Poney du Sri Lanka
Le poney du Sri Lanka (anglais : Sri Lankan Pony ; tamoul : Diweldiwa Poniya), ou poney de Delft, est une population de poneys insulaires retournés à l'état sauvage au Sri Lanka. Originellement, ces animaux sont amenés par des Portugais sur l'île de Delft (Neduntivu) au XVIIe siècle, les troupeaux étant renforcés régulièrement par des colons hollandais puis britanniques. La consanguinité a entraîné une évolution insulaire caractérisée par une réduction de leur taille à 1,14 m en moyenne. Marqués par les conséquences des privations, ils sont souvent de robe alezane ou baie, parfois avec des marques blanches sur la tête.
Groupe de poneys du Sri Lanka sur l'île de Delft (Neduntivu). | |
| Région d’origine | |
|---|---|
| Région | |
| Caractéristiques | |
| Morphologie | Poney |
| Registre généalogique | Non |
| Taille | 112,4 cm |
| Robe | Alezan ou bai |
| Tête | Grosse |
| Autre | |
| Utilisation | Selle, tourisme |
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|
Ces poneys n'ont presque aucun usage économique, et servent essentiellement d'argument touristique pour l'observation d'animaux sauvages, quelques-uns étant domestiqués et montés pour des courses locales. Le surpâturage aggravé par la concurrence du bétail domestique les menace d'extinction. Durant les années 2010, il reste entre 500 et 1 000 poneys du Sri Lanka. Leur biotope est transformé en réserve naturelle depuis 2015.
Dénomination et biotope
modifierCette race de poneys est nommée, en anglais, Sri Lankan Pony ou Delft Pony ; le nom tamoul utilisé localement pour la désigner est Diweldiwa Poniya[1],[2],[S 1] (காட்டுக் குதிரை)[3]. Elle a suscité de l'intérêt et des travaux académiques[4].
L'île qui héberge ces poneys fait environ 50 km2. Elle est habitée à l'année par une petite population tamoule[S 1], environ 5 000 personnes en 2016[5], avec une faible densité de population en conséquence de la dépopulation consécutive à la guerre civile du Sri Lanka[S 2].
Histoire
modifierLe Sri Lanka n'a historiquement pas de chevaux indigènes[6],[S 3], le pays étant peu réputé pour l'élevage de ces animaux[4]. Les poneys font partie des 12 espèces de mammifères introduites sur ces îles par l'être humain, et parmi elles, des 4 qui y sont retournées à l'état sauvage[S 4].
Élevage portugais puis hollandais
modifierDes chevaux sont amenés sur l'île de Delft par des navigateurs Portugais sur 150 ans[1],[2],[6], à partir du XVIIe siècle[S 5], vraisemblablement dès les années 1600[S 1]. Les Portugais enseignent pour l'occasion le maniement du lasso aux habitants locaux[S 5],[S 1]. Ils aménagent les terres pour créer des terrains de pâturage, et amènent des chevaux et du bétail sur l'île[S 6], qui prend alors le nom de Ilha das Cavalhos, l'île des chevaux[7],[H 1]. La présence de chevaux sur cette île est attestée en 1672[1] par Philippe Baldée, qui visite Delft et y observe des chevaux « multipliés dans le temps, d'un certain type très petit, mais robuste et apte à voyager sur les terrains pierreux et rocheux... Ils vivent dans la nature et sont capturés en les attrapant dans des pièges ou des cordes »[S 5],[1]. Les Portugais, les Hollandais puis les Britanniques utilisent cette île comme terrain de pâture pour le bétail[H 2],[S 7],[1],[8]. Les Hollandais pratiquent aussi le commerce de chevaux[S 8].
Gestion britannique
modifierEn 1812, le lieutenant Nolan est chargé de la gestion de la colonisation britannique de ces îles[S 6],[7]. Il se voit confier la tâche d'élever les chevaux présents sur Delft[S 6]. Il introduit de nouvelles bêtes pour répondre à la demande de la cavalerie britannique[S 6]. Cependant, les ressources offertes par les pâturages locaux se révèlent insuffisantes pour accueillir la population équine sans cesse croissante[S 6].
