Galla Placidia

impératrice romaine
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Galla Placidia ou Placidie, née entre 388 et 393 à Thessalonique ou Constantinople, et morte le 26 ou 27 novembre 450 à Rome, est une princesse et impératrice romaine de la dynastie valentiniano-théodosienne. Fille de l’empereur Théodose Ier et d’Aelia Galla, demi-sœur d’Arcadius et d’Honorius, mère de Valentinien III, elle appartient par sa naissance aux deux familles impériales autour desquelles s’organise la transmission du pouvoir à la charnière des IVe et Ve siècles.

Galla Placidia
Médaillon d’or circulaire entouré de plusieurs rangs de motifs en pétales, portant en son centre un buste féminin de profil tourné vers la droite, diadémé et paré de bijoux.
Avers du médaillon de Galla Placidia frappé à Ravenne vers 425. Il faisait partie, avec le médaillon d’Honorius, d’un trésor monétaire, le Trésor de Velp. Cabinet des médailles.
Titre
Augusta de l’Empire romain d’Occident

(29 ans)
Biographie
Dynastie Valentiniano-théodosienne
Date de naissance entre 388 et 393
Lieu de naissance Thessalonique ou Constantinople
Date de décès 26 ou 27 novembre 450
Lieu de décès Rome
Père Théodose Ier
Mère Aelia Galla
Grand-père paternel Théodose l’Ancien
Grand-mère paternelle Thermantia
Grand-père maternel Valentinien Ier
Grand-mère maternelle Justine
Fratrie Arcadius (demi-frère)
Honorius (demi-frère)
Pulchérie (demi-sœur, morte en bas âge)
Gratien (mort en bas âge)
Conjoint Athaulf roi des Goths
Constance III empereur romain
Enfants avec Athaulf :
Théodose
avec Constance III :
Valentinien III empereur romain
Honoria

Passée aux mains des Goths lors des troubles liés au sac de Rome de 410, elle épouse leur roi Athaulf en 414. Après la mort de ce dernier, elle est rendue à la cour de son demi-frère, l’empereur d’Occident Honorius, où elle est unie en 417 au général Flavius Constance, élevé à la pourpre sous le nom de Constance III en février 421. Placidia reçoit le titre d’Augusta, devenant la première femme de la dynastie théodosienne à le porter en Occident.

Veuve dès le mois de septembre suivant, elle entre peu après en conflit ouvert avec Honorius, pour des motifs que les sources n’éclairent pas, et quitte la cour en 423 avec ses deux enfants, Honoria et Valentinien, pour gagner Constantinople. À la mort d’Honorius, la même année, elle obtient de son neveu Théodose II l’appui militaire qui permet d’écarter l’usurpateur Jean, puis d’élever son fils, âgé de six ans, à la dignité d’Auguste d’Occident, le 23 octobre 425.

Durant la minorité de ce dernier, Galla Placidia tient un rôle de premier plan au sein d’un gouvernement où l’exercice du pouvoir se partage entre la famille impériale, la cour, les hauts fonctionnaires et les chefs militaires. Régulièrement qualifiée de « régence », cette position ne correspond pourtant à aucune fonction ni titulature propre à l’Empire romain, et sa nature demeure discutée.

La période est marquée par les violentes rivalités entre des généraux comme Felix, Boniface et Ætius, ainsi que par l’installation des Vandales en Afrique. La prépondérance acquise par Ætius à partir de 433 et le mariage de Valentinien avec Licinia Eudoxia en 437 modifient les équilibres de la cour sans effacer l’Augusta, dont l’une des dernières interventions politiques attestées survient en 449, lorsque sa fille Honoria fait secrètement appel au souverain des Huns Attila.

Chrétienne nicéenne fervente, Galla Placidia prend part à plusieurs affaires ecclésiales de son temps et déploie un mécénat monumental à Ravenne comme à Rome. Dans les derniers mois de sa vie, elle intervient encore auprès de la cour de Constantinople aux côtés de l’évêque Léon Ier, à propos des suites du concile d’Éphèse de 449, avant de mourir à Rome en novembre 450.

L’édifice de Ravenne traditionnellement désigné sous le nom de « mausolée de Galla Placidia » témoigne de la richesse de son patronage, bien qu’il ne s’agisse vraisemblablement pas de sa sépulture. L’association durable de son nom à ce monument contribue néanmoins, dès le Moyen Âge, à entretenir sa mémoire, largement réinvestie par la littérature et les arts aux XIXe et XXe siècles.

Par son fils, sa descendance se prolonge jusque dans la haute aristocratie de Constantinople à la fin du VIe siècle. Sa trajectoire, connue par une documentation fragmentaire et souvent indirecte, fait l’objet d’une historiographie spécialisée, particulièrement renouvelée depuis la fin du XXe siècle, ainsi que de recherches consacrées à l’histoire de l’art, à l’archéologie et aux formes du pouvoir féminin dans l’Empire romain.

Contexte

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En 379, Gratien, qui gouverne la partie occidentale de l’Empire romain avec son jeune demi-frère Valentinien II, appelle le général hispanique Théodose Ier à partager l’imperium, après la débâcle de l’armée romaine d’Orient face aux Goths à la bataille d’Andrinople, au cours de laquelle l’empereur Valens disparaît[1].

Théodose reçoit la direction des provinces orientales et la charge de rétablir la situation militaire dans les Balkans, où des groupes gothiques circulent et s’opposent aux armées impériales[1]. Vers le mois de juin 379, il établit sa base à Thessalonique, ville portuaire située sur la Via Egnatia, à partir de laquelle il tente de reconstituer les forces militaires de l’Empire[1]. Malgré plusieurs succès tactiques, Théodose ne parvient pas à remporter de victoire décisive sur les Goths et se résout à négocier : en 382, il conclut un traité qui permet leur établissement sur le territoire impérial[2], puis consent à l’intégration de combattants goths au sein de ses armées[3].

Relief de pierre en deux registres : quatre figures impériales siègent au-dessus de deux groupes d’hommes agenouillés qui présentent des offrandes.
Théodose Ier reçoit la soumission des vaincus au milieu de sa cour, entouré de Valentinien II ainsi que d’Arcadius et d’Honorius, obélisque de Théodose, Istanbul.

Ces dispositions ne mettent pas fin aux conflits, mais inscrivent durablement des groupes gothiques au sein de l’Empire, où ils deviennent des acteurs à part entière des luttes de pouvoir, des conflits militaires et des équilibres politiques[4]. Après la mort — suspecte — du jeune Valentinien II, seul Auguste légitime d’Occident, en mai 392, le puissant général Arbogast prend de fait le commandement des provinces occidentales[5]. Après quelques semaines de flottement, il place Eugène, un civil issu de l’administration impériale, sur le trône occidental[6].

En réaction, et probablement influencé par son épouse Aelia Galla, sœur de Valentinien II, Théodose élève en janvier 393 son fils Honorius, alors âgé d’environ huit ans, au rang d’Auguste[7]. En désignant un membre de sa propre famille comme titulaire légitime du pouvoir occidental, il oppose la continuité dynastique théodosienne au pouvoir d’Eugène et d’Arbogast[8].

Cette élévation s’inscrit dans une succession de règnes inaugurés durant l’enfance, après ceux de Gratien et de Valentinien II, qui contribue progressivement à transformer les conditions d’exercice du pouvoir impérial en Occident[9]. La personne de ces jeunes souverains peut en effet constituer un puissant principe de légitimité et de continuité dynastiques pour les différents acteurs — dynastiques, civils ou militaires — qui prennent part, à des degrés divers, au gouvernement constitué autour d’eux[10]. La concurrence pour y occuper une position dominante nourrit à plusieurs reprises des rivalités entre acteurs aux intérêts et aux choix politiques divergents, voire opposés, qui peuvent déboucher sur des luttes de pouvoir et parfois sur des affrontements armés[11].

Biographie

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Origines

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Relief d’argent montrant un empereur assis de face sur un trône, vêtu d’une tunique richement ornée et d’un manteau, tenant un rouleau dans la main droite.
Détail du missorium de l’empereur Théodose Ier, IVe siècle, Académie royale d’histoire, Madrid.

Née entre 388 et 393, à Constantinople ou à Thessalonique[n 1], Galla Placidia appartient par sa naissance aux deux familles impériales autour desquelles s’organise alors la transmission dynastique du pouvoir[12]. Son père est Théodose Ier, tandis que sa mère, Aelia Galla, seconde épouse de celui-ci, est une fille de Valentinien Ier et de Justine, et donc la sœur de Valentinien II[12]. Galla Placidia est ainsi théodosienne par son père et valentinienne par sa mère, tandis qu’Arcadius et Honorius, nés du premier mariage de Théodose avec Aelia Flacilla, sont ses demi-frères[13].

Cette double appartenance confère très tôt à Galla Placidia une valeur dynastique propre : par son mariage et sa descendance, elle peut transmettre une légitimité susceptible de renforcer, voire de concurrencer, le pouvoir impérial établi[14]. Sa présence auprès d’Honorius contribue ainsi à rattacher le jeune Auguste théodosien à l’héritage valentinien, dont elle est alors la dernière représentante vivante[14].

Galla Placidia a également pour frère germain Gratien[n 2], probablement né en 388 ou au début de 389 et mort en bas âge entre 390 et 394 ; Aelia Galla meurt en couches en 394 avec un autre enfant, peut-être le Jean mentionné parmi les membres de la dynastie dans une inscription de Ravenne[15].

À la cour de Théodose

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L’élévation d’Honorius en janvier 393 donne lieu à de fastueuses célébrations organisées à Constantinople, au cours desquelles la foule peut contempler Théodose et ses enfants : si l’on en croit Claudien[n 3], le char le plus richement décoré du cortège transporte Honorius, accompagné de son frère aîné Arcadius et de la jeune Galla Placidia, les trois enfants étant vêtus de la même manière, dans des tenues conçues pour éblouir la foule[17].

Aelia Galla meurt en couches en 394[18] et, la même année, Théodose quitte Constantinople pour affronter Eugène et Arbogast en Italie[19]. Il rassemble une armée qui intègre notamment des éléments goths, huns et alains, venus de la frontière danubienne[20]. En outre, l’encadrement des troupes associe des officiers romains à plusieurs chefs d’origine extérieure à l’Empire, parmi lesquels le Goth Gaïnas, dont Alaric est alors l’un des officiers[20]. L’armée d’Eugène et d’Arbogast comprend elle aussi de nombreux combattants d’origine franque et alamane[20]. Ce sont ainsi deux coalitions engagées dans une guerre civile pour le pouvoir impérial, et non deux ensembles homogènes de « Romains » et de « Barbares » qui s’opposent en septembre 394 lors de la meurtrière bataille du Frigidus[21].

Carte du bassin méditerranéen et de l’Empire romain montrant la répartition des provinces entre le gouvernement occidental d’Honorius et le gouvernement oriental d’Arcadius après 395.
Répartition des provinces de l’Empire romain entre les gouvernements d’Honorius en Occident et d’Arcadius en Orient après la mort de Théodose en 395.

Victorieux, Théodose réunit brièvement sous son autorité les parties orientale et occidentale de l’Empire[22]. Il s’installe alors à Milan, où il fait venir auprès de lui ses jeunes enfants Honorius et Placidia, conduits depuis Constantinople par leur cousine Serena[23]. Les deux enfants y reçoivent le baptême chrétien[23] et, vers la même époque, Placidia est qualifiée par son père de nobilissima puella très noble jeune fille »), titre qui marque son rang au sein de la famille impériale[24]. Tandis que des fêtes publiques sont organisées pour célébrer sa victoire, Théodose meurt inopinément en janvier 395[23].

Ses deux fils, déjà élevés au rang d’Auguste, demeurent à la tête de l’Empire : Honorius, âgé d’environ dix ans, est l’Auguste des provinces occidentales, mais le gouvernement de la cour impériale milanaise est dominé par le général Stilicon, tandis que son épouse Serena exerce une autorité importante au sein de la maison impériale[25] ; Arcadius, âgé de dix-huit ans, est lui l’Auguste des provinces orientales depuis Constantinople, où c’est le préfet du prétoire d’Orient Rufinus qui domine la cour[26]. Cette répartition consacre durablement deux cours impériales distinctes, dont les relations alternent entre coopération, rivalité et compétition pour la prééminence[26]. Elle ne supprime cependant pas la représentation officielle d’un Empire commun, dont les deux souverains demeurent les Augustes et dont les monnaies et les actes impériaux continuent d’affirmer l’intégrité malgré la séparation des gouvernements[27].

Dans l’entourage de Stilicon et de Serena

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Petit pendentif ovale en agate gravée, monté dans une bordure d’or et suspendu à une chaînette en or ; les lettres des noms Maria, Honorius, Stilicon et Serena se croisent autour d’un grand chrisme central.
Encolpion de l’impératrice Marie, un camée d’agate portant un chrisme en Χ (chi) et Ρ (rhô), constitué des noms Maria, Honorius, Stilicon et Serena, vers 407, musée du Louvre.

Devenue orpheline, Placidia, accompagnée de sa nourrice Elpidia et de la domesticité attachée à sa personne, semble avoir été élevée dans l’entourage de Stilicon et de Serena, auprès de leurs trois enfants un peu plus âgés[18] : Marie, Eucher et Thermantia[28]. Stilicon cherche parallèlement à assurer à sa famille une place au sein de la dynastie régnante par une série d’alliances matrimoniales : il unit Marie à Honorius en 398 et destine Galla Placidia à Eucher, les fiançailles de jeunes enfants n’étant pas rares chez les Romains[29]. Ce dernier projet d’union, encore publiquement évoqué vers 400, ne se concrétisera cependant jamais[29].

Placidia n’apparaît pas dans la propagande de cour du début du règne d’Honorius, cette absence pouvant s’expliquer par son jeune âge, et par conséquent sa relative insignifiance sur la scène politique ; mais il est également possible que cela trahisse des relations peu cordiales avec ses parents de substitution[30]. Les détails de son éducation ne sont pas documentés mais Placidia a vraisemblablement reçu une formation comparable à celle des jeunes femmes de la maison impériale, associant culture littéraire, apprentissage du grec et du latin ainsi qu’une solide formation chrétienne fondée sur les Écritures[31].

