la Légion d'honneur le [1]. Il est cependant victime d'une maladie qui l'oblige à se rendre à Paris peu après la bataille de Reims[24]. Lors de la défense de la capitale le , il prend le commandement de la brigade de cavalerie de la Garde avec laquelle il affronte les armées coalisées à Clichy et Montmartre[25]. Après la chute de Napoléon, au général Krasiński qui lui enjoint d'accompagner ses hommes en Pologne, Dautancourt refuse par cette réponse : « prince, je suis Français »[26]. Il est mis en non-activité par les Bourbons le [1].

Pendant les Cent-Jours, Dautancourt sollicite auprès de Napoléon le commandement de l'escadron des lanciers polonais revenu de l'île d'Elbe, mais l'Empereur, arguant du faible effectif de cette troupe, lui donne une autre affectation[27]. Le , il est nommé commandant de la gendarmerie d'élite de la Garde[1]. Appelé tardivement sur le théâtre des opérations en Belgique, il ne peut rejoindre l'armée à temps pour participer à la bataille de Waterloo[28].

Après l'Empire

modifier

Mis en non-activité le , il est admis à la retraite comme maréchal de camp le [1]. Comme beaucoup d'autres ex-officiers de la Garde impériale, il reprend toutefois du service au commencement du règne de Louis-Philippe[29], comme commandant de la 1re subdivision (départements de la Nièvre et de l'Allier) de la 15e division militaire le [30].

Pierre Dautancourt meurt le à Nevers, dans la Nièvre[1]. Il est inhumé dans le cimetière Jean-Gautherin à Nevers, sous une sépulture de forme pyramidale[31]. Il a rédigé des souvenirs sur les campagnes auxquelles il a participé[32].

Postérité

modifier

Depuis 1868, et sur décision de Napoléon III, la rue Dautancourt lui rend hommage dans le 17e arrondissement de Paris[33].

Armoiries

modifier
Figure Blasonnement

Armes du chevalier Pierre d'Autancourt et de l'Empire

Tiercé en fasce : de sable à une tour d'argent crénelée de trois pièces, ouverte et maçonnée de gueules ; de gueules au signe des chevaliers légionnaires ; et d'azur au cheval galopant d'or.[34]

Armes du baron Pierre d'Autancourt et de l'Empire

Écartelé : au 1er, de sable à la tour d'argent crénelée de trois pièces, ouverte et maçonnée de gueules ; au 2e, du quartier des barons militaires, au 3e, d'azur au cheval galopant d'or; au 4e, d'or à deux lances polonaises de sable en sautoir, au pennon coupé d'argent et de gueules, cantonnées en chef et en flanc de trois molettes de sable, et en pointe d'un fer à cheval d'azur clouté du champ.[35]

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Six 1934, p. 33.
  2. Leclerc 1905, p. 229.
  3. Édouard Bercet, « Contribution à une notice sur le général d'Autencourt », Bulletin de la Société académique de Laon, Laon, t. 32 (2e fascicule), , p. 145 (lire en ligne).
  4. Leclerc 1905, p. 231.
  5. 1 2 Leclerc 1905, p. 233.
  6. Tranié et Carmigniani 1982, p. 24.
  7. Tranié et Carmigniani 1982, p. 16, 24.
  8. Charles-Henry Tranié, « Les chevau-légers polonais de la Garde impériale », Soldats napoléoniens, no 16, , p. 7 (ISSN 1770-085X).
  9. Luniński 1911, p. 129.
  10. Lachouque 1956, p. 285.
  11. Révérend 1895, p. 15.
  12. (en) Zdzislaw P. Wesolowski, The Order of the Virtuti Militari and Its Cavaliers, 1792-1992, (ISBN 0937527025), p. 101.
  13. (en) Ronald Pawly (ill. Patrice Courcelle), Napoleon's Polish Lancers of the Imperial Guard, Osprey Publishing, coll. « Men-at-Arms », , 48 p. (ISBN 978-1-84603-256-1), p. 37.
  14. Lachouque 1956, p. 463.
  15. (en) Ronald Pawly (ill. Patrice Courcelle), Napoleon's Guards of Honour, Osprey Publishing, coll. « Men-at-Arms », , 48 p. (ISBN 1-84176-488-4), p. 33.
  16. Lachouque 1956, p. 520.
  17. Tranié et Carmigniani 1982, p. 160.
  18. Brunon et Brunon 1962, p. 56-57.
  19. (en) Ronald Pawly (ill. Patrice Courcelle), Napoleon's Scouts of the Imperial Guard, Osprey Publishing, coll. « Osprey / Men-at-Arms » (no 433), , 48 p. (ISBN 978-1-84176-956-1), p. 21.
  20. Tranié et Carmigniani 1982, p. 129.
  21. Lachouque 1956, p. 582.
  22. Luniński 1911, p. 152.
  23. Brunon et Brunon 1962, p. 59.
  24. Brunon et Brunon 1962, p. 69.
  25. Tranié et Carmigniani 1982, p. 149.
  26. (en) Edward Ryan, Napoleon's Shield and Guardian : The Unconquerable General Daumesnil, Londres, Greenhill Books, , p. 217.
  27. Tranié et Carmigniani 1982, p. 166.
  28. Lachouque 1956, p. 835.
  29. Lachouque 1956, p. 883.
  30. Six 1934, p. 33-34.
  31. Alain Chappet, Roger Martin, Alain Pigeard et André Robe, Guide napoléonien : descriptifs des musées, monuments, stèles, curiosités sur l'histoire de 1795 à 1815 en France et à l'étranger, Paris, Charles-Lavauzelle, , 383 p. (lire en ligne), p. 82.
  32. Leclerc 1905, p. 239.
  33. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, vol. 1, Paris, Éditions de Minuit, , 734 p., p. 418.
  34. Révérend 1895, p. 14.
  35. Révérend 1895, p. 14-15.

Bibliographie

modifier
  • Jean Brunon et Raoul Brunon (ill. Pierre Benigni et Louis Frégier), Les éclaireurs de la Garde impériale : 1813-1814, Marseille, Collection Raoul et Jean Brunon, , 72 p. (OCLC 67376767, lire en ligne).
  • Henry Lachouque (préf. Maxime Weygand), Napoléon et la Garde impériale, Paris, Bloud et Gay, , 1114 p..
  • J. Leclerc, « Le général baron Pierre D'Autencourt, 1771-1832 : essai biographique », Bulletin de la Société académique de Laon, Laon, t. 31, , p. 228-246 (lire en ligne).
  • (pl) Ernest Luniński, Napoleon, Legiony i Księstwo Warszawskie Napoléon, les légions et le duché de Varsovie »], Varsovie, Fonderie et imprimerie S. Orgelbrand Synów, .
  • Albert Révérend, Armorial du Premier Empire : titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Ier, t. 2, Paris, L'annuaire de la noblesse, , 372 p. (lire en ligne).
  • Georges Six, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, t. 1, Paris, Georges Saffroy Éditeur, (lire en ligne).
  • Jean Tranié et Juan-Carlos Carmigniani, Les Polonais de Napoléon : l'épopée du 1er régiment de lanciers de la garde impériale, Copernic, , 179 p..

Liens externes

modifier