Quand M. Ievers est nommé gouverneur de cette région à la fin du XIXe siècle, il reste entre 60 et 70 juments ; certaines sont vendues, les autres sont marquées[9]. Il fait retirer les étalons locaux et introduit un étalon de race arabe nommé Raeburn[H 3],[H 4]. Durant la première année de croisement, la mortalité des poulains atteint un niveau extrêmement élevé en raison de maladies à tiques[H 3]. Il déplace alors les animaux vers un autre terrain de pâture, à Irenetuvu[H 3]. Les poneys sont occasionnellement capturés et vendus au profit du gouvernement britannique[H 5].
En 1886 ou 1887, une pétition est portée par un habitant tamoul local auprès du gouverneur britannique contre l'élevage de chevaux sur l'île, qu'il estime se faire au détriment du bétail élevé par les Tamouls[H 6]. Selon différents auteurs, l'activité d'élevage est laissée à l'abandon en 1906[7],[8]. En 1910, cependant, l'île est encore citée comme abritant un élevage de chevaux géré au profit du gouvernement britannique[H 7].
Depuis l’indépendance du Sri Lanka
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D'après l'ambassadeur américain Crowe, qui visite l'île en 1954, aucune nouvelle introduction de chevaux n'a eu lieu depuis la période britannique du Lt. Nolan, en 1824[S 5],[S 1]. Il remarque aussi que les étalons sont d'un type jugé meilleur que les juments[1],[S 1].
En 1970, de façon inusuelle, les poneys sont ajoutés à une ordonnance sri lankaise de protection de la faune et de la flore, parmi les espèces animales strictement protégées[10]. La survie de ces poneys est notée en 1994[11], après des décennies sans recevoir d'attention ou de soins humains[P 1]. En 2013, l’union internationale pour la conservation de la nature (UICN) préconise de transformer le sud de l'île de Delft en réserve naturelle pour ces animaux[P 1],[1]. Cela est fait en [12]. Les chevaux représentent depuis l'espèce la plus nombreuse dans ce parc[13].
Description
modifierLe poney du Sri Lanka est caractérisé pour la première fois via une publication scientifique en 2020[S 9].
Taille et poids
modifierEn raison de sa taille réduite par comparaison aux autres races de chevaux à l'échelle mondiale, il est classé parmi les poneys[14],[15] et les races naines[1]. La FAO donne en 1979 une taille moyenne de 1,25 m pour les femelles et 1,30 m chez les mâles[6] ; la fourchette de 1,25 à 1,30 m est citée aussi dans le Guide Delachaux[4]. À cause de la consanguinité et des faibles ressources alimentaires, la taille des animaux s'est progressivement réduite (évolution insulaire)[6],[1],[2]. Une nouvelle mesure précise des poneys, publiée en 2014, conclut à une taille moyenne de 1,14 m[S 10]. En 2020, une mesure effectuée sur 10 poneys domestiqués montre une moyenne de 112,4 cm, le plus petit mesurant 99 cm tandis que le plus grand faisait 1,21 m[S 11].
Les poulains pèsent environ 25 kg à la naissance ; le poids moyen déterminé à l'âge adulte en 1979 est de 150 pour les femelles et 200 kg pour les mâles [6]. Les estimations barymétriques de 2020 concluent à un poids moyen de 85,6 kg[S 11].
Morphologie
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Les animaux portent de fréquents stigmates physiques de leurs conditions de vie difficiles et du manque de nourriture, avec des côtes saillantes et un ventre gonflé[4]. La tête est relativement grosse[16], avec une longueur de 36 à 47 cm et une largeur de 14 à 19 cm chez les sujets adultes[S 11]. Elle est dotée d'un profil rectiligne[4]. La morphologie générale est anguleuse[S 10]. Le tour de poitrine est en moyenne de 1,19 m[S 11]. La croupe est courte et inclinée[17]. Les membres sont fins[4], avec un tour de canon de 18,9 cm aux antérieurs, en moyenne[S 11].