En 401, après avoir ravagé une partie de la Grèce, les Goths d’Alaric traversent les Alpes juliennes, dévastent les campagnes proches d’Aquilée, puis menacent différentes villes du nord de l’Italie[32]. Ils assiègent ensuite Milan durant l’hiver, avant que Stilicon ne les contraigne à refluer et ne les affronte en avril 402 à la bataille de Pollentia[33]. À la suite de ces évènements, Stilicon incite Honorius à transférer la cour à Ravenne, où Galla Placidia le suit[29]. Située sur la côte adriatique, bien desservie par les installations portuaires de Classe — qui offrent un accès maritime vers Constantinople et les centres commerciaux de la Méditerranée orientale — ainsi que par le réseau fluvial de la plaine du Pô, la ville, protégée par des marais, des lacs piégeux et de bonnes murailles, est en effet réputée imprenable[29].

La vie de Placidia à Ravenne n’est pas connue et il faut attendre l’année 408 pour que les sources l’évoquent à nouveau[30]. Cette année-là, la situation de l’Empire ainsi que la situation personnelle de Stilicon se dégradent rapidement[34]. Au début de l’année, Honorius épouse Thermantia, seconde fille du général et sœur cadette de Marie, morte quelques années auparavant[35]. La mort d’Arcadius, le 1er mai, laisse l’Empire d’Orient au tout jeune Théodose II, tandis que l’usurpateur Constantin consolide son pouvoir en Gaule et étend son autorité vers l’Hispanie[36]. Dans le même temps, Alaric réclame aux autorités occidentales 4 000 livres d’or pour les services rendus par ses troupes en Épire[36]. Stilicon convainc Honorius et le Sénat d’accéder à cette demande, mais cette décision accroît l’hostilité d’une partie des élites romaines à son égard[34].

La chute du clan Stilicon

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Cette hostilité est exploitée par Olympius, un fonctionnaire de la cour qui gagne la confiance d’Honorius[37]. Le 13 août 408, alors que l’empereur réunit à Pavie son haut commandement militaire afin de préparer une campagne contre l’usurpateur Constantin, une mutinerie éclate et entraîne l’exécution de nombreux hauts responsables civils et militaires proches de Stilicon[38].

Diptyque d’ivoire sculpté en deux panneaux : à gauche, une femme en longue robe tient une fleur au-dessus d’un jeune garçon ; à droite, un homme en tenue militaire tient une longue lance et un grand bouclier.
Diptyque en ivoire du Ve siècle figurant Stilicon, son épouse Serena et leur fils Eucher, trésor de la cathédrale de Monza.

Ce dernier, qui se trouve alors à Bologne, apprend le massacre, puis qu’Honorius a ordonné son arrestation en l’accusant de vouloir placer son fils Eucher sur le trône[39]. Il gagne alors Ravenne et se réfugie dans une église[37]. Le 22 août, des agents impériaux lui présentent une lettre de clémence et lui garantissent un sauf-conduit jusqu’à la cour s’il accepte de se livrer[37]. Lorsqu’il sort de l’église, une seconde lettre d’Honorius ordonne son exécution ; Stilicon refuse que ses gardes interviennent et est mis à mort[40]. Honorius répudie ensuite Thermantia et ordonne l’exécution d’Eucher, qui a trouvé refuge dans une église de Rome mais est à son tour livré aux agents impériaux, qui le mettent à mort[41].

Dans les mois suivants, plusieurs anciens associés de Stilicon sont interrogés sous la torture, sans que leurs déclarations apportent de preuve tangible de sa culpabilité[42]. La chute de Stilicon s’accompagne d’une purge de ses partisans et du massacre, dans plusieurs villes d’Italie, des familles des soldats fédérés servant dans l’armée romaine[43]. Une grande partie de ces derniers déserte alors l’armée impériale et rejoint Alaric, qui marche sur Rome et soumet la ville à un premier siège à l’automne 408[44]. Serena et Galla Placidia, âgée de quinze à vingt ans, se trouvent alors toutes deux dans la capitale[45].

Serena est alors accusée, sans preuve, de vouloir livrer la ville aux Goths[46]. Selon Zosime, Placidia se joint au Sénat dans la décision de mettre à mort la veuve de Stilicon[45] pour complicité avec Alaric[47]. Cette intervention, la première que les sources lui attribuent sur le plan politique, reste discutée : elle a pu se limiter à apporter une caution dynastique à l’initiative sénatoriale ou correspondre à une participation plus active à la condamnation[n 4]. Quoi qu’il en soit, Serena est condamnée à mort par le Sénat et étranglée[46].

Captivité et période auprès des Goths

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Le sac de Rome de 410

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Peinture montrant deux guerriers presque nus escaladant une grande statue romaine de marbre et lui passant une corde autour du cou, tandis qu’une troupe désordonnée met le feu à des bâtiments d’architecture antique.
Le sac de Rome par les barbares en 410, tableau allégorique de Joseph-Noël Sylvestre, 1890, musée Paul-Valéry.

Si le récit traditionnel associe la capture de Galla Placidia au sac de Rome d’août 410, la complexité de la situation invite à la prudence[48].

Après ce premier siège de Rome à l’automne 408 qui, affamant la population, n’est levé qu’en échange d’une forte rançon acquittée par les sénateurs et par le dépouillement des temples[n 5], les négociations entre les nouveaux conseillers impériaux et Alaric demeurent dans l’impasse[49]. Le chef goth soumet alors à nouveau Rome à la pression de ses troupes[49], si bien que fin 409, le Sénat romain rompt avec Honorius et soutient la proclamation comme Auguste du sénateur Priscus Attale[50]. Celui-ci constitue un gouvernement qui confère à Alaric le titre de magister militum et à Athaulf celui de comes domesticorum[50], faisant des forces d’Alaric le soutien militaire d’un pouvoir impérial concurrent de celui d’Honorius[50].

Constantin III, qu’Honorius a reconnu l’année précédente — de mauvais gré[51] — comme collègue impérial, et qui lui a promis son assistance contre Alaric, porte ses troupes en Italie du Nord ; mais, face à la difficile situation italienne, Constantin s’en retourne prudemment à Arles[52]. Alors qu’Alaric cherche à reprendre les négociations avec Ravenne, Sarus, un chef goth alors au service d’Honorius, opère un raid contre ses troupes, au cours duquel Alaric manque d’être capturé, voire tué[53]. Cet épisode met fin à toute perspective de négociation et Alaric se retourne alors une nouvelle fois contre Rome[54], que ses troupes prennent le 24 août 410, pillant la ville pendant trois jours[55].

C’est à cet épisode que la capture de Galla Placidia est généralement associée[48] ; pourtant, le moment exact où la sœur de l’empereur passe aux mains des Goths n’est pas assuré : si Orose associe sa capture au sac de Rome, Zosime permet d’envisager une détention antérieure, peut-être dès l’un des sièges de 408 ou 409[56]. Il est en outre possible qu’elle ait été placée sous surveillance dès la proclamation d’Attale comme Auguste, à la fin de 409, lorsque le Sénat et Alaric agissent encore de concert[57]. Ce n’est qu’après la déposition d’Attale, toutefois antérieure au sac, que Placidia aurait été prise en otage[48] tout en bénéficiant des égards dus à son rang[58].

Pièce d’or circulaire portant un buste masculin de profil tourné vers la droite, diadémé, drapé et cuirassé, entouré d’une inscription latine.
Solidus figurant Priscus Attale comme Auguste, vers 409-410.

Les sources sont lacunaires pour les années qui suivent le sac de Rome[n 6], mais, quoi qu’il en soit, Galla Placidia se trouve parmi les captifs de haut rang qui accompagnent ensuite l’armée d’Alaric vers le sud de l’Italie[59], au nombre desquels figurent notamment l’empereur déchu Priscus Attale ainsi que les sénateurs Rusticius et Phoebadius[60]. « Soudain frappé par une mort prématurée »[51], Alaric est remplacé par son beau-frère Athaulf à la tête des troupes gothes qui demeurent en Italie le reste de l’année 411[51], avant de passer en Gaule en 412[61]. Athaulf s’y associe d’abord à l’usurpateur Jovin, puis rompt avec lui et contribue, en 413, à la capture de Jovin et de son frère Sebastianus au profit du gouvernement d’Honorius[62].

Cette coopération ne débouche cependant pas sur un accord durable[63]. Athaulf attend notamment l’approvisionnement de ses troupes tandis que Ravenne exige la restitution de Galla Placidia, toujours considérée comme otage dans les négociations[64]. Les désaccords portent aussi sur la place et l’emploi des forces d’Athaulf dans le dispositif militaire impérial[63]. Après de nouvelles tensions, les Goths gagnent le sud de la Gaule, tentent sans succès de prendre Marseille puis s’installent à Narbonne à l’automne 413[63].

Union avec Athaulf

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Gravure en noir et blanc montrant un couple assis côte à côte sur une estrade, entouré d’une foule ; au premier plan, plusieurs personnages agenouillés présentent des plats, des vases et d’autres présents.
Le mariage d’Athaulf et de Galla Placidia, représentation historiciste gravée sur bois d’après un dessin d’Oscar Pletsch (1855), publiée dans Die deutsche Geschichte in Bildern, Dresde, 1862.

À Narbonne, en janvier 414, Galla Placidia épouse Athaulf lors d’une cérémonie connue essentiellement par le récit d’Olympiodore[65]. Cette cérémonie se déroule dans la demeure du notable Ingenuus, dans une salle aménagée à la manière romaine ; Placidia apparaît dans une tenue correspondant à son rang impérial, tandis qu’Attale, Rusticius et Phoebadius récitent des épithalames en l’honneur des époux[66]. Athaulf offre à son épouse de nombreux bijoux et objets précieux, provenant en partie du butin pris à Rome en 410[67], amenés par cinquante jeunes hommes vêtus de soie, portant chacun deux plats, l’un rempli d’or et l’autre de pierres précieuses[68].

Malgré ces fastes et cette mise en scène fortement romaine, les sources ne permettent pas de reconstituer précisément le rituel matrimonial ni d’affirmer qu’une cérémonie « selon le rite romain » ait été célébrée ; elles ne permettent pas davantage d’établir l’existence parfois évoquée d’un premier mariage antérieur à celui de Narbonne[69]. Les sources ne mentionnent aucun rite religieux ni aucun changement de confession entre deux époux aux conceptions chrétiennes divergentes, Placidia professant le christianisme nicéen et Athaulf l’« arianisme » homéen[70].

La situation personnelle de Placidia reste également difficile à déterminer : dans les négociations avec Ravenne, elle continue d’être considérée comme une otage dont la restitution est exigée tandis qu’aucune source ne rapporte ses paroles ni son attitude lors du mariage[71]. Les auteurs antiques traitent néanmoins l’union comme un véritable mariage et Olympiodore présente ensuite Placidia comme la reine des Goths ; lors de son retour dans l’Empire, elle est d’ailleurs considérée comme la veuve d’Athaulf plutôt que comme la victime d’une union juridiquement inexistante[72]. Les sources ne permettent donc ni d’établir qu’elle ait été contrainte au mariage[n 7], ni de lui attribuer avec certitude l’initiative ou la conception d’un projet politique commun avec Athaulf[73].

Si la nature exacte de ce projet et la part personnelle que Placidia a pu y prendre demeurent conjecturales, il est plus assuré que l’union frappe les esprits de certains contemporains et reçoit rapidement des interprétations providentielles ou eschatologiques : en Gallécie, Hydace rapporte notamment que ce mariage est l’accomplissement d’une prophétie du livre de Daniel[74] qui annonce l’alliance de la fille du « roi du Midi » avec le « roi du Nord »[75].

Indépendamment de ces éléments, le mariage modifie objectivement la position des deux époux : Athaulf devient le beau-frère de l’empereur Honorius et, par alliance, l’oncle de l’empereur d’Orient Théodose II, tandis que Placidia associe désormais sa légitimité dynastique à la puissance militaire du chef goth. Cette union revêt ainsi une dimension politique et dynastique que plusieurs travaux récents replacent dans les tentatives d’Athaulf d’obtenir une position reconnue pour lui-même et ses hommes au sein de l’ordre impérial[76]. Au cours de l’année 414, Attale, demeuré auprès des Goths, usurpe une seconde fois la dignité impériale avec le soutien du roi goth[77]. Cette configuration, associant puissance militaire d’Athaulf, prétention impériale d’Attale et soutien d’une partie des élites gallo-romaines, peut ainsi être interprétée comme l’émergence d’un pouvoir concurrent de Ravenne auquel le mariage avec Placidia pouvait apporter une légitimité dynastique théodosienne[78].

Long récipient polygonal en or, largement ajouré et incrusté de pierres colorées, muni à ses extrémités de poignées sculptées en forme d’animaux.
Récipient polygonal en or et pierres précieuses du trésor de Pietroasa, ensemble d’orfèvrerie gothique des IVe et Ve siècles, Musée national d'histoire de Roumanie, Bucarest.

Toujours en 414, Athaulf, son entourage et ses troupes quittent la Gaule afin de gagner l’Hispanie pour des raisons mal identifiées : plutôt qu’une simple expulsion militaire, cela pourrait résulter de nouvelles négociations avec le gouvernement impérial, Athaulf abandonnant notamment Attale, qui tombe finalement aux mains de Constance[79]. C’est donc en Hispanie qu’à la fin de 414 ou au début de 415, Placidia donne naissance à un fils, auquel les époux donnent le nom de Théodose[80]. Le choix du nom de son grand-père maternel Théodose Ier inscrit ostensiblement l’enfant dans la continuité de la dynastie impériale[n 2] et renforce la portée politique de sa naissance[81]. Par sa mère, il est en effet le petit-fils de Théodose, l’arrière-petit-fils de Valentinien Ier et le neveu d’Honorius ; en l’absence d’héritier direct de ce dernier, il pouvait dès lors apparaître comme un successeur dynastique possible, sans qu’il soit cependant possible d’établir qu’un projet précis de succession au trône d’Occident ait été arrêté[82]. Cette perspective dynastique disparaît toutefois rapidement : l’enfant meurt après quelques mois et sa dépouille est déposée dans un sarcophage d’argent inhumé dans un sanctuaire proche de Barcelone[83].

Athaulf est assassiné durant l’été 415 par un homme de son entourage[84]. Si Olympiodore présente le meurtre comme une vengeance personnelle, Orose rattache cet assassinat aux résistances que suscitait parmi les Goths sa politique de rapprochement avec Rome[85]. Olympiodore rapporte d’ailleurs la volonté du roi goth de rendre Placidia aux Romains et de reprendre les négociations avec l’Empire[80]. La succession d’Athaulf provoque une brève crise : Sigéric, qui prend le pouvoir après l’élimination de plusieurs membres de la famille de son prédécesseur, soumet Placidia et d’autres captifs à un traitement humiliant[86], mais il est lui-même tué après seulement sept jours de règne[87]. Son successeur Wallia rétablit Placidia dans une position honorable et tente d’abord de poursuivre une politique indépendante[88].

