Pinacothèque Ambrosienne
La pinacothèque Ambrosienne (en italien : Pinacoteca Ambrosiana) est un musée d'art situé à Milan, en Italie. Fondée en avril 1618 par le cardinal Federico Borromeo, elle fait partie de l'ensemble institutionnel de la Bibliothèque Ambrosienne et est installée dans le palazzo dell'Ambrosiana, au centre historique de la ville.
| Type |
Pinacothèque, musée d'art, musée privé (en) |
|---|---|
| Ouverture |
1618 |
| Surface |
2 000 m2, 2 000 m2 |
| Visiteurs par an |
88 972 () |
| Effectif |
17 employés () |
| Site web |
| Collections |
Peintures Arts graphiques |
|---|---|
| Nombre d'objets |
1 500 |
| Protection |
Bien culturel italien (d) |
|---|
| Pays | |
|---|---|
| Commune | |
| Adresse |
Piazza Pio XI, 2 20123 Milan |
| Coordonnées |
La pinacothèque naît de la donation par Borromeo de sa collection personnelle de peintures, de sculptures et de dessins à la bibliothèque qu'il avait établie en 1607. Conçue dans le contexte culturel de la Contre-Réforme, l'institution avait pour objectif de servir à la fois de collection accessible au public et de support pédagogique pour l'Accademia del Disegno, destinée à la formation des artistes.
Les collections comprennent aujourd'hui environ 1 500 œuvres, principalement des peintures et des arts graphiques, couvrant une période allant de la Renaissance au début du XXe siècle. Parmi les œuvres conservées figurent le Portrait de musicien de Léonard de Vinci, la Corbeille de fruits du Caravage et le carton préparatoire de L'École d'Athènes de Raphaël.
Histoire
modifierFondation
modifierEn 1607, Federico Borromeo établit la bibliothèque Ambrosienne, ouverte au public en décembre 1609[1],[2]. En avril 1618, il lui adjoint la pinacothèque en donnant sa collection personnelle de peintures, de sculptures et de dessins[1]. Selon les souhaits de l'archevêque, elle doit servir de modèle à l'Accademia del Disegno, créée en 1620 pour l'éducation et la formation artistique dans le respect des préceptes édictés lors du Concile de Trente[1],[3].
Le premier directeur de l'Académie est Giovanni Battista Crespi ; parmi ses élèves figurent Daniele Crespi, Giulio Cesare Procaccini et Il Morazzone[4].
Le fondateur
modifierFederico Borromeo, cardinal humaniste
modifierFederico Borromeo naît à Milan le , fils du comte Giulio Cesare Borromeo et de Margherita Trivulzio[5]. Parent de saint Charles Borromée, archevêque de Milan et figure de la Réforme catholique, il est éduqué sous sa direction et destiné très jeune à la carrière ecclésiastique[5].
Après des études à Bologne, puis au Collegio Borromeo de Pavie, il obtient en 1585 son doctorat en théologie[5]. Établi à Rome à partir de 1586, il est créé cardinal-diacre par Sixte V le , à l'âge de vingt-trois ans[5]. Durant cette période romaine, il fréquente Philippe Néri, dont il suit l'enseignement spirituel[5].
En 1595, Clément VIII le nomme archevêque de Milan, charge qu'il occupe jusqu'à sa mort en 1631[5]. Son épiscopat est marqué par des controverses juridictionnelles avec le gouvernement espagnol, ainsi que par la création de ses institutions culturelles[5].
Une vision éducative de l'art
modifierFederico Borromeo conçoit l'Ambrosienne comme un ensemble intégré au service de l'éducation et de la formation dans l'esprit de la Contre-Réforme[6]. Cette conception distingue l'Ambrosienne des collections princières de l'époque, telles que celles des Médicis à Florence ou des Este à Ferrare, qui demeuraient des trésors privés accessibles aux seuls privilégiés[6]. Pour Borromeo, l'art devait être accessible à des fins d'instruction morale et de formation esthétique, conformément aux directives du Concile de Trente sur la fonction pédagogique des images sacrées[5].