Robe
modifierLa robe est souvent alezane sous toutes ses variantes, dont alezan brûlé[4], avec soit des reflets dorés soit des reflets roux[S 10]. De nombreux sujets ont une couleur allant du chocolat foncé à la teinte du chamois[1],[2], la robe typique étant un « marron foncé »[S 11]. On trouve aussi la robe noire[S 10]. Le bai est plus rare que l'alezan selon l'édition 2014 du guide Delachaux[4], cependant la caractérisation de 2020 indique le bai comme étant plus fréquent[S 11]. Des marques blanches sur la tête sont possibles[1],[2] ; cependant, les dix poneys caractérisés en 2020 n'en portaient pas[S 12].
Tempérament et entretien
modifierL'île de Delft dispose de pâturages secs sur lesquels pousse une végétation fourragère (Alysicarpus vaginalis, Bulbostylis barbata, etc), dont se nourrissent ces poneys[S 13], principalement du jonc souple, de la molinie, de l'ajonc et des herbes de montagne[S 9]. Ils se nourrissent aussi d'algues échouées sur les plages[4]. Le tempérament est très résistant[4], avec une adaptation à des apports alimentaires et aqueux faibles[S 1]. Les poneys boivent dans des étangs d'eau douce locaux[18]. Néanmoins, une mortalité importante est constatée durant la saison sèche[S 14], de nombreux animaux mourant de faim et de soif[1],[S 12]. Selon le Divisional Secretary de Delft Alavipillai Siri, la saison sèche de 2011 a entraîné une mortalité d'environ 5 %[P 2].
Les rares poneys appartenant à un propriétaire sont identifiés par marquage au fer[S 10],[P 1], le manque de soin et le peu d'expérience conduisant souvent à des infections postérieurement à l'opération de marquage, constituant une autre cause de mortalité[P 1]. Comme les poneys sauvages, ils sont gardés en pacage sur des terrains communs et ne reçoivent aucun complément de nourriture de la part des humains[S 12]. Il n'existe pas de technique de gestion humaine spécifique à ces animaux[S 10], ni d'élevage saisonnier. Les poneys ne sont (en 2020) ni vermifugés, ni complémentés en vitamines et minéraux, ni vaccinés, et ne font l'objet d'aucun suivi de santé[S 12],[S 15]. Les individus à l'état sauvage vivent en groupes typiques, avec un unique mâle reproducteur et plusieurs femelles[S 10]. La période de gestation semble durer environ un an[6]. L'espérance de vie est d'une vingtaine d'années[S 12].
Le broutage et le piétinement par les poneys limitent la prolifération des fougères et des ajoncs, et créent des sentiers[S 9].
Utilisations
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Les poneys forment désormais un argument touristique pour les visiteurs attirés par la présence de chevaux sauvages, mais ont peu de valeur commerciale en eux-mêmes, voire aucune[S 16]. Le développement du tourisme par les autorités du Sri Lanka représente peut-être le seul moyen de sauvegarder la race[4],[19]. En effet, l'île de Delft possède des vestiges d'écurie témoignant de son usage passé comme centre colonial d'élevage de chevaux à l'époque où il fournissait plusieurs pays d'Asie du sud[S 16]. Néanmoins, certains habitants permanents de l'île estiment que la présence de chevaux sauvages ne suffit pas à faire venir des touristes, et que ces animaux n'ont donc aucun intérêt économique[S 17].
Il arrive que des poneys soient localement mis au travail ou montés[4], cependant ces activités concernent une minorité du cheptel[S 10]. Les animaux concernés sont généralement capturés au lasso[14] vers l'âge de cinq ou six mois, isolés et séparés de leur mère par un cavalier[S 12]. La technique de capture est réputée transmise de génération en génération[18]. Les poneys sont ensuite apprivoisés pendant plusieurs mois[S 12]. Ils sont montés, notamment, pendant des courses de poneys traditionnelles[S 12]. La monte s'effectue à cru[P 2].