Confronté au manque de vivres et à l’impossibilité d’obtenir une implantation durable sans accord impérial, Wallia est amené à conclure avec Constance un traité par lequel Galla Placidia est rendue à son demi-frère en échange de 600 000 modii de blé et d’une alliance militaire avec Ravenne[89]. Les Goths combattent dès lors pour le gouvernement impérial contre les Alains et les Vandales d’Hispanie, avant d’être rappelés et établis en Aquitaine Seconde en 418 ou 419 dans le cadre d’un nouvel accord avec Constance[90]. Cet établissement a également été interprété comme l’aboutissement différé des négociations engagées en 415-416 lors de la restitution de Placidia[91].

Quoi qu’il en soit, Galla Placidia retrouve le monde de la cour impériale en 416, après environ six années passées auprès des Goths[92].

Mariage avec Constance et élévation au rang d’Augusta

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Plaque d’ivoire sculptée divisée en trois registres : au centre, un dignitaire richement vêtu se tient debout entre deux assistants ; des groupes de petits personnages occupent les scènes supérieure et inférieure.
Panneau de droite du diptyque consulaire d’Halberstadt, traditionnellement attribué à Constance, daté de 417, cathédrale d’Halberstadt.

Après la mort de Stilicon puis d’Alaric, Honorius — qui n’a jamais pris personnellement la tête des armées — délègue l’exercice du commandement militaire aux principaux généraux de la cour, essentiellement à Constance à partir de 411[93]. Cette relative passivité ne signifie pas pour autant une absence complète d’autorité, l’empereur continuant notamment à intervenir dans les affaires civiles et religieuses[94].

C’est dans ce cadre qu’il envoie Flavius Constance pour faire pièce à ses concurrents[95]. En effet, les provinces gauloises sont en proie aux luttes de pouvoir : en 411, Gérontius, maître de milice de Constantin III, se retourne contre ce dernier et, après avoir éliminé son fils Constant à Vienne, l’assiège à Arles[95]. À l’annonce de l’arrivée de l’armée italienne, Gérontius lève son siège mais est tué par ses troupes qui se joignent à l’armée impériale[95]. Constantin se rend alors au nouvel homme fort du parti impérial, qui le fait exécuter[95].

Consécutivement à sa contribution à l’élimination des usurpateurs, Constance occupe une position prépondérante dans le gouvernement d’Honorius lorsque Galla Placidia revient à la cour en 416 : il a obtenu un premier consulat en 414 puis le rang de patrice[96]. En janvier 417, il partage les honneurs consulaires pour la seconde fois avec Honorius[96], qui officialise leur association en lui accordant la main de Galla Placidia, contre la volonté de cette dernière, si l’on en croit Olympiodore[97]. Quoi qu’il en soit, la princesse impériale se retrouve mariée à une personnalité de premier plan[96] qui devient par cette alliance parent de l’empereur[98]. Le couple a bientôt une fille, Iusta Grata Honoria (Honoria), née fin 417 ou début 418[99], puis un fils, Flavius Placidus Valentinianus (Valentinien), né le [98].

En février 421, Honorius élève Constance au rang d’Auguste à ses côtés, sans l’aval du Sénat, en rupture avec une tradition remontant à l’époque augustéenne[100]. Cette élévation est parfois attribuée soit aux pressions exercées sur l’empereur par Constance lui-même[101], soit à l’influence de Placidia auprès de son frère[100]. Quoi qu’il en soit, cette dernière reçoit à son tour le titre d’Augusta[n 8], devenant la première femme de la dynastie théodosienne à porter cette dignité en Occident, tandis que le jeune Valentinien est déclaré nobilissimus puer très noble enfant »)[102].

Deux faces d’une pièce d’or : à gauche, un buste masculin de profil tourné vers la droite, diadémé et drapé ; à droite, un homme debout tient un étendard et une petite Victoire sur un globe, le pied posé sur un captif.
Solidus de Constance III, frappé à Ravenne en 421. Au revers, l’empereur tenant un étendard et une Victoire, foulant au pied un captif.

Sans que cela confère à Placidia une fonction politique définie, cette élévation consacre officiellement son rang au sein de la famille impériale et inscrit sa représentation dans le modèle déjà développé pour les Augustae de la cour orientale[103]. Des monnaies sont dès lors frappées à son nom à Ravenne : inspirées notamment des émissions de l’impératrice Pulchérie, elles représentent Placidia diadémée, couronnée par la main de Dieu et portant un chrisme sur l’épaule[104], avec la légende D(omina) N(ostra) GALLA PLACIDIA P(ia) F(elix) AVG(usta)[n 9].

L’élévation de Constance n’est toutefois pas reconnue par Théodose II à Constantinople, qui refuse les insignes adressés à la cour orientale[105] ; le rang d’Augusta conféré à Placidia en Occident ne reçoit pas davantage de reconnaissance orientale à cette date[106]. Constance aurait alors envisagé une expédition contre l’Orient[107], mais sa mort, le , après moins de sept mois de règne, met fin à cette perspective[108].

Rupture avec Honorius

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La mort de Constance apaise les tensions avec l’Orient et Honorius semble renouer avec son neveu Théodose[109]. La disparition du co-empereur est aussi suivie d’un rapprochement entre Placidia et son demi-frère[110]. Olympiodore rapporte qu’après la mort de Constance, les plaintes de personnes lésées par des appropriations de biens qui lui étaient imputées restèrent sans effet en raison de la « légèreté » d’Honorius et de la « proximité » de Placidia avec son frère[110]. Leur affection mutuelle serait en effet devenue si démonstrative qu’elle suscite à la cour des rumeurs de relations incestueuses[110], qu’Olympiodore rapporte mais auxquelles il ne semble lui-même pas accorder de crédit[111].

Plaque d’ivoire sculptée montrant un homme debout de face sous une arcade, vêtu d’une cuirasse et d’un manteau, tenant un globe et une longue lance.
Panneau gauche du diptyque consulaire en ivoire du consul Anicius Petronius Probus, représentant l’empereur Honorius en 406, Musée du trésor de la cathédrale d’Aoste.

Si cette présentation peut laisser entrevoir un ascendant de Placidia sur un frère peu porté à l’exercice personnel du pouvoir, elle s’inscrit également dans un topos traditionnel consistant à critiquer un souverain jugé faible à travers l’influence des femmes de son entourage, ce qui ne permet pas de mesurer l’autorité réellement exercée par l’Augusta[110].

Mais cette entente est de courte durée et, pour des raisons peu claires, se transforme rapidement en hostilité puis en rupture[112]. Olympiodore en attribue la cause au zèle (σπουδή) mal expliqué de plusieurs membres de l’entourage de Placidia — son curator Leontius, sa nourrice Elpidia et une certaine Spadusa —, rien ne permettant toutefois de réduire le conflit à leurs seules intrigues : là encore, il peut s’agir d’un topos sur les courtisans intrigants[112].

Quoi qu’il en soit, si les véritables enjeux du conflit restent inconnus, la querelle déborde largement le cadre de la cour au point de provoquer à Ravenne de violents affrontements entre les partisans du frère et de la sœur, auxquels participent également des hommes de l’entourage « barbare » de Placidia[112] : en effet, celle-ci dispose de fidèles armés dont une partie pourrait remonter à son séjour auprès d’Athaulf et qui a pu se renforcer au cours de son second mariage[113]. Ces hommes donnent en tout cas à l’Augusta une capacité d’action qui dépasse son seul cadre domestique : lors de la rupture avec Honorius, ils participent directement aux violences qui opposent les deux partis dans la capitale impériale[112].

Ces luttes intestines à la cour coïncident en outre avec une recomposition du commandement militaire dans laquelle Castinus apparaît comme l’un des principaux soutiens du gouvernement d’Honorius, tandis que Boniface se rapproche de Placidia ; une rivalité se fait jour entre les deux généraux dès 422, mais son articulation avec le conflit qui oppose le frère et la sœur reste discutée[114]. Ces divisions affaiblissent en outre la capacité d’action du gouvernement face aux Vandales, qui ont constitué un royaume autonome en Bétique depuis 420[115] : le corps expéditionnaire finalement mené contre eux par Castinus en 422 y est défait[115].

Dans ce conflit de Ravenne, c’est finalement le parti d’Honorius qui conserve l’avantage et Placidia quitte la ville avec ses enfants[116]. Les traditions divergent toutefois sur les circonstances précises de ce départ, présenté tantôt comme une fuite, tantôt comme un exil, ainsi que sur son itinéraire vers Constantinople, un passage préalable par Rome étant parfois envisagé[116]. Quoi qu’il en soit, en 423, Placidia rallie Constantinople avec ses enfants Honoria et Valentinien, alors âgé de quatre ans[117], où son neveu Théodose II l’accueille[118]. Elle y retrouve une cour où Pulchérie, sœur de Théodose, et Eudoxie, épouse de l’empereur, portent alors toutes deux le titre d’Augusta, tandis que la dignité conférée à Placidia en Occident en 421 n’a pas été reconnue par le gouvernement oriental[119].

Les sources narratives ne permettent guère de préciser davantage sa situation à Constantinople durant son séjour dans la capitale orientale[120]. La Notitia Urbis Constantinopolitanae, rédigée entre 424 et 427, mentionne toutefois trois résidences portant le nom de Placidia : le Palatium Placidianum et une Domus Placidiae Augustae dans la région I, aux abords du Grand Palais, ainsi qu’une seconde Domus Augustae Placidiae dans la région X[121]. Cette dernière constitue une résidence secondaire et appartient à un groupe occidental de demeures impériales où figurent également celles de Pulchérie et le palais d’Aelia Flacilla[122].

Dans le même temps, Placidia conserve un soutien important en Occident en la personne de Boniface qui, gouvernant l’Afrique, demeure fidèle à sa cause[123]. C’est alors qu’au mois d’août 423, soit le 15, soit le 27, Honorius meurt sans laisser d’héritier direct[124].

La succession d’Honorius et l’accession de Valentinien III (423-425)

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Carte de l’Europe et de la Méditerranée occidentales distinguant les territoires contrôlés par l’usurpateur Jean, le général Boniface et l’Empire d’Orient et retraçant les mouvements militaires de 424-425, notamment vers l’Italie et Ravenne.
La guerre civile de 424-425 entre le gouvernement de Jean et les forces envoyées par Théodose II pour imposer Valentinien III.

À la mort d’Honorius, Théodose II se retrouve seul Auguste de l’Empire[125] et plusieurs mois s’écoulent sans qu’aucune décision soit prise concernant la succession occidentale[n 10]. Entretemps, Jean, un fonctionnaire du palais, est porté au pouvoir avec l’appui du Sénat romain[126], affirmant ainsi le maintien d’un pouvoir impérial occidental distinct de Constantinople[117]. L’initiative divise la hiérarchie militaire : le jeune Ætius se rallie à son régime et le magister militum Castinus semble également incliner du côté de Jean[127], tandis qu’à l’opposé Boniface, comte d’Afrique depuis 422, prend le parti de Galla Placidia et de son fils, dans une démarche bientôt soutenue par Théodose lui-même[117].

Intaille ovale mauve et blanche rehaussée d’or : un jeune garçon debout sur un petit piédestal est couronné par une figure adulte placée à sa gauche, face à une seconde figure adulte ; deux figures ailées encadrent la scène sous un chrisme.
Intaille en sardonyx, interprétée comme une investiture de Valentinien III, le bijou figurant soit son élévation au rang de nobilissimus puer en 421, soit son accession impériale de 424-425, début du Ve siècle, musée de l’Ermitage.

Ce dernier finit par réagir énergiquement : afin de rétablir la dynastie théodosienne en Occident, le 23 octobre 424, il fait conférer par le maître des offices Hélion le titre de César au jeune Valentinien âgé de cinq ans, le fiance à sa propre fille Licinia Eudoxia âgée de deux ans, et reconnaît finalement le titre d’Augusta reçu par Placidia en Occident en 421[128]. Il envoie en outre le général Ardaburius en Italie[126] à la tête d’un important corps expéditionnaire pour défaire l’usurpateur ; la guerre se propage alors en Italie et en Afrique[117], où le contrôle qu’exerce le comte Boniface sur l’approvisionnement annonaire de Rome constitue un important moyen de pression[126], sans qu’une interruption effective des livraisons puisse être établie avec certitude[129]. En revanche, Boniface soutient financièrement la cause de l’Augusta et met ses ressources au service de sa restauration[123]. Pour sa part, Jean, installé à Ravenne, tente un rapprochement avec les Huns par l’entremise d’Ætius mais il est trahi quelques jours avant leur arrivée et capturé par Aspar, fils d’Ardaburius[126].

Envoyé à Aquilée où Galla Placidia et Valentinien ont été transportés dans l’attente de l’issue des combats, Jean est condamné à mort, amputé d’une main et décapité publiquement en mai 425 ; la sentence, prononcée au nom de Valentinien, constitue la première prérogative impériale formellement exercée sous son autorité[130]. C’est ensuite à Rome que, le , au nom de Théodose II, le patrice Hélion élève officiellement Valentinien au rang d’Auguste d’Occident[131]. Ce dernier est alors âgé de six ans, et le pouvoir est exercé par un gouvernement comprenant de nombreux officiers orientaux et des fonctionnaires expérimentés placés par Théodose II pour veiller aux intérêts de l’Empire, un gouvernement au sein duquel Placidia occupe une place centrale[131]. Peu après l’accession de son frère, peut-être au même moment, Honoria, âgée d’environ sept ou huit ans, reçoit à son tour le titre d’Augusta, une élévation peu signalée par les sources narratives mais attestée notamment par le monnayage frappé à Ravenne[132].

Le gouvernement au nom de Valentinien III

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Deux faces d’une pièce d’or : à gauche, un buste féminin de profil tourné vers la droite, diadémé et paré de bijoux, surmonté d’une main ; à droite, une figure ailée debout tient une grande croix.
Solidus de Galla Placidia, couronnée par la main de Dieu ; au revers, une Victoire portant une croix gemmée ; frappé à Rome vers 425-426.

Le récit d’Olympiodore s’interrompant en 425[133], la documentation concernant Galla Placidia devient plus fragmentaire pour les années suivantes[134].

