Bataille de Montmirail
La bataille de Montmirail se déroule le lors de la campagne de France. Elle oppose l'armée française de Napoléon Ier aux troupes russes du général Osten-Sacken et prussiennes du général Ludwig Yorck von Wartenburg. L'affrontement se solde par une victoire française.
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Montmirail (Marne) |
| Issue | Victoire française |
| Napoléon Ier | Fabian Gottlieb von Osten-Sacken Ludwig Yorck von Wartenburg |
| 16 000 hommes 36 canons |
30 000 hommes 104 canons |
| 2 000 morts ou blessés | 4 500 morts, blessés ou prisonniers 30 canons 6 drapeaux |
Batailles
- Sainte-Croix-en-Plaine
- Besançon
- Mayence
- Metz
- Saint-Avold
- 1re Saint-Dizier
- Brienne
- La Rothière
- Campagne des Six-Jours (Champaubert
- Montmirail
- Château-Thierry
- Vauchamps)
- Mormant
- Montereau
- Bar-sur-Aube
- Saint-Julien
- Laubressel
- Berry-au-Bac
- Craonne
- Coutures
- Laon
- Soissons
- Mâcon
- Reims
- Saint-Georges-de-Reneins
- Limonest
- Arcis-sur-Aube
- Fère-Champenoise
- 2e Saint-Dizier
- Meaux
- Claye
- Villeparisis
- Paris
| Coordonnées | 48° 53′ 45″ nord, 3° 28′ 50″ est | |
|---|---|---|
Contexte
modifier
Vaincue lors de la bataille de Leipzig en et contrainte à la retraite vers le Rhin, l'armée de Napoléon 1er doit faire face aux 400 000 soldats des armées coalisées qui convergent vers la France. Malgré un hiver rigoureux, les armées coalisées russes, prussiennes, suédoises et autrichiennes pénètrent en France à partir de la fin décembre[1].
A la suite de la bataille de La Rothière, le 1er février 1814, les troupes françaises se trouvant sous le commandement de Napoléon ont réussi à rejoindre Troyes le 3 février, avant de se replier sur Nogent-sur-Seine les 6 et 7 février. Les Alliés ayant entre-temps pris la décision de séparer les armées en deux groupes, la dite Armée de Silésie, sous le commandement du Feldmarschall Blücher, qui suivra la vallée de la Marne d'un côté, et de l'autre la dite Armée de Bohême du Prince de Schwarzenberg, avec la vallée de la Seine pour itinéraire, Napoléon prend pour stratégie de laisser 39000 hommes au sud pour contenir l'avancée de Schwarzenberg et de se diriger vers le nord pour tenter de couper celle de Blücher.
Lorsqu'il arrive à Sézanne le 9 février, Napoléon trouve face à lui une Armée de Silésie extrêmement dispersée : le 11e Corps russe, commandé par Fabian von der Osten-Sacken se dirige alors en direction de La Ferté-sous-Jouarre pour tenter - en vain - de couper le repli du Corps du maréchal Macdonald sur Meaux ; le 1er Corps prussien, sous les ordres de Ludwig Yorck, descend lentement le long de la Marne entre Epernay et Château-Thierry ; enfin, le 10e Corps russe du général Kaptsevitch et celui de Friedrich von Kleist, qui ont franchi plus récemment le Rhin, sont en train de rejoindre Blücher à son quartier-général à Vertus depuis Châlon-sur-Marne.
Le 10 février, il trouve sur sa route le Corps russe du général Olsoufiev, qu'il met en déroute et capture en partie à la bataille de Champaubert.
Le même jour, à 7 h du matin, le Feldmarschall Blücher, informé de la présence de Napoléon à Sézanne, ordonne à Sacken et à Yorck de faire mouvement vers Montmirail, carrefour où se croisent la route reliant Sézanne à Château-Thierry et la route de Paris/Meaux à Châlons, tandis que lui-même se portera, avec les troupes de Kleist et de Kaptsevitch qui l'ont rejoint entre-temps, sur Sézanne via Fère-Champenoise, où il se trouvera le soir.
Le soir même, à 21h, Sacken, abandonnant ainsi son objectif initial de franchir la Marne pour affronter le Corps de Macdonald, quitte La Ferté-sous-Jouarre, après avoir fait détruire le pont sur la Marne. Après une marche nocturne, ses troupes atteignent le lendemain matin Viels-Maisons, à 13 km à l'ouest de Montmirail. C'est là qu'il reçoit un adjudant du général Yorck, l'informant des difficultés extrêmes que les troupes de ce dernier rencontrent du fait de l'état des voies rendues boueuses et très difficilement praticables par la pluie : à 10 h, le général Yorck, qui par prudence a laissé une partie importante de ses troupes et l'artillerie lourde à Château-Thierry, est en effet parvenu seulement à Viffort, à mi-chemin environ. Tirant les conséquences d'une situation qu'il juge aussi défavorable, Yorck propose à Sacken d'unir leur force, avant de se replier sur Château-Thierry.