Répartition et menaces
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Il est considéré comme une race locale indigène du Sri Lanka[6] ; en effet, bien qu'il soit originaire de l'extérieur, il s'est « naturalisé » sur ces îles[P 1],[P 3]. La majorité des individus vivent à l'état sauvage ou semi-sauvage[S 10],[S 1]. Certains poneys ont été déplacés et se trouvent désormais à Puttalam[6],[2]. La population de poneys sauvages se trouve donc sur l'île de Delft et à Puttalam, dans le Nord-Ouest de l'île principale du Sri Lanka[6],[4]. Il s'en trouvait par le passé aussi sur l'île de Mannar[1]. On trouve désormais aussi quelques-uns de ces poneys au parc zoologique de Colombo[2].
La population est très réduite[4]. En 1992, 100 poneys sont comptabilisés, dont 25 mâles et 25 femelles[6]. En 2010, la base de données DAD-IS dénombre entre 500 et 600 poneys du Sri Lanka, avec une tendance à la diminution[6]. Sur environ 600 poneys, les deux tiers se trouvent sur l'île de Delft[4]. CAB International (CABI) indique un effectif total d'environ un millier de poneys en 2013[1]. L'équipe de Jayathilake et al. cite environ 500 poneys sauvages sur l'île de Delft, sans compter les quelques individus domestiques, en 2020[20]. Ils sont en concurrence avec le bétail domestique pour l'accès aux pâturages[21], et donc menacés par le surpâturage[22],[4] et le manque d'eau douce[4]. Il existe aussi différentes espèces de tiques au Sri Lanka, notamment du genre Amblyomma, susceptibles de parasiter les chevaux[S 18],[S 19]. Cependant, la principale menace parasitaire est celle des strongles, qui participent certainement à la mortalité du cheptel[S 20].
Le poney du Sri Lanka est considéré par l'étude de l'université d'Uppsala menée pour la FAO (2010) comme une race asiatique locale en danger critique d'extinction[23]. Le niveau de menace n'est pas indiqué sur DAD-IS (en 2025)[6] ; cependant CABI classe ces poneys comme étant « pratiquement éteints »[1],[2].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Porter et al. 2016, p. 505.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Porter 2020, p. 221.
- ↑ Sarathchandra et Perera 2016, p. 9.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 Rousseau 2014, p. 332.
- ↑ Sarathchandra et Perera 2016, p. 7.
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- ↑ Sarathchandra et Perera 2016, p. 4.
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- ↑ Rousseau 2014, p. 332-333.
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Références scientifiques
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- ↑ Dissanayake, Rajapakse et Rajakaruna 2017, p. 19.
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- ↑ Weerakoon et de A. Goonatilake 2006, p. 66.
- ↑ Dissanayake, Rajapakse et Rajakaruna 2017.
- ↑ Dissanayake, Rajapakse et Rajakaruna 2017, p. 25.
Références de presse
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[html], The Sunday Times (Sri Lanka) (en), (consulté le ). - 1 2 (en) Kumudini Hettiarachchi, « On the heels of the wild beauties of Delft »
[html], The Sunday Times (Sri Lanka) (en), (consulté le ). - ↑ (en) Malaka Rodrigo, « Indians here to help Lankan donkeys »
[html], The Sunday Times (Sri Lanka) (en), (consulté le ).
Références historiques anciennes
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Annexes
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- [DAD-IS] (en) « Sri Lankan Pony / Sri Lanka (Cheval) », Domestic Animal Diversity Information System of the Food and Agriculture Organization of the United Nations (DAD-IS) (consulté le ).
- [Sarathchandra et Perera 2016] (en) Hasini Sarathchandra et Mahesha Chathurani Perera, « Lonely horses on Delft Island »
[PDF], Ministry of Agriculture and Wildlife and Forest Resources Conservation (MAWFRC), .
Bibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
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. - [Rousseau 2014] Élise Rousseau (ill. Yann Le Bris), Tous les chevaux du monde, Delachaux et Niestlé, , 544 p. (ISBN 2-603-01865-5), « Sri-lankais », p. 332-333.
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Références académiques
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Référence historique ancienne
modifier- [Ferguson 1899] (en) J. Ferguson, « Stock breeding at Delft », The Tropical Agriculturist, Sri Lanka (Ceylon), The Ceylon Agricultural Society, (lire en ligne, consulté le ).