Il est cependant établi que Placidia dispose de ressources propres considérables : comme d’autres femmes de la maison impériale, elle possède sa propre domus, distincte de celle de son fils, comprenant un personnel dédié et un important patrimoine ; la Notitia dignitatum mentionne même un service comptable spécialement chargé de l’administration de ses biens[135]. Cette autonomie patrimoniale lui fournit ainsi une assise matérielle propre pour entretenir son entourage, exercer son patronage et assurer sa représentation publique[136]. Son patrimoine, sa maison impériale, son rang d’Augusta et sa présence dans le monnayage du règne contribuent à faire d’elle une figure majeure du nouveau régime, sans toutefois que cela lui confère quelque fonction constitutionnelle que ce soit[137].

La même difficulté à distinguer influence politique et compétence institutionnelle apparaît dans la législation du début du règne : plusieurs constitutions promulguées entre 425 et 429 restaurent les privilèges ecclésiastiques, garantissent des droits du Sénat ou affirment que l’empereur lui-même est soumis aux lois[138]. Parfois attribuées à l’influence personnelle de Placidia[138], elles sont toutefois émises au nom de Théodose II dans les premiers mois, puis au nom de Valentinien, ce qui ne permet pas d’identifier la part éventuellement prise par l’Augusta dans leur élaboration[139].

Un équilibre précaire (425-429)

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Pour assurer le règne de son fils, il semble que l’Augusta ait tout d’abord cherché à préserver un équilibre entre les principaux responsables civils et militaires du nouveau régime[134]. Elle cherche en particulier à s’appuyer sur les principaux chefs militaires ralliés, Flavius Felix et Boniface, bientôt rejoints par Ætius[117]. Si elle parvient quelque temps à empêcher l’un d’entre eux d’acquérir une position prédominante, leurs rivalités échappent à son contrôle à partir de 427[134] et débouchent sur des affrontements ouverts dans les années qui suivent[117].

En effet, dès 427, Boniface rompt avec la cour impériale et engage une guerre civile en province d’Afrique[140]. Avec l’Italie, l’Afrique constitue alors l’un des deux piliers sur lesquels s’appuie l’Empire d’Occident[141], assurant largement l’annone romaine ainsi qu’une très importante contribution fiscale[142]. Boniface résiste au corps expéditionnaire envoyé par Ravenne sous l’autorité de Felix[140] avant de trouver un terrain d’entente au début de 429 avec le comte Darius, émissaire de Galla Placidia[143].

Crise africaine et luttes de pouvoir (429-433)

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Plaque d’ivoire sculptée montrant un homme barbu debout de face devant des rideaux, vêtu d’une tunique et d’un manteau richement ornés, une main sur la poitrine et l’autre tenant un long sceptre.
Feuillet du diptyque consulaire en ivoire de Flavius Felix, consul en 428, Cabinet des médailles.

Cette conciliation ne suffit toutefois pas à stabiliser la situation africaine : en mai 429, au terme d’une préparation de plusieurs mois[143], les Vandales de Genséric abandonnent l’Hispanie pour passer en province d’Afrique, menaçant directement les ressources du gouvernement occidental, déjà affaiblies par deux années de guerre civile[144].

En 430, Flavius Felix est assassiné à Ravenne au cours d’une émeute militaire, dans des circonstances obscures[n 11]. Sa disparition réduit ainsi à deux les principaux prétendants à la direction militaire du régime : Boniface et Ætius[145].

Boniface, désormais réconcilié avec la cour, tente, avec ses troupes, de contenir [146] la progression des Vandales[147], sans que le gouvernement de Ravenne puisse lui envoyer de renforts[142]. La crise africaine mobilise bientôt aussi les ressources de l’Orient : en 431, Théodose II engage un corps expéditionnaire commandé par Aspar, qui opère aux côtés de Boniface et demeure plusieurs années en Afrique[148], manifestant de la sorte la persistance du soutien direct de Constantinople au régime de Ravenne[149].

L’autorité impériale est également mise à l’épreuve dans les autres provinces occidentales : en Gaule notamment, les opérations contre les Goths et les Francs reposent largement sur Ætius, dont les succès renforcent progressivement la position : en 429 ou 430, il est nommé magister militum per Gallias commandant militaire pour la Gaule »)[145]. Malgré ces interventions victorieuses d’Ætius en Gaule, le nord-est y est dominé par les Saliens de Clodion, le centre par les Burgondes de Gondicaire et l’Aquitaine par les Goths de Théodoric[142].

Ainsi, tandis que la cour tente de préserver l’autorité du jeune empereur sur un ensemble territorial soumis à de multiples pressions, le poids de commandants militaires, qui disposent de leurs propres réseaux et d’importantes ressources, ne cesse de s’accroître[146]. En 432, Placidia rappelle Boniface d’Afrique en Italie, où il reçoit le commandement militaire suprême[150]. Ætius, qui a obtenu le consulat pour la même année, refuse cependant de s’effacer devant son rival : leurs armées s’affrontent près d’Ariminum[151]. Boniface remporte la bataille mais y est mortellement blessé ; après sa mort, Placidia confie le commandement au gendre de celui-ci, Sebastianus, qui poursuit la lutte contre Ætius[151]. Ce dernier se retire alors en Pannonie où il obtient l’appui de contingents huns, avec lesquels il revient en Italie et contraint le gouvernement à un nouvel accord[146]. En outre, il épouse la veuve de Boniface et incorpore à ses propres troupes une partie des soldats goths de l’entourage militaire de son rival[152].

Prépondérance d’Ætius (433-437)

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À la fin de 433, Felix et Boniface sont morts, Sebastianus est évincé du commandement et Ætius détient désormais le principal commandement militaire occidental[153]. L’équilibre que Placidia avait cherché à maintenir entre plusieurs chefs militaires a ainsi disparu : à partir de 433, l’Augusta et le gouvernement de son fils doivent composer avec la prépondérance d’Ætius, dont la puissance repose en partie sur des ressources militaires extérieures au contrôle direct de la cour[154].

Il n’est toutefois pas impossible que Placidia ait encore tenté, avec Sebastianus, d’obtenir l’appui militaire des Goths contre Ætius en Italie, mais l’initiative reste sans effet[152]. Le 5 septembre 435, Ætius reçoit les titres de magister utriusque militiae[n 12] et de patricius, élévation au sommet de la hiérarchie militaire et politique de l’Empire d’Occident, peut-être accordée par Placidia elle-même[155].

Deux faces d’une pièce d’or : à gauche, un buste masculin de profil tourné vers la droite, casqué et diadémé ; à droite, trois personnages auréolés debout côte à côte, la figure centrale posant les mains sur les épaules des deux autres.
Solidus frappé à Thessalonique en 437-438 pour le mariage de Valentinien III avec Licinia Eudoxia, fille de Théodose II. Sur le revers, Théodose réunit les deux époux dans leurs habits de mariage.

La situation africaine impose parallèlement un compromis avec Genséric et des négociations sont conduites en 435 par le haut fonctionnaire Trygetius, probablement avec la participation d’Aspar[148]. Le traité conclu avec les Vandales leur reconnaît la possession d’une partie des territoires qu’ils occupent déjà, tandis que Carthage et l’essentiel de la partie la plus riche, la Proconsulaire, restent sous administration impériale[148]. Il ne met cependant qu’un terme provisoire à leur expansion[156].

En 437, l’entrée de Valentinien dans l’âge adulte modifie à nouveau l’équilibre du régime[157] : à la fin de l’été, le jeune Auguste, désormais âgé de dix-huit ans, quitte Ravenne avec une importante suite aristocratique pour Constantinople, vraisemblablement sans Placidia ni Ætius[158] ; il y épouse le 29 octobre Licinia Eudoxia, fille de Théodose II, à laquelle il avait été fiancé dès 424[157]. Ce mariage réaffirme le lien dynastique et politique entre les deux cours au moment où s’achève la minorité de l’empereur[159], mais dans un Occident où Ætius a désormais acquis une position militaire prépondérante[160].

Majorité de Valentinien III

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À partir de 437, la majorité de Valentinien III et son mariage avec Licinia Eudoxia ouvrent une nouvelle phase du règne, sans pour autant entraîner un effacement attesté de Galla Placidia[161]. Valentinien exerce désormais plus directement certaines des prérogatives impériales, tandis qu’Ætius conserve une position militaire prépondérante[162]. Les sources ne permettent toutefois ni de mesurer précisément l’émancipation politique du jeune empereur à l’égard de sa mère, ni d’établir que l’arrivée de Licinia Eudoxia ait entraîné l’effacement de celle-ci[161]. Au cours des années 440, plusieurs indices laissent néanmoins entrevoir une implication plus personnelle de Valentinien, notamment dans l’exercice de ses prérogatives législatives, sans qu’il soit possible de restituer avec certitude les rapports de pouvoir au sein de la cour[163].

Buste de marbre vu de face : tête masculine aux cheveux courts et ondulés, ceinte d’un diadème et portant une barbe courte, montée sur un torse drapé.
Valentinien III, tête sculptée entre 425 et 450, montée sur un buste moderne, musée du Louvre.

En tout état de cause, cette évolution à la cour ne remet pas en cause la prépondérance militaire d’Ætius : dans les relations avec les peuples établis dans l’Empire ou à ses frontières, la diplomatie demeure largement subordonnée à l’activité militaire et, jusqu’en 455, la négociation des traités incombe principalement aux généraux qui conduisent la guerre, au premier rang desquels le magister utriusque militiae Ætius[164]. Dans ce domaine, la capacité d’action dont disposent Placidia comme Valentinien reste donc étroitement limitée par le poids du commandement militaire[165]. La maison impériale connaît cependant un important renouvellement dynastique : vers la fin de 438 naît Eudocia, première fille de Valentinien et de Licinia Eudoxia ; cette dernière est elle-même élevée au rang d’Augusta le 6 août 439[166]. Une seconde fille, Placidia (Galla Placidia la Jeune), naît vers 442[167]. L’absence persistante d’un héritier masculin accroît l’importance dynastique de ces princesses, tandis que le rang d’Augusta d’Honoria la rend également susceptible de jouer un rôle dans la continuité dynastique[132].

Ces enjeux dynastiques prennent en outre une dimension diplomatique après la perte de l’Afrique[168]. Carthage tombe aux mains de Genséric en octobre 439 et les tentatives de reconquête n’aboutissent pas[169]. Le traité conclu en 442 reconnaît le nouveau rapport de forces et prévoit notamment les fiançailles d’Eudocia, encore enfant, avec Hunéric, fils de Genséric, laissé par son père en otage à la cour de Ravenne[170]. Sans qu’il soit possible d’attribuer cette décision à Placidia elle-même, l’accord fait une nouvelle fois d’une femme de la dynastie théodosienne l’un des instruments d’un rapprochement entre le gouvernement impérial et un pouvoir établi à l’intérieur des anciennes frontières romaines[171].

Après la majorité de Valentinien, les témoignages directs sur l’activité politique de Placidia deviennent plus rares, rendant son action personnelle moins aisément identifiable dans les affaires militaires et diplomatiques[172]. Ses lieux de résidence sont eux aussi plus difficiles à suivre avec précision : alors qu’elle passe l’essentiel de la période comprise entre 425 et 437-438 à Ravenne[173], la cour occidentale séjourne davantage à Rome au cours des années 440, sans qu’il soit possible de restituer continûment les déplacements de l’Augusta[174].

Néanmoins, sa position demeure particulièrement visible au sein de la cour et de la famille impériale, où elle reste une personnalité de premier rang, ainsi que dans les affaires religieuses[172]. Un témoignage hagiographique — relatant une visite de Germain d’Auxerre à Ravenne dont la datation est discutée[n 13] — la représente aux côtés de Valentinien, de Pierre Chrysologue et de dignitaires de la cour réunis pour accueillir l’évêque d’Auxerre à Ravenne[175]. Le récit présente l’Augusta comme gouvernant l’Empire avec son fils devenu jeune homme[176], lui attribuant encore une autorité considérable, toutefois probablement amplifiée par sa dimension hagiographique[161].

L’affaire Honoria et Attila

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Pièce d’or circulaire portant un buste féminin de profil tourné vers la droite, diadémé et paré de bijoux, surmonté d’une main tenant une couronne et entouré d’une inscription latine.
Solidus figurant Honoria comme Augusta, Ravenne, 430-455.

Une crise dynastique d’une tout autre ampleur éclate en 449 autour d’Honoria : alors âgée d’une trentaine d’années, l’Augusta, toujours sans époux, entretient une liaison avec Eugène, l’intendant chargé de ses affaires[177]. Lorsque celle-ci est découverte, Eugène est exécuté et Honoria est promise par son frère au sénateur Bassus Herculanus (en), dont la position ne paraît pas susceptible de menacer le pouvoir impérial[177].

Honoria fait alors secrètement appel à Attila, souverain des Huns[178]. Elle lui dépêche son eunuque Hyacinthe avec de l’argent et une bague[178]. La signification exacte de cette dernière est difficile à déterminer, mais Attila l’interprète comme une promesse de mariage et revendique dès lors Honoria comme épouse[178]. Il réclame également pour elle une part considérable des territoires occidentaux à titre de dot[179]. Informé de l’affaire, Théodose II conseille à Valentinien de livrer Honoria à Attila[180]. L’empereur d’Occident refuse, fait arrêter et exécuter Hyacinthe et entend sévèrement punir Honoria[180].

C’est alors que Placidia intervient directement auprès de Valentinien, obtenant qu’Honoria lui soit remise, la soustrayant au moins temporairement au châtiment qui la menace[180]. Cet épisode constitue l’une des dernières interventions politiques de Placidia explicitement attestées par les sources[n 14]. Rien ne permet en revanche de lui attribuer la démarche d’Honoria auprès d’Attila : l’hypothèse moderne selon laquelle elle aurait elle-même favorisé un mariage entre sa fille et le souverain hun, sur le modèle de sa propre union avec Athaulf, ne repose sur aucun témoignage antique[181]. Néanmoins, les effets de la crise occasionnée par Honoria se font sentir bien après la mort de Placidia : Attila continue de revendiquer sa « fiancée » en 451 et renouvelle encore ses exigences auprès de Valentinien avant son invasion de l’Italie en 452[182].

Dernières années et mort

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Galla Placidia passe les derniers mois de sa vie à Rome, où elle intervient une dernière fois auprès de la cour de Constantinople, aux côtés de l’évêque Léon Ier, pour obtenir la révision des décisions du concile d’Éphèse de 449[183]. En 450, la dépouille de Théodose, le fils qu’elle avait eu d’Athaulf, mort en bas âge et initialement enseveli près de Barcelone, est réinhumée à Rome[n 15] au cours d’une cérémonie solennelle en présence de Placidia, de l’évêque Léon et de l’ensemble du Sénat romain[184].