Ne tenant pas compte de l'avis de son homologue prussien, Sacken prend toutefois la décision de déployer son armée, sur un terrain extrêmement boueux, rendant particulièrement difficile le déplacement de l'artillerie.
Forces en présence
modifierDu côté français
modifier
Napoléon dispose d'environ 16 000 hommes répartis de la manière suivante :
- 1re division (6e corps) de Ricard
- 1re division (Vieille Garde) de Friant
- Division Michel (Vieille Garde) appartenant au corps d'armée de Mortier
- Division de cavalerie Defrance (gardes d'honneur) appartenant au corps d'armée de Mortier
- Cavalerie de la Garde impériale commandée par Nansouty et Laferrière-Lévesque (grenadiers à cheval, dragons, mamelouks, chevau-légers lanciers polonais et gardes d'honneur)
- 36 canons
Les deux divisions de la Jeune Garde commandées par le maréchal Ney ne participeront pas à la bataille.
Les troupes françaises sont surtout composées de jeunes soldats inexpérimentés et mal équipés, les « Marie-Louise » – conscrits levés en 1813[1].
Du côté allié
modifier
Pour Osten-Sacken (Armée russe) :
- 2e corps d'infanterie
- 6e corps d'infanterie
- 60 canons
Pour York (Armée prussienne) :
- 1er corps de l'armée de Silésie
- 44 canons
Soit environ 30 000 hommes et 104 canons.
La bataille
modifier
Napoléon arrive à huit heures du matin à Montmirail, précédé par les cavaliers de Nansouty qui ont chassé les Cosaques de la ville, et accompagné par quelques escadrons de la Vieille Garde et par une partie de la division Ricard. Face à la supériorité numérique de l'adversaire, l'Empereur décide d'attendre l'arrivée des troupes encore en arrière avant de débuter l'attaque.
Vers dix heures, Sacken déploie depuis Viels-Maisons le VIe corps d’infanterie, sous les ordres du général prince Chtcherbatov, au sud de la route, à la hauteur de l’Épine-aux-Bois, dont l'avant-garde bouscule les avant-postes français et s’empare du village de Marchais, tandis que le XIe corps russe, commandé par le général comte Liewen (10e et 27e division), demeure le long de la chaussée et s’empare des fermes des Chouteaux, des Grenaux et de la Chaise, au nord de la voie.
Vers midi, Napoléon, posté au lieu-dit La Dorgeaterie, envoie Ricard reprendre Marchais. Un "combat très long, très opiniâtre et très meurtrier"[2] débute alors autour du village, au cours duquel les troupes de Ricard perdront et reprendront le village cinq fois de suite. La Vieille Garde, envoyée à son secours aux alentours de 3h, parviendra momentanément à repousser les Russes du village.
A 2h, la situation semble devenir critique pour les Français : l'avant-garde prussienne de Yorck est en effet annoncée à Fontenelle, à quelques kilomètres au nord, tandis que les Russes tiennent sur leurs positions. En réalité, il s'agit uniquement d'un contingent de 3000 hommes, formé par deux brigades d'infanterie dotées de 8 canons, qui se positionnent entre Fontenelle et le hameau de Tourneux, puis s'avancent vers les hameaux de Plénois et Bailly (vers le sud, en direction de Montmirail).
Vers 4h, le maréchal Ney, à la tête de la division Friant, reçoit l’ordre de reprendre la ferme des Grenaux : face à une position appuyée par une forte artillerie, Ney met pied à terre et, à la tête de six bataillons de la Garde, charge avec succès les Russes à la baïonnette. Aussitôt que ce dernier atteint les Grenaux, le général d’Autancourt reçoit l’ordre de charger avec les Dragons sur sa gauche, au niveau de la route elle-même, tandis que le général Ségur, à la tête de ses Gardes d’honneur, charge la batterie russe positionnée entre les fermes de La Chaise et des Grenaux.

Jusqu'aux alentours de 5h, les Russes parviennent à tenir Marchais. Une nouvelle attaque est alors organisée, combinant les troupes de Ricard depuis le hameau du Tremblay et deux bataillons de la Vieille Garde, avec le maréchal Lefebvre et le général Bertrand à leur tête, donnant l’assaut depuis le nord : après un assaut victorieux à la baïonnette ("sans tirer un coup de fusil"[3]), les brigades de Dietrich et Blagovenzenko sont rejetées vers les ravins et le bois de Courmont, en contrebas du village, où ceux qui ne sont pas massacrés par les charges des Dragons de d'Aulaincourt sont faits prisonniers (500 à 600 hommes selon le rapport de Ricard).
A la tombée de la nuit, Sacken, tirant les conséquences de la situation, envoie un courrier à Yorck pour l'inviter à lancer une attaque, afin de ménager à ses troupes la possibilité d'un repli vers la route de Château-Thierry. La 1re Brigade d'infanterie prussienne est alors envoyée en direction du hameau de la Meulière, sur la route principale, immédiatement à l'ouest des fermes âprement disputées un peu plus tôt. Pour lui faire face, Napoléon peut encore compter sur la division Michel de la Vieille Garde, sous les ordres de Mortier, parvenue dans l'après-midi seulement à Montmirail, et positionnée sur le flanc droit, face aux Prussiens. Un combat acharné s'engage alors, à l'issue duquel les troupes de Mortier contraignent les Prussiens au repli, la nuit mettant fin à la bataille, mais qui permet aux troupes de Sacken de commencer un mouvement de retraite, à la faveur de la nuit, en direction de Viffort, d'où elles poursuivront vers Château-Thierry.