Les traités théoriques
modifierLe cardinal rédige deux ouvrages sur l'art. Le De pictura sacra (1624) énonce les règles que les artistes doivent suivre dans la création d'œuvres religieuses, en s'appuyant sur les Pères de l'Église, les conciles et sa connaissance de l'art et de la littérature antiques[6]. Le Musaeum (1625) propose une visite commentée de la pinacothèque, avec des observations personnelles sur les œuvres de sa collection ; on y trouve certaines des premières critiques écrites sur des artistes tels que Léonard de Vinci, Titien et Jan Brueghel l'Ancien[6].
Architecture
modifierLe palazzo dell'Ambrosiana est commandé par le cardinal Federico Borromeo à partir de 1603[7]. Le projet initial est confié à l'architecte Lelio Buzzi, qui conçoit une grande salle rectangulaire couverte d'une voûte en berceau, précédée d'un atrium terminé par un fronton triangulaire[8].
La construction est poursuivie par Francesco Maria Richini puis, à partir de 1611, par Fabio Mangone, qui ajoute les deux salons destinés à l'Académie et aux collections d'art[8]. L'édifice s'inscrit dans le style de transition entre la Renaissance tardive et le baroque[8].
Le palais est agrandi en 1829-1836 par Giacomo Moraglia, puis en 1921-1923 par Ambrogio Annoni, qui réalise notamment la couverture de la cour intérieure[7]. L'aile Galbiati est aménagée entre 1928 et 1931 sous la direction des architectes Alessandro Minali et Ambrogio Annoni[9].
Collections
modifierLe musée se déploie sur vingt-quatre salles réparties sur trois niveaux, selon un parcours chronologique qui débute par la collection originelle du cardinal Borromeo et s'achève au début du XXe siècle[1]. La collection est passée des œuvres initialement données par le cardinal à environ 1 500 pièces[3].
La collection Borromeo
modifierLes premières salles présentent le noyau primitif de la pinacothèque, issu de la donation de 1618[1]. La salle 1 abrite la Corbeille de fruits du Caravage, considérée comme l'une des premières natures mortes de l'histoire de l'art occidental ; la salle 2 la Madone du pavillon de Botticelli ; la salle 5 le carton préparatoire de l'École d'Athènes de Raphaël[1]. La salle 7 réunit la collection flamande du cardinal, notamment les Vases de fleurs de Jan Brueghel l'Ancien[1]. Y figurent également l'Adoration des mages de Titien et la Madone des tours de Bramantino[1],[3].
Aile Galbiati
modifierÀ partir de la salle 8, le visiteur pénètre dans l'aile Galbiati, remarquable par ses décorations de marbre[1]. Cet ensemble, qui s'étend jusqu'à la salle 12, où est exposé le Portrait d'un gentilhomme de Giovanni Battista Moroni, abrite également une vitrine contenant une mèche de cheveux de Lucrèce Borgia[1]. La Sala della Medusa tire son nom d'une fontaine ornementale du sculpteur Giannino Castiglioni[9].
Le premier étage comprend en outre la salle des vitraux consacrés à Dante et la galerie Bambaia[1].
Deuxième étage
modifierLe parcours du deuxième étage s'ouvre sur une exèdre ornée de mosaïques, avant d'aborder les collections des XVIIe et XIXe siècles[1]. La pinacothèque conserve des peintres lombards du XVIIe siècle — Il Morazzone, Giulio Cesare Procaccini, Daniele Crespi et Carlo Francesco Nuvolone —, des artistes du XVIIIe siècle tels que Giandomenico Tiepolo, Fra' Galgario et Francesco Londonio, ainsi qu'un ensemble d'œuvres des XIXe et XXe siècles d'Andrea Appiani, Francesco Hayez et Emilio Longoni[1].
La salle 18 présente la collection du comte Giovanni Edoardo De Pecis, donnée en 1827[9].
Aula Leonardi et Sala Federiciana
modifierLe parcours s'achève au rez-de-chaussée par deux espaces distincts[1]. L'Aula Leonardi expose le Portrait de musicien de Léonard de Vinci, entouré d'œuvres de ses disciples : Giovanni Ambrogio de Predis, Marco d'Oggiono, Bernardino Luini[1].
La visite se conclut dans la Sala Federiciana, ancienne salle de lecture de la bibliothèque construite au début du XVIIe siècle, où sont présentés par rotation des feuillets originaux du Codex Atlanticus[1].
Curiosités
modifierLe musée conserve également des objets d'intérêt historique : les gants que Napoléon portait à la bataille de Waterloo, des sphères armillaires provenant de la collection Settala, ainsi que la mèche de cheveux de Lucrèce Borgia, qui inspira des poètes tels que Lord Byron et Gabriele D'Annunzio[1].
Le Codex Atlanticus
modifierLa bibliothèque Ambrosienne conserve depuis 1637 le Codex Atlanticus, la plus grande collection existante de dessins et de notes manuscrites de Léonard de Vinci[10]. Ce recueil de 1 119 feuillets couvre l'ensemble de la carrière de Léonard, de 1478 à 1519, et traite de sujets allant de la mécanique à l'hydraulique, des mathématiques à l'architecture[10].
Le Codex doit son nom au format des grands feuillets d'atlas géographique sur lesquels le sculpteur milanais Pompeo Leoni avait assemblé les dessins de Léonard à la fin du XVIe siècle[10]. En 1637, le marquis Galeazzo Arconati fit don de ce recueil à la bibliothèque, refusant une offre de Thomas Howard, comte d'Arundel[11].
En 1796, les troupes napoléoniennes s'emparèrent du Codex et le transportèrent à Paris, où il demeura au Louvre jusqu'en 1815. Lors du Congrès de Vienne, le sculpteur Antonio Canova, émissaire du pape, découvrit que l'envoyé autrichien avait confondu l'écriture spéculaire de Léonard avec des caractères chinois, et obtint la restitution du manuscrit[10].
La restauration et le démontage des feuillets, réalisés entre 1962 et 1972, ont permis de révéler des dessins au verso des pages jusqu'alors inaccessibles[10].
Arts graphiques
modifierLa bibliothèque Ambrosienne conserve environ 12 000 dessins et 22 000 estampes, constituant selon l'institution l'un des fonds graphiques les plus importants d'Italie[12].
La donation originelle
modifierLe noyau primitif de cette collection remonte à la donation de 1618, qui comprenait non seulement des peintures mais aussi des dessins et des estampes[1]. Le cardinal avait constitué cette collection durant son séjour romain (1586-1601), fréquentant les cercles artistiques de la cour pontificale et acquérant des œuvres auprès d'artistes tels que Jan Brueghel l'Ancien[4]. Ces œuvres graphiques étaient destinées à servir de modèles aux étudiants de l'Accademia del Disegno[4].
La Galleria Portatile
modifierParmi les acquisitions postérieures, la Galleria Portatile (ou Codice Resta), entrée dans les collections en 1709, constitue un ensemble de dessins de maîtres italiens[13]. Assemblée par le père Sebastiano Resta (1635-1714), oratorien et connaisseur, cette « galerie portable » réunit 248 dessins accompagnés de notes manuscrites du collectionneur[14].
Si de nombreux albums de dessins constitués par Resta ont été dispersés dans les musées du monde entier, la Galleria Portatile a conservé son intégrité, de même que le Piccolo Codice Resta également conservé à l'Ambrosienne[15].
Dessins de maîtres
modifierLe fonds graphique comprend des dessins de Raphaël, Pisanello, Léonard de Vinci et d'autres maîtres de la Renaissance et du baroque[12]. Ces œuvres, généralement conservées dans les réserves pour des raisons de préservation, font l'objet d'expositions temporaires et sont accessibles aux chercheurs dans la salle de lecture de la bibliothèque[12].
Principales œuvres
modifier| Artiste | Titre | École / période |
|---|---|---|
| Léonard de Vinci | Portrait de musicien | Florentine, XVe et XVIe siècles |
| Raphaël | Carton préparatoire de L'École d'Athènes | Romaine, XVIe siècle |
| Sandro Botticelli | La Madone du pavillon (Madonna del padiglione) | Florentine, XVe siècle |
| Bramantino | La Madone des tours | Lombarde, XVe et XVIe siècles |
| Giovanni Ambrogio de Predis | Portrait d'une femme | Lombarde, XVe et XVIe siècles |
| Bernardino Luini | Sacra famiglia | Lombarde, XVIe siècle |
| Titien | Adoration des mages | Vénitienne, XVIe siècle |
| Giovanni Battista Moroni | Portrait d'un gentilhomme | Lombarde, XVIe siècle |
| Le Caravage | Corbeille de fruits | Lombarde, XVIIe siècle |
| Jan Brueghel l'Ancien | Vases de fleurs | Flamande, XVIe et XVIIe siècles |
- Portrait d'un musicien, Léonard de Vinci.
- Corbeille de fruits, Caravage.
- Madonna del padiglione, Botticelli.
- Madone des tours, Bramantino.
- Portrait d'une femme, Giovanni Ambrogio de Predis.
- Détail du carton de Raphaël, photographié par Giacomo Brogi.
Portée historique
modifierL'institution se présente comme le plus ancien musée de Milan[1]. La bibliothèque Ambrosienne, ouverte au public en décembre 1609, compte parmi les premières bibliothèques publiques d'Europe, après la Bodléienne d'Oxford ouverte en 1602[2]. Le projet culturel de Borromeo, analysé par l'historienne de l'art Pamela M. Jones, s'inscrit dans le contexte de la Contre-Réforme et vise à créer un pôle de savoir en mesure de rivaliser avec les centres intellectuels protestants[16].
La Corbeille de fruits du Caravage, acquise par Borromeo à la fin du XVIe siècle, est citée comme un prototype du genre de la nature morte ; le réalisme avec lequel l'artiste représente les fruits mûrs et abîmés ainsi que les feuilles desséchées a été interprété, selon le musée, comme une évocation du passage du temps[17].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 (en) « Pinacoteca », sur Veneranda Biblioteca Ambrosiana (consulté le ).
- 1 2 (en) « First Modern Libraries in Europe », sur EBSCO Research Starters (consulté le ).
- 1 2 3 (it) « Pinacoteca ambrosiana », sur Enciclopedia Treccani (consulté le ).
- 1 2 3 (en) James M. Bradburne, « The Culture of Cardinal Borromeo », sur Nicholas Hall (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (it) Paolo Prodi, « BORROMEO, Federico », sur Dizionario Biografico degli Italiani, Treccani (consulté le ).
- 1 2 3 4 (en) Federico Borromeo (trad. Kenneth S. Rothwell Jr.), Sacred Painting. Museum, Harvard University Press, coll. « The I Tatti Renaissance Library », (ISBN 978-0-674-04758-7).
- 1 2 (it) « Palazzo dell'Ambrosiana — complesso », sur Catalogo Generale dei Beni Culturali, Ministero della Cultura (consulté le ).
- 1 2 3 (it) Paolo Mezzanotte, « BUZZI, Lelio », sur Dizionario Biografico degli Italiani, Treccani (consulté le ).
- 1 2 3 (it) « Pinacoteca Ambrosiana », sur Lombardia Beni Culturali, Regione Lombardia (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 (en) « Ten Key Facts About Leonardo da Vinci's Codex Atlanticus », sur Google Arts & Culture, Veneranda Biblioteca Ambrosiana (consulté le ).
- ↑ (en) « Don Alberto Rocca Lectures on the Cultural Project of Federico Borromeo », sur Medieval Institute, University of Notre Dame (consulté le ).
- 1 2 3 (en) « Biblioteca », sur Veneranda Biblioteca Ambrosiana (consulté le ).
- ↑ (it) « Codice Resta », sur Leonardo da Vinci Italy (consulté le ).
- ↑ (it) Giorgio Fubini, Cento Tavole del Codice Resta, Milan, Biblioteca Ambrosiana, coll. « Fontes Ambrosiani » (no 29), .
- ↑ (it) « La Galleria Portatile di Sebastiano Resta », sur Firenze 1903, (consulté le ).
- ↑ Jones 1993.
- ↑ (en) « Basket of Fruit », sur Veneranda Biblioteca Ambrosiana (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Pamela M. Jones, Federico Borromeo and the Ambrosiana : Art Patronage and Reform in Seventeenth-Century Milan, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-43068-5).
- (en) Pamela M. Jones, « Federico Borromeo as a Patron of Landscapes and Still Lifes: Christian Optimism in Italy ca. 1600 », The Art Bulletin, vol. 70, no 2, , p. 261-272 (DOI 10.1080/00043079.1988.10788565).
- (en) Federico Borromeo (trad. Kenneth S. Rothwell Jr.), Sacred Painting. Museum, Harvard University Press, coll. « The I Tatti Renaissance Library », (ISBN 978-0-674-04758-7).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (it + en) Site officiel