La même année, Galla Placidia meurt à Rome le 26 ou 27 novembre[n 16]. Elle est vraisemblablement inhumée dans le mausolée dynastique occidental attenant à l’ancienne basilique Saint-Pierre, où Honorius avait fait aménager un espace funéraire impérial, et non pas, comme une tradition ancienne le rapporte, dans l’édifice de Ravenne qui porte aujourd’hui son nom[185].

Implication religieuse

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Galla Placidia se rattache sans ambiguïté au christianisme nicéen[186], qu’elle désigne elle-même dans sa correspondance comme la catholica fides foi catholique »)[161]. Le christianisme issu de Nicée reste toutefois traversé au Ve siècle par d’importantes controverses doctrinales et disciplinaires[187]. L’intervention personnelle de Placidia est attestée dans certaines d’entre elles, tandis que d’autres relèvent plus largement du gouvernement impérial[188].

Tête féminine en marbre vue de trois quarts, coiffée d’un diadème perlé ; les cheveux, séparés par une raie centrale, sont ramenés en arrière en bandeaux réguliers.
Tête d’impératrice régulièrement identifiée à Galla Placidia[189], vers 400-450, Musée national du Haut Moyen Âge, Rome.

Elle intervient ainsi dans la crise provoquée par la succession de l’évêque de Rome Zosime en 418-419 : les élections rivales d’Eulalien et de Boniface conduisent la cour à envisager, après une première tentative d’arbitrage à Ravenne, une assemblée épiscopale élargie à Spolète[190]. Des lettres conservées dans la Collectio Avellana (en) montrent Placidia sollicitant plusieurs évêques africains, notamment Aurèle de Carthage et Augustin d’Hippone, afin de contribuer au règlement de la crise[191]. Le synode n’a finalement pas lieu et Boniface est établi évêque de Rome en avril 419 ; les lettres de Placidia semblent témoigner d’une préférence pour l’un des deux candidats, sans qu’on puisse déceler lequel[192].

Une autre intervention, d’une nature plus tranchée, lui est attribuée en 421 par Olympiodore[193]. Lorsqu’un certain Libanius, réputé pour ses pratiques magiques, se présente à Ravenne en prétendant pouvoir agir contre les ennemis de l’Empire sans recourir aux armes, Placidia exige sa mise à mort et menace Constance de rompre leur mariage si ce « magicien et incroyant » demeure en vie[194]. L’épisode s’inscrit dans une longue tradition de législation impériale contre les pratiques magiques, mais son récit peut également servir chez Olympiodore à opposer la piété de Placidia à l’attitude de son époux[195].

En 425, la question pélagienne, portant notamment sur les rapports entre grâce divine et libre arbitre, connaît un nouvel essor[196]. Placidia fait alors intervenir Amatius, préfet du prétoire des Gaules, pour obliger l’évêque Patrocle d’Arles, installé à la tête du siège d’Arles en 412 avec le soutien de Constance[197], à recueillir auprès des évêques gaulois des professions de foi antipélagiennes, sous peine de déposition et de bannissement[196].

La Vita Germani éclaire également les formes prises par le patronage religieux de Placidia envers l’évêque Germain d’Auxerre : à la mort de l’évêque, l’Augusta accède à son souhait que sa dépouille soit ramenée en Gaule et participe aux dispositions prises pour son retour solennel à Auxerre ; parmi les objets du défunt, elle reçoit également le petit coffret (capsula) qu’il portait sur lui et qui contenait des reliques de saints[198]. Dans les dernières années de sa vie, Placidia se rapproche particulièrement de l’évêque de Rome Léon Ier[199]. En 445, la coopération entre ce dernier et la cour impériale se manifeste dans la Novelle 17 de Valentinien III qui, dans le conflit opposant Léon à l’évêque Hilaire d’Arles, confirme la primauté du siège romain en Gaule, que le pouvoir impérial entend faire respecter[200]. Les sources ne permettent pas d’isoler la part éventuelle de Placidia dans son élaboration, mais le langage de la loi trouve un écho dans les lettres qu’elle adresse en 450 à la cour de Constantinople[201].

Son engagement est plus directement documenté lors de la crise provoquée par le concile d’Éphèse de 449, qui réhabilite le théologien Eutychès et dépose le patriarche de Constantinople Flavien, sans que la lettre doctrinale adressée par Léon à ce dernier y ait été lue[202]. Au début de 450, alors que la famille impériale se trouve à Rome, Léon la sollicite à la basilique Saint-Pierre afin qu’elle use de ses liens dynastiques avec la cour de Constantinople pour obtenir la révision des décisions du concile d’Éphèse[203], qu’il qualifie de latrocinium brigandage »)[204]. Valentinien III, Licinia Eudoxia et Placidia écrivent séparément à Théodose II, tandis que Placidia s’adresse également à l’Augusta Pulchérie[183].

Elle dénonce les conditions dans lesquelles Flavien a été condamné et demande que la cause du patriarche évincé soit soumise au siège romain[203]. Dans cette correspondance, largement inspirée par l’argumentation de Léon, la prééminence accordée à Rome associe l’autorité apostolique de Pierre et le prestige de l’ancienne capitale impériale, qualifiée de cité « maîtresse du monde »[199]. Théodose II refuse toutefois de revenir sur les décisions d’Éphèse[205]. Cette intervention constitue l’une des dernières actions documentées de Placidia, morte quelques mois plus tard[206].

Évergétisme

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Fresque montrant en perspective l’intérieur d’une vaste basilique : une haute nef centrale couverte d’une charpente en bois est bordée de longues colonnades et s’achève par une abside.
Fresque représentant l’antique basilique vaticane par Domenico Tasselli da Lugo, réalisée en 1606, avant sa destruction.

Lorsque la cour occidentale s’établit à Ravenne au début du Ve siècle, la ville ne possède encore ni l’ampleur monumentale ni les traditions urbaines de Rome ou de Milan[207]. Cette relative faiblesse urbaine permet en retour à la cour de remodeler largement la ville et d’y inscrire matériellement la présence impériale[207]. Cette monumentalisation participe plus largement à la construction d’un cadre propre à la représentation du pouvoir impérial[208], et l’on y voit bientôt affluer toutes sortes de bâtisseurs, architectes, artistes et artisans spécialisés[209].

En effet, durant l’Antiquité tardive, la fondation, la restauration et l’ornementation d’édifices civils et religieux constituent l’un des modes d’expression de l’autorité impériale[210]. Elles permettent aux souverains d’affirmer leur piété, de manifester leur munificence et d’inscrire la présence de la dynastie dans l’espace urbain et dans la vie religieuse des cités[210]. À Ravenne, les fondations de Placidia comptent ainsi parmi les premiers jalons d’une séquence monumentale continue qui se prolonge sous les souverains ostrogoths puis jusqu’au règne de Justinien Ier au VIe siècle[211].

Le patronage religieux offre également aux femmes de la famille impériale un champ d’action particulièrement reconnu[212]. Depuis Hélène et, au Ve siècle, avec des figures comme Pulchérie, le patronage d’églises, de sanctuaires ou de cultes fournit aux impératrices un moyen d’allier piété personnelle, représentation dynastique et exercice de l’autorité[213]. À la tête d’une fortune personnelle considérable[214], Placidia dispose des moyens nécessaires pour développer à son tour un important patronage : s’inscrivant pleinement dans cette tradition, ses fondations et donations — l’un des aspects les mieux documentés de son activité publique — complètent la fonction religieuse de son fils et offrent un témoignage particulièrement direct de ses initiatives personnelles[214].

Saint-Jean-l’Évangéliste

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Miniature médiévale montrant deux fois le même groupe sur des bateaux ballottés par une mer agitée : une femme richement vêtue entre deux enfants, accompagnée de figures auréolées qui manœuvrent le gouvernail et la voile.
Miniature représentant Galla Placidia, Valentinien et Honoria lors du péril maritime, 1330-1340, MS 406, Bibliothèque Classense.

Parmi les fondations de Placidia à Ravenne, la basilique Saint-Jean-l’Évangéliste (de) est particulièrement bien documentée[215]. Probablement la première des églises qu’elle fait édifier dans la ville, elle est élevée en accomplissement d’un vœu fait au saint évangéliste : suivant une dédicace aujourd’hui disparue citant nommément Galla Placidia, Valentinien III et Honoria, la famille aurait échappé à un « danger de la mer »[215], une tempête que la tradition locale situe lors du voyage de retour de Constantinople, en 425[n 17].

Le décor monumental de l’église disparaît lors des remaniements de 1568[216] ; l’édifice lui-même est presque entièrement détruit en août 1944 par un bombardement allié visant la gare voisine, puis reconstruit après la guerre[217]. Connu seulement par des descriptions, relevés anciens et témoignages postérieurs, son décor perdu[n 18] associait étroitement cette dévotion à la représentation dynastique : l’arc triomphal et l’abside réunissaient une série de portraits de ses ancêtres et parents des familles valentinienne et théodosienne[218], accompagnés de leurs noms inscrits en lettres capitales et formant ainsi un lien entre trois générations de la dynastie[219].

Par l’ampleur de cette fondation, Placidia contribue ainsi à affirmer Ravenne comme une capitale susceptible de rivaliser avec les anciennes résidences impériales et les grands centres de Rome, Milan et Constantinople[220].

Sainte-Croix

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Mosaïque de coupole bleu nuit semée de centaines d’étoiles dorées disposées en cercles autour d’une grande croix d’or, avec quatre figures ailées dans les angles.
La Croix, symbole privilégié des Théodosiens, dôme du « Mausolée de Galla Placidia » à Ravenne.

Placidia fait également édifier à Ravenne une vaste église dédiée à la Sainte-Croix, autre édifice majeur dont la datation précise reste discutée[221], mais qui appartient à la première moitié du Ve siècle[222]. Construite selon un plan cruciforme, elle formait un ensemble monumental richement décoré de marbres polychromes, de stucs, de mosaïques et d’inscriptions versifiées[221] ; son décor comprenait notamment une représentation du Christ entouré d’anges au-dessus des quatre fleuves du Paradis[222] évoqués dans la Genèse[223].

À l’instar de la basilique romaine de Sainte-Croix-de-Jérusalem, la dédicace à la Croix renvoie au prestigieux précédent de l’impératrice Hélène[224], mère de Constantin Ier, à laquelle la tradition attribuait au siècle précédent l’invention de la Vraie Croix[185]. Elle fait également écho à l’attachement de la dynastie théodosienne à la Croix, largement diffusée sur le monnayage impérial où elle apparaît comme un signe de victoire[185]. L’église, en grande partie détruite à l’époque moderne[225], comportait à l’extrémité méridionale de son narthex une chapelle aujourd’hui isolée, connue de nos jours sous le nom de « mausolée de Galla Placidia »[185].

« Mausolée » de Galla Placidia

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La petite chapelle cruciforme aujourd’hui appelée « mausolée de Galla Placidia », primitivement rattachée à l’extrémité méridionale du narthex de Sainte-Croix, constitue l’un des rares édifices de Ravenne à avoir conservé presque intégralement son programme décoratif de l’Antiquité tardive[226].

Petit édifice cruciforme en briques rouges, aux bras couverts de toits de tuiles et dominé au centre par une tour carrée.
« Mausolée » de Galla Placidia à Ravenne.

C’est son rattachement initial au complexe de Sainte-Croix qui permet d’en attribuer la construction au patronage de Placidia[185]. Sous un ciel étoilé centré sur une croix d’or, les mosaïques associent notamment les symboles des évangélistes, le Christ en Bon Pasteur et une scène de martyre dont l’identification demeure discutée[227]. Par son état de conservation exceptionnel et la richesse de son décor, le monument constitue ainsi un témoignage particulièrement précieux du faste des intérieurs impériaux du Ve siècle, dont la plupart ont disparu[228].

La fonction originelle de la chapelle reste cependant débattue : si elle a pu être conçue dans une perspective funéraire, voire comme mausolée destiné à Placidia ou à un membre de sa famille, il est très improbable qu’elle ait effectivement servi de tombeau à l’impératrice[229], vraisemblablement inhumée à Rome[185]. En 1458, deux cercueils de bois de cyprès revêtus d’argent, l’un de grande et l’autre de petite taille, sont découverts dans le mausolée d’Honorius ; leur attribution, parfois évoquée, à Placidia et à son fils Théodose reste incertaine[230].

Autres fondations et libéralités

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Grand arc intérieur couvert de mosaïques à fond d’or : un buste du Christ occupe le sommet, entouré de figures ailées et de deux groupes d’hommes en robes blanches ; une inscription latine suit la courbe de l’arc.
Arc triomphal célébrant Placidia dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome : Placidiae pia mens operis decus omne paterni gaudet pontificis studio splendere Leonis[n 19]

Le patronage de Placidia ne se limite pas à Ravenne : Agnellus lui attribue également la construction à Ariminum d’une église, aujourd’hui disparue, dédiée au martyr Étienne[231]. Ses libéralités prennent aussi la forme de contributions ou de dons d’objets précieux servant à l’ornementation des sanctuaires[232]. Agnellus mentionne notamment un luminaire monté sur un candélabre de sept livres en or pur à l’effigie de Placidia, ainsi qu’un autre candélabre destiné à Sainte-Croix[232]. Elle contribue également à la construction et à la dotation d’une église ravennate, aujourd’hui disparue, dédiée à Zacharie, père de Jean le Baptiste, à laquelle l’Augusta aurait notamment offert un calice d’or portant une inscription à son nom[233].

À Rome, ses interventions sont surtout attestées dans des édifices déjà existants : un décor de mosaïques de la Sainte-Croix-de-Jérusalem, dont la fondation est traditionnellement associée à l’impératrice Hélène, est offert au nom de Placidia, Honorius et Valentinien[234] ; au début des années 440, elle participe avec l’évêque Léon à la restauration de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, intervention commémorée par une inscription[n 19] de l’arc triomphal de la basilique[235]. Enfin, à Portus, son nom est attaché à la Porticus Placidiana, une rue à portiques du grand port de Rome, ce qui témoigne d’interventions monumentales également hors du domaine religieux[236].

Titulature, image et représentation

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Dessin en noir et blanc d’un médaillon : une femme nimbée siège de face sur un trône, les pieds sur un repose-pieds, tenant un rouleau dans la main droite ; une inscription latine entoure la scène.
Galla Placidia en majesté, assise et nimbée sur un trône, accompagnée de la légende SALUS REI PUBLICAE. Revers du médaillon de Galla Placidia issu du trésor de Velp, reproduction de Willem Pleyte, 1887.