Pertes
modifierCôté russe, les pertes ont été évaluées à 3000 hommes environ, soit presque 16% de l'effectif, dont un millier de prisonniers.
Les pertes prussiennes "s’élèvent pour la seule 1.Infanterie-Brigade à 877 hommes, soit le quart de l'effectif de cette formation, ce qui témoigne de la violence de ce court combat"[4].
Concernant les Français, les pertes sont évaluées à 2000 hommes environ, soit un ratio de 12,5%.
"La division Ricard a été réduite de moitié ; elle ne présente plus le surlendemain que 800 hommes valides soit une perte de 50%. Les combats ont donc été particulièrement rudes à Marchais, où, rapporte Colin, on a retiré plus de 400 cadavres de la ferme appelée la Cour d'Airain, qui se trouve à l'entrée de Marchais du côté du Nord-Est."[4]
Conséquences
modifierAu lendemain de la bataille de Champaubert, avec la victoire de Montmirail, Napoléon porte un coup très dur à l'armée de Silésie de Blücher, en infligeant une nouvelle humiliation aux Prussiens et aux Russes pourtant deux fois plus nombreux. Les pertes subies ce jour-là par Osten-Sacken et Yorck sont importantes. Le succès français sème la discorde entre les alliés.
Mais les effets de la victoire de Montmirail demeurent cependant limités par l'inaction de Macdonald et ne portent pas un coup décisif à Blücher. Cette victoire permet néanmoins à Napoléon Bonaparte de reprendre temporairement l’initiative au cours de la campagne de France de 1814 et d’engager dès le lendemain la poursuite des troupes coalisées vers Château-Thierry, où elles parviennent toutefois à se replier sans être détruites.
Souvenir de Louis-Philippe
modifierLouis-Philippe alors duc d'Orléans, avait combattu avec les armées de la République française à Jemappes et à Valmy. De retour d'exil à la chute de Napoléon, il commande à Horace Vernet quatre grands tableaux de bataille qui montrent les victoires françaises lors des guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Ces tableaux célébrant la gloire militaire française et celle du roi, ont été accrochées au Palais-Royal. Achevés en cinq ans, ils représentent la bataille de Jemappes (1821), la bataille de Montmirail (1822), la bataille de Hanau (1824) et la bataille de Valmy (1826). Endommagés par un incendie lors de la révolution de 1848, ils ont été restaurés par Vernet lui-même. Ils sont conservés aujourd'hui à la National Gallery à Londres[5].
Mémoire
modifierL'un des chars du 501e régiment de chars de combat de la 2e division blindée (2e DB) du général Leclerc portait le nom de MONTMIRAIL. Le 24 août au soir, accompagnant le détachement du capitaine Dronne, il est l'un des premiers à entrer dans Paris à la tête de sa section composée également des chars ROMILLY et CHAMPAUBERT[6].
Aujourd'hui
modifierUn monument en forme de colonne, la colonne commémorative de Montmirail commémorant cette bataille, mais aussi les autres victoires françaises de , est situé sur le bord de la route de Paris. Une table d'orientation dans Marchais-en-Brie, une commémoration pour le bicentenaire de la bataille a eu lieu.
- Infanterie des Alliés.
- Napoléon sur le champ de bataille.
- Attaque de cavalerie alliée sur les canons français.
- Table d'orientation pour la campagne des Six Jours.
Annexes
modifierNotes et références
modifierUne bonne partie des informations de cette page sont issues des pages Wikipedia en anglais et en allemand traitant de la bataille.
- 1 2 « 11 février 1814, la bataille de Montmirail | Conseil départemental de l'Aisne », sur aisne.com, (consulté le )
- ↑ « Rapport adressé par le général Ricard au maréchal Marmont le 13 février », sur 1814 autour de Montmirail (consulté le )
- ↑ « Rapport du général Ricard au maréchal Marmont », sur 1814 autour de Montmirail (consulté le )
- 1 2 « Bilan », sur 1814 autour de Montmirail (consulté le )
- ↑ (en) Notice, « Batailles de Jemappes », sur National Gallery (consulté le )
- ↑ « MONTMIRAIL 501RCC », sur www.chars-francais.net (consulté le )
Bibliographie
modifier- Jean Tranié et Juan-Carlos Carmigniani, Napoléon 1814 : La campagne de France, Paris, Pygmalion/Gérard Watelet, , 315 p. (ISBN 2-85704-301-5).
- Marguerite Robert Mathieu, Dernières victoires, 1814 : la campagne de France aux alentours de Montmirail, Paris, A. & J. Picard et Cie, .