Le rang de Galla Placidia au sein de la famille impériale est attesté très tôt par l’épigraphie : une petite plaque inscrite, datée de la fin du IVe siècle ou du début du Ve siècle, la désigne comme D(ominae) N(ostrae) Gallae Placidia[e] N(obilissimae) P(uellae), « notre dame Galla Placidia, très noble jeune fille »[237]. Cette titulature marque son appartenance à la maison impériale sans lui conférer encore de dignité souveraine[237]. En 421, lors de l’élévation de Constance III, elle reçoit en Occident le titre d’Augusta, devenant la première femme de la dynastie théodosienne à porter cette dignité dans la partie occidentale de l’Empire[108]. Cette promotion officialise son rang au sein de la dynastie sans pour autant correspondre à une magistrature ou à une fonction gouvernementale déterminée[238]. Le monnayage donne à cette dignité une expression publique particulièrement élaborée : les émissions occidentales la représentent diadémée, vêtue du paludamentum et couronnée par la main de Dieu, avec la légende D(omina) N(ostra) GALLA PLACIDIA P(ia) F(elix) AVG(usta)[n 9]. Un chrisme apparaît sur son épaule, tandis que les revers associent notamment la Victoire et la croix, reprenant des modèles développés à la cour de Constantinople[239].

La situation évolue au cours de son séjour à Constantinople et de la restauration de Valentinien III : en 424, Théodose II reconnaît le titre d’Augusta reçu par Placidia en Occident en 421, et des monnaies sont alors frappées à son nom dans l’Empire d’Orient[240]. Les émissions orientales la nomment généralement GALLA PLACIDIA AVG, tandis qu’un type daté de 423/424 porte la forme AELIA PLACIDIA AVG[241]. L’emploi d’Aelia, également porté par les deux Augustae de la cour orientale, Pulchérie et Eudoxie, peut signaler la volonté de présenter Placidia comme leur égale[241].

Cette représentation impériale connaît également des formes plus exceptionnelles : le revers d’un médaillon frappé à Ravenne montre Placidia assise et nimbée sur un trône, accompagnée de la légende SALUS REI PUBLICAE, « salut de l’État » ; il constitue le premier exemple connu, dans le monnayage tardo-antique ou byzantin, d’une impératrice ainsi représentée trônant[242]. Le même langage dynastique se retrouvait à Ravenne dans le programme aujourd’hui disparu de la basilique Saint-Jean-l’Évangéliste : dans un acte de propagande dynastique, les portraits de Placidia et de ses enfants y étaient associés à leurs prédécesseurs impériaux valentiniens et théodosiens, Placidia — dépeinte en première position au milieu de l’abside — formant le lien entre les trois générations[209]. Ces différents modes de représentation participent d’une même volonté d’affirmer la continuité dynastique valentiniano-théodosienne et de conforter la légitimité de Valentinien III[243].

Postérités

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Descendance

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Des trois enfants de Galla Placidia, Théodose, né de son union avec Athaulf, meurt en bas âge, tandis qu’aucune descendance n’est connue à Honoria. La postérité de l’impératrice passe ainsi par son fils Valentinien III et les deux filles que celui-ci a de Licinia Eudoxia : Eudocia et Galla Placidia la Jeune.

Deux faces d’une pièce d’argent : à gauche, un buste masculin de profil tourné vers la droite, diadémé ; à droite, une figure féminine debout de face tient des épis, entourée d’une inscription.
Denier figurant Hildéric, roi des Vandales de 523 à 530 et arrière-petit-fils de Galla Placidia.

Après l’assassinat de Valentinien III, le 16 mars 455, Pétrone Maxime s’empare du pouvoir[244]. Impliqué dans le meurtre de son prédécesseur, il rompt les accords dynastiques conclus avec les Vandales en 442 en mariant Eudocia, jusque-là promise à Hunéric, fils de Genséric, à son propre fils Palladius[244]. Cette rupture lèse directement les intérêts du roi vandale qui, lorsqu'il prend Rome quelques mois plus tard, capture Eudocia qui est emmenée captive à Carthage[245]. Elle y épouse finalement Hunéric[246] et leur fils Hildéric, né vers 460, arrière-petit-fils de Galla Placidia, devient à son tour roi des Vandales en 523, règnant jusqu’en 530[246].

Miniature sur fond bleu montrant une femme couronnée assise au centre sur un trône, entre deux femmes debout ; devant elle, un petit personnage agenouillé lui présente un livre ouvert, tandis qu’une autre figure se prosterne au premier plan.
Portrait de la princesse byzantine Anicia Juliana, descendante de Galla Placidia, dans le Dioscoride de Vienne, réalisé pour elle vers 512, Bibliothèque nationale autrichienne.

La descendance de Placidia la Jeune se prolonge plus durablement encore dans l’aristocratie de Constantinople[247]. De son mariage avec l’empereur Olybrius naît Anicia Juliana, qui épouse le général Flavius Areobindus Dagalaiphus[247]. Leur fils Anicius Olybrius, consul en 491, épouse Irène, nièce de l’empereur Anastase Ier ; leur fille Proba épouse à son tour un certain Probus et donne naissance à Juliana[247]. Cette dernière, mariée à Anastasius, a notamment trois enfants connus, Areobindus, Proba et Placidia[247]. Cette dernière Placidia épouse Jean Mystacon, l’un des principaux généraux des règnes de Tibère II Constantin et de Maurice, ce qui permet de suivre avec certitude la descendance de Galla Placidia jusque dans la haute aristocratie de l’Empire d’Orient à la fin du VIe siècle[247].

Au-delà de cette génération, des rapprochements avec d’autres branches de l’aristocratie constantinopolitaine ont été proposés, mais reposent sur des reconstructions généalogiques plus conjecturales[247].

Mémoires

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L’identification de la petite chapelle, jadis accolée à Sainte-Croix, comme lieu de sépulture de Placidia relève d’une tradition médiévale : dès la première moitié du IXe siècle, des auteurs ravennates affirment que ses restes reposent dans la ville et, à l’époque moderne, le grand sarcophage de la chapelle passe pour contenir son corps[248]. Les visiteurs peuvent d’ailleurs observer la dépouille supposée de l’impératrice par une petite ouverture pratiquée dans le sarcophage jusqu’en 1577, lorsqu’un cierge, imprudemment introduit pour mieux l’éclairer, met accidentellement le feu au corps desséché et le réduit en cendres[249].

Médaillon circulaire en verre doré montrant trois bustes serrés sur fond sombre : un jeune homme à gauche, une femme richement vêtue et parée de perles à droite, et une seconde femme derrière eux au centre.
Médaillon de Brescia, médaillon en verre d’or de cm, daté du IIIe siècle et d’origine égyptienne, inséré sur la croix de Didier de Lombardie, œuvre carolingienne du IXe siècle, Museo Civico dell’Età Cristiana, Brescia.

Indépendamment de sa réalité funéraire, cette tradition transforme progressivement l’édifice en véritable lieu de mémoire de Galla Placidia[250]. Renforcée par les restaurations et la redécouverte culturelle de Ravenne à partir de la fin du XIXe siècle, elle contribue à rendre le « Mausolée de Galla Placidia » aujourd’hui encore indissociable de l’image de l’impératrice[250].

À Constantinople, le palais qui porte son nom connaît également une remarquable postérité : au VIe siècle, l’oikos tēs Plakidias maison de Placidia ») est devenu la résidence des légats pontificaux auprès de la cour impériale[251] ; il accueille notamment le futur Grégoire le Grand lorsqu’il exerce cette fonction[252].

Dès le XVIIIe siècle, le regain d’intérêt pour Placidia conduit à reconnaître son effigie dans la figure féminine placée au centre du petit médaillon de Brescia, entre deux portraits alors attribués à Valentinien III et à Iusta Grata Honoria[253]. Le médaillon est lui-même inséré sur la croix de Didier de Lombardie (it), œuvre carolingienne du IXe siècle[254]. Depuis la fin des années 1920, celui-ci est généralement considéré par la recherche comme un portrait familial égyptien anonyme du IIIe siècle, notamment en raison de rapprochements stylistiques avec les portraits funéraires du Fayoum[255].

Mais, comme pour le « mausolée », l’ancienne identification continue à produire des effets dans l’imaginaire culturel, et reste régulièrement reprise dans la culture populaire ou dans certaines publications qui continuent à vouloir reconnaître le « regard » de Placidia dans une image qui ne la représente pas[253].

Réceptions artistiques, littéraires et intellectuelles

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Galla Placidia fait déjà l’objet de réappropriations dans la culture de cour européenne au XVIIe siècle : en 1675, Carlo Dolci achève pour Cosme III de Médicis un portrait de l’impératrice Claude-Félicité d’Autriche, épouse de Léopold Ier, en la représentant sous les traits de Galla Placidia, pour laquelle le grand-duc nourrit une dévotion particulière ; le crucifix et la statuette antique renversée qui l’accompagnent renvoient au zèle chrétien attribué à l’impératrice romaine[256].

Portrait à mi-corps d’une jeune femme richement vêtue et parée de perles, tenant un crucifix dressé ; sa main gauche repose près d’un livre, tandis qu’une couronne apparaît derrière elle et une petite statuette renversée au premier plan.
Claude-Félicité d’Autriche, sous les traits de Galla Placidia, huile sur toile de Carlo Dolci, 1672-1675, Galerie Palatine, Florence.

Quelques années plus tard, alors qu’Alaric connaît une certaine vogue dans l’opéra italien — au moins trois livrets lui sont consacrés durant les années 1680 —, Placidia figure parmi les principaux personnages de l’Alarico il Baltha, cioè L’audace re de’ Goti[n 20], opéra baroque en trois actes d’Agostino Steffani sur un livret de Luigi Orlandi, créé à Munich en 1687[257]. L’intrigue transpose très librement les évènements entourant le sac de Rome de 410 et Placidia y tient l’un des principaux rôles qui, confié à une soprano, compte sept airs[n 21].

À partir de la fin du XIXe siècle, la redécouverte culturelle de Ravenne s’accompagne de nouvelles appropriations littéraires et intellectuelles de Galla Placidia, tantôt présentée comme une figure romaine et occidentale, tantôt reconstruite comme une souveraine orientalisée[258]. La tragédie Gal·la Placídia d’Àngel Guimerà, créée en 1879, puis l’opéra homonyme de Jaume Pahissa, représenté en 1913, font de Placidia une figure liée à l’histoire wisigothique de l’Espagne et aux aspirations du nationalisme catalan[259]. Chez eux, elle est présentée comme une figure occidentale et romaine, et non comme une impératrice « orientale »[259].

Dans le poème Ravenna, écrit en 1909, le poète russe Alexandre Blok prête au « regard noir » de Placidia une puissance presque surnaturelle[260]. L’œuvre participe de la redécouverte culturelle et touristique de Ravenne au tournant des XIXe et XXe siècles : restaurations, valorisation des mosaïques et fréquentation de la ville par des artistes et intellectuels[260]. Placidia devient alors moins un personnage historique qu’une incarnation de Ravenne, de ses mosaïques, de l’obscurité du monument et du passage entre Antiquité et Moyen Âge[260].

Galla Placidia apparaît de manière fragmentaire dans plusieurs passages des Cantos d’Ezra Pound[261]. Dans le chant XXI, publié en 1928, l’Augusta est associée aux mosaïques de Ravenne et à l’image de l’or qui « s’efface dans l’obscurité » sous son « toit bleu-noir » ; son nom ou le monument qui lui est attribué réapparaissent dans plusieurs autres chants[261]. Les brouillons de l’œuvre laissent entrevoir un rapprochement entre Bride Scratton, ancienne amante de Pound, la reine égyptienne Tiyi, l’impératrice chinoise Cixi et Galla Placidia, des figures que le poète superpose pour former une figure féminine de pouvoir à la fois abstraite et orientalisée[262].

Carl Jung visite Ravenne avec Toni Wolff durant l’hiver 1913-1914, puis y retourne avec elle vingt ans plus tard[263]. Dans le récit qu’il donne de ce second séjour, tous deux croient voir, dans le baptistère dit « des Orthodoxes », quatre mosaïques qui n’ont jamais existé[263]. Jung associe par la suite Placidia à son anima, à son propre « voyage nocturne sur la mer » et à une présence féminine intérieure[263].

Culture populaire et toponymie

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Photogramme en couleurs montrant deux femmes en costumes impériaux inspirés de l’Antiquité, l’une plus âgée et l’autre plus jeune, richement vêtues et parées de bijoux dans un décor de palais.
Colette Régis (Placidia) et Sophia Loren (Honoria) dans Attila, fléau de Dieu de Pietro Francisci, 1954.

Au cinéma et à la télévision, Placidia a été incarnée par Colette Régis dans Attila, fléau de Dieu (1954) de Pietro Francisci, par Daniela Rocca dans La Vengeance des Barbares de Giuseppe Vari (1960), par Alice Krige dans le téléfilm américain en deux parties Attila (2001) et par Natasha Barrero dans la série documentaire britannique Rome : grandeur et décadence d'un empire (2006)[264].

Ces représentations peuvent s’éloigner fortement du personnage historique : dans La Vengeance des Barbares, où elle constitue le principal personnage antagoniste, Placidia est notamment transformée en aventurière à la manière d’une « Mata Hari » et introduite dans le camp goth sous le déguisement d’une danseuse. Ce type de représentation s’inscrit dans un procédé récurrent de certaines productions cinématographiques, où les figures de souveraines antiques sont sexualisées et orientalisées au détriment de leur pouvoir politique[265].

Le nom de Galla Placidia s’inscrit également dans la toponymie de plusieurs villes du sud de l’Europe, notamment à Barcelone, où la Plaça de Gal·la Placídia occupe un ancien carrefour entre Gràcia et Sant Gervasi[266], et à Ravenne avec la Via Galla Placidia, qui passe entre l’église Sainte-Croix et le « mausolée de Galla Placidia »[267]. Les deux édifices appartenaient à l’origine au même complexe monumental ; ils sont séparés au début du XVIIe siècle, lorsque l’aménagement de la voie entraîne la réduction de Sainte-Croix et l’isolement du « mausolée »[268]. Des Via Galla Placidia existent également à Rome, Milan et Rimini[269].

Enfin, Placidia figure également parmi les personnages de Léon le Grand : Défier Attila, bande dessinée de France Richemond et Stefano Carloni parue en 2019, consacrée à la rencontre du pape et du roi des Huns[270].

Sources et historiographie

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Sources

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La biographie de Galla Placidia repose sur un petit nombre de témoignages directs et de mentions dispersées, aucun auteur antique ne lui ayant consacré de biographie ni même de récit continu[271]. Certains travaux ont cherché à compléter ces éléments par une documentation comparative, qui permet d’envisager ce qui est possible ou vraisemblable sans prouver pour autant ce que Galla Placidia a personnellement vécu, voulu ou pensé[272].

La principale source narrative est l’Histoire d’Olympiodore de Thèbes, historien grec contemporain de Galla Placidia[273], diplomate au service de Théodose II et païen convaincu mais mesuré[274], dont l’œuvre, composée après les évènements qu’elle rapporte, couvre les années 407 à 425[275]. Cette œuvre, aujourd’hui perdue, n’est plus connue que par le résumé qu’en donne Photios au IXe siècle et par son utilisation chez des auteurs postérieurs, notamment Sozomène et Zosime[273]. Elle fournit plusieurs des informations les plus précises sur la vie de Placidia, sans qu’il soit toujours possible de distinguer le texte d’Olympiodore des adaptations de ses transmetteurs[273].

Pièce d’or circulaire portant un buste féminin de profil tourné vers la droite, diadémé et paré d’un collier et de pendants d’oreilles, entouré d’une inscription latine.
Trémissis figurant Galla Placidia (Ve siècle).

Le traitement de Placidia n’y est toutefois pas univoque et l’état fragmentaire de l’œuvre complique son analyse[195] : certains passages ont été interprétés comme révélant une hostilité d’Olympiodore à son égard, tandis que d’autres lectures considèrent que ses critiques visent plutôt Constance III et que Placidia est au contraire présentée de manière à la rapprocher de la politique orientale de Théodose II[276]. Cette difficulté est accrue par les conditions mêmes de transmission de l’œuvre : les « fragments » conservés par Photios nous sont en grande partie parvenus sous forme de résumés, susceptibles d’avoir abrégé ou infléchi le récit original[277].

Zosime, qui écrit à la fin du Ve siècle ou au début du VIe siècle, s’inscrit, comme Olympiodore, dans la tradition de l’historiographie grecque politique et militaire, et utilise notamment le travail de ce dernier pour les premières décennies du Ve siècle[278]. Plus tardifs, Procope et Jordanès, au milieu du VIe siècle, rapportent également des évènements concernant Placidia, les Goths, Boniface ou les Vandales[279]. Les chroniqueurs contemporains ou proches des évènements, principalement Prosper d’Aquitaine, dont la chronique est poursuivie jusqu’en 455, et Hydace, qui achève la sienne en 468, ainsi que l’anonyme Chronica Gallica de 452, fournissent quant à eux des notices annalistiques souvent brèves mais utiles à la chronologie[280]. Plus tardif, le Chronicon de Marcellinus Comes, composé à Constantinople au début du VIe siècle, conserve notamment une tradition orientale sur la succession de 423-425 et certains évènements du règne de Valentinien III[281].

D’autres œuvres encore relèvent de l’apologétique chrétienne ou de l’histoire ecclésiastique : Orose, qui achève son Histoire contre les païens vers 417, propose une lecture apologétique et providentialiste des évènements dont il est en partie contemporain[282] ; Socrate et Sozomène, qui composent leurs Histoires ecclésiastiques respectives dans les années 440, s’intéressent principalement à l’histoire religieuse et aux relations entre le pouvoir impérial et les Églises[283]. La Vita Germani de Constance de Lyon fournit par ailleurs un témoignage hagiographique sur la cour de Ravenne et sur les relations de Placidia avec Germain d’Auxerre[284].

Les documents les plus directement liés à Placidia sont les lettres émises en son nom[285]. Deux lettres adressées en 419 à des évêques africains lors de la crise de la succession de l’évêque de Rome Zosime sont conservées dans la Collectio Avellana (en), recueil de correspondances pontificales et impériales[192] ; celles échangées avec la cour de Constantinople lors de la crise christologique de 449-450 sont transmises dans les dossiers liés au concile de Chalcédoine, édités dans les Acta Conciliorum Oecumenicorum[286]. Leur attribution à l’Augusta ne signifie toutefois pas nécessairement qu’elles soient de sa main : leur association à la correspondance d’autres membres de la famille impériale ainsi que leurs caractéristiques stylistiques révèlent l’intervention de la chancellerie et les stratégies de communication de la cour[287].

Les sermons de Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne au milieu du Ve siècle, les constitutions impériales conservées notamment dans le Code théodosien, le monnayage, les inscriptions et les vestiges archéologiques renseignent également sur sa présence à la cour, sa titulature et son patronage, sans toujours permettre d’isoler son initiative personnelle[288]. Enfin, Agnellus de Ravenne, qui écrit au IXe siècle, conserve des informations sur des édifices, tombes, mosaïques et inscriptions de Ravenne aujourd’hui disparus, mêlées à des traditions locales[289].

Historiographie moderne et contemporaine

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Portrait à mi-corps d’un homme tourné de trois quarts vers la gauche, aux cheveux gris poudrés et attachés, vêtu d’un habit rouge à boutons dorés et d’une cravate blanche.
Portrait d’Edward Gibbon, huile sur toile de Joshua Reynolds, 1779.

Au XVIIIe siècle, l’image savante de Galla Placidia s’inscrit dans le cadre du récit du « déclin » et de la notion émergente de « Bas-Empire », développée notamment par les historiens Charles Le Beau et Edward Gibbon[290]. Particulièrement intéressé par l’exercice de l’autorité par les femmes de la famille impériale, Gibbon est heurté par l’élévation de certaines d’entre elles à des positions d’autorité comparables à celles des empereurs[291]. Étonné du poids politique des Augustae théodosiennes, il évoque ainsi un « accord des trois femmes qui gouvernaient le monde romain » — Galla Placidia, Pulchérie et Eudoxie — lorsqu’il s’agit d’organiser l’avènement du jeune Valentinien III[292].

Le XVIIIe siècle produit également une lecture très différente de Placidia, centrée sur son mariage avec Athaulf : dès 1743, David Ruhnkenius, s’inspirant d’Orose, présente leur union comme une promesse de rapprochement entre Romains et barbares, susceptibles de former un même peuple ; il attribue en outre à la douceur de Placidia la recherche de la paix par Athaulf[293]. Cette approche est poursuivie au XIXe siècle chez Amédée Thierry, pour qui Placidie aurait fait « de ce Goth féroce [Athaulf] un Romain » ; leur mariage devient plus largement le symbole de la fusion du monde romain et du monde barbare dont Thierry fait l’une des origines des « nations modernes » européennes[294]. Il est d’ailleurs notable que, du XVIIe siècle au XXe siècle, ce mariage soit rarement rattaché au thème de la décadence romaine : il est au contraire plutôt exalté comme l’amorce d’une « romanité nouvelle » associant Romains et Barbares[295].

À partir du début du XXe siècle, Placidia devient plus nettement l’objet d’une historiographie biographique spécialisée : une monographie lui est consacrée par Maria Nagl en 1908 ; suivent notamment les travaux de Vito Sirago en 1961, la biographie de Stewart Oost en 1968 — longtemps resté une référence —, l’étude consacrée par Émilienne Demougeot à son évolution politique en 1985, une nouvelle étude de Sirago en 1996, puis celle de Hagith Sivan en 2011[296]. Dans le même temps, s’affirme durablement l’image d’une impératrice énergique dirigeant l’Occident au nom de son fils, représentation encore souvent reprise sous une forme romancée dans l’historiographie moderne[297]. Cette conception d’une autorité personnelle étendue conduit notamment à attribuer directement à Placidia une partie de la législation promulguée sous Valentinien III, mais les interprétations divergent fortement : M. Nagl y voit essentiellement l’expression de sa piété, quand V. Sirago insiste sur l’humanitas bienveillance » ou « équité »[298]) de cette législation, tandis que S. Oost lui prête une conception presque républicaine de la soumission du pouvoir impérial aux lois[299]. É. Demougeot pousse plus loin cette lecture en prêtant à Placidia l’exercice direct du gouvernement de l’Occident entre 425 et 437 ainsi que l’application d’un programme politique cohérent qui, hérité de Théodose Ier, associe défense de l’orthodoxie et intégration des fédérés[300].

Pièce d’or circulaire portant un buste féminin de profil tourné vers la droite, diadémé et paré de bijoux, surmonté d’une main tenant une couronne et entouré d’une inscription latine ; un chrisme orne l’épaule.
Solidus figurant Galla Placidia, couronnée par la main de Dieu, une fibule en chrisme sur l’épaule, 422.

L’hypothèse d’une autorité personnelle importante trouve encore un écho au XXIe siècle chez Judith Herrin, qui voit en Placidia une figure centrale de l’autorité impériale durant la minorité de Valentinien, et estime qu’elle a pu prendre certaines initiatives législatives du début du règne[301]. Ces lectures illustrent plus largement la difficulté à distinguer, dans les décisions prises au nom d’un empereur enfant, l’action personnelle de sa mère de celle des fonctionnaires impériaux, des généraux et, dans les premières années du règne, de la cour de Constantinople[302].

La nature du pouvoir exercé par Placidia demeure ainsi discutée ; dans une perspective plus structurelle, Henning Börm rapproche la position de Placidia de celle de Pulchérie : l’Augusta d’Occident aurait cherché après 425 à exercer auprès du jeune Valentinien une autorité comparable à celle de sa nièce auprès de Théodose II en Orient, mais se serait heurtée à la position déjà solidement établie du magister militum et patricius Ætius[303].

Cette approche invite à sérier plus précisément les différentes dimensions de son pouvoir : rang impérial, autorité dynastique, influence politique et éventuel pouvoir institutionnel propre[304]. Malgré l’usage fréquent du terme de « régence » dans l’historiographie moderne, celui-ci ne correspond à aucune fonction ni titulature de l’Empire romain ; et l’éventuelle tutela tutelle ») exercée sur Valentinien n’implique pas à elle seule l’exercice du gouvernement[137]. La « régence » de Placidia est dès lors parfois explicitement qualifiée de « prétendue » ou de « soi-disant »[138].

Parallèlement, les approches issues de l’histoire des femmes, du genre et des études de réception ont conduit à réinterroger les cadres mêmes dans lesquels sa biographie a été construite : les principales sources narratives antiques qui permettent de la reconstituer sont toutes l’œuvre d’hommes et privilégient des expériences et des valeurs masculines[305] ; l’histoire de Placidia a de surcroît souvent été racontée moins à partir de ses propres actions qu’à travers ses relations avec les hommes puissants qui l’entourent[306]. Cette remise en cause porte également sur les représentations modernes de la femme de pouvoir : au début du XXe siècle, certaines appropriations intellectuelles de Placidia associent ainsi pouvoir féminin et imaginaire oriental, dans lequel se mêlent féminité, altérité, luxe et décadence[307].

  1. La date et le lieu de sa naissance ne sont pas assurés et sont débattus ; cf. Rebenich 1985, p. 384-385, Sivan 2011, p. 12, Salisbury 2015, p. 13, Herrin 2023, p. 77.
  2. 1 2 Le réemploi de noms impériaux au sein de la dynastie participe à la construction d’une continuité familiale et politique. Le fils de Théodose et de Galla nommé Gratien porte le nom du demi-frère impérial de sa mère — ainsi que celui de son arrière-grand-père (en) —, reliant ainsi les lignées valentinienne et théodosienne. De même, le fils de Galla Placidia et d’Athaulf reçoit le nom de son grand-père maternel, ThéodoseRebenich 1985, p. 376-380.
  3. Panégyrique sur le quatrième consulat d’Honorius ; c’est notamment sur ce passage que se fondent les tenants d’une date de naissance antérieure à 393, puisqu’il est fait mention d’une enfant et non d’un nouveau-né ; cité par Salisbury 2015, p. 16.
  4. Les interprétations vont de la caution dynastique apportée à une initiative sénatoriale à l’attribution à Placidia d’un rôle personnel important, éventuellement replacé dans les représailles exercées contre le groupe de Stilicon ; cf. Doyle 2019, p. 140-141, Sivan 2011, p. 28-29, Salisbury 2015, p. 62-63, Roberto 2015, p. 90 et Busch 2015, p. 87.
  5. Les Goths ont en effet coupé l’approvisionnement de la ville. La rançon est acquittée par les contributions des sénateurs au prorata de leur fortune mais aussi par la fonte de statues en or de divinités — comme celle de la déesse Virtus — et le prélèvement de leurs bijoux parfois séculaires ; elle ne représente pas moins de 5 000 livres d’or, 30 000 livres d’argent, 3 000 livres de poivre ainsi que 4 000 vêtements de soie et 3 000 peaux écarlates ; cf. Roberto 2015, p. 93-94, 314.
  6. Le manque de source rend particulièrement difficile à établir la chronologie des années entre 412 et 416 et les historiens en sont souvent réduits aux conjectures et aux hypothèses ; un résumé de celles-ci a été rassemblé en 1992 par Cesa 1992 ; cf. Delaplace 2015, p. 152-153.
  7. La question du consentement de Placidia au mariage a donné lieu à des interprétations divergentes, depuis l’hypothèse d’une union consentie par une princesse théodosienne jusqu’à celle d’un mariage imposé à une captive ; cf. Sivan 2011, p. 13-14, Assorati 2016, p. 274-275 et Leonard 2019, p. 342-344.
  8. Le titre d’Augusta est une dignité dynastique réservée à certaines femmes de la famille impériale qui associe sa titulaire à l’Augustus et contribue à la légitimation de la dynastie, sans constituer une magistrature ni conférer de compétences politiques définies à sa détentrice ; cf. (de) Meret Strothmann (dir.), « Augusta », dans Der Neue Pauly, vol. 12/2, Stuttgart, Metzler, , p. 908-909.
  9. 1 2 « Notre Dame Galla Placidia, pieuse et fortunée Augusta » : Dominus Noster et Domina Nostra forment un titre de souveraineté usuel sur le monnayage impérial depuis le IVe siècle. L’épiclèse P F, portée par sept princesses seulement — trois au IIIe siècle (Julia Domna, Salonine et Ulpia Severina) et quatre au Ve siècle (Galla Placidia, Licinia Eudoxia, Honoria et Euphémie) — n’apparaît jamais sur le monnayage de Constantinople. Sa signification, entre Pia Felix et Perpetua Felix, est discutée ; cf. Jean-Pierre Callu, « Pia Felix », Revue Numismatique, vol. 155, , p. 189–207 et Cécile Morrisson, Byzance et sa monnaie (IVe – XVe siècles) : Précis de numismatique byzantine, Lethielleux, (ISBN 978-2-2496-2312-7).
  10. Cette temporisation a notamment été interprétée comme le signe d’une méfiance initiale de Théodose envers Placidia et son fils, également héritier de Constance III, dont l’élévation impériale n’avait pas été reconnue en Orient ; cf. Börm 2013, p. 65.
  11. Felix était accusé de conspirer contre Ætius, mais l’implication personnelle de ce dernier dans le meurtre n’est pas établie ; cf. McEvoy 2013, p. 246-247.
  12. « maître des deux milices », l’un des plus hauts commandements militaires de l’Empire.
  13. La date de la visite de l’évêque, relatée dans la Vita Germani et traditionnellement située en 445 ou 448, a été ramenée à 437 par Edward A. Thompson ; cf. Sivan 2011, p. 167-168.
  14. La tradition relative à l’affaire Honoria est généralement tenue pour vraisemblable, mais certains éléments de sa construction narrative sont discutés ; cf. Sivan 2011, p. 153-155.
  15. La source mentionne seulement un « Théodose » mais son identification au fils de Placidia et d’Athaulf est généralement admise ; la date à laquelle sa dépouille quitta l’Hispanie demeure inconnue ; cf. McEvoy 2013, p. 280 et Sivan 2011, p. 141-143.
  16. Les Annales Ravennates donnent le 26 novembre, tandis que d’autres reconstructions retiennent le 27 ; cf. Busch 2015, p. 109 et Salisbury 2015, p. 194.
  17. Des traditions médiévales développent cet épisode en faisant intervenir Barbatianus (it) (Barbaziano), présenté comme le confesseur de Placidia, et en lui attribuant notamment un rôle dans l’obtention d’une relique de saint Jean. Le Barbatianus que ces traditions situent au Ve siècle n’est toutefois connu que par des sources sensiblement plus tardives : une brève mention chez Agnellus au IXe siècle et surtout la Vita Barbatiani du Xe siècle, dont le récit reprend et remanie plusieurs motifs hagiographiques antérieurs ; cf. (en) Edward McCormick Schoolman, Rediscovering Sainthood in Italy : Hagiography and the Late Antique Past in Medieval Ravenna, New York, Palgrave Macmillan, coll. « The New Middle Ages », (ISBN 978-1-1376-0271-8), p. 2, 5-7, 10-12.
  18. La restitution du décor repose notamment sur la description d’Agnellus au IXe siècle, sur celle de Girolamo Rossi au XVIe siècle, alors que les mosaïques étaient encore visibles, ainsi que sur une miniature du Tractatus hedificationis et constructionis ecclesie s. Iohannis evangeliste de Ravena (Bibliothèque Classense, MS 406), manuscrit daté de 1330-1340, et sur deux sermons médiévaux composés pour la dédicace de l’église ; cf. Rebenich 1985, p. 373-374.
  19. 1 2 (la) Ernst Diehl (éd.), Inscriptiones Latinae Christianae Veteres, vol. I, Berlin, Weidmann, , p. 342, no  1761b : Placidiae pia mens operis decus omne paterni gaudet pontificis studio splendere Leonis. L’âme pieuse de Placidia se réjouit de voir resplendir, grâce aux soins du pontife Léon, tout l’éclat de l’œuvre de son père » ; cf. Ravegnani 2017, p. 106 et (it) Fabio Scirea (dir.), « I primordi del racconto visuale della creazione », dans L’esegesi in figura : Cicli dell’Antico Testamento nella pittura murale medievale, Rome, École française de Rome, , 31-70 p., p. 51, note 78).
  20. Alaric le Balte, ou l’audacieux roi des Goths.
  21. La soprano Mi-Jung Won interprète Placidia dans l’intégrale du Scarlatti Camera Ensemble (Concerto, 2009) : (it) [vidéo] « Alarico il Baltha, acte II, scène 5 : « In maschera di pace » », sur YouTube (consulté le ), de 0:00 à 3:12.

Références

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  9. McEvoy 2013, p. 225-226.
  10. McEvoy 2013, p. 58, 217, 306.
  11. McEvoy 2013, p. 224-225, 322-323.
  12. 1 2 Sivan 2011, p. 95.
  13. Sivan 2011, p. 95, 182-183, Doyle 2019, p. 50-54.
  14. 1 2 Busch 2015, p. 86-87.
  15. Rebenich 1985, p. 376-385.
  16. Pour l’ascendance de Galla Placidia, cf. Sivan 2011, p. 95, Doyle 2019, p. 50-62 et McEvoy 2013, p. 103-104 ; pour Justus, père de Justine : (en) R. C. Blockley, « Roman-Barbarian Marriages in the Late Empire », Florilegium, vol. 4, , p. 63-79 ; la mère de Justine est inconnue et l’ascendance constantinienne prêtée à Justine elle-même, notamment à partir d’un passage de Thémistios, reste conjecturale : (en) David Woods, « The Constantinian Origin of Justina », The Classical Quarterly, vol. 54, no 1, , p. 325-327.
  17. Salisbury 2015, p. 16.
  18. 1 2 Herrin 2023, p. 53.
  19. Sotinel 2019, p. 443.
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  45. 1 2 Sivan 2011, p. 28-29.
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  48. 1 2 3 Pawlak 2005, p. 225.
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  65. Olympiodore, fr. 24 ; Blockley 1983, p. 186-188.
  66. Olympiodore, fr. 24 ; Blockley 1983, p. 186-188 ; cf. Assorati 2016, p. 269-272.
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  115. 1 2 Modéran et Perrin 2014, p. 87.
  116. 1 2 Doyle 2019, p. 187 et Lawrence 2013, p. 230-236.
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  127. Les sources ne sont pas claires à ce sujet ; cf. Wijnendaele 2015, p. 60-61, Börm 2013, p. 65-66.
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  146. 1 2 3 McEvoy 2013, p. 247-248.
  147. Ce qui rend peu vraisemblable le récit tardif de Procope selon lequel il les aurait lui-même appelés en Afrique ; cf. McEvoy 2013, p. 247-248.
  148. 1 2 3 McEvoy 2013, p. 254-255.
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Bibliographie

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Recherche

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Ouvrages spécialisés

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Articles et études spécialisées

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  • (en) Christopher Bishop, « The Dark Gaze of Galla Placidia », dans Filippo Carlà-Uhink et Anja Wieber (dir.), Orientalism and the Reception of Powerful Women from the Ancient World, Londres et New York, Bloomsbury Academic, coll. « Imagines – Classical Receptions in the Visual and Performing Arts », (ISBN 978-1-3500-5010-5, DOI 10.5040/9781350077416.ch-010), p. 151-166. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Julia Hillner, « Empresses, Queens, and Letters : Finding a "Female Voice" in Late Antiquity? », Gender & History, vol. 31, no 2, , p. 353-382 (DOI 10.1111/1468-0424.12427). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Victoria Leonard, « Galla Placidia as 'Human Gold': Consent and Autonomy in the Sack of Rome, CE 410 », Gender & History, vol. 31, no 2, , p. 334-352 (DOI 10.1111/1468-0424.12423). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Alain Chauvot, « Le triomphe d’Honorius et le châtiment d’Attale », Revue historique, no 684, , p. 739-774 (DOI 10.3917/rhis.174.0739). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Marie Havaux, « Théodose II, Constantinople et l’Empire : une nouvelle lecture de la Notitia urbis Constantinopolitanae », Revue historique, no 681, , p. 3-54.
  • (it) Giovanni Assorati, « Il matrimonio fra Ataulfo e Galla Placidia tra prassi e diritto », dans Valerio Neri et Beatrice Girotti (dir.), La famiglia tardoantica. Società, diritto, religione, Milan, LED, (DOI 10.7359/764-2016-asso), p. 269-282. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Judith Herrin, « Late Antique Origins of the "Imperial Feminine" : Western and Eastern Empresses Compared », Byzantinoslavica, vol. 74, nos 1-2, , p. 5-25. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Geoffrey D. Dunn, « Flavius Constantius, Galla Placidia, and the Aquitanian Settlement of the Goths », Phoenix, vol. 69, nos 3-4, , p. 376-393 (DOI 10.7834/phoenix.69.3-4.0376). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Bertrand Lançon, « Les projections européennes de deux historiens modernes sur deux impératrices romaines du Ve siècle : Galla Placidia et Aelia Eudocia », dans Guyonne Leduc (dir.), Les rôles transfrontaliers joués par les femmes dans la construction de l’Europe, Paris, L’Harmattan, , p. 23-29. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Ellen Swift et Anne Alwis, « The Role of Late Antique Art in Early Christian Worship : A Reconsideration of the Iconography of the "Starry Sky" in the So-Called "Mausoleum" of Galla Placidia, Ravenna », Papers of the British School at Rome, vol. 78, , p. 193-217 (DOI 10.1017/S0068246200000866).
  • Audrey Becker-Piriou, « De Galla Placidia à Amalasonthe, des femmes dans la diplomatie romano-barbare en Occident ? », Revue historique, no 647, , p. 507-543 (DOI 10.3917/rhis.083.0507). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (it) Maria Cesa, « Il matrimonio di Placidia ed Ataulfo sullo sfondo dei rapporti fra Ravenna et i Visigoti », Romanobarbarica, vol. 12, , p. 23-53.
  • (en) Marcin Pawlak, « Theodosius, a Son of Athaulf and Galla Placidia », Eos, vol. 92, , p. 224-243 (ISSN 0012-7825). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Émilienne Demougeot, « L’évolution politique de Galla Placidia », Gerión, vol. 3, , p. 183-210. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Stefan Rebenich, « Gratian, a Son of Theodosius, and the Birth of Galla Placidia », Historia: Zeitschrift für Alte Geschichte, vol. 34, no 3, , p. 372-385 (ISSN 0018-2311). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Ouvrages généralistes

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  • (en) Ian Nicholas Wood, Europe in Late Antiquity, De Gruyter, coll. « Oldenbourg Grundriss der Geschichte » (no 43), (ISBN 978-3-1103-5264-1). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Sylvain Destephen (dir.), L’Empire post-romain : 400-600 après J.-C, Hermann, (ISBN 979-1-0370-3133-4).
  • Claire Sotinel, Rome, la fin d’un Empire : De Caracalla à Théodoric, 212-fin du Ve siècle, Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 978-2-7011-6497-7). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Peter Heather, Rome et les barbares : Histoire de la chute de l’Empire, Alma éditeur, (ISBN 978-2-3627-9231-1). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Christine Delaplace (préf. Ian N. Wood), La fin de l’Empire romain d’Occident : Rome et les Wisigoths de 382 à 531, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-4295-2). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Umberto Roberto (trad. de l'italien par Yann Rivière), Rome face aux barbares : Une histoire des sacs de la Ville, Paris, Seuil, (ISBN 978-2-0211-6224-0). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Yves Modéran et Michel-Yves Perrin (éd.), Les Vandales et l’Empire romain, Errance, (ISBN 978-2-8777-2435-7). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (de) Henning Börm, Westrom : Von Honorius bis Justinian, Stuttgart, W. Kohlhammer, coll. « Kohlhammer Urban-Taschenbücher » (no 735), (ISBN 978-3-1702-3276-1). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Judith Herrin, Unrivalled Influence : Women and Empire in Byzantium, Princeton University Press, (ISBN 978-0-6911-5321-6). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre Maraval, Théodose le Grand, 379-395 : Le pouvoir et la foi, Fayard, (ISBN 978-2-2136-4263-5). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Giusto Traina (trad. Gérard Marino, préf. Gilbert Dagron), 428 : Une année ordinaire à la fin de l’Empire romain, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-2513-8099-5).
  • (en) Carolyn L. Connor, Women of Byzantium, Yale University Press, (ISBN 978-0-3001-8646-8). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Prosopographie et sources antiques

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Principales éditions et corpus de référence.

  • (la) Deborah Mauskopf Deliyannis (éd.), Agnellus Ravennas - Liber pontificalis Ecclesiae Ravennatis, Turnhout, Brepols, coll. « Corpus Christianorum, Continuatio Mediaevalis » (no 199), (ISBN 978-2-5030-4991-5).
  • Paul Orose (trad. Marie-Pierre Arnaud-Lindet), Histoires (Contre les Païens) : Livre VII. Index, vol. III, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France, série latine », (ISBN 978-2-2510-1353-4).
  • Zosime (trad. François Paschoud), Histoire nouvelle : Livre VI. Index général, vol. III, 2, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France, série grecque », (ISBN 978-2-2510-0392-4).
  • Zosime (trad. François Paschoud), Histoire nouvelle : Livre V, vol. III, 1, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France, série grecque », .
  • (en) Roger C. Blockley (éd. et trad.), The Fragmentary Classicising Historians of the Later Roman Empire : Eunapius, Olympiodorus, Priscus and Malchus. Text, Translation and Historiographical Notes, vol. II, Liverpool, Francis Cairns, coll. « ARCA Classical and Medieval Texts, Papers and Monographs » (no 10), .
  • (en) John Robert Martindale (dir.), The Prosopography of the Later Roman Empire : A.D. 395–527, vol. II, Cambridge, Cambridge University Press, .
  • Constance de Lyon (trad. René Borius), Vie de saint Germain d’Auxerre, Paris, Cerf, coll. « Sources chrétiennes » (no 112), .
  • Photios (trad. René Henry), Bibliothèque : Codices 1-83, vol. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection byzantine », .
  • (la) Eduard Schwartz (éd.), Acta Conciliorum Oecumenicorum : Concilium Universale Chalcedonense. Epistularum ante gesta collectio. Actio prima, vol. II, 3, 1, Berlin et Leipzig, Walter de Gruyter, .
  • (la) Otto Günther (éd.), Epistulae imperatorum pontificum aliorum inde ab a. CCCLXVII usque ad a. DLIII datae : Avellana quae dicitur collectio. Pars I : Prolegomena, epistulae I-CIV, Vienne, F. Tempsky, coll. « Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum » (no 35.1), .

Romans et essais

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  • (en) Kenneth Atkinson, Empress Galla Placidia and the Fall of the Roman Empire, McFarland, (ISBN 978-1-4766-8235-8).
  • Anne Soupa, Galla Placidia : L’impératrice face aux grandes migrations, Cerf, .
  • René Murat, Galla Placidia, Aix-en-Provence, L’Atelier du livre, (ISBN 978-2-9535-0903-8).
  • Henri Gourdin, Galla Placidia : Impératrice romaine, reine des Goths (388-450), Paris, L’Œuvre, (ISBN 978-2-3563-1003-3).
  • Gérard Herzhaft, Galla Placidia, Ramsay, .
  • René Gutman, L’impératrice Galla Placidia raconte sa vie et son temps, Paris, Éditions Nizet, .
  • Philippe Caffin, Galla Placidia : La dernière impératrice de Rome, Paris, Perrin, (réimpr. 1997) (ISBN 2-2620-0058-1), Prix Thiers 1977.

